mardi 21 juillet 2026

Serge Franklin : Pleins feux sur la collection Pleins sons

Le label canadien Disques Cinémusique vient de sortir sur les plateformes Serge Franklin revisite les classiques du cinéma français, anthologie de deux albums parus au début des années 70 : Pleins sons sur les films interprétés par Gérard Philipe et Pleins sons sur les musiques des films de Jacques Prévert et Joseph Kosma. Dans ce dernier, plusieurs chansons sont joliment interprétées en soliste ou en groupe par les choristes Géraldine Gogly, Françoise Walle, Anne Germain, Vincent Munro et Jean Stout.
Serge Franklin (compositeur notamment des musiques des films les plus célèbres d’Alexandre Arcady: Le coup de sirocco, Le grand pardon, etc.) a très gentiment accepté de revenir pour Dans l’ombre des studios sur ces séances, celles des autres albums du label Daphy, et sur ses débuts.
Remerciements à Serge Franklin (entretien téléphonique le 18/07/2026), Clément Fontaine (Disques Cinémusique; échange de mails le 7/07/2026) et Laurent Lafarge (Music Box Records).




SERGE FRANKLIN : CHANSON, SITAR ET MUSIQUES DE SCÈNE


Serge Franklin fait ses débuts d’auteur-compositeur-interprète en chantant dans les cabarets rive gauche et en fréquentant les jams de jazz manouche, ainsi que les hootenannies, scènes ouvertes folk du Centre américain boulevard Raspail (lieu tenu par Lionel Rocheman, que j’ai précédemment évoqué dans mes interviews de Pat Woods et Victoria Riddle). « Mon père était décédé, et Lionel Rocheman m’a appris qu’il le connaissait, ils étaient dans le même lycée dans les années 30. Je cherchais un endroit pour jouer de la guitare et du folk, donc le Centre américain était le bon endroit. À l’époque, la vedette en était Alan Stivell. Mais un soir, Leonard Cohen est passé, il est juste venu chanter une chanson et s’est barré, tout le monde était époustouflé, et moi le premier. Ça m’a inspiré, et pour mes chansons, je voulais chanter comme ça. Mais ma carrière de chanteur n’a pas été inoubliable. »
Serge Franklin sort deux 45 tours pour le label Epic (créé par CBS). « Le premier titre, « Le Président », n’était pas très réussi. Mais il y en a que j’aime bien, comme « Klu Klux Klan », qui est engagé. « Hiroshima », je l’ai chanté au Festival de Sopot, en Pologne. CBS m’avait envoyé au casse-pipe. T'imagines un mec qui a fait des petits cabarets de la rive gauche, qui ne savait même pas à quoi ressemblait un studio quand il a enregistré son premier 45 tours et on lui dit « Si tu veux, on t’inscrit au Festival de Sopot ». Moi, dès l'instant où il s'agit de prendre la guitare et aller me balader, ça me plaît, donc j'y vais. On me demande si je veux répéter avec l'orchestre, je réponds que je veux chanter avec ma guitare comme je chante dans les cabarets. On ne fait pas de répétition, on m’amène en taxi et je me rends compte que c’est dans un stade. Il y avait peut-être 50.000 ou 60.000 personnes, et 50 mètres entre l’orchestre de 60 musiciens et mon micro. Les gens ont gentiment applaudi, mais l’orchestre était mort de rire. La plupart des chanteurs venaient de l’URSS, c’était un festival qui concurrençait un peu l’Eurovision. Il faut être fou pour faire des trucs comme ça. Plus jamais (rires) ! »

Serge Franklin commence à s’intéresser à l’orchestration (il suit des cours d’harmonie et de contrepoint avec une professeure intéressée par des profils en marge des conservatoires), il en parle à Bernard Gérard, qui a orchestré ses deux premiers 45 tours : « Bernard m’a conseillé de prendre les partitions des grands arrangeurs comme Messieurs Stravinsky et Ravel, et de les suivre en essayant de comprendre comment ils les organisent, comment ils évitent certaines maladresses ou les provoquent, etc. Et j’ai beaucoup travaillé comme ça. »

Ravi Shankar
Une autre rencontre déterminante à l’époque : le sitar. « J’avais déjà fait quelques petites incursions dans la musique orientale. Et un jour, vers 1966-1967, Ravi Shankar est invité à jouer au Musée Guimet, où la directrice organisait parfois des rencontres avec des musiciens indiens. J’ai eu un vrai choc, je trouvais ça formidable. Je parle à Ravi Shankar, qui me dit qu’il ne donne pas de cours, car il est tout le temps en tournée, mais il me conseille de prendre contact avec son cousin Uma Shankar, qui vit à Dehli. Il va se passer deux ans avant que je ne me décide, et entre-temps, je commence à chercher des gens qui jouent du sitar. On m'indique un peintre indien qui va devenir un ami, Sakti Burman. C'était très beau ce qu'il faisait, mais il était également musicien, un bon joueur de sitar. Il va me vendre un sitar et je vais commencer à apprendre avec lui les premières gammes, les premiers modes, et ça commence à me passionner à ce moment-là. »

Serge Franklin devient l’un des deux ou trois joueurs de sitar employés dans les studios parisiens et sur scène : « Pour le sitar, j’arrivais en avance aux séances, pour m’assurer de la tonalité. Ça m’est même arrivé que l'arrangeur me passe un coup de fil avant pour me demander la tonalité que je pouvais prendre pour être à l’aise (do dièse par exemple). Les cordes sont assez sensibles, si tu montes trop, elles cassent. J’ai accompagné Georges Moustaki à Bobino, mais aussi Michel Jonasz à ses débuts, on était tous les deux chez AZ et j’avais du sitar dans mon titre « Exister », un titre que j'aime beaucoup, avec un arrangement super, très psychédélique, et un texte en hommage à Jean-Paul Sartre. J’ai joué aussi du sitar dans l’album La mort d’Orion de Gérard Manset. Il m’avait demandé de faire une espèce de grand prêtre avec une sorte de cantilène un peu orientale, et il était fou de joie. Il y avait dans la séance Anne Vanderlove, un nom que je n’ai pas prononcé depuis 50 ans. On l’a enregistré chez Bernard Estardy (studio CBE, ndlr). Je me suis spécialisé dans les instruments africains et orientaux : j’avais une kora africaine, des flûtes orientales, un oud, un bouzouki, etc. Il y en a certains que je ne maîtrisais pas du tout, mais comme personne ne savait en jouer, ce n’était pas un problème, il suffisait de faire des sons. Je me souviens d'avoir fait une fois une séance de didgeridoo où vraiment je ne jouais pas bien du tout, mais ça suffisait pour faire le suspense. »

Une autre rencontre déterminante à l’époque : Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud. « La Compagnie Renaud-Barrault s’était faite virer du Théâtre de l’Odéon après mai 68. Barrault va trouver une ancienne salle de catch, l’Elysée-Montmartre et en faire un théâtre. Son premier spectacle dans cette salle, Rabelais, avec une musique de Michel Polnareff, va obtenir un grand succès public. Pour le suivant, Jarry sur la butte, il demande à Michel Legrand de composer la musique. Les sonorités indiennes étaient dans l’air du temps, les Beatles ont été des précurseurs. Barrault voulait une touche indienne. Je commençais à être dans la sphère des musiciens de séances et avec Moustaki on fréquentait également des musiciens de jazz, via la musique manouche, donc c’étaient d’autres maillages. Le contracteur Jean-Claude Dubois a donné mon nom à Legrand, et j’ai joué du sitar pendant toutes les représentations. J’avais un look très indien. La pièce ne s’est jouée que quelques mois, jusqu’en janvier. Et j'ai participé à l'enregistrement du disque. Il y avait une jeune comédienne qui chantait « Je piétonne ». C'était Diane Kurys. »

Michel Legrand était bien connu pour son caractère pour le moins… compliqué : « Avec moi il a toujours été d’une absolue correction, d’une grande gentillesse. Mais je l’ai vu au Studio Davout pourrir la vie d’un merveilleux pianiste (que j’emploierai moi pour mes séances), j’avais honte, je n’avais jamais vu ça. « Tu ne sais pas jouer ! Regarde, là, le renversement est comme ça ! » en jetant son chronomètre. Une autre fois, il m’a appelé et m’a demandé « Je sais que tu travailles beaucoup à Prague, est-ce que tu veux bien me donner les coordonnées d’un orchestre sur place ? ». Je lui donne les coordonnées, il va à Prague, et ça s’est très mal passé, à telle enseigne que le premier violon lui a dit « Écoutez, Monsieur Legrand, on vous respecte beaucoup, mais si vous continuez comme ça, on va tous s'en aller. » Alors qu'il avait tous les prix possibles et imaginables au conservatoire, il n’avait rien à nous prouver, on savait que c'était un des meilleurs compositeurs français. Mais il ne maîtrisait pas toujours ses angoisses. Et ça, je sais ce que c’est, car quand je vais devenir compositeur de musique de film, je vais avoir la trouille. Chacun gère ses inquiétudes différemment, mais je pense qu’il faut respecter l’orchestre. Et lui était très exigent avec les autres, mais aussi avec lui-même.»

À la suite de cette première participation à la Compagnie Renaud-Barrault comme musicien, Jean-Louis Barrault propose à Serge Franklin d’intégrer la compagnie, comme directeur musical et compositeur d'une partie des musiques de scène. « En janvier, au moment des dernières de Jarry sur la butte, Jean-Louis me dit qu’il est content de m’avoir rencontré. Cette phrase, ça m'amuse toujours car quand un metteur en scène pour qui tu t’es défoncé te serre la main, tu sais que tu ne recevras jamais d’autre coup de fil de sa part. Mais là, Jean-Louis m’a appelé. Je n’ai jamais compris pourquoi. Peut-être parce que j’arrivais très tôt pour accorder mes instruments. Ou parce qu’il avait su que, n’étant pas beaucoup présent sur scène, j’avais proposé mon aide à la jeune femme qui était éclairagiste-en-chef, Jo Soubirous, et j’étais venu en renfort pour les éclairages. Ça avait dû lui plaire. »

Serge Franklin compose pour d’autres compagnies théâtrales et dans tous les styles, du classique au très moderne: « Avoir des sons étranges attire les créateurs. J’ai fait beaucoup de musiques pour des pièces avant-gardistes, très hippies, avec des acteurs à moitié à poil. » Au gré des pièces, il retrouve Diane Kurys et Alexandre Arcady (notamment au Théâtre Jean Vilar de Suresnes) avec qui il va collaborer comme compositeur de musiques de films mais ça, c’est une autre histoire…


PRODUCTIONS ET ÉDITIONS SONORES / DAPHY


Claude Dejacques
N’ayant plus de contrat chez CBS, en recherche d’une autre maison de disques en tant que chanteur, Serge Franklin, sur les conseils de sa directrice artistique Sophie Makhno, rencontre le directeur artistique Claude Dejacques : « Claude Dejacques était un grand directeur artistique chez Philips, on lui doit notamment tout un travail avec Gainsbourg, comme « Je t’aime moi non plus » et les histoires pourries qu’il y a eu autour avec Bardot qui ne voulait plus chanter, Gainsbourg fou de rage, etc. J’ai fait des disques avec lui chez Philips, notamment sur Bouddha, et il m’a encouragé à faire des arrangements. Je lui dois énormément, tout comme Jean-Louis Barrault et Lucien Morisse, qui m'a signé chez AZ et m'a encouragé, même si ça n'a pas marché. Un jour, Claude Dejacques présente en commission chez Philips quelques chansons que j’avais écrites et elles sont refusées. On a un rendez-vous, et il me dit qu’il monte en dehors de Philips une collection, « Pour recevoir vos amis comme » pour la maison de disque de Didier Appert (Productions et Éditions Sonores). Le premier volume est sur Jaïpur. »



Serge Franklin : Bhupali


Serge Franklin participe comme arrangeur à la plupart des disques de cette collection d’illustration sonore, distribuée par Pathé : « C’était une assez grosse distribution. Tous se sont vendus raisonnablement, notamment celui sur les Caraïbes, qui était un vrai succès car il est dansant. Mais celui sur Kyoto a fait un bide noir, on n’a dû en vendre qu’une dizaine. C’était dommage, car j’avais trouvé une super joueuse de koto, une japonaise très gentille et très jolie. Et un jour je vais au cinéma avec ma femme, et une pub pour Obao passe avec « Sakura, sakura ». C’était l’arrangement que j’avais fait pour le disque Pour recevoir vos amis comme à Kyoto. Ma répartition SACEM était chétive à l’époque, et elle a fait un bond, je recevais l’équivalent de 3.500€ par trimestre juste pour cet arrangement. Pour un mec qui jouait dans les cabarets pour 30€ par soirée, ça avait arrangé les choses. » Dans chaque disque, Claude Dejacques autorise Serge Franklin à glisser au moins une de ses compositions personnelles : « Ça me faisait travailler dans des styles différents, mais évidemment dans la couleur du disque ».

Le succès de la collection incite vraisemblablement Didier Appert à créer un sous-label de Production et Éditions sonores, le label Daphy (distribué par Sonopresse), entièrement consacré à l’illustration sonore. Les collections du label sont supervisées par Claude Dejacques, et Serge Franklin est associé comme arrangeur à la plupart des nouvelles collections : « Musiques et instruments insolites » (Serge Franklin travaille sur celui sur les structures sonores Baschet et celui sur la harpe celtique), « Les itinéraires de l’évasion » (collection « cousine » de « Pour recevoir vos amis comme ». Serge Franklin en arrange trois sous son vrai nom (Alain Amaraggi) et un sous son nom d’artiste) et enfin « Pleins sons » (sous son nom d’artiste, et sous les pseudonymes d’ « Alphonse et son kitch ensemble » et « The Western Pioneers »).
Console du Studio Gaffinel
Ces disques sont enregistrés au Studio Gaffinel (rue de l’abbé Grégoire). « Je vivais à Montparnasse, et le studio n’était pas loin de chez moi. Le patron de Gaffinel était un homme du Sud-Ouest, très sympa, bon vivant. Un jour il m’a demandé si je ne voulais pas acheter son studio. Il ne le vendait pas cher, mais j’ai refusé, car je commençais déjà à préparer un home studio, avant que ce ne soit à la mode. Beaucoup de techniciens venaient pour m'aider à construire un studio dans mon appartement pour ne pas que ça gêne les voisins. J’ai eu très vite un des premiers projecteurs qu’on mettait au plafond, et un grand écran. Je servais de cobaye, on prenait des photos chez moi, et j’avais en échange des tarifs préférentiels. La technologie me passionnait. J’ai eu un des premiers synthétiseurs en France, que j'étais allé chercher en Angleterre et qui ressemblait à une boîte d'acupuncture, et un des premiers ordinateurs, au début un Texas Instruments, puis quand Apple est arrivé, c'était une révélation. »

L’ingé-son d’une grande partie des séances des disques Daphy était Dominique Blanc-Francard. « Il a un studio en Normandie à Deauville, pas très loin de chez moi. Il faudra que j'aille le voir un jour. On s'est un peu perdu de vue, mais je le suis sur Facebook. On était absolument tombé copain comme cochon avec Dominique. Un jour, j’ai fait une plage de près de 20 minutes avec des sons étranges, avec lui. Il était en train d’étalonner des multi-pistes et se servait d’une fréquence que je trouvais extraordinaire, il n’y avait pas de synthétiseur à l’époque. Et je me suis amusé avec ce truc. On s’est servi de ça il me semble sur l’album Pour recevoir vos amis comme à Ouagadougou, c’était de la musique plus que contemporaine, mélangée à des percussions africaines, dans une improvisation complète. C’était formidable, très marrant, et Didier Appert était fou de joie. »

Pour la collection « Pleins sons » (disques sortis vers 1973), Serge Franklin se penche sur le répertoire des films de Marilyn Monroe, Marlene Dietrich, Vincent Scotto, Disney, Charlie Chaplin, John Wayne, Gérard Philipe, Prévert et Kosma. « On n’avait pas beaucoup de budget, donc je ne pouvais pas prendre 50 musiciens, mais quand j'avais besoin de plus de monde pour la qualité du disque, Claude me défendait. Et on pouvait aussi s'arranger en créant un effet de masse grâce aux re-recordings. Je n’étais pas payé, je touchais seulement les droits d’arrangeur et les droits sur le titre inédit que je composais. Et j’avais quartier libre pour choisir les titres que je voulais arranger. J’aimais beaucoup le cinéma donc je n’avais pas de difficultés à trouver les chansons des grands films de l’époque, même sans l’aide d’internet. »

L’album sur les films interprétés par Gérard Philipe lui permet quelques grandes rencontres : « Pour Fanfan la tulipe, j’ai rencontré le compositeur Maurice Thiriet. Il habitait tout près du Trocadéro dans une petite maison qui lui permettait d’avoir son grand piano pour travailler. Il était déjà relativement âgé, et il m’a reçu tellement gentiment ! Il m’a donné une réduction d’orchestre de Fanfan la tulipe et m’a dit que je pouvais en faire ce que je voulais. J’ai discuté avec lui, et il m’a appris que pendant la guerre, les juifs n’avaient pas le droit d’écrire de la musique de film, ils avaient été exclus de beaucoup de professions. Maurice Thiriet était très ami avec Joseph Kosma, et donc il a signé pour lui les musiques que faisait en secret Kosma. C’était interdit, et dangereux. Il lui reversait de l’argent en cachette, et a régularisé tout après la guerre auprès de la SACEM.
Pour préparer le disque, j’ai également rencontré René Cloërec, compositeur de la musique du
Rouge et le noir, c’était un homme très secret qui vivait dans une maison en dehors de Paris, j’étais allé en 2 CV.
Quant à Jean Wiener, qui était beaucoup plus populaire pour beaucoup de raisons, je l’ai rencontré chez Barrault. Pour
Sous le vent des îles Baléares (1972), Jean-Louis avait fait un mélange de deux pièces en hommage à Claudel. Jean Wiener avait presque 80 ans et la pêche d’un homme de 20 ans. Il jouait la partition de Honegger en réduction de piano, et moi je faisais de la musique très improvisée, avec du koto vietnamien et quelques flûtes et petites percussions. C'était extraordinaire, et le soir, on jouait ensemble, et il me faisait des blagues musicales d’un niveau très élaboré. Le soir de Noël, il a joué « Petit Papa Noël » en truquant les accords. Quel homme merveilleux. »

Pour l’album Pleins sons sur les musiques des films de Jacques Prévert et Joseph Kosma, Joseph Kosma est décédé depuis peu, mais Serge Franklin arrive à joindre Jacques Prévert : « Prévert était un ami de mon beau-père. Ça datait du groupe Octobre. Mon beau-père n’était pas dans le milieu artistique, il était hôtelier, mais il donnait à manger à ceux qui crevaient la dalle. Il m’a donné les coordonnées de Prévert. J'ai appelé Prévert et lui ai demandé s’il accepterait de faire une petite préface pour le disque, mais il a refusé. Il m’a dit qu’en temps normal il ne répondait plus au téléphone, qu’il ne voulait rien faire, et ne plus rien entendre de ce métier. »
C'est finalement... Jean-Louis Barrault qui préface le disque.

Pour cet album, Serge Franklin emploie très exceptionnellement des chanteurs, les autres disques étant principalement instrumentaux. « J’ai chanté « Rio Bravo » dans le disque sur John Wayne, et pour le disque sur Marlene Dietrich, Dietrich était encore vivante mais elle n’aurait jamais voulu venir, donc j’ai demandé à une amie allemande âgée, Suzanne Ney, femme d’un très grand peintre suisse (et elle-même ancienne élève de Kandinsky au Bauhaus), Jean Leppien, de venir lire un texte sur « Lili Marleen ».
Pour le Prévert et Kosma, Claude et moi avons eu l’idée de solliciter des chanteurs, ce n’étaient pas des adaptations, mais vraiment le patrimoine du cinéma français. On a demandé à Jean Stout de convoquer une équipe de choristes, et on a négocié auprès de Didier Appert pour qu’ils aient un supplément de cachet. Je garde de très bons souvenirs de ces enregistrements car il n’y avait pas de pression. Lorsque j’ai des séances d’orchestre avec 70 musiciens en face de moi, des choristes, etc. j’ai mal au ventre en arrivant au studio. Mais là sur ces musiques magnifiques, c’étaient des arrangements simples qui laissaient beaucoup de place aux musiciens et aux chanteurs. Les chanteurs prenaient beaucoup de plaisir et tout était dans la bonne humeur. On se distribuait les couplets comme ça, et ils savaient que j’allais leur demander un arrangement de tierce ou de quarte avant même de le dire. Anne Germain disait « Je ferai la 7ème, puis ensuite je ferai comme ça, tu vas voir, ça va être joli ». Qu’est-ce que tu vas embêter des gens comme ça, j’aurais été bien prétentieux. Et pour les musiciens, pareil. Je ne mettais parfois que la grille pour l’accordéoniste, je ne vais pas l’enquiquiner en lui donnant des notes sur une chanson qu’il a jouée une centaine de fois dans des bals. Idem pour les guitaristes, qui me proposaient un petit contrechant à la Django. Je vais les retrouver pour
Le Coup de Sirocco (1979) : Michel Gésina et Fernand Garbasi. Tous deux étaient pieds-noirs, donc quand ils ont vu le film, ils étaient au bord des larmes. Ils m’ont fait des propositions, que j’ai gardées. Pour la batterie j’avais souvent André Arpino et Marc Chantereau ou l’un de ses copains aux percus. Je les ai également retrouvés plus tard dans des musiques de films. Parfois ils me disaient « Il faudrait qu’on le fasse à l’octave en-dessous car là ça nous gêne », mais ils le faisaient dans la discrétion et l’amitié »

Les chanteurs sont principalement Géraldine Gogly (créditée Anne Géraldine sur la pochette du disque) et Jean Stout (crédité Jean Start).
L’autre chanteur masculin est Vincent Munro (chanteur lyrique venu en France dans les années 50, avant de faire une carrière de choriste studio et de disparaître prématurément en 1979). Sa voix ne fait pas partie de celles que je sais identifier. J’aurais eu tendance à mettre toutes les chansons de baryton et ténor à son crédit, mais mon pressentiment que Jean Stout (connu habituellement comme basse chantante ou profonde) a pu en enregistrer en voix de baryton m’est confirmé par Serge Franklin. « Stout pouvait faire un timbre à la Montand, il y a plusieurs morceaux dans ce style. Pour « Compagnons des mauvais jours », je ne sais plus si c'était parce que je trouvais la mélodie moins intéressante, mais je lui ai demandé de parler le texte, et il était très bien, il aurait pu faire de la radio »
Anne Germain, en plus des chœurs, n’a que deux soli : une vocalise solo dans « Tu étais la plus belle » et un couplet avec texte dans « À la belle étoile », mais ces soli sont remarquables par ses qualités exceptionnelles d’interprète. Sa façon de dire « ils l’ont assai…sonné » n’est pas sans rappeler son évocation des chanteuses réalistes dans la « Jésus Java » de Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil.
Françoise Walle est créditée sur le disque mais ne chante a priori pas comme soliste. « Françoise Walle était l’une des choristes les plus prises à l’époque. Ça m’était arrivé de la demander sur des publicités, et elle refusait parfois, on ne l’avait pas facilement. »

Ces enregistrements sont une petite bulle de bonheur (mention spéciale pour « Les enfants qui s'aiment », « À la belle étoile » et « Tournesol »), avec de jolies mélodies, quelques harmonies jazz, etc. Les bandes ont malheureusement été détruites, mais le producteur Clément Fontaine (Disques Cinémusique) décide de rééditer à partir des 33 tours une partie des titres du Pleins sons Gérard Philipe, et la plupart des Prévert-Kosma en 2004. Il me répond : « J'avais déjà un intérêt pour Serge Franklin puisque j'ai commencé ma carrière de producteur phonographique en 2002 avec un CD regroupant deux de ses musiques de films, Une petite fille particulière / Le Prince des imposteurs. Mais, très vite, d'autres labels en France ont pris la relève pour ressortir d'autres de ses enregistrements, principalement en numérique. Comme personne ne semblait intéressé par ces Pleins sons de 1973, j'ai décidé de le rééditer en bonne partie. J'aime ce répertoire et l'approche rafraîchissante qu'a adoptée Franklin dans ses arrangements. De plus, la voix d' Anne Germain me plait beaucoup. J'ai ressorti une première fois les 15 pièces en 2004 sur un coffret de 4 CDs intitulé Musiques de l'âge d'or du cinéma français, dont il subsiste peu de traces aujourd'hui. »

Depuis mai 2026, ces titres sont désormais grâce à Cinémusique sur les plateformes de streaming (et en téléchargement légal sur Qobuz).
Voici mon relevé de voix pour le Prévert-Kosma, en vous souhaitant une bonne écoute:

« Chanson du vitrier » (du film Adieu Leonard)
Duo: Jean Stout (a priori) et Géraldine Gogly
https://www.youtube.com/watch?v=eM0DrjdCyY4

« Complainte de Gilles »  (du film Les Visiteurs du Soir)
Duo: Vincent Munro (a priori) et Françoise Walle (ou Géraldine Gogly, mais plus probablement Françoise Walle)
Et groupe vocal mixte
https://www.youtube.com/watch?v=2PfO2mgNP7Y

« À la belle étoile » (du film Le Crime de Monsieur Lange)
Solo 1 (boulevard de la Chapelle): Vincent Munro
Solo 2 (boulevard Richard Lenoir): Anne Germain
Solo 3 (boulevard des Italiens): Jean Stout
Solo 4 (boulevard de Vaugirard): Géraldine Gogly
Et groupe vocal mixte dont Françoise Walle (lead soprano) et Jean Stout https://www.youtube.com/watch?v=177sWjDu0jI

« Tournesol » (du film Souvenirs perdus)
Groupe vocal mixte
https://www.youtube.com/watch?v=OmZZNkgjaE0

« Quai du Point du Jour (Instrumental en hommage à Jacques Prévert et Joseph Kosma) »  
Sifflements et groupe vocal mixte
https://www.youtube.com/watch?v=iXBvDdBPInw

« Compagnons des Mauvais Jours » (du film Souvenirs perdus)
Solo (parlé): Jean Stout
https://www.youtube.com/watch?v=40fHHhtOTEc

« Chanson de l'eau » (du film Aubervilliers)
Duo: Géraldine Gogly et Françoise Walle
Et groupe vocal mixte
https://www.youtube.com/watch?v=klbrYugjd3g 

« Tu étais la plus belle » (du film Le soleil a toujours raison)
Solo 1 (vocalise): Anne Germain
Solo 2: Jean Stout
Solo 3: Géraldine Gogly
Et groupe vocal mixte
https://www.youtube.com/watch?v=ZFO0GdkI5D0

« Baptiste (Ballet) » (du film Les enfants du Paradis)
Solo: Jean Stout (a priori)
https://www.youtube.com/watch?v=nEQuExXHMgo

« Les feuilles mortes » (des films Les Feuilles Mortes, Les portes de la nuit, Souvenirs Perdus)"
Soliste : Géraldine Gogly
Et groupe vocal mixte
Titre non réédité

« Les enfants qui s'aiment » (du film Les portes de la nuit)
Groupe vocal mixte
Solo 1: Jean Stout
Solo 2: Vincent Munro
Solo 3: Géraldine Gogly
https://www.youtube.com/watch?v=z0DLNhZM6so

« La pêche à la baleine » (du film La Pêche à la baleine)
Diverses voix solistes (dont Géraldine Gogly) difficilement identifiables car truquées
Titre non réédité


Serge Franklin revisite les classiques du cinéma français est en téléchargement légal sur Qobuz :
https://www.qobuz.com/us-en/album/serge-franklin-revisite-les-classiques-du-cinema-francais-serge-franklin/pb8rdirltzkxu

La plupart des musiques de films de Serge Franklin sont rééditées chez Music Box Records :
https://www.musicbox-records.com/fr/9-franklin-serge


Émission Cinéma Song (17/04/2014) de Thierry Jousse consacrée à Serge Franklin :
https://www.radiofrance.fr/francemusique/podcasts/cinema-song/une-soiree-avec-serge-franklin-8016850



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mardi 26 mai 2026

Romuald : Il voyageait de ville en ville

Nous avons appris avec tristesse le décès du chanteur et compositeur Romuald Figuier dit Romuald le 12 mai 2026. Chanteur à la technique impeccable, doté à la fois d'une voix de velours et d'une grande puissance, il avait notamment concouru trois fois à l'Eurovision, et prêté sa voix chantée, dans Les Demoiselles de Rochefort (1967), 
à Etienne (George Chakiris), personnage qui lui ressemble et qu'il a failli incarner à l'image.
J'avais eu la chance de m'entretenir avec lui par téléphone, puis de le rencontrer chez lui l'année d'après, où lui et son épouse m'avaient reçu avec gentillesse et simplicité. En son hommage, voici nos entretiens.
(Entretiens réalisés les 7 mai 2022 et 20 mars 2023. Remerciements à Gilles Hané et Matthieu Moulin)




Dans l’ombre des studios : Romuald, avant d'évoquer votre enfance, pouvez-vous nous dire quand vous êtes né? On trouve deux dates de naissance différentes dans la presse. 

Je suis né le 9 mai 1938 à Saint-Pol-de-Léon. Quand j’ai fait mon premier disque, il fallait faire jeune, et ma maison de disque trouvait que 25 ans c’était trop âgé, donc elle m’a rajeuni.

DLODS : Vous êtes issu du milieu du cirque. Pouvez-vous me parler de votre famille ?

Mon père, associé avec son frère, avait un petit cirque familial à deux mâts qui tournait essentiellement en Bretagne, le Cirque Figuier. L’essentiel du spectacle était fait par la famille. Puis mon père a fait venir une troupe pour étoffer le spectacle, et cette troupe c’étaient les Zavatta. Mon père a connu comme ça ma mère, sœur d’Achille Zavatta. Ils se sont mariés, et ont eu plusieurs enfants. Le Cirque Figuier a continué jusqu’à la guerre. Puis ils ont repris à la Libération. Mes parents se sont associés avec Achille Zavatta en 1947 pour créer le Bostok Zoo Circus. C’était un chapiteau beaucoup plus grand, il faisait 3.000 ou 4.000 places avec une ménagerie, etc. Ils avaient racheté l’enseigne d’un cirque anglais, le Bostock (avec un C, ndlr) Circus. On faisait croire que c’était un « cirque américain », c’était un peu une arnaque, mais ça allait dans l’air du temps : il suffisait de dire qu’on était américains, et les gens se précipitaient pour venir. J’ai travaillé dans le cirque jusqu’en 1956.

DLODS : Que faisiez-vous dans ce cirque ?

Les enfants du cirque Bostok
J’ai commencé paradoxalement en chantant. J’étais un enfant un peu turbulent et je faisais des imitations de Maurice Chevalier. À 6 ans, on m’a demandé de chanter pendant qu’on montait le matériel. Ma mère était fildefériste et montait aussi à cheval, elle était une grande artiste. Pendant qu’on montait son fil de fer, je chantais « Prosper youp la boum » avec un canotier et un costume de Maurice Chevalier, que ma mère m'avait fait. Plus tard, j’ai été acrobate: j’ai fait un peu de trapèze, puis des acrobaties à cheval.

DLODS : Comment en êtes-vous venu à la musique ?

Dans le cirque, il y avait un petit orchestre. Ma mère a demandé à un saxophoniste de l'orchestre de me donner des cours de solfège et de sax. Il a dit à ma mère que j'étais doué. Comme il est resté des années chez nous, il lui a dit « je vais le présenter au Conservatoire de Paris », j’avais 14 ans et demi ou 15 ans. Le jury de l’époque a dit « il est trop jeune, il y a des gens de 22-23 ans qui attendent, on va le faire entrer comme auditeur ». J’ai donc d’abord été auditeur, pendant l’année où Jean-Claude Briodin était élève, puis j’ai été élève l’année d’après. Je continuais le cirque en parallèle, et les trajets en train entre Nantes et Paris étaient longs et pénibles. J’étudiais au conservatoire et rentrais faire le soir mon numéro d’acrobate à cheval. J’ai eu mon premier prix de saxophone en 1957, avec Marcel Mule (grand saxophoniste et professeur de saxophone, ndlr). Marcel Mule avait une très bonne opinion de moi, il paraît qu’il parle de moi dans ses mémoires, et comptait sur moi comme son successeur, mais j’avais bifurqué sur autre chose.

DLODS : Qu’avez-vous fait à la sortie du conservatoire ?

Mes parents avaient eu un revers de fortune et ils avaient été obligé de revendre le chapiteau, après un redressement fiscal. En fait, en 1953, ils se sont associés avec Jean-Jacques Vital, producteur à Radio Luxembourg, ils voulaient faire un spectacle de cirque et music-hall : une première partie spectacle de cirque avec Achille Zavatta qui finissait la partie avec son numéro de clown, et une deuxième partie avec Tino Rossi et l’orchestre de Jacques Hélian, rien que ça. Tino Rossi et Hélian étaient deux grandes stars. Chez Hélian, il y avait 30 musiciens. On a pris Edith Piaf en tournée pendant un an. Puis il y a eu un redressement fiscal important qui les a ruinés. Notre comptabilité était très mal faite, car mes parents étaient des gens de cirque et pas des gestionnaires, l’affaire était devenue très grande. Pinay avait fait un redressement fiscal sur toutes les entreprises, or notre comptabilité était dans un désordre pas possible. Ils n’ont jamais pu payer le redressement et ils ont été obligés de revendre leur affaire. Ça les a mis sur la paille, et ils sont repartis à zéro. J’avais 18 ou 19 ans. Je suis devenu musicien.

DLODS : Quels ont été vos premiers engagements comme musicien ?

Quand j’étais encore au conservatoire, je faisais déjà des bals comme saxophoniste dans des orchestres de variétés, car dans les bals il y avait à l’époque des orchestres, et pas de musique enregistrée. Je n’ai jamais fait le marché aux musiciens Place Pigalle où se retrouvaient tous les musiciens un soir par semaine pour trouver du travail car je n’aimais pas la démarche, mais j’y suis allé une fois pour voir, c’était amusant. Puis après le conservatoire, j’ai été musicien dans l’orchestre de Nino Nardini pendant deux ans, au Radio Circus, avec Roger Lanzac. Je vivais avec quelqu’un qui chantait et m’a demandé pourquoi je ne chantais pas. Cette fille tenait le cabaret Chez Patachou à Montmartre (Patachou avait cédé le cabaret), où avaient débuté Brassens et Aznavour. Elle m’a mis dans l’idée que je pourrais être chanteur. J’ai écrit des chansons et j’ai fait un tour de chant chez Patachou pendant quelques mois. Je chantais notamment avec Hugues Aufray.

DLODS : En parallèle de ces débuts comme chanteur soliste sur scène, vous devenez choriste de studio, ténor. Comment cela est-il venu ?

Je ne me souviens pas comment je suis rentré dans les chœurs. Dans les séances on vous file un truc sur le nez et il faut chanter tout de suite, on ne peut pas l’apprendre pendant une semaine. Je lisais la musique et peu de gens savaient chanter en lisant. On était une petite quinzaine ou vingtaine à l’époque, c’était un monopole donc quand il y avait des chœurs pour un chanteur, ils nous répartissaient. Je me souviens avoir accompagné tout le monde : Dalida, Guy Béart, Léo Ferré, Zizi Jeanmaire (j'ai notamment fait son Alhambra, avec les chœurs dans « Mon truc en plumes ») mais aussi Jacques Brel, avec qui j’ai fait des spectacles après, comme chanteur soliste en première partie. Les trois quarts du temps, on ne voyait pas les chanteurs qu’on accompagnait. Je me souviens que pour Frank Alamo, sur son premier disque, je lui ai parlé, lui ai dit que je faisais des chansons, et on s’est retrouvé plus tard à des galas.

DLODS : Vous souvenez-vous de vos camarades de micro lors des séances de chœurs ?

La Grosse valse
(Romuald est au dernier rang,
3ème en partant de la gauche)
Archives du site Autour de Louis de Funès
J’ai travaillé pendant quelques années avec notamment les membres des Swingle Singers, comme Jean-Claude Briodin, qui était beau mec, Claude Germain et Christiane Legrand, mais aussi Janine de Waleyne. Janine m’a pris sous son aile. C’était un personnage, avec une voix superbe, elle chantait bien. Je n’ai jamais subi ses humeurs et n’ai jamais eu de problème avec elle, elle devait m’avoir à la bonne. Janine a eu beaucoup de flair, ça m’a beaucoup servi car un jour, c’est elle qui m’a dit « Il y a quelqu’un qui monte un spectacle avec des gens capables de faire beaucoup de choses, tu devrais aller voir ». Je vais voir Robert Dhéry, j’ai une entrevue avec lui, il me dit « Qu’est-ce que vous savez faire ?» « Tout ! », il m’a engagé. La vie, ce sont des rencontres. J’ai donc fait La grosse valse (1962) avec Louis de Funès en tête d’affiche, je faisais treize interventions dans le spectacle. Je montais l’escalier pour me changer, puis je redescendais. J’avais une scène avec Louis de Funès et Liliane Montevecchi, assez longue, on se marrait bien. Au bout d’un moment quand le spectacle est rodé on se faisait des petits trucs, et Louis adorait tendre des pièges, moi jamais il ne m’a eu, en revanche je l’ai eu deux ou trois fois, mais l’envie de rire allait avec son personnage, il riait carrément sur scène. Il y avait Grosso et Modo, Pierre Tornade…

DLODS : Louis de Funès, Grosso et Modo, des douaniers... Est-ce que ça préfigurait Les Gendarmes ?

Richard Balducci était attaché de presse du spectacle, ça a dû mijoter dans sa tête et il a eu l’idée des Gendarmes.

DLODS : Jouiez-vous également avec l’orchestre ?


Je jouais dans la fosse au début du spectacle pour renforcer l’orchestre, puis je laissais mon sax pour aller sur scène. Claude Germain avait fait les arrangements et il a remplacé Gérard Calvi à la direction. Calvi n’a peut-être fait qu’un mois dans la fosse.

DLODS : Pouvez-vous me parler de Claude Germain, dont l’épouse Anne est bien connue des lecteurs de « Dans l’ombre des studios ».

J’étais très ami avec Claude, on s’entendait bien. J’ai composé toute la musique d’un spectacle de cirque et Claude avait fait mes orchestrations. Il m’a aussi aidé sur des musiques de film (Claude Germain a fait les arrangements de la musique du film Les Brésiliennes du Bois de Boulogne (1984) composée par Romuald). Et son épouse, Anne, avait l’oreille absolue, et reconnaissait de suite la tonalité, etc.

DLODS : Saxophoniste dans des orchestres, choriste en studio, chanteur soliste dans des cabarets… Comment êtes-vous passé au disque en chanteur soliste ?

On faisait des maquettes avec trois ou quatre chansons, qu’on envoyait aux maisons de disque. Pendant La grosse valse, j’ai loué un studio très connu, près de la Place d’Italie, et pris des musiciens. Claude Germain s’en est occupé, il a fait les arrangements. Je connaissais une fille, Florence Véran, qui avait composé des chansons. Elle me dit que Lucien Morisse monte une maison de disque sous l’égide d’Europe n°1, et me propose, contre un pourcentage, de lui présenter un disque. J’ai donc été, après Danyel Gérard, le deuxième artiste à signer pour Disc AZ. Ça a tout de suite fonctionné, j’avais fait une chanson qui s’appelait « Ma plus belle année » (adaptation de 
« It was a very good year », ndlr). Je l’avais entendue par un groupe folk, et Sinatra ne l’avait pas encore chantée, je l’ai donc chantée avant lui. Après ça j’ai fait l’Eurovision avec « Où sont-elles passées ?» de Francis Lai et Pierre Barouh.

DLODS : Michel Colombier a été l’arrangeur de vos premiers disques.

J’ai d’abord connu Michel Colombier comme pianiste chez Patachou, il faisait chanter et danser les gens. Puis il m’a accompagné un jour, et est devenu mon pianiste accompagnateur, et un ami. Quand Lucien Morisse m’a demandé qui je voulais comme arrangeur, j’ai demandé Colombier. A l’époque, Michel avait fait des arrangements pour des musiques de films de Michel Magne. Magne était le compositeur de musiques de films n°1 en France, donc il avait énormément de travail, et besoin de nègres pour l’aider. Michel Colombier a fait les arrangements de mon premier disque, mais c’était aussi une première pour lui, il n’avait jamais arrangé pour la variété avant. Il est venu diriger l’orchestre à Copenhague pour l’Eurovision, en 1964. C’est un très bon souvenir. J’étais une « bête à concours » comme on disait. Gigliola Cinquetti avait gagné, Rachel 2ème, moi 3ème, et Hugues Aufray 4ème. Toutes les chansons avaient marché. Le concours de l’Eurovision était beaucoup plus considéré à l’époque, en plus il n’y avait qu’une chaîne donc on ne pouvait pas le rater, les gens attendaient ça, c’était une émission phare. Si on avait fait une bonne prestation, il y avait des chances que le titre marche. Cinquetti a fait une carrière internationale grâce à ça.

DLODS : Quand vous avez commencé votre carrière soliste, avez-vous continué en parallèle à faire des chœurs ?

Non, car mon premier disque a bien fonctionné tout de suite.

DLODS : Je vous pose la question, car par exemple Nicole Croisille a continué à en faire ou à participer à des doublages, etc.

Elle a eu du mal à s'imposer, elle faisait un disque et puis il ne passait pas à la radio. Elle a eu un début de carrière un petit peu chaotique avant de vraiment démarrer.



Romuald chante "Écoute Clara" à L'école de vedettes
(Romuald est présenté par Aimée Mortimer, parrainé par Jacqueline François, et désannoncé par son oncle Achille Zavatta)


DLODS : J’aimerais qu’on commente quelques-uns de vos premiers passages à la télévision. Votre première télé est L’école des vedettes du 12 juin 1961. Vous chantez « Écoute Clara » qui n’est jamais sorti en disque à l’époque mais qui vient de sortir sur les plateformes.

Ils ont pris le son de ce passage télé, donc ce n’est pas terrible. À l’époque, le micro était sur perche. Donc chanter avec la perche, c’est un exercice d’un autre temps (rires). Jacqueline François était amie avec la femme avec qui j’étais à l'époque. Elle est venue me voir chez Patachou, et à l’occasion de cette émission qui s’appelait L’école des vedettes, elle m’a dit « Tu vas venir, et je vais te présenter, comme ça je serai ta marraine ». Et c'est comme ça que ça s'est passé. Tout simplement.

DLODS : Ensuite : Les raisins verts de Jean-Christophe Averty, 13 janvier 1964.

Jean Christophe Averty avait quelque chose de génial. Il amenait une façon de faire de la télévision et surtout des variétés tout à fait particulière, avec des découpages innovants. La semaine avant cette télévision, j’avais joué au football et je m'étais ouvert le menton. Comme j'avais une grosse cicatrice, ils avaient fait quelque chose avec un sparadrap, et j’avais peur que ça se voie. Finalement ça ne s’est pas vu.

DLODS : À cette époque, vous sortez un titre que j’aime beaucoup et qui a presque un petit côté Burt Bacharach : « Je suis là ».

Je l’aime bien aussi, et elle était assez en avance. C’était une des faces B de « Où sont-elles passées », les paroles sont de Pierre Barouh. Quant à Bacharach, j’aimais beaucoup sa musique, il a été très novateur.



Romuald chante "Cowboy" au Sacha Show


DLODS : Après un Discorama : un Sacha Show avec la chanson « Cowboy ».

Sacha Distel était venu au studio quand j’enregistrais 
« Cowboy ». Il m’a proposé de venir faire l’émission un mois plus tard. Et ensuite on s’est connus davantage, on a joué au tennis ensemble, mais toujours avec une certaine distance. Ma femme (que j’ai connue en 1964) et moi voyions un peu plus sa femme, Francine.



Georges de Caunes interviewe le petit Romuald... en 1949


DLODS : La scène à Paris du 31 juillet 1965, présentée par Georges de Caunes.

J’ai connu Georges de Caunes, j’avais peut-être dix ans, c’était vers 1948. Il était venu au cirque de mes parents pour faire un reportage radio. Il m’avait repéré parmi les gosses du cirque et j’avais fait le reportage avec lui, j’étais son guide à travers le cirque. Il revenait d’un grand reportage qu’il avait fait avec Paul-Emile Victor au Groënland. Il nous avait raconté plein d’histoires sur cette expédition. Quand j’ai fait La scène à Paris avec lui, je lui ai rappelé tout ça.

DLODS : Vous avez fait énormément de télévisions avec la chanson « Cowboy ».

Oui, car ça s’est très bien vendu, hélas.

DLODS : Pourquoi « hélas » ?

Parce que ça a obligé ma carrière à prendre un certain chemin qui n’était pas forcément le mien. Dès l’instant où vous avez une chanson qui a du succès, vous êtes marqué, étiqueté. Moi, j’ai fait plutôt ça pour m'amuser, et aussi pour avoir quelque chose de différent à faire sur scène. Et puis, comme ça a marché, les gens se sont dit « il fait du western ». En réalité, pas du tout. J'avais fait ça pour faire une chanson, mais pas pour faire une carrière en western, et ça m'a complètement bloqué. J’ai été catalogué là-dedans et j'ai eu un mal fou à en sortir. C’est la chanson qui a le mieux marché, et c'est dommage car si vous prenez des chansons comme « Où sont-elles passées » ou d'autres, elles sont plutôt mélodiques et la voix a plus d'importance.

DLODS : Ce type de chansons « western » était à la mode à l’époque, la plupart des chanteurs s’y sont collés : Lucky Blondo, Frank Alamo, etc.

Oui mais ça s’est enchaîné après moi, je pense. Même Sheila a ensuite fait « Le folklore américain ».

DLODS : En dehors du saxophone, jouiez-vous d’un autre instrument ?


De la guitare. Mais lorsque je faisais des concerts, un groupe m’accompagnait, et je ne jouais d’aucun instrument.

DLODS : Vous souvenez-vous de vos musiciens ?

L’un, Georges (je ne me souviens plus de son nom de famille) qui était à l’orgue, a travaillé pendant deux ou trois ans pour moi, puis a fait une belle carrière, notamment aux côtés de Michel Berger.



Romuald (voix de George Chakiris / Etienne) et José Bartel (voix de Grover Dale / Bill)
chantent "Nous voyageons de ville en ville"
dans Les Demoiselles de Rochefort (1967)


DLODS : Vous interprétez plusieurs génériques originaux comme celui de la série Michel Vaillant (« Plus vite, plus vite ») ou enregistrez des reprises ou adaptations comme « Bonanza » ou « C’est un matin » (thème du film L'aventure du Poseïdon). Mais le grand public connaît aussi votre voix pour Les Demoiselles de Rochefort, où vous êtes la voix chantée de George Chakiris (Etienne). Comment avez-vous connu Michel Legrand?

Je n’avais connu Michel Legrand qu’une fois, à mes débuts. On avait suggéré mon nom pour chanter la voix de Guy dans Les Parapluies de Cherbourg et j’avais auditionné chez lui, pas loin de la Gare Montparnasse, il n’était pas encore dans son hôtel particulier du XVIème arrondissement. Trois ans après, ce furent Les Demoiselles de Rochefort. On m'a initialement demandé de jouer le rôle d’Etienne. Finalement, Michel Legrand m'a appelé pour me dire que l'arrivée de Gene Kelly avait fait prendre au film une autre dimension, on avait engagé George Chakiris pour interpréter Etienne. Michel m'a demandé si j'acceptais quand même d'être la voix chantée, et j'ai répondu oui.

DLODS : Quel souvenir gardez-vous des séances d’enregistrement ?

Françoise Dorléac et Gene Kelly
dans Les Demoiselles de Rochefort
C’est un grand souvenir. J’aimais beaucoup la musique de Michel Legrand. Vous me dites que Vladimir Cosma a fait une partie des arrangements du film, mais il me semble que Jean-Michel Defaye, qui était un superbe arrangeur, en a fait aussi, je crois me rappeler avoir vu sa signature sur des trucs. Dans « Marins, amis, amants ou maris » les flûtes sont incroyables, je pense que Roger Bourdin en faisait partie. José Bartel (Bill) était très bon et nous nous entendions bien, même si nous ne nous sommes peu revus par la suite. Lors des séances, j’ai rencontré Gene Kelly que j’appréciais beaucoup, il était passé à Davout le jour où j’enregistrais. J’allais le voir dans des comédies musicales au cinéma quand j’étais jeune, et comme il parlait français on a discuté, et il m’a dit « Venez on va déjeuner pour continuer notre conversation », et on s’est retrouvé en tête-à-tête dans un bistrot de la Porte de Montreuil. J’ai également déjeuné un autre jour avec Catherine Deneuve. Je n’ai pas croisé George Chakiris lors des séances, mais je l’ai rencontré par hasard deux ou trois ans après la sortie du film, à une première de Mireille Mathieu au Palais des Congrès. Je suis allé le voir pour lui dire que j’étais sa voix chantée dans Les Demoiselles de Rochefort, il m’a tout de suite fait d’adorables compliments et on a discuté cinq minutes. J’ai revu le film avec plaisir il y a quelques jours. Je trouve juste dommage que toutes les chansons aient un tempo un petit peu trop rapide par rapport au disque, alors que pour La La Land on retrouve le même tempo entre le film et le disque. Ça vient de l’accélération de la télévision (le ratio images/seconde n’est pas le même qu’au cinéma, donc le son est plus rapide et plus aigu, ndlr), mais je pense qu'on aurait dû enregistrer "Nous voyageons de ville en ville" avec un tempo un tout petit peu plus lent, je trouve qu'on l'a un petit peu boulé. 

DLODS : Avez-vous touché des droits sur les chansons du film ?

On a signé des contrats. Ils prenaient leurs précautions, nous n'avions aucun droit, juste une somme forfaitaire et nous n'avions rien à dire à l'époque. Quant au traitement médiatique... Il ne fallait pas qu'on sache que les acteurs ne chantaient pas avec leur vraie voix. Je suis sûr qu'encore beaucoup de gens ne le savent pas. Vous avez vu le générique? Ça passe vite, on ne s'attarde pas sur la chose.

DLODS : Vous faites également une apparition vocale (non créditée au générique) dans la chanson « Le massage des doigts » de Peau d’âne (1970).


Oui, Michel Legrand m’avait rappelé pour faire ce petit truc, mais je ne m’en souvenais absolument pas, c’est vous qui avez retrouvé ça.

DLODS : Vous détenez un record puisque vous avez concouru trois fois à l’Eurovision.

Romuald à l'Eurovision 1964
Après Copenhague en 1964, j’ai fait l’Eurovision à Madrid en 1969 et Londres en 1974, l’année où ABBA a gagné. En 1969, c’était avec la chanson « Catherine » et 1974 « Celui qui reste, et celui qui s'en va ». J’ai participé aussi à un concours pour un festival international à Rio de Janeiro en 1968. Un énorme truc, où tous les pays du monde étaient représentés, avec des vedettes internationales, comme Paul Anka qui représentait le Canada. Le succès public pour ma chanson a été extraordinaire, alors que le premier marchait moins auprès du public. Sans prendre la grosse tête, on peut dire que j’ai fait un triomphe, et je suis resté deux ans et demi au Brésil, qui m’a adopté, et j'ai y ai fait une carrière là-bas.

DLODS : Vous chantiez en français au Brésil ?

Oui, toujours. Les gens aimaient ça. Ils ne comprenaient pas les paroles mais visiblement ils aimaient le son de ma voix. À cette époque, la France avait une grande portée artistique au Brésil. Les gens s’intéressaient beaucoup à la chanson française, à la langue, et aux Français eux-mêmes. J’ai rencontré des étudiants qui n’étaient jamais allés en France et le parlaient parfaitement. On avait la cote, c’était un passeport.

DLODS : Comment s’appelait cette chanson qui vous a lancé au Brésil ?

« Le bruit des vagues ». Pascal Sevran m’avait envoyé un mot à une époque où il était inconnu, il me faisait des compliments, me disait qu’il sortait du service militaire, et on s’est rencontré chez moi, rue de l’Assomption. C’est l'une des premières chansons qu’il a écrites à avoir été enregistrée. Il a écrit les paroles en collaboration avec son nègre, Serge Lebrail (de son vrai nom Simone Gaffié, ndlr) qui a un grand talent, qu’on n’a jamais reconnu. Elle était au Parti Communiste et il me semble qu’elle avait rencontré Pascal Sevran comme ça. Elle avait pris un nom d’homme pour pouvoir travailler, et a toujours été le nègre de quelqu’un, cette pauvre femme. C’est elle qui a écrit la chanson de Dalida, « Il venait d’avoir dix-huit ans » alors que la chanson est signée Sevran. Pascal avait reconnu devant moi n’avoir écrit que les mots de la fin « j’avais deux fois dix-huit ans », tout le reste est de Lebrail. Idem pour « Le bruit des vagues ».
Serge Lebrail avait été avant ça nègre de Jacques Larue, elle avait écrit les paroles de « Cerisier rose et pommier blanc » vers 1950, sur l’air d’une chanson américaine. C’était une femme très discrète, qui s’en foutait un peu d’être créditée sur les disques. Lors d’un dîner, elle m’avait raconté sa vie et l’histoire de « Cerisier rose et pommier blanc » : elle était dans le train pour la Normandie, avec cette chanson à adapter en français que Jacques Larue lui avait donné à faire, elle était accoudée et regardait le paysage défiler. Les pommiers étaient en fleurs, roses. Elle a écrit le contraire : fleurs roses pour les cerisiers, et blanches pour les pommiers.



Romuald chante "Laisse-moi le temps" 
au Festival de Viña del Mar (1973)


DLODS : Un autre festival important, celui de Viña del Mar, au Chili, où vous arrivez à la deuxième place avec « Laisse-moi le temps ».

Après mon succès au festival de Rio, je suis venu à ce festival de Viña del Mar comme invité, avec un tour de chant. Il y avait Julio Iglesias qui était totalement inconnu, je l’ai vu pour la première fois. Quelques temps après, Michel Jourdan me dit « Tu ne veux pas faire le concours ? Tu es connu là-bas, ça pourrait nous aider. Le seul problème est que Caravelli a un contrat moral avec eux, c’est lui qui a le contact, donc il faut travailler avec lui. » Je lui ai répondu « Pas de problème, je vais faire la chanson avec lui », j’arrive chez Caravelli avec un début de chanson, on est parti là-dessus, on a travaillé de 13h à 18h, et on avait fini la chanson. Comme on trouvait ça pas mal et que j’avais fait une séance chez Philips, j’ai fait une espèce de maquette, qui a ensuite été présentée à Paul Anka, qui l’a faite découvrir à Frank Sinatra, qui l’a enregistrée. C’est devenu « Let me try again ».

DLODS : Sur les premiers disques, votre nom n’apparaît pas comme co-compositeur.

Il n’apparaît pas car il n’avait pas été déposé à la SACEM mais j’ai quand même touché des droits.



Frank Sinatra chante "Let me try again" en 1974
(musique: Caravelli & Romuald, paroles: Paul Anka)


DLODS : On trouve sur internet des vidéos où Frank Sinatra présente la chanson comme étant écrite par Paul Anka, sans mentionner Caravelli, ni vous.

Absolument. Thierry Le Luron, que j’avais rencontré un jour pour une télé avec Michel Drucker, me dit « Il faut que je vous dise quelque chose : j’ai chanté « Let me try again » au Carnegie Hall et j’ai dit que c’était vous qui l’aviez écrite et pas Paul Anka ». Il s’était dérangé pour me dire ça, c’était très sympa.

DLODS : Est-ce que les années que vous avez passées en Amérique du Sud ont inspiré votre répertoire ?


J’ai ramené du Brésil « Jesus Cristo ». C’était Roberto Carlos qui la chantait, une grande star de la chanson populaire brésilienne.

DLODS : En dehors de Michel Colombier dont on a parlé précédemment, quels ont été vos arrangeurs ?

J’ai travaillé avec Jean Claudric, Jean Bouchéty, et pas mal avec André Borly. À mon retour du Brésil, j’ai changé de maison de disque et suis passé chez Philips. Jean-Claude Petit a arrangé « Jesus-Cristo ». J’aurais bien aimé continuer avec Jean-Claude Petit mais Philips ne l’avait pas en odeur de sainteté pour des raisons politiques (Jean-Claude Petit militait notamment pour les droits des arrangeurs, ndlr), il était presque blacklisté.



Romuald chante "Viens rêver sur l'eau" (1973)
(mais on peut rêver "dans la maison, où il y a le printemps qui chante" ou "le lundi au soleil")


DLODS : Certaines chansons de votre répertoire, par leur composition et leurs arrangements sont presque des pastiches d’autres interprètes. Je pense à deux chansons arrangées pour vous par Raymond Donnez: « Viens rêver sur l’eau »  qui pourrait être une chanson de Claude François arrangée par Jean-Claude Petit ou « Dis un petit mot », très proche de l’univers de Michel Delpech.

C’est vrai. Quand j’étais chez Philips, on me faisait suivre la mode. Pour ce genre de choses, il faut être le premier mais pas venir après. Mon problème est que je n’ai pas fait ce tube que tous les chanteurs ont pour les propulser, je n’ai pas eu « la » chanson qui m’a permis de m’installer à un certain niveau, où j’aurais pu chanter des choses qui auraient été acceptées. Quand vous avez un certain niveau de vedettariat, les gens vous passent des chansons qui ne passeraient pas si on n’était pas connu. C’est un peu complexe mais c’est comme ça. J’ai eu des chansons moyennes.

DLODS : Vous avez également composé quelques musiques de films.

Oui, par exemple Mon curé chez les nudistes (rires). On rigole, mais ça a bien marché. Ce n’était pas plus con que Bienvenue chez les ch’tis.

DLODS : Vous avez aussi composé pas mal de musiques de films érotiques ou pornographiques, aux titres aussi évocateurs que Femmes vicieuses (1975) ou Le sexe à la barre (1975).


Oui (rires). Mais c’était pour gagner ma vie, c’était alimentaire.

DLODS : Comment travailliez-vous ? Est-ce que c’était de la musique au mètre, ou à l’image ?

Je lisais le scénario. Pas pour les films érotiques (rires). J’ai fait des premières musiques de films pour Sergio Gobbi : L’étrangère (1968) et Une fille nommée amour (1969). Avec Gobbi on était copains, donc il me racontait l’histoire et je composais avant le tournage. Il employait parfois la méthode de Sergio Leone en diffusant la musique pendant le tournage. Dans Une fille nommée amour je chante aussi le générique, accompagné par la voix de Danielle Licari. Lorsque le film est sorti, François Chalais a fait toute une émission sur Europe n°1 où il n’a parlé que de ma musique, Gobbi était un peu vexé (rires).

DLODS : Vous avez joué également dans quelques films…

J’ai tourné dans un film, Les intrus (1972) avec notamment Aznavour, et Raymond Pellegrin, qui était un excellent comédien. Et au Brésil j’ai tourné Romualdo e Juliana (1971) mais il n’est jamais sorti en France. Ce film était un prétexte commercial pour faire connaître mes chansons, qui apparaissaient dans le film.

DLODS: Vous n'avez pas persisté dans cette carrière de comédien?


Quand je fais quelque chose, j’écoute après, et essaie d’être critique par rapport à ce que je fais. Aujourd’hui vous m’entendez, j’ai une voix un peu pétée. Mais je trouvais déjà à l’époque que j’avais une voix un peu trop légère quand je parlais, ça m’a gêné pour faire une carrière de comédien. Je n’aimais pas ma voix parlée, que je ne trouvais pas assez grave. Certains chanteurs, notamment dans le lyrique, avaient le même problème. Quand Mariano parlait c’était une catastrophe.

DLODS : Vous êtes ensuite revenu au cirque après votre carrière dans la chanson.

J’ai été Monsieur Loyal chez mon beau-frère au cirque Bouglione en Belgique, j’ai fait ça de 1986 à 1990. Il y avait aussi ma sœur, qui est décédée il y a quelques jours.



Romuald chante "Syracuse" en direct dans 
La chance aux chansons (1985)


DLODS : Pascal Sevran vous a régulièrement mis à l’honneur dans son émission La chance aux chansons, dans les années 80-90.

Quand on s’est rencontrés au moment du « Bruit des vagues » on est resté ami pendant quelques années, puis nos chemins ont bifurqué, comme souvent dans ce métier. Lui est entré dans un autre système. C’était un garçon intelligent, cultivé, amusant. Il s’était fait un réseau important, jusqu’à Mitterrand. Il m’avait raconté une histoire rigolote : au début où Mitterrand venait d’être élu, Pascal habitait dans un petit appartement à Montmartre. Dans son immeuble il y avait les poubelles dans le couloir. Il demande au concierge de ne pas les rentrer dans le couloir car il doit recevoir quelqu’un d’important. « Important, important… Quand même pas le Président de la République ! » « Si ! » (rires). Mitterrand était venu chez Pascal car il savait que Pascal connaissait bien Charles Trénet, et il voulait le rencontrer. Trénet avait accepté. Mitterrand en avait parlé à tellement de monde, à Roger Hanin, Jack Lang, etc. qu’au final ils se sont retrouvés à dix-huit dans le petit appartement de Pascal jusqu’à 5h du matin. Lorsque tout le monde est parti, Trénet a bu toute une bouteille de cognac. Il fallait le faire. Mais c’était un génie. Trénet est le plus grand auteur-compositeur français, il a tout inventé dans la chanson française, les autres n’ont fait qu’emprunter le chemin. C’était le pape. À l’ABC il avait commencé le vendredi en vedette anglaise. Le lendemain, il est en vedette américaine, et le surlendemain en tête d’affiche.

DLODS : Parmi les grands noms de la chanson française, avez-vous connu Mireille ?

Je l’ai seulement croisée pendant l’Eurovision à Copenhague, en 1964. C’était elle qui avait découvert Rachel, l’interprète de la « Chanson de Mallory », et elle l’accompagnait. En revanche, j’ai bien connu Jean Nohain, à l’époque où je faisais « Cowboy », j’étais un peu son chouchou, il animait des émissions pour les enfants, et il m’appelait, parfois à la dernière minute. Il était très sympathique.

DLODS : Que faites-vous actuellement ?


Romuald et votre serviteur (en 2023)
Je ne fais plus de saxophone ni de chant. Je devrais car ma voix commence à s’abimer un peu, j’ai une corde vocale qui s’est un peu décalée et il faudrait que je fasse des exercices et que je ressorte la guitare, etc. Par contre, je cherche parfois des mélodies, ça me plaît encore. Je ne fais pas grand-chose, mais ça me va bien. Je n’ai pas besoin de faire de la musique pour exister, certaines personnes n’arrivent pas à décrocher, à s’en sortir. Il y a trop de chanteurs qui se remettent à faire des disques alors qu’ils devraient arrêter. Je n’ai plus beaucoup de contacts avec des gens du métier. Mais de toute façon, des contacts dans le métier on n’en a peu, c’est rare qu’on se rencontre.



Romuald chante "Sur la pointe du pied, sur la pointe du coeur" (1974)




Romuald chante "Tous les métros ratés" (1979)


La plupart des titres de Romuald sont disponibles sur les plateformes :
https://www.deezer.com/fr/artist/9668

Découvrez mon dossier sur les voix chantées des films de Jacques Demy :
https://danslombredesstudios.blogspot.com/2015/11/les-voix-de-lombre-des-films-de-jacques.html

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lundi 6 avril 2026

Discographie Jack Hendrix Tchikbaams / The Jumping Jacques

Suite aux très nombreuses erreurs, imprécisions, etc. que l‘on trouve sur internet à propos des groupes vocaux français, j’ai le plaisir de vous proposer sur « Dans l’ombre des studios » des discographies détaillées de plusieurs de ces groupes.

Je les ai faites à partir d’une écoute attentive de disques et archives radiophoniques (ayant acquis depuis quelques années une connaissance de ces chanteurs de groupes vocaux qui me permet d'identifier leurs voix, même au sein d'un "son de groupe"), d’un visionnage des archives télévisées (permettant de dater avec plus de précision les sorties de disques mais aussi les changements de chanteurs), des discographies préétablies par les sites Encyclopédisque et Discogs, de mes entretiens et séances d’écoutes avec les chanteurs et leurs proches, d'une étude de leurs archives (bulletins de paie, contrats, feuilles de présence, agendas, décomptes de partages de recettes, photos, programmes de concerts) et des entretiens réalisés avant moi par mes confrères Serge Elhaïk, Jean Letellier et Eric Fardet.

Bien que quasi exhaustives, ces discographies évolueront au fil du temps, au gré de nouvelles « découvertes ».

Aujourd’hui : Jack Hendrix Tchikbaams / The Jumping Jacques.



Discographie de Jack Hendrix Tchikbaams / The Jumping Jacques établie par Rémi Carémel.
Remerciements à Françoise Walle, Anne Germain (et ses filles Isabelle et Victoria), Jean Stout, Jean-Claude Briodin, Alice Herald, Nicole Darde, José Germain, Géraldine Gogly, Anne-Marie Mainguy (fille de Jacques Hendrix), Marie-Françoise Henderyckx (veuve de Marcel Hendrix), Elizabeth Munro (fille de Vincent Munro), Stéphane Korb (fils de Francis Lemarque), Claude Ermelin, Georges Costa, Dominique Jaujay, Grégoire Philibert, Elisabeth Jutel et aux contributeurs des sites Encyclopédisque et Discogs.

Supervision artistique : Jacques Hendrix
Production : Francis Lemarque
Style : Chant en onomatopées, easy listening
Composition de la plupart des morceaux, direction musicale et arrangements : Jacques Hendrix
Effectif : 8 à 10 (4F + 4 à 6H) chanteurs + Batterie et guitares + (pour Tchikbaams) percussions & saxophones
Chanteurs solistes : principalement Françoise Walle (soprano) et Jean Stout (basse profonde)
Chanteurs :
Line-up n°1 dit « Jack Hendrix : Tchickbaams » (1967) :
Françoise Walle, Anne Germain et 2 ou 3 autres chanteuses / Jacques Hendrix, Jean-Claude Briodin, José Germain, Jean Stout et un 1 ou 2 autres chanteurs
Line-up n°2 dit « The Jumping Jacques » (juin 1968-avril 1969) :
Françoise Walle, Anne Germain, Alice Herald et certainement Michelle Dorney / Jacques Hendrix, Jean-Claude Briodin, Jean Stout, Marcel Hendrix et 1 autre chanteur
Line-up n°3 dit « The Jumping Jacques » (mai 1969-septembre 1970) :
Françoise Walle, Anne Germain, Nicole Darde et Michelle Dorney / Vincent Munro, Jacques Hendrix, Jean-Claude Briodin, Jean Stout, Marcel Hendrix et a priori Bob Smart

Musiciens :
Non-identifiés

« Pour se lever tôt. Pour s'endormir tard. Et pour rêver tôt ou tard. »
Telle est l'accroche pleine de promesses du deuxième album des Jumping Jacques.
En 2010, je découvre (en regardant régulièrement sur Youtube si des enregistrements inédits de Jean Stout ont fait surface) ce groupe grâce à un internaute qui a mis en ligne la plupart des titres du groupe sur la plateforme.
Je suis épaté par l’originalité de ce groupe vocal et son style, très psychédélique et rythmé. Je partage sur les réseaux des liens musicaux du groupe (qui comme Les Masques, intéresse pas mal de « diggers ») et commence à glaner des informations grâce à Jean Stout et Anne Germain, puis plus tard grâce à d'autres choristes et à la famille des frères Jacques et Marcel Hendrix.

Il est alors tentant d’écrire une discographie, mais :
1) le nom des chanteurs n’apparaît pas sur les pochettes, et le groupe n’a jamais fait de concert (il n’existe qu’une seule télévision en playback où seuls Jacques Hendrix et Françoise Walle apparaissent) ; je ne trouve aucune photo ou archive (feuilles de présence, nom du groupe sur les fiches de paie, etc.) permettant d’établir avec certitude quels sont les chanteurs de chacun des albums et de dater les enregistrements.
2) En raison de la personnalité « controversée » de Jacques Hendrix, une levée de bouclier est faite par quelques choristes (anciennes amies de Françoise Walle) lorsque j’évoque le groupe sur les réseaux.

Finalement, je retrouve les bandes d’enregistrement (sur lesquelles sont indiquées des informations importantes, comme les dates), ce qui me permet de « recouper » les dates avec les fiches de paie de choristes que j’ai collectées et de confirmer quelques noms de chanteurs.
Et Françoise Walle me donne son feu vert pour parler du groupe, étant fière de son travail avec les Jumping Jacques.

Je choisis de coupler cette courte discographie des Jumping Jacques avec l'un des précédents projets de Jacques Hendrix, Jack Hendrix Tchickbaams.


Note importante pour toutes les discographies "Dans l'ombre des studios" de groupes vocaux:
- Cette discographie mélange discographie traditionnelle et liste des émissions de télévision et de radio. Elle suit un ordre chronologique.
- Pour plus de lisibilité, j'ai fait exprès de ne pas lister les très nombreux pressages étrangers, 45T issus d'albums, compilations, etc. afin de me concentrer sur les séances originales.
- Des événements importants pour le groupe sont mentionnés en gras et en italique.
- La discographie est chronologiquement découpée en plusieurs parties correspondant aux changements de chanteurs dans le groupe. Un "line-up" est une composition d'équipe: quand un membre du line-up n°2 quitte le groupe, le line-up n°3 commence à l'arrivée de son remplaçant.
- Je pourrais me contenter d'indiquer pour chaque morceau les solistes, mais comme certains (rares) morceaux sont chantés uniquement par une ou des solistes sans les autres membres du groupe, je précise "et groupe vocal" quand les autres membres du groupe sont présents (c'est à dire quasiment tout le temps). Le "groupe vocal" est en principe constitué, sauf mention contraire, de tous les membres du line-up en cours ("groupe vocal mixte"), ou de ses éléments féminins ou masculins.



Jacques Hendrix avant The Jumping Jacques



Jacques Hélian et son orchestre (saison 1954-1955)
1er rang : Paul Piguillem (g), Jacques Hendrix (sax ténor)
et Michel Cassez (sax alto)
2ème rang: Jean-Claude Briodin (sax alto), Georges Blanc (sax ténor)
et Gérard Lévecque (sax baryton)

Jacques Henderyckx naît le 17/11/1928 à Elbeuf. Son père a fait le conservatoire, et enseigne le piano et l’accordéon. Les trois enfants Henderyckx (Jacques, Jean et Marcel), dès l’enfance, jouent chacun d’un instrument. Pour Jacques, c’est le saxophone. Sous le pseudonyme de Jacques Hendrix, il rejoint l’orchestre de Jacques Hélian dans les années 50. Jean-Claude Briodin se souvient : « Quand j’étais dans l’orchestre, Michel Cassez (« Gaston ») était premier sax alto, moi deuxième alto. Et Jacques Hendrix était un des deux sax ténors avec Georges Blanc. Il y avait également un sax baryton: l'arrangeur Gérard Lévecque, qui était le premier mari de Rita Castel (membre des Hélianes puis des Blue Stars, ndlr) »
Doué pour le jazz, Jacques accompagne Bill Coleman sur son LP Bill Coleman and his seven : singing and swinging (Columbia, 1956).
À l'avènement des groupes vocaux, au milieu des années 50, ces groupes nécessitent des chanteurs capables de déchiffrer très rapidement des partitions, et recrutent parmi les musiciens « sachant chanter ». Tout comme ses complices de chez Hélian, les musiciens Henri Tallourd et Jean-Claude Briodin (c'est Jacques qui fait passer à Jean-Claude une audition devant Christiane Legrand et le fait entrer ainsi chez les Fontana), Jacques Hendrix rejoint comme chanteur (baryton-martin) la plupart des groupes vocaux de l’époque : Les Fontana (Michel Legrand), Les Angels (Christian Chevallier), Les Barclay, Les Baroques (Ivan Jullien et Roger Guérin), etc. 



Gilbert Bécaud chante "L'orange" (1966)
avec ses choristes :
Michelle Dorney, Michèle Bertin-Conti, Janine de Waleyne,
Louis Aldebert, Jean-Claude Briodin et Jacques Hendrix


Jacques Hendrix accompagne comme choriste en studio et sur les plateaux de télévision la plupart des chanteurs des années 60 (Gilbert Bécaud, Bourvil (« La tendresse »), Sheila, Richard Anthony, Mireille Mathieu, etc.). Sa personnalité est déjà assez à part, farceur (passant derrière les choristes pour leur couper aux ciseaux leurs cigarettes quand ils les mettent derrière eux au moment d’enregistrer)… et souvent moqueur envers les jeunes chanteurs et chanteuses yéyé qu’il accompagne.
Il participe également aux chœurs de nombreuses musiques de films (Les Parapluies de Cherbourg, La grande lessive, Michel Strogoff, Les sept péchés capitaux, La dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil, Qui êtes-vous, Polly Maggoo ?, PlayTime, Viva Maria, Mister Freedom, etc.).
Il est en outre arrangeur pour Les Compagnons de la Chanson, Les Valentin, Les Frères Megri, et pour une partie des artistes produits par Francis Lemarque (Victoria, Gaston, etc.).


Jacques Hendrix et son orchestre : le climb (janvier 1963)
De gauche à droite : Claude Germain, Jean Liesse, Jacques Hendrix, Henri Tallourd et José Germain
(Présentation : Colette Brosset et Gérard Calvi)


Parallèlement à toutes ces activités de l’ombre, il monte un orchestre (Jacques Hendrix et son orchestre) et signe plusieurs disques chez Columbia dans la première moitié des années 60. Comprenant que les nouvelles modes musicales se font grâce à la danse sociale, il tente d’inventer à chaque fois un nouveau style musical et sa danse associée, comme le « climb » (sur un tempo assez lent) et le « snow cup » (danse calquée sur les mouvements du skieur). Il présente plusieurs fois à la télévision son actualité musicale.

Jacques Hendrix présente le snow cup 
-Reportage TV Lorraine Soir du 14 février 1966 à Gérardmer (avec interview de Jacques Hendrix (off), Raymond Souplex et Dick Rivers)
-Interview de Jacques Hendrix et playback pour l'émission TV Vient de paraître du 10 mars 1966
(Dans ces deux émissions, Jean Liesse est à la trompette)


Mais après avoir été membre d’une dizaine de groupes vocaux, il lui manque son groupe vocal à lui. Il compose et arrange plusieurs titres en onomatopées, mais dans un style très éloigné de ses amis Swingle Singers (la référence française dans le domaine du chant en onomatopées).
On peut certes ranger les groupes de Jacques Hendrix dans la catégorie un peu fourre-tout d’ « easy listening » mais il s’en distingue particulièrement par son originalité, naviguant entre les styles (jazz/funk (1er 45T), Swingle Singers (« Adagio romantique », « Offbeat Fugue »), bossa nova (« Through a Brazilian forest »), negro spiritual (« Banjo it is »), andin (« Chili Peppers »)) mais avec une petite touche de folie apportée notamment par les multiples re-recordings, et les imitations par les choristes de différents instruments de musiques (orgue de barbarie, guitares, etc.) en voix naturelles ou trafiquées (comme la délirante reprise d'« Avalon », entre le génie et l'horreur musicale). 
Ça donne deux groupes successifs, Jack Hendrix Tchikbaams (un 45T) et The Jumping Jacques (2 albums) qui n’ont d’autre existence que leur sortie en disque (aucun concert, aucune promo à part un passage TV chez Averty).
Jean Stout s’en souvenait lorsque je l’avais interviewé : « C’est un groupe qui n’a pas « existé » et qui n’était pas fait pour passer sur les ondes. C’était une opération, un « coup » comme on disait à l’époque ».


Line-up n°1 dit « Jack Hendrix : Tchickbaams » (1967) :
Françoise Walle, Anne Germain et 2 ou 3 autres chanteuses / Jacques Hendrix, Jean-Claude Briodin, José Germain, Jean Stout et un 1 ou 2 autres chanteurs


Ce premier groupe est très proche du style et du son des futurs Jumping Jacques, et il est donc logique de les associer. Les quatre morceaux sont composés par Jacques Hendrix. Les chanteurs sont pour la plupart les mêmes que les Jumping Jacques à savoir des choristes de studio (qui accompagnaient les chanteurs de variétés du moment et enregistraient aussi musiques de films, doublages, etc.), habitués des groupes vocaux.

L'article pour faire connaître Françoise
au grand public... fait une faute à son pseudonyme
(noté Valle au lieu de Walle)
La voix soliste est celle de Françoise Walle
En couple avec Jacques Hendrix à l'époque de ces groupes, elle est sa « muse » vocale. Née Françoise Merdrignac, elle fait ses débuts sous le nom de Françoise Walch (nom de son premier mari) avant de prendre le pseudonyme de Françoise Walle. Françoise est l’une des sopranes les plus importantes dans le milieu des chœurs des années 60-70. Son magnifique timbre de voix et son agilité vocale font qu’elle est souvent demandée comme soliste pour accompagner des chanteurs et musiciens (Baden-Powell, Pierre Perret, Sheila, Charles Aznavour, Georges Moustaki, etc.) mais aussi pour des musiques de films. Fou de sa voix, Georges Delerue l’engage pour la plupart de ses musiques (Les Cracks, La promesse de l’aube, La princesse d'Elide, etc.), tout comme François de Roubaix (Le Rapace, Un aller simple, etc.), Antoine Duhamel (Baisers volés), Claude Bolling, etc. Je consacrerai très prochainement un article complet à la carrière de Françoise où vous découvrirez qu'elle est la voix non-créditée derrière de nombreux enregistrements "cultes".

Le rythme est marqué par la voix de la basse profonde : d’après mes oreilles, Jean Stout (inoubliable voix chantée de Baloo dans le doublage français du Livre de la Jungle) sur « Turn Round », « Bluesology » et « Minuit-Cannes » et a priori Jean-Claude Briodin (membre fondateur des Double Six et des Swingle Singers) sur « Rythmofeeling ».


Jack Hendrix Tchikbaams : Turn around (1967)


J’ai pu récupérer et lister dans un tableur Excel les fiches de paie d'une douzaine de mes amis choristes, mais les noms des artistes accompagnés, etc. y figurent rarement.
Pour Barclay, à partir du milieu des années 60, la comptabilité notait l’artiste accompagné sur quelques-unes des fiches de paie mais pas sur toutes (par exemple elle notait « Charles Aznavour » sur la fiche de paie de Danielle Licari, mais par sur celles, à la même date et à la même heure, de Jackye Castan, Anne Germain, José Germain, etc.). Il faut donc avoir suffisamment de fiches de paie de choristes différents pour arriver à trouver le nom des artistes Barclay accompagnés : par chance, j'ai trois fiches de paie Barclay notées "Jacques Hendrix" en 1967:
-Une pour Françoise Walle le 12/05 (9h-12h30, studio Arsonor). Anne Germain et Jean-Claude Briodin ont une fiche pour la même séance.
-Une pour Jean-Claude Briodin le 23/05 (9h). Anne Germain et Françoise Walle ont une fiche pour la même séance.
-Une pour Françoise Walle le 25/05 (17h). Jean-Claude Briodin, Anne Germain et José Germain ont une fiche pour la même séance.
-On peut présumer qu'il y a également les 16/05 (fiches de paie sans nom d'artiste pour Jean-Claude Briodin, Anne Germain et Françoise Walle) et 18/05 (fiches de paie sans nom d'artiste pour José Germain, Anne Germain et Françoise Walle)

On peut dire avec quasi-certitude qu’il s’agit de « Tchikbaams », dont on ne sait d'ailleurs si c'est le nom du disque ou celui du groupe.


45T EP « Jack Hendrix Tchikbaams » Barclay 71181
Enregistrement : 12/05 (17h, Studio Arsonor), 23/05 (9h) et 25/05/1967 (9h-12h30) / Sortie : 1967
A1 : Turn Round (Jacques Hendrix) 1:52 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle (soprano soliste) et Jean Stout (basse profonde soliste)
A2 : Rythmofeeling (Jacques Hendrix) 2:50 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle (soprano soliste) et a priori Jean-Claude Briodin (basse soliste)
B1 : Bluesology (Jacques Hendrix) 2:20 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle (soprano soliste) et Jean Stout (basse profonde soliste)
B2 : Minuit-Cannes (Jacques Hendrix) 2:32 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle (soprano soliste) et Jean Stout (basse profonde soliste)

À la même époque (juin 1967), des bandes d’enregistrement 6 pistes existent pour 8 titres (numérotés 3, 1, 11, 8, 12, 5, 9, 7) d’un projet « Hendrix 2ème disque » produit par Francis Lemarque et enregistré au studio A de Davout.
La description des différentes pistes (Hendrix wah-wah, chœurs boys, chœurs girls, guitare élec, voix filles solo, etc.) semble correspondre à Tchikbaams. S’agit-il du même projet, ou d’un projet inédit ou sorti avec un autre pseudonyme ? Mystère…


Line-up n°2 dit « The Jumping Jacques » (juin 1968-avril 1969) : Françoise Walle, Anne Germain, Alice Herald et certainement Michelle Dorney / Jacques Hendrix, Jean-Claude Briodin, Jean Stout, Marcel Hendrix et 1 autre chanteur


Inscrit dans une tradition de chanteur à la fois poétique et populaire, Francis Lemarque est un découvreur de talents curieux et courageux, accompagnant financièrement les projets les plus personnels et originaux de ses amis arrangeurs comme Michel Legrand (Les Parapluies de Cherbourg), Claude Germain (groupe vocal Les Masques)… et maintenant Jacques Hendrix, pour son groupe vocal, qui a enfin un nom: The Jumping Jacques.

Tandis que le style de Tchikbaams était très marqué par le jazz, le premier album des Jumping Jacques est plus varié stylistiquement.



The Jumping Jacques : L'opéra des jours heureux
(reprise du thème du film PlayTime de Jacques Tati, composé par Francis Lemarque)



Les bandes d'enregistrement Hendrix et Jumping Jacques sont datées des 20/05 et 12/06/1968. Y figurent les 12 titres du premier album, et deux inédits : « Brazilian Brass Band » et « Ballade sans titre ».
Françoise Walle, Anne Germain (The Swingle Singers), Alice Herald (The Swingle Singers, Les Masques, etc.) et Jean-Claude Briodin ont des fiches de paie Les Productions Francis Lemarque les 20/05, 12, 13, 14 et 18/06/1968, avec plusieurs séances supplémentaires pour Françoise Walle (soliste, avec de multiples re-recordings) les 19, 20 et 22/06/1968.
Ces séances correspondent sans aucun doute à ce premier album. Il semble que Francis Lemarque ait mis un gros budget, qui a couvert des heures de répétitions et expérimentation en studio.

Un texte en anglais au verso du disque donne les noms de Jean Stout et Françoise Walle (très identifiables, et particulièrement mis en valeur, avec de multiples re-recordings pour Françoise) mais pas les noms des autres chanteurs.
Anne Germain se souvenait de Michelle Dorney (présente avec certitude sur le 2ème album, et peut-être également sur ce 1er album), et peut-être de Christiane CourGéraldine Gogly se souvient quant à elle avoir fait une séance en remplacement pour le groupe, certainement pour cet album car elle était choriste en résidence pour le show de Line Renaud à Las Vegas pendant toute l'année 1969 (année du 2ème album).

Françoise Hardy et Marcel Hendrix
Marcel Hendrix, frère de Jacques, est également présent comme chanteur dans cet album (fiches de paie les 11, 12, 13, 14 et 18/06/1968). Né le 8/04/1934 à Elbeuf, il est pianiste et organiste, mais également arrangeur de talent, compagnon de route de Françoise Hardy (de 1963 à 1967) et de Richard Anthony. Sa veuve, Marie-Françoise, se souvient : « Pour Françoise Hardy, il était arrangeur des albums et des tournées, mais il faisait aussi des choeurs. Je reconnais d'ailleurs sa voix dans la version italienne de « Oh oh chéri » » Marcel participe régulièrement comme choriste aux séances de son frère. « Jacques s'était spécialisé dans les jingles publicitaires, il en faisait énormément. Marcel a beaucoup travaillé avec lui, et il a fait de la figuration et des choeurs dans Boulevard du rhum avec Brigitte Bardot ». Il accompagne également au piano le Golden Gate Quartet (en 1972), puis déménage ensuite dans les Alpes-Maritimes, continuant d'exercer son activité dans les clubs et restaurants de la Côte d'Azur et des Hautes-Alpes. Il est décédé à Antibes le 9/06/2007.


33T LP « The Jumping Jacques : Sugar & Spice » Polydor – 184 212 
Enregistrement les 20/05, 11, 12, 13, 14, 18, 19, 20 et 22/06/1968 a priori au Studio Davout / Sortie : a priori 1969
Pays : Royaume-Uni
A1 : Mississippi Mischief (Jacques Hendrix) 2:24 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle, Jean Stout, Anne Germain (reconnaissable sur des di-di-di-di-di), Jean-Claude Briodin, etc.
A2 : Gossip and chatter (Jacques Hendrix) 2:35 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle, Jean Stout, etc.
A3 : Strolling Along The Seine (Jacques Hendrix) 1:37 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle, Jean Stout, Jean-Claude Briodin, etc.
A4 : Let them eat cake (Jacques Hendrix) 1:42 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle, Jean Stout, etc.
A5 : Through a Brazilian rain forest (Jacques Hendrix) 2:31 : groupe vocal mixte dont un soliste non identifié en début de titre (Jacques Hendrix ?), Françoise Walle, Jean Stout, etc.
A6 : Offbeat Fugue (Jacques Hendrix) 2:41 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle, Jean Stout, etc.
B1 : Sugar and Spice and everything nice (Jacques Hendrix) 2:13 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle, Jean Stout, etc.
B2 : Love me now (Jacques Hendrix) 3:08 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle, Jean Stout, etc.
B3 : Somehow I feel I must be dreaming (Jacques Hendrix) 2:35 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle, Jean Stout, Jean-Claude Briodin, etc.
B4 : L'Opéra des jours heureux (Francis Lemarque) 2:03 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle, Jean Stout, Jean-Claude Briodin, Anne Germain (reconnaissable sur les tchip-tchoup), etc.
B5 : Someday we'll know (Jacques Hendrix) 1:54 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle, Jean Stout, Jean-Claude Briodin, un soliste non-identifié (Jacques Hendrix ?), etc.
B6 : Banjo Itis (Jacques Hendrix) 1:25 : groupe vocal mixte dont soliste non-identifié (banjo), Jean-Claude Briodin (solo basse), Jean Stout (basse profonde)
-« Somehow I feel I must be dreaming » comprend une petit saut de son dans la ressortie Trunk Records
-Toutes les compositions sont de Jacques Hendrix sauf « L’opéra des jours heureux » (composé par le producteur Francis Lemarque)


Inédits en disque
Enregistrement les 20/05, 12, 13, 14, 18, 19, 20 et 22/06/1968 a priori au Studio Davout
Ballade sans titre
Brazilian Brass Band

45T Single « Offbeat Fugue / Banjo Itis » Festival SPX 97
Sortie : 1969
A : Offbeat Fugue
B : Banjo - Itis
Les deux titres sont issus du premier album « The Jumping Jacques : Sugar & Spice » Polydor – 184 212.
Le changement de maison disque (Festival) et la photo semblent indiquer que ce 45T est sorti après les enregistrements du deuxième album.



On retrouve en date du 18 avril 1969 une bande contenant 5 titres produits par Francis Lemarque et arrangés par Jacques Hendrix: si trois d'entre eux sont non identifiés (« Tamataw », « Avec deux cubes de glace », « Wa-Wa »), les deux autres (« L'hallali de ma folie », « Les larmes du ciel ») sont des titres composés par Jacques Hendrix (sur des paroles de Robert Icher) pour le chanteur fantaisiste Michel Cassez alias Gaston (son ancien complice de l'orchestre Jacques Hélian).
Les Jumping Jacques sont justement crédités sur le 45 tours de Gaston, et je trouve des fiches de paie Les Productions Francis Lemarque pour Françoise Walle, Alice Herald et Jean-Claude Briodin (mais pas Anne Germain ni Marcel Hendrix, sauf oubli) à cette date-ci.
Bien que le nom des Jumping Jacques figure sur la pochette, l'arrangement de leurs voix pour ces deux morceaux est assez classique (malgré des effets d'accélération de voix sur « L'hallali de ma folie » qui rappellent 
« Avalon », etc.) et pourrait être attribué à n'importe quel groupe de choristes.


45T Single « Gaston : L'hallali de ma folie / Les larmes du ciel » Festival SPX 121
Enregistrement le 18/04/1969 / Sortie : 1969
A : L'hallali de ma folie (Robert Icher, Jacques Hendrix) 2:10 : Gaston et groupe vocal mixte 
B : Les larmes du ciel (Robert Icher, Jacques Hendrix) 2:02 : Gaston et groupe vocal mixte dont Françoise Walle très reconnaissable


Line-up n°3 dit « The Jumping Jacques » (mai 1969-septembre 1970) : Françoise Walle, Anne Germain, Nicole Darde et Michelle Dorney / Vincent Munro, Jacques Hendrix, Jean-Claude Briodin, Jean Stout, Marcel Hendrix et a priori Bob Smart



Tandis que le premier album représentait sur la pochette du disque une mannequin non identifiée, le deuxième disque fait figurer Jacques Hendrix et Françoise Walle, et on peut percevoir (au milieu de fleurs, dans une esthétique très « flower power ») les photos d’autres membres du groupe comme Michelle Dorney et Anne Germain, mais aussi Marcel Hendrix et Vincent Munro.



The Jumping Jacques : Lucinda


Une photo (prise le même jour), qui m’a été retrouvée et offerte par l’ingénieur du son Claude Ermelin (des studios Davout) permet de compléter l’équipe : on reconnaît Jean-Claude Briodin et Nicole Darde (membre des Swingle Singers, qui n'a pas de souvenir de ces séances mais me confirme que c’est bien elle). Un homme de dos paraît être le ténor Bob Smart (Les Double Six) dont il me semble avoir reconnu le timbre dans le solo de « Lucinda ». Il y a globalement une écriture et une couleur de voix qui met plus en valeur les ténors dans ce deuxième album que dans le premier.



The Jumping Jacques en studio
En cabine : homme non-identifié et Claude Ermelin
Chanteurs de gauche à droite: Jean-Claude Briodin (bout de chevelure), a priori Bob Smart (de dos), Marcel Hendrix, Vincent Munro, Nicole Darde, Michelle Dorney, Anne Germain, Françoise Walle et Jacques Hendrix
(Photo offerte à Dans l'ombre des studios par Claude Ermelin)


The Jumping Jacques en studio
Michelle Dorney, Françoise Walle et Anne Germain
(archives Françoise Walle)


Les bandes indiquent pour dates les 23 et 24/06/1969. Les fiches de paie Les Productions Francis Lemarque de Françoise Walle, Anne Germain, Marcel Hendrix et Jean-Claude Briodin nous permettent de voir qu’il y a eu en plus de ces deux dates, les 25, 26 et 27/06/1969 (+28 et 30/06 pour Françoise Walle).


33T LP « The Jumping Jacques » Festival FLDX 513 
Enregistrement : 23, 24, 25, 26, 27, 28 et 30/06/1969 au Studio Davout / Sortie : mars 1970
Prise de son : Claude Ermelin
A1 : Double Françoise (Jacques Hendrix) 2:30 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle, Jean Stout, etc.
A2 : La terre, le ciel et l'eau (Vladimir Cosma) 2:27 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle, Jean Stout, Anne Germain (reconnaissable sur les doum-doum finaux), etc.
A3 : Lucinda (Jacques Hendrix) 2:29 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle, Bob Smart (solo ténor), Jean Stout, etc.
A4 : Just a little midnight swim (Jacques Hendrix) 2:30 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle, soliste non identifié (Jacques Hendrix ? Bob Smart ?), Jean Stout, etc.
A5 : Avalon (Jolson, De Sylva, Vincent Rose) 1:35 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle, Jean Stout, Jean-Claude Briodin ou Bob Smart (soliste « eurgh eurgh »), etc.
A6 : Where flamingos fly (Jacques Hendrix) 3:00 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle, Jean Stout, etc.
B1 : Adagio Romantique (Jacques Hendrix) 2:15 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle, Jean Stout, etc.
B2 : Chili Peppers (Jacques Hendrix) 2:10 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle, Jean Stout, etc.
B3 : Haunted House (Jacques Hendrix) 3:00 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle, Jean Stout, etc.
B4 : Velvet and Satin (Jacques Hendrix) 2:00 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle, Jean Stout, etc.
B5 : Who's that knocking at the door (Jacques Hendrix) 2:35 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle, Jacques Hendrix ou Jean-Claude Briodin (basse solo), Jean Stout, etc.
B6 : Whispering (John Schonberger) 2:25 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle, Jean Stout, Bob Smart, etc.
-L’un des inédits enregistrés au moment du 1er disque (Brazilian Brass Band) devait faire partie de ce 2ème disque
-« Adagio romantique » a quelques fulgurances très Swingle Singers
-« Who’s knocking at that door ? » comprend une petit saut de son dans la ressortie Trunk Records


45T Single « Lucinda / La terre, le ciel et l'eau » Festival DN 895
Sortie : 1970
A : Lucinda
B : La terre, le ciel et l'eau
Les deux titres sont issus du 33T « The Jumping Jacques » Festival FLDX 513
45T Single « Avalon/ Adagio romantique » Festival DN 898
Sortie : 1970
A : Avalon
B : Adagio romantique
Les deux titres sont issus du 33T « The Jumping Jacques » Festival FLDX 513
45T Single « Just a little midnight swim / Chili Peppers » Festival DN 901
Sortie : avril 1970
A : Just a little midnight swim
B : Chili Peppers
Les deux titres sont issus du 33T « The Jumping Jacques » Festival FLDX 513


Le 6 mai 1970, trois titres du chanteur Gaston sont enregistrés avec la participation des Jumping Jacques : 
« Les vacances (et ma vaisselle) » (ou « Parlez-moi des vacances (et ma vaisselle) »)« En transit sur mon transat » et « Tamataw » (2ème fois, puisqu'un 1er enregistrement de ce titre avait eu lieu en 1969). « Tamataw » reste inédit mais les deux autres sont couplés en EP avec les deux titres du single de 1969. Tout comme les deux titres de 1969, la participation des Jumping Jacques reste assez sommaire.



Gaston et les Jumping Jacques : En transit sur mon transat


45T EP « Gaston : Parlez-moi des vacances (et ma vaisselle) » Festival FX 1595 M
Enregistrement les 18/04/1969 (titres A2, B2) et 6/05/1970 (titres A1, B1) / Sortie : 22/05/1970
A1 : Les vacances (et ma vaisselle) (Robert Icher, Jacques Hendrix) 2:57 : Gaston, comédienne non identifiée, et groupe vocal féminin dont Françoise Walle
A2 : L'hallali de ma folie (Robert Icher, Jacques Hendrix) 2:10 : cf. single
B1 : En transit sur mon transat (Robert Icher, Jacques Hendrix) 2:58 : Gaston et groupe vocal mixte dont Françoise Walle
B2 : Les larmes du ciel (Robert Icher, Jacques Hendrix) 2:02 : cf. single


The Jumping Jacques font en septembre 1970 une unique apparition télévisuelle.


Les Jumping Jacques (ou plutôt Françoise Walle et Jacques Hendrix)
chantent en playback "Double Françoise"


Émission TV « Au risque de vous plaire » du 24/09/1970
Chant en playback « Double Françoise »
Chanteurs à l’image : Jacques Hendrix et Françoise Walle
Seule « promo » TV du groupe à ma connaissance


Jacques Hendrix après The Jumping Jacques


Les ventes de disques des Jumping Jacques sont à l'époque très confidentielles. Il semble qu'un ou des titres aient été utilisés comme génériques d'émissions radiophoniques, mais je n'en ai pas retrouvé la trace. Jacques Hendrix tente dans les années 70 un nouveau projet, l'album Holiday for voices sous le pseudonyme de Peter Beasson (dates d'enregistrement pour l'instant inconnues) avec cette fois-ci seulement la voix de Françoise Walle et (a priori) la sienne. Deux titres sont nommés en 
« hommage » à Françoise: Walle-Street et Les Wallett's.
4 autres titres paraîtront dans l'album The Standard Music Library (1976).

Tandis que le son de Françoise, assez moderne, s'adapte à celui des nouvelles générations de choristes (les frères Costa et les Fléchettes travaillent régulièrement avec elle), la carrière artistique de Jacques Hendrix, jusque là bien remplie (même si un blacklistage par Janine de Waleyne l'a fait moins travailler pendant une certaine période) semble peu à peu décliner.
Il travaille au Studio des Dames (pour Philips / Phonogram) comme vérificateur de feuilles de présence. Georges Costa s'en souvient : « J'ai commencé les séances de choeurs vers 1972 et n'ai pas connu Jacques Hendrix comme choriste, il était passé de l'autre côté de la barrière. Au Studio des Dames, il regardait les feuilles des musiciens pour vérifier qu'il n'y avait pas d'abus: À l'époque, quand on se doublait (re-recording des voix, ndlr) on rajoutait au salaire 50% pour le doublage, 75% pour un triplage et 100% pour un quadruplage. Hendrix vérifiait qu'on n'avait pas compté un triplage à la place d'un doublage. Parfois il nous disait que le doublage n'était pas nécessaire, et on lui répondait que c'était demandé par le chef d'orchestre, qui était décisionnaire. Ce n'était pas bien méchant. » 
Il reprend parfois le saxophone, notamment dans l'orchestre de Johnny Hallyday pour son Palais des sports 1982.

Séparé de Françoise Walle depuis un certain temps, plongé dans une grosse dépression, et de plus en plus gagné par la folie, Jacques Hendrix tue sa nouvelle compagne et met fin à ses jours à Paris le 27/08/1991. Françoise apprend la nouvelle alors qu'elle est sur un plateau de télévision où elle accompagne Roch Voisine.


La revanche des Jumping Jacques 


En 2003, un label italien, Petra, réédite (à partir des 33 tours d'époque) en CD et 33T les deux albums des Jumping Jacques. Les titres sont mis en ligne quelques années plus tard sur Youtube par des passionnés. Je les découvre, les partage à mes lecteurs, et commence à faire quelques recherches. Le groupe intéresse de plus en plus les diggers amateurs de library music et d'albums d'easy listening.

À cette même période, 
Elisabeth et Maxence Jutel,  couple d'auteurs-compositeurs-interprètes, passionné notamment par les musiques de films des années 60-70 (on leur doit entre autres un charmant « Cosma et toi » dédié au plus français des compositeurs roumains), décide de nommer son duo Double Françoise... en hommage à l'un des titres de Jumping Jacques. Elisabeth Jutel me le confirme : « On a piqué l'idée à un titre des Jumping Jacques, sur lequel une chanteuse qui s'appelle Françoise (Françoise Walle, ndlr) se double. C'est une technique de studio à l'ancienne que nous utilisons parfois pour donner un peu plus de corps à ma voix et qui crée un effet intéressant. Et comme nos inspirations remontent pour la plupart à l'époque où toutes les filles s'appelaient Françoise, avoir ce prénom comme identité nous convient bien. » (La chaîne Youtube du duo Double Françoise)

En 2016, le label allemand Zeitgeist sort un CD, Let them eat cake, réunissant les deux albums des Jumping Jacques.

Début 2024, le label anglais Trunk Records, avec l'accord de la fille de Jacques Hendrix (pas sûr que ce soit le cas pour les précédentes rééditions), sort en digital non seulement les deux albums des Jumping Jacques (toujours du repiquage de vinyle, mais plutôt de bonne qualité malgré un saut de son sur plusieurs titres), mais aussi les deux raretés: Tchikbaams (qualité audio très moyenne, car repiquage d'un 45 tours) et Holiday for voices.
Trunk Records fait également, en tant qu'éditeur musical, un dépôt SACEM groupé 
(avec en sous-édition la société... Double Six (ça ne s'invente pas!) Properties Limited) en nommant Jacques Hendrix comme compositeur, y compris pour les titres qu'il n'a pas composés (comme « L'opéra des jours heureux » de Lemarque et « La terre, le ciel et l'eau » (The Land, the sky, the sea) de Cosma et Lemarque).

Éphémère OVNI dans le milieu des groupes vocaux, les Jumping Jacques continuent d'étonner et de trouver un public.


À lire et écouter


Jean Stout : Baloo, Petit Jean et les autres (Rémi Carémel, 19 mai 2011, Dans l'ombre des studios)
https://danslombredesstudios.blogspot.com/2011/05/jean-stout-baloo-petit-jean-et-les.html

Jean-Claude Briodin : Entretien avec un Troubadour (Rémi Carémel, 7 mars 2020, Dans l'ombre des studios)
https://danslombredesstudios.blogspot.com/2020/03/jean-claude-briodin-entretien-avec-un_7.html

Bob Smart : Un Américain à Paris (Rémi Carémel, 10 janvier 2017, Dans l'ombre des studios)
https://danslombredesstudios.blogspot.com/2017/01/bob-smart-un-americain-paris.html

Anne Germain : Chanter la vie, chanter les fleurs, chanter les rires et les peurs (Rémi Carémel, 17 mai 2014, Dans l'ombre des studios)
https://danslombredesstudios.blogspot.com/2014/05/anne-germain-chanter-la-vie-chanter-les.html

Alice Herald : Les Masques et la Plume (1937-2025) 
(Rémi Carémel, 9 janvier 2026, Dans l'ombre des studios)