lundi 6 avril 2026

Discographie Jack Hendrix Tchikbaams / The Jumping Jacques

Suite aux très nombreuses erreurs, imprécisions, etc. que l‘on trouve sur internet à propos des groupes vocaux français, j’ai le plaisir de vous proposer sur « Dans l’ombre des studios » des discographies détaillées de plusieurs de ces groupes.

Je les ai faites à partir d’une écoute attentive de disques et archives radiophoniques (ayant acquis depuis quelques années une connaissance de ces chanteurs de groupes vocaux qui me permet d'identifier leurs voix, même au sein d'un "son de groupe"), d’un visionnage des archives télévisées (permettant de dater avec plus de précision les sorties de disques mais aussi les changements de chanteurs), des discographies préétablies par les sites Encyclopédisque et Discogs, de mes entretiens et séances d’écoutes avec les chanteurs et leurs proches, d'une étude de leurs archives (bulletins de paie, contrats, feuilles de présence, agendas, décomptes de partages de recettes, photos, programmes de concerts) et des entretiens réalisés avant moi par mes confrères Serge Elhaïk, Jean Letellier et Eric Fardet.

Bien que quasi exhaustives, ces discographies évolueront au fil du temps, au gré de nouvelles « découvertes ».

Aujourd’hui : Jack Hendrix Tchikbaams / The Jumping Jacques.



Discographie de Jack Hendrix Tchikbaams / The Jumping Jacques établie par Rémi Carémel.
Remerciements à Françoise Walle, Anne Germain (et ses filles Isabelle et Victoria), Jean Stout, Jean-Claude Briodin, Alice Herald, Nicole Darde, José Germain, Géraldine Gogly, Anne-Marie Mainguy (fille de Jacques Hendrix), Marie-Françoise Henderyckx (veuve de Marcel Hendrix), Stéphane Korb (fils de Francis Lemarque), Claude Ermelin, Georges Costa, Dominique Jaujay, Grégoire Philibert, Elisabeth Jutel et aux contributeurs des sites Encyclopédisque et Discogs.

Supervision artistique : Jacques Hendrix
Production : Francis Lemarque
Style : Chant en onomatopées, easy listening
Composition de la plupart des morceaux, direction musicale et arrangements : Jacques Hendrix
Effectif : 8 à 10 (4F + 4 à 6H) chanteurs + Batterie et guitares + (pour Tchikbaams) percussions & saxophones
Chanteurs solistes : principalement Françoise Walle (soprano) et Jean Stout (basse profonde)
Chanteurs :
Line-up n°1 dit « Jack Hendrix : Tchickbaams » (1967) :
Françoise Walle, Anne Germain et 2 ou 3 autres chanteuses / Jacques Hendrix, Jean-Claude Briodin, José Germain, Jean Stout et un 1 ou 2 autres chanteurs
Line-up n°2 dit « The Jumping Jacques » (juin 1968-avril 1969) :
Françoise Walle, Anne Germain, Alice Herald et certainement Michelle Dorney / Jacques Hendrix, Jean-Claude Briodin, Jean Stout, Marcel Hendrix et 1 autre chanteur
Line-up n°3 dit « The Jumping Jacques » (mai 1969-septembre 1970) :
Françoise Walle, Anne Germain, Nicole Darde et Michelle Dorney / Jacques Hendrix, Jean-Claude Briodin, Jean Stout, Marcel Hendrix, homme non-identifié et a priori Bob Smart

Musiciens :
Non-identifiés

« Pour se lever tôt. Pour s'endormir tard. Et pour rêver tôt ou tard. »
Telle est l'accroche pleine de promesses du deuxième album des Jumping Jacques.
En 2010, je découvre (en regardant régulièrement sur Youtube si des enregistrements inédits de Jean Stout ont fait surface) ce groupe grâce à un internaute qui a mis en ligne la plupart des titres du groupe sur la plateforme.
Je suis épaté par l’originalité de ce groupe vocal et son style, très psychédélique et rythmé. Je partage sur les réseaux des liens musicaux du groupe (qui comme Les Masques, intéresse pas mal de « diggers ») et commence à glaner des informations grâce à Jean Stout et Anne Germain, puis plus tard grâce à d'autres choristes et à la famille des frères Jacques et Marcel Hendrix.

Il est alors tentant d’écrire une discographie, mais :
1) le nom des chanteurs n’apparaît pas sur les pochettes, et le groupe n’a jamais fait de concert (il n’existe qu’une seule télévision en playback où seuls Jacques Hendrix et Françoise Walle apparaissent) ; je ne trouve aucune photo ou archive (feuilles de présence, nom du groupe sur les fiches de paie, etc.) permettant d’établir avec certitude quels sont les chanteurs de chacun des albums et de dater les enregistrements.
2) En raison de la personnalité « controversée » de Jacques Hendrix, une levée de bouclier est faite par quelques choristes (anciennes amies de Françoise Walle) lorsque j’évoque le groupe sur les réseaux.

Finalement, je retrouve les bandes d’enregistrement (sur lesquelles sont indiquées des informations importantes, comme les dates), ce qui me permet de « recouper » les dates avec les fiches de paie de choristes que j’ai collectées et de confirmer quelques noms de chanteurs.
Et Françoise Walle me donne son feu vert pour parler du groupe, étant fière de son travail avec les Jumping Jacques.

Je choisis de coupler cette courte discographie des Jumping Jacques avec l'un des précédents projets de Jacques Hendrix, Jack Hendrix Tchickbaams.


Note importante pour toutes les discographies "Dans l'ombre des studios" de groupes vocaux:
- Cette discographie mélange discographie traditionnelle et liste des émissions de télévision et de radio. Elle suit un ordre chronologique.
- Pour plus de lisibilité, j'ai fait exprès de ne pas lister les très nombreux pressages étrangers, 45T issus d'albums, compilations, etc. afin de me concentrer sur les séances originales.
- Des événements importants pour le groupe sont mentionnés en gras et en italique.
- La discographie est chronologiquement découpée en plusieurs parties correspondant aux changements de chanteurs dans le groupe. Un "line-up" est une composition d'équipe: quand un membre du line-up n°2 quitte le groupe, le line-up n°3 commence à l'arrivée de son remplaçant.
- Je pourrais me contenter d'indiquer pour chaque morceau les solistes, mais comme certains (rares) morceaux sont chantés uniquement par une ou des solistes sans les autres membres du groupe, je précise "et groupe vocal" quand les autres membres du groupe sont présents (c'est à dire quasiment tout le temps). Le "groupe vocal" est en principe constitué, sauf mention contraire, de tous les membres du line-up en cours ("groupe vocal mixte"), ou de ses éléments féminins ou masculins.



Jacques Hendrix avant The Jumping Jacques



Jacques Hélian et son orchestre (saison 1954-1955)
1er rang : Paul Piguillem (g), Jacques Hendrix (sax ténor)
et Michel Cassez (sax alto)
2ème rang: Jean-Claude Briodin (sax alto), Georges Blanc (sax ténor)
et Gérard Lévecque (sax baryton)

Jacques Henderyckx naît le 17/11/1928 à Elbeuf. Son père a fait le conservatoire, et enseigne le piano et l’accordéon. Les trois enfants Henderyckx (Jacques, Jean et Marcel), dès l’enfance, jouent chacun d’un instrument. Pour Jacques, c’est le saxophone. Sous le pseudonyme de Jacques Hendrix, il rejoint l’orchestre de Jacques Hélian dans les années 50. Jean-Claude Briodin se souvient : « Quand j’étais dans l’orchestre, Michel Cassez (« Gaston ») était premier sax alto, moi deuxième alto. Et Jacques Hendrix était un des deux sax ténors avec Georges Blanc. Il y avait également un sax baryton: l'arrangeur Gérard Lévecque, qui était le premier mari de Rita Castel (membre des Hélianes puis des Blue Stars, ndlr) »
Doué pour le jazz, Jacques accompagne Bill Coleman sur son LP Bill Coleman and his seven : singing and swinging (Columbia, 1956).
À l'avènement des groupes vocaux, au milieu des années 50, ces groupes nécessitent des chanteurs capables de déchiffrer très rapidement des partitions, et recrutent parmi les musiciens « sachant chanter ». Tout comme ses complices de chez Hélian, les musiciens Henri Tallourd et Jean-Claude Briodin (c'est Jacques qui fait passer à Jean-Claude une audition devant Christiane Legrand et le fait entrer ainsi chez les Fontana), Jacques Hendrix rejoint comme chanteur (baryton-martin) la plupart des groupes vocaux de l’époque : Les Fontana (Michel Legrand), Les Angels (Christian Chevallier), Les Barclay, Les Baroques (Ivan Jullien et Roger Guérin), etc. 



Gilbert Bécaud chante "L'orange" (1966)
avec ses choristes :
Michelle Dorney, Michèle Bertin-Conti, Janine de Waleyne,
Louis Aldebert, Jean-Claude Briodin et Jacques Hendrix


Jacques Hendrix accompagne comme choriste en studio et sur les plateaux de télévision la plupart des chanteurs des années 60 (Gilbert Bécaud, Bourvil (« La tendresse »), Sheila, Richard Anthony, Mireille Mathieu, etc.). Sa personnalité est déjà assez à part, farceur (passant derrière les choristes pour leur couper aux ciseaux leurs cigarettes quand ils les mettent derrière eux au moment d’enregistrer)… et souvent moqueur envers les jeunes chanteurs et chanteuses yéyé qu’il accompagne.
Il participe également aux chœurs de nombreuses musiques de films (Les Parapluies de Cherbourg, La grande lessive, Michel Strogoff, Les sept péchés capitaux, La dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil, Qui êtes-vous, Polly Maggoo ?, PlayTime, Viva Maria, Mister Freedom, etc.).
Il est en outre arrangeur pour Les Compagnons de la Chanson, Les Valentin, Les Frères Megri, et pour une partie des artistes produits par Francis Lemarque (Victoria, Gaston, etc.).


Jacques Hendrix et son orchestre : le climb (janvier 1963)
De gauche à droite : Claude Germain, Jean Liesse, Jacques Hendrix, Henri Tallourd et José Germain
(Présentation : Colette Brosset et Gérard Calvi)


Parallèlement à toutes ces activités de l’ombre, il monte un orchestre (Jacques Hendrix et son orchestre) et signe plusieurs disques chez Columbia dans la première moitié des années 60. Comprenant que les nouvelles modes musicales se font grâce à la danse sociale, il tente d’inventer à chaque fois un nouveau style musical et sa danse associée, comme le « climb » (sur un tempo assez lent) et le « snow cup » (danse calquée sur les mouvements du skieur). Il présente plusieurs fois à la télévision son actualité musicale.

Jacques Hendrix présente le snow cup 
-Reportage TV Lorraine Soir du 14 février 1966 à Gérardmer (avec interview de Jacques Hendrix (off), Raymond Souplex et Dick Rivers)
-Interview de Jacques Hendrix et playback pour l'émission TV Vient de paraître du 10 mars 1966
(Dans ces deux émissions, Jean Liesse est à la trompette)


Mais après avoir été membre d’une dizaine de groupes vocaux, il lui manque son groupe vocal à lui. Il compose et arrange plusieurs titres en onomatopées, mais dans un style très éloigné de ses amis Swingle Singers (la référence française dans le domaine du chant en onomatopées).
On peut certes ranger les groupes de Jacques Hendrix dans la catégorie un peu fourre-tout d’ « easy listening » mais il s’en distingue particulièrement par son originalité, naviguant entre les styles (jazz/funk (1er 45T), Swingle Singers (« Adagio romantique », « Offbeat Fugue »), bossa nova (« Through a Brazilian forest »), negro spiritual (« Banjo it is »), andin (« Chili Peppers »)) mais avec une petite touche de folie apportée notamment par les multiples re-recordings, et les imitations par les choristes de différents instruments de musiques (orgue de barbarie, guitares, etc.) en voix naturelles ou trafiquées (comme la délirante reprise d'« Avalon », entre le génie et l'horreur musicale). 
Ça donne deux groupes successifs, Jack Hendrix Tchikbaams (un 45T) et The Jumping Jacques (2 albums) qui n’ont d’autre existence que leur sortie en disque (aucun concert, aucune promo à part un passage TV chez Averty).
Jean Stout s’en souvenait lorsque je l’avais interviewé : « C’est un groupe qui n’a pas « existé » et qui n’était pas fait pour passer sur les ondes. C’était une opération, un « coup » comme on disait à l’époque ».


Line-up n°1 dit « Jack Hendrix : Tchickbaams » (1967) :
Françoise Walle, Anne Germain et 2 ou 3 autres chanteuses / Jacques Hendrix, Jean-Claude Briodin, José Germain, Jean Stout et un 1 ou 2 autres chanteurs


Ce premier groupe est très proche du style et du son des futurs Jumping Jacques, et il est donc logique de les associer. Les quatre morceaux sont composés par Jacques Hendrix. Les chanteurs sont pour la plupart les mêmes que les Jumping Jacques à savoir des choristes de studio (qui accompagnaient les chanteurs de variétés du moment et enregistraient aussi musiques de films, doublages, etc.), habitués des groupes vocaux.

L'article pour faire connaître Françoise
au grand public... fait une faute à son pseudonyme
(noté Valle au lieu de Walle)
La voix soliste est celle de Françoise Walle
En couple avec Jacques Hendrix à l'époque de ces groupes, elle est sa « muse » vocale. Née Françoise Merdrignac, elle fait ses débuts sous le nom de Françoise Walch (nom de son premier mari) avant de prendre le pseudonyme de Françoise Walle. Françoise est l’une des sopranes les plus importantes dans le milieu des chœurs des années 60-70. Son magnifique timbre de voix et son agilité vocale font qu’elle est souvent demandée comme soliste pour accompagner des chanteurs et musiciens (Baden-Powell, Pierre Perret, Sheila, Charles Aznavour, Georges Moustaki, etc.) mais aussi pour des musiques de films. Fou de sa voix, Georges Delerue l’engage pour la plupart de ses musiques (Les Cracks, La promesse de l’aube, La princesse d'Elide, etc.), tout comme François de Roubaix (Le Rapace, Un aller simple, etc.), Antoine Duhamel (Baisers volés), Claude Bolling, etc. Je consacrerai très prochainement un article complet à la carrière de Françoise où vous découvrirez qu'elle est la voix non-créditée derrière de nombreux enregistrements "cultes".

Le rythme est marqué par la voix de la basse profonde : d’après mes oreilles, Jean Stout (inoubliable voix chantée de Baloo dans le doublage français du Livre de la Jungle) sur « Turn Round », « Bluesology » et « Minuit-Cannes » et a priori Jean-Claude Briodin (membre fondateur des Double Six et des Swingle Singers) sur « Rythmofeeling ».


Jack Hendrix Tchikbaams : Turn around (1967)


J’ai pu récupérer et lister dans un tableur Excel les fiches de paie d'une douzaine de mes amis choristes, mais les noms des artistes accompagnés, etc. y figurent rarement.
Pour Barclay, à partir du milieu des années 60, la comptabilité notait l’artiste accompagné sur quelques-unes des fiches de paie mais pas sur toutes (par exemple elle notait « Charles Aznavour » sur la fiche de paie de Danielle Licari, mais par sur celles, à la même date et à la même heure, de Jackye Castan, Anne Germain, José Germain, etc.). Il faut donc avoir suffisamment de fiches de paie de choristes différents pour arriver à trouver le nom des artistes Barclay accompagnés : par chance, j'ai trois fiches de paie Barclay notées "Jacques Hendrix" en 1967:
-Une pour Françoise Walle le 12/05 (9h-12h30, studio Arsonor). Anne Germain et Jean-Claude Briodin ont une fiche pour la même séance.
-Une pour Jean-Claude Briodin le 23/05 (9h). Anne Germain a une fiche pour la même séance.
-Une pour Françoise Walle le 25/05 (17h). Jean-Claude Briodin, Anne Germain et José Germain ont une fiche pour la même séance.

On peut dire avec quasi-certitude qu’il s’agit de « Tchikbaams », dont on ne sait d'ailleurs si c'est le nom du disque ou celui du groupe.


45T EP « Jack Hendrix Tchikbaams » Barclay 71181
Enregistrement : 12/05 (17h, Studio Arsonor), 23/05 (9h) et 25/05/1967 (9h-12h30) / Sortie : 1967
A1 : Turn Round (Jacques Hendrix) 1:52 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle (soprano soliste) et Jean Stout (basse profonde soliste)
A2 : Rythmofeeling (Jacques Hendrix) 2:50 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle (soprano soliste) et a priori Jean-Claude Briodin (basse soliste)
B1 : Bluesology (Jacques Hendrix) 2:20 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle (soprano soliste) et Jean Stout (basse profonde soliste)
B2 : Minuit-Cannes (Jacques Hendrix) 2:32 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle (soprano soliste) et Jean Stout (basse profonde soliste)

À la même époque (juin 1967), des bandes d’enregistrement 6 pistes existent pour 8 titres (numérotés 3, 1, 11, 8, 12, 5, 9, 7) d’un projet « Hendrix 2ème disque » produit par Francis Lemarque et enregistré au studio A de Davout.
La description des différentes pistes (Hendrix wah-wah, chœurs boys, chœurs girls, guitare élec, voix filles solo, etc.) semble correspondre à Tchikbaams. S’agit-il du même projet, ou d’un projet inédit ou sorti avec un autre pseudonyme ? Mystère…


Line-up n°2 dit « The Jumping Jacques » (juin 1968-avril 1969) : Françoise Walle, Anne Germain, Alice Herald et certainement Michelle Dorney / Jacques Hendrix, Jean-Claude Briodin, Jean Stout, Marcel Hendrix et 1 autre chanteur


Inscrit dans une tradition de chanteur à la fois poétique et populaire, Francis Lemarque est un découvreur de talents curieux et courageux, accompagnant financièrement les projets les plus personnels et originaux de ses amis arrangeurs comme Michel Legrand (Les Parapluies de Cherbourg), Claude Germain (groupe vocal Les Masques)… et maintenant Jacques Hendrix, pour son groupe vocal, qui a enfin un nom: The Jumping Jacques.

Tandis que le style de Tchikbaams était très marqué par le jazz, le premier album des Jumping Jacques est plus varié stylistiquement.



The Jumping Jacques : L'opéra des jours heureux
(reprise du thème du film PlayTime de Jacques Tati, composé par Francis Lemarque)



Les bandes d'enregistrement Hendrix et Jumping Jacques sont datées des 20/05 et 12/06/1968. Y figurent les 12 titres du premier album, et deux inédits : « Brazilian Brass Band » et « Ballade sans titre ».
Françoise Walle, Anne Germain (The Swingle Singers), Alice Herald (The Swingle Singers, Les Masques, etc.) et Jean-Claude Briodin ont des fiches de paie Les Productions Francis Lemarque les 20/05, 12, 13, 14 et 18/06/1968, avec plusieurs séances supplémentaires pour Françoise Walle (soliste, avec de multiples re-recordings) les 19, 20 et 22/06/1968.
Ces séances correspondent sans aucun doute à ce premier album. Il semble que Francis Lemarque ait mis un gros budget, qui a couvert des heures de répétitions et expérimentation en studio.

Un texte en anglais au verso du disque donne les noms de Jean Stout et Françoise Walle (très identifiables, et particulièrement mis en valeur, avec de multiples re-recordings pour Françoise) mais pas les noms des autres chanteurs.
Anne Germain se souvenait de Michelle Dorney (présente avec certitude sur le 2ème album, et peut-être également sur ce 1er album), et peut-être de Christiane CourGéraldine Gogly se souvient quant à elle avoir fait une séance en remplacement pour le groupe, certainement pour cet album car elle était choriste en résidence pour le show de Line Renaud à Las Vegas pendant toute l'année 1969 (année du 2ème album).

Françoise Hardy et Marcel Hendrix
Marcel Hendrix, frère de Jacques, est également présent comme chanteur dans cet album (fiches de paie les 11, 12, 13, 14 et 18/06/1968). Né le 8/04/1934 à Elbeuf, il est pianiste et organiste, mais également arrangeur de talent, compagnon de route de Françoise Hardy (de 1963 à 1967) et de Richard Anthony. Sa veuve, Marie-Françoise, se souvient : « Pour Françoise Hardy, il était arrangeur des albums et des tournées, mais il faisait aussi des choeurs. Je reconnais d'ailleurs sa voix dans la version italienne de « Oh oh chéri » » Marcel participe régulièrement comme choriste aux séances de son frère. « Jacques s'était spécialisé dans les jingles publicitaires, il en faisait énormément. Marcel a beaucoup travaillé avec lui, et il a fait de la figuration et des choeurs dans Boulevard du rhum avec Brigitte Bardot ». Il accompagne également au piano le Golden Gate Quartet (en 1972), puis déménage ensuite dans les Alpes-Maritimes, continuant d'exercer son activité dans les clubs et restaurants de la Côte d'Azur et des Hautes-Alpes. Il est décédé à Antibes le 9/06/2007.


33T LP « The Jumping Jacques : Sugar & Spice » Polydor – 184 212 
Enregistrement les 20/05, 11, 12, 13, 14, 18, 19, 20 et 22/06/1968 a priori au Studio Davout / Sortie : a priori 1969
Pays : Royaume-Uni
A1 : Mississippi Mischief (Jacques Hendrix) 2:24 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle, Jean Stout, Anne Germain (reconnaissable sur des di-di-di-di-di), Jean-Claude Briodin, etc.
A2 : Gossip and chatter (Jacques Hendrix) 2:35 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle, Jean Stout, etc.
A3 : Strolling Along The Seine (Jacques Hendrix) 1:37 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle, Jean Stout, Jean-Claude Briodin, etc.
A4 : Let them eat cake (Jacques Hendrix) 1:42 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle, Jean Stout, etc.
A5 : Through a Brazilian rain forest (Jacques Hendrix) 2:31 : groupe vocal mixte dont un soliste non identifié en début de titre (Jacques Hendrix ?), Françoise Walle, Jean Stout, etc.
A6 : Offbeat Fugue (Jacques Hendrix) 2:41 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle, Jean Stout, etc.
B1 : Sugar and Spice and everything nice (Jacques Hendrix) 2:13 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle, Jean Stout, etc.
B2 : Love me now (Jacques Hendrix) 3:08 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle, Jean Stout, etc.
B3 : Somehow I feel I must be dreaming (Jacques Hendrix) 2:35 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle, Jean Stout, Jean-Claude Briodin, etc.
B4 : L'Opéra des jours heureux (Francis Lemarque) 2:03 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle, Jean Stout, Jean-Claude Briodin, Anne Germain (reconnaissable sur les tchip-tchoup), etc.
B5 : Someday we'll know (Jacques Hendrix) 1:54 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle, Jean Stout, Jean-Claude Briodin, un soliste non-identifié (Jacques Hendrix ?), etc.
B6 : Banjo Itis (Jacques Hendrix) 1:25 : groupe vocal mixte dont soliste non-identifié (banjo), Jean-Claude Briodin (solo basse), Jean Stout (basse profonde)
-« Somehow I feel I must be dreaming » comprend une petit saut de son dans la ressortie Trunk Records
-Toutes les compositions sont de Jacques Hendrix sauf « L’opéra des jours heureux » (composé par le producteur Francis Lemarque)


Inédits en disque
Enregistrement les 20/05, 12, 13, 14, 18, 19, 20 et 22/06/1968 a priori au Studio Davout
Ballade sans titre
Brazilian Brass Band

45T Single « Offbeat Fugue / Banjo Itis » Festival SPX 97
Sortie : 1969
A : Offbeat Fugue
B : Banjo - Itis
Les deux titres sont issus du premier album « The Jumping Jacques : Sugar & Spice » Polydor – 184 212.
Le changement de maison disque (Festival) et la photo semblent indiquer que ce 45T est sorti après les enregistrements du deuxième album.



On retrouve en date du 18 avril 1969 une bande contenant 5 titres produits par Francis Lemarque et arrangés par Jacques Hendrix: si trois d'entre eux sont non identifiés (« Tamataw », « Avec deux cubes de glace », « Wa-Wa »), les deux autres (« L'hallali de ma folie », « Les larmes du ciel ») sont des titres composés par Jacques Hendrix (sur des paroles de Robert Icher) pour le chanteur fantaisiste Michel Cassez alias Gaston (son ancien complice de l'orchestre Jacques Hélian).
Les Jumping Jacques sont justement crédités sur le 45 tours de Gaston, et je trouve des fiches de paie Les Productions Francis Lemarque pour Françoise Walle, Alice Herald et Jean-Claude Briodin (mais pas Anne Germain ni Marcel Hendrix, sauf oubli) à cette date-ci.
Bien que le nom des Jumping Jacques figure sur la pochette, l'arrangement de leurs voix pour ces deux morceaux est assez classique (malgré des effets d'accélération de voix sur « L'hallali de ma folie » qui rappellent 
« Avalon », etc.) et pourrait être attribué à n'importe quel groupe de choristes.


45T Single « Gaston : L'hallali de ma folie / Les larmes du ciel » Festival SPX 121
Enregistrement le 18/04/1969 / Sortie : 1969
A : L'hallali de ma folie (Robert Icher, Jacques Hendrix) 2:10 : Gaston et groupe vocal mixte 
B : Les larmes du ciel (Robert Icher, Jacques Hendrix) 2:02 : Gaston et groupe vocal mixte dont Françoise Walle très reconnaissable


Line-up n°3 dit « The Jumping Jacques » (mai 1969-septembre 1970) : Françoise Walle, Anne Germain, Nicole Darde et Michelle Dorney / Jacques Hendrix, Jean-Claude Briodin, Jean Stout, Marcel Hendrix, homme non-identifié et a priori Bob Smart



Tandis que le premier album représentait sur la pochette du disque une mannequin non identifiée, le deuxième disque fait figurer Jacques Hendrix et Françoise Walle, et on peut percevoir (au milieu de fleurs, dans une esthétique très « flower power ») les photos d’autres membres du groupe comme Michelle Dorney et Anne Germain, mais aussi Marcel Hendrix et un choriste à rouflaquettes non-identifié.



The Jumping Jacques : Lucinda


Une photo (prise le même jour), qui m’a été retrouvée et offerte par l’ingénieur du son Claude Ermelin (des studios Davout) permet de compléter l’équipe : on reconnaît Jean-Claude Briodin et Nicole Darde (membre des Swingle Singers, qui n'a pas de souvenir de ces séances mais me confirme que c’est bien elle). Un homme de dos paraît être le ténor Bob Smart (Les Double Six) dont il me semble avoir reconnu le timbre dans le solo de « Lucinda ». Il y a globalement une écriture et une couleur de voix qui met plus en valeur les ténors dans ce deuxième album que dans le premier.



The Jumping Jacques en studio
En cabine : homme non-identifié et Claude Ermelin
Chanteurs de gauche à droite: Jean-Claude Briodin (bout de chevelure), a priori Bob Smart (de dos), Marcel Hendrix, homme non-identifié, Nicole Darde, Michelle Dorney, Anne Germain, Françoise Walle et Jacques Hendrix
(Photo offerte à Dans l'ombre des studios par Claude Ermelin)


Les bandes indiquent pour dates les 23 et 24/06/1969. Les fiches de paie Les Productions Francis Lemarque de Françoise Walle, Anne Germain, Marcel Hendrix et Jean-Claude Briodin nous permettent de voir qu’il y a eu en plus de ces deux dates, les 25, 26 et 27/06/1969 (+28 et 30/06 pour Françoise Walle).


33T LP « The Jumping Jacques » Festival FLDX 513 
Enregistrement : 23, 24, 25, 26, 27, 28 et 30/06/1969 au Studio Davout / Sortie : mars 1970
Prise de son : Claude Ermelin
A1 : Double Françoise (Jacques Hendrix) 2:30 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle, Jean Stout, etc.
A2 : La terre, le ciel et l'eau (Vladimir Cosma) 2:27 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle, Jean Stout, Anne Germain (reconnaissable sur les doum-doum finaux), etc.
A3 : Lucinda (Jacques Hendrix) 2:29 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle, Bob Smart (solo ténor), Jean Stout, etc.
A4 : Just a little midnight swim (Jacques Hendrix) 2:30 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle, soliste non identifié (Jacques Hendrix ? Bob Smart ?), Jean Stout, etc.
A5 : Avalon (Jolson, De Sylva, Vincent Rose) 1:35 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle, Jean Stout, Jean-Claude Briodin ou Bob Smart (soliste « eurgh eurgh »), etc.
A6 : Where flamingos fly (Jacques Hendrix) 3:00 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle, Jean Stout, etc.
B1 : Adagio Romantique (Jacques Hendrix) 2:15 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle, Jean Stout, etc.
B2 : Chili Peppers (Jacques Hendrix) 2:10 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle, Jean Stout, etc.
B3 : Haunted House (Jacques Hendrix) 3:00 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle, Jean Stout, etc.
B4 : Velvet and Satin (Jacques Hendrix) 2:00 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle, Jean Stout, etc.
B5 : Who's that knocking at the door (Jacques Hendrix) 2:35 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle, Jacques Hendrix ou Jean-Claude Briodin (basse solo), Jean Stout, etc.
B6 : Whispering (John Schonberger) 2:25 : groupe vocal mixte dont Françoise Walle, Jean Stout, Bob Smart, etc.
-L’un des inédits enregistrés au moment du 1er disque (Brazilian Brass Band) devait faire partie de ce 2ème disque
-« Adagio romantique » a quelques fulgurances très Swingle Singers
-« Who’s knocking at that door ? » comprend une petit saut de son dans la ressortie Trunk Records


45T Single « Lucinda / La terre, le ciel et l'eau » Festival DN 895
Sortie : 1970
A : Lucinda
B : La terre, le ciel et l'eau
Les deux titres sont issus du 33T « The Jumping Jacques » Festival FLDX 513
45T Single « Avalon/ Adagio romantique » Festival DN 898
Sortie : 1970
A : Avalon
B : Adagio romantique
Les deux titres sont issus du 33T « The Jumping Jacques » Festival FLDX 513
45T Single « Just a little midnight swim / Chili Peppers » Festival DN 901
Sortie : avril 1970
A : Just a little midnight swim
B : Chili Peppers
Les deux titres sont issus du 33T « The Jumping Jacques » Festival FLDX 513


Le 6 mai 1970, trois titres du chanteur Gaston sont enregistrés avec la participation des Jumping Jacques : 
« Les vacances (et ma vaisselle) » (ou « Parlez-moi des vacances (et ma vaisselle) »)« En transit sur mon transat » et « Tamataw » (2ème fois, puisqu'un 1er enregistrement de ce titre avait eu lieu en 1969). « Tamataw » reste inédit mais les deux autres sont couplés en EP avec les deux titres du single de 1969. Tout comme les deux titres de 1969, la participation des Jumping Jacques reste assez sommaire.



Gaston et les Jumping Jacques : En transit sur mon transat


45T EP « Gaston : Parlez-moi des vacances (et ma vaisselle) » Festival FX 1595 M
Enregistrement les 18/04/1969 (titres A2, B2) et 6/05/1970 (titres A1, B1) / Sortie : 22/05/1970
A1 : Les vacances (et ma vaisselle) (Robert Icher, Jacques Hendrix) 2:57 : Gaston, comédienne non identifiée, et groupe vocal féminin dont Françoise Walle
A2 : L'hallali de ma folie (Robert Icher, Jacques Hendrix) 2:10 : cf. single
B1 : En transit sur mon transat (Robert Icher, Jacques Hendrix) 2:58 : Gaston et groupe vocal mixte dont Françoise Walle
B2 : Les larmes du ciel (Robert Icher, Jacques Hendrix) 2:02 : cf. single


The Jumping Jacques font en septembre 1970 une unique apparition télévisuelle.


Les Jumping Jacques (ou plutôt Françoise Walle et Jacques Hendrix)
chantent en playback "Double Françoise"


Émission TV « Au risque de vous plaire » du 24/09/1970
Chant en playback « Double Françoise »
Chanteurs à l’image : Jacques Hendrix et Françoise Walle
Seule « promo » TV du groupe à ma connaissance


Jacques Hendrix après The Jumping Jacques


Les ventes de disques des Jumping Jacques sont à l'époque très confidentielles. Il semble qu'un ou des titres aient été utilisés comme génériques d'émissions radiophoniques, mais je n'en ai pas retrouvé la trace. Jacques Hendrix tente dans les années 70 un nouveau projet, l'album Holiday for voices sous le pseudonyme de Peter Beasson (dates d'enregistrement pour l'instant inconnues) avec cette fois-ci seulement la voix de Françoise Walle et (a priori) la sienne. Deux titres sont nommés en 
« hommage » à Françoise: Walle-Street et Les Wallett's.
4 autres titres paraîtront dans l'album The Standard Music Library (1976).

Tandis que le son de Françoise, assez moderne, s'adapte à celui des nouvelles générations de choristes (les frères Costa et les Fléchettes travaillent régulièrement avec elle), la carrière artistique de Jacques Hendrix, jusque là bien remplie (même si un blacklistage par Janine de Waleyne l'a fait moins travailler pendant une certaine période) semble peu à peu décliner.
Il travaille au Studio des Dames (pour Philips / Phonogram) comme vérificateur de feuilles de présence. Georges Costa s'en souvient : « J'ai commencé les séances de choeurs vers 1972 et n'ai pas connu Jacques Hendrix comme choriste, il était passé de l'autre côté de la barrière. Au Studio des Dames, il regardait les feuilles des musiciens pour vérifier qu'il n'y avait pas d'abus: À l'époque, quand on se doublait (re-recording des voix, ndlr) on rajoutait au salaire 50% pour le doublage, 75% pour un triplage et 100% pour un quadruplage. Hendrix vérifiait qu'on n'avait pas compté un triplage à la place d'un doublage. Parfois il nous disait que le doublage n'était pas nécessaire, et on lui répondait que c'était demandé par le chef d'orchestre, qui était décisionnaire. Ce n'était pas bien méchant. » 
Il reprend parfois le saxophone, notamment dans l'orchestre de Johnny Hallyday pour son Palais des sports 1982.

Séparé de Françoise Walle depuis un certain temps, plongé dans une grosse dépression, et de plus en plus gagné par la folie, Jacques Hendrix tue sa nouvelle compagne et met fin à ses jours à Paris le 27/08/1991. Françoise apprend la nouvelle alors qu'elle est sur un plateau de télévision où elle accompagne Roch Voisine.


La revanche des Jumping Jacques 


En 2003, un label italien, Petra, réédite (à partir des 33 tours d'époque) en CD et 33T les deux albums des Jumping Jacques. Les titres sont mis en ligne quelques années plus tard sur Youtube par des passionnés. Je les découvre, les partage à mes lecteurs, et commence à faire quelques recherches. Le groupe intéresse de plus en plus les diggers amateurs de library music et d'albums d'easy listening.

À cette même période, 
Elisabeth et Maxence Jutel,  couple d'auteurs-compositeurs-interprètes, passionné notamment par les musiques de films des années 60-70 (on leur doit entre autres un charmant « Cosma et toi » dédié au plus français des compositeurs roumains), décide de nommer son duo Double Françoise... en hommage à l'un des titres de Jumping Jacques. Elisabeth Jutel me le confirme : « On a piqué l'idée à un titre des Jumping Jacques, sur lequel une chanteuse qui s'appelle Françoise (Françoise Walle, ndlr) se double. C'est une technique de studio à l'ancienne que nous utilisons parfois pour donner un peu plus de corps à ma voix et qui crée un effet intéressant. Et comme nos inspirations remontent pour la plupart à l'époque où toutes les filles s'appelaient Françoise, avoir ce prénom comme identité nous convient bien. » (La chaîne Youtube du duo Double Françoise)

En 2016, le label allemand Zeitgeist sort un CD, Let them eat cake, réunissant les deux albums des Jumping Jacques.

Début 2024, le label anglais Trunk Records, avec l'accord de la fille de Jacques Hendrix (pas sûr que ce soit le cas pour les précédentes rééditions), sort en digital non seulement les deux albums des Jumping Jacques (toujours du repiquage de vinyle, mais plutôt de bonne qualité malgré un saut de son sur plusieurs titres), mais aussi les deux raretés: Tchikbaams (qualité audio très moyenne, car repiquage d'un 45 tours) et Holiday for voices.
Trunk Records fait également, en tant qu'éditeur musical, un dépôt SACEM groupé 
(avec en sous-édition la société... Double Six (ça ne s'invente pas!) Properties Limited) en nommant Jacques Hendrix comme compositeur, y compris pour les titres qu'il n'a pas composés (comme « L'opéra des jours heureux » de Lemarque et « La terre, le ciel et l'eau » (The Land, the sky, the sea) de Cosma et Lemarque).

Éphémère OVNI dans le milieu des groupes vocaux, les Jumping Jacques continuent d'étonner et de trouver un public.


À lire et écouter


Jean Stout : Baloo, Petit Jean et les autres (Rémi Carémel, 19 mai 2011, Dans l'ombre des studios)
https://danslombredesstudios.blogspot.com/2011/05/jean-stout-baloo-petit-jean-et-les.html

Jean-Claude Briodin : Entretien avec un Troubadour (Rémi Carémel, 7 mars 2020, Dans l'ombre des studios)
https://danslombredesstudios.blogspot.com/2020/03/jean-claude-briodin-entretien-avec-un_7.html

Bob Smart : Un Américain à Paris (Rémi Carémel, 10 janvier 2017, Dans l'ombre des studios)
https://danslombredesstudios.blogspot.com/2017/01/bob-smart-un-americain-paris.html

Anne Germain : Chanter la vie, chanter les fleurs, chanter les rires et les peurs (Rémi Carémel, 17 mai 2014, Dans l'ombre des studios)
https://danslombredesstudios.blogspot.com/2014/05/anne-germain-chanter-la-vie-chanter-les.html

Alice Herald : Les Masques et la Plume (1937-2025) 
(Rémi Carémel, 9 janvier 2026, Dans l'ombre des studios)

samedi 21 février 2026

Hommage à Hélène Pedersen-Devos (1943-2026)

J’ai appris avec une grande tristesse le décès (le 20/01/2026 à Boulogne-Billancourt) de la choriste Hélène Pedersen-Devos, ancienne membre des Swingle Singers et des Nouveaux Double Six.
Je l’avais rencontrée le 18/10/2010 (cet hommage est basé sur ce premier entretien enregistré), à une époque où je vivais dans son quartier, puis nous sommes devenus amis. Hélène, qui me taquinait pour ma folle passion pour ce métier, a été d’une aide constante dans mes recherches.



Hélène Devos naît le 22/04/1943 à Vernon (Eure) mais passe son enfance en Lorraine : à Saint-Avold, où son père est ingénieur aux houillères, puis à Forbach. « J'aurais dû faire n'importe quel métier sauf celui-là. Si je me suis retrouvée là-dedans, c'est tout à fait par hasard. À part du piano et du solfège en province quand j’étais petite, je n’ai pas fait d’études musicales. »

Jean Lumière
Arrivée à Paris, Hélène fait des études de chimie avant de devenir assistante chimiste, mais elle passe ses nuits dans les boîtes de jazz. « J'ai rencontré un comédien dont je suis tombée follement amoureuse et qui adorait le jazz lui aussi. J’aimais chanter pour moi, dans ma cuisine ou ma salle de bain, mais rien de plus. Mon copain était ami avec la comédienne et chanteuse Elisabeth Wiener. Elle m’a présentée à son père, le compositeur Jean Wiener, qui était adorable. Je lui ai dit que j’aimerais prendre des cours de chant, et il m’a recommandée à Jean Lumière. »
Quand on connaît la personnalité d’Hélène et son goût très « mesuré » pour la variété et les chansons anciennes, difficile de l’imaginer avoir pour professeur un « dinosaure » de la chanson de charme : « Je devais avoir 20 ans à l’époque, donc pour moi, j’avais l’impression que Jean Lumière en avait 100. Mais il était réputé pour apprendre aux jeunes à placer leur voix. La moitié de mon salaire de l’époque passait dans ces cours individuels, mais ça ne fait rien, j’étais très contente. »

Les Nouveaux Double Six
(Jef Gilson, Anne Vassiliu, Hélène Devos, Mimi Perrin, Gaëtan Dupenher et Bernard Lubat)

Dans les boîtes de jazz, Hélène rencontre de nombreux musiciens. « Un jour, le saxophoniste Jean-Claude Fohrenbach me demande « Dis donc toi, tu ne chantes pas un peu ? ». Je lui réponds que j’aime chanter mais juste pour le plaisir, et il me dit que Mimi Perrin cherche à relancer Les Double Six avec une nouvelle équipe. Complètement au flan, car j’avais 22 ans, je lui ai dit « Ah bon ? Donne-moi son numéro. » Je suis donc entrée directement dans le métier par les Double Six, il fallait être cinglée et inconsciente. »
Après quelques télévisions et concerts à partir de l’automne 1965, et l’enregistrement d’un album en studio, l’album ne sort pas, Mimi n’étant vraisemblablement pas satisfaite du résultat, et le groupe s’arrête courant 1966.
« Dans ces nouveaux Double Six, il y avait Anne Vassiliu. On était jeunes, donc on a vécu en collocation ensemble avec une autre de ses copines. Je suis rentrée comme ça comme choriste dans les séances de studios, mais très lentement. »



Les Nouveaux Double Six chantent "Ow" (1966)
Solo: Hélène Devos

La vie nocturne d’Hélène fait qu’elle croise souvent une autre choriste, Alice Herald. « Alice en avait marre des Swingle Singers, elle m’a demandé si ça m’intéressait de la remplacer. Et avec, là encore, énormément d’inconscience j’ai dit « Pourquoi pas ?» alors que je ne faisais pas partie de ce milieu. J’ai passé un essai, car il fallait que mon timbre corresponde vocalement avec celui de Claudine Meunier (1ère alto des Swingle Singers, ndlr) et c'est comme ça que je suis vraiment rentrée dans le métier, et les choses se sont enchaînées. »

Hélène Devos et Guy Pedersen
Chez les Swingle Singers, Hélène rencontre celui qui deviendra son mari, le grand contrebassiste de jazz Guy Pedersen : « On m’avait tellement dit, avant que je n’entre dans le groupe, « Méfie-toi de Daniel Humair », que je ne me suis pas méfiée de Guy Pedersen (rires). » Hélène fait partie du groupe de 1967 jusqu’à sa dissolution en 1973.


Leonard Bernstein
avec C. Meunier, H. Devos et J. Baucomont
Pendant ces quelques années, elle travaille avec Duke Ellington et participe notamment à la création du Sinfonia de Luciano Berio à New York : 
« On a été vernis, avec ce groupe. Le Sinfonia, c’était magnifique. On a enregistré le disque à New York avec Berio, car Leonard Bernstein qui devait le diriger avait eu les partitions trop tard. Mais après, on l'a refait diriger par Bernstein et quel plaisir. C’était extraordinaire, jouissif, parce qu’il était d’une telle précision pendant les répétitions, il entendait tout. Quand il faisait répéter les trompettes toutes seules, il y a des trucs qu'on n’avait jamais entendu avant, et on s’en servait de points de repères, on avait tous les repères qu’on voulait. Mais il y a eu d'autres gens fabuleux avec qui on l'a joué aussi comme Zubin Mehta ou Lorin Maazel, que j’aimais moins mais qui était un grand chef d’orchestre. Bernstein, il avait un côté beaucoup plus chaleureux, beaucoup plus « artiste », il était adorable. Travailler avec des gens comme ça, nous qui sommes de simples artistes de variétés, parce qu’on ne se considère pas comme des chanteurs classiques, travailler dans cette ambiance-là, vous apprenez tellement sur la musicalité ».


Les Swingle Singers chantent la Sevilla d'Albeniz (1968)


Les Swingle (J. Novès, B. Lubat, H. Devos)
avec le roi Pelé et Oscar Castro-Neves
Très populaires, et s’exprimant dans un langage sans paroles facile à « exporter », les Swingle Singers enchaînent les tournées à l’international. « Avec les Swingle, nous avons fait des concerts au Japon, au Liban, aux États-Unis, au Canada, en Israël, en Scandinavie, dans toute l’Europe mais pas en Europe de l’est (Christiane Legrand en revanche a fait des concerts à Moscou avec son frère), et beaucoup de concerts en Amérique du Sud, notamment Mexique, Brésil, Venezuela et Argentine. Plein de destinations super, mais on n’avait pas souvent le temps de faire du tourisme. J’ai de bons souvenirs du Mexique, où on a été bien reçus et on a pu y rester plusieurs jours, car c’était pour les Jeux Olympiques. Mais mes souvenirs les plus forts sont en Argentine. Pour la chaleur humaine et musicale, c’était fabuleux. On était invités à des soirées où ils invitaient les plus grands musiciens, qui se mettaient à jouer. C’est comme si vous veniez à la maison et que Jacques Brel, invité lui aussi, vous disait « Ah, vous êtes là, je vais chanter quelque chose pour vous ! ». C’était ça tous les soirs. On a connu des gens magnifiques. En Argentine, ils nous appelaient 
« le Concerto d’Aranjuez ». On avait enregistré pour le disque espagnol des Swingle la Pavane pour une infante défunte de Ravel mais les héritiers se sont opposés à sa sortie, donc on a enregistré à la place le Concerto d’Aranjuez de Rodrigo, et on faisait un malheur avec ça dans les pays hispanophones. Le disque espagnol est très beau et swing bien, c’est mon préféré. »

En parallèle à ses enregistrements et concerts avec les Swingle Singers, Hélène tombe dans le « bain » des séances de studio comme choriste : « Quand il y avait beaucoup de musiciens, on confiait à l’un des choristes le soin de faire la régie. C’était par exemple Janine de Waleyne, qui était « la » figure du métier de choriste. La régente. C’était drôle, elle était au courant de tout. Il y avait un joke : « si tu veux savoir, appelle de Waleyne » Donc par exemple Janine vous appelait, et on était convoqué à une séance, souvent sans savoir quel chanteur on allait accompagner. On nous mettait les partitions dans les mais et 3, 4, on y va. Au début je n’étais pas à l’aise avec la lecture à vue. Pas mal de choristes étaient musiciennes ou, comme Nicole Darde et Jocelyne Lacaille, avaient fait la Maîtrise de la RTF, donc elles déchiffraient la musique aussi vite que vous quand vous lisez votre Fred Vargas. Moi il me fallait un petit peu plus de temps, mais avec les Swingle, j'ai fait beaucoup de progrès en lecture, parce que là, il fallait vraiment assurer. »


Nadine Doukan, Hélène Devos, Nicole Darde et Anne Germain
accompagnent Joe Dassin dans "Indian summer" (L'été indien)


Hélène accompagne la plupart des chanteurs et groupes de l’époque, aussi divers que Demis Roussos, Johnny Hallyday, Serge Lama, Gilbert Bécaud, Zoo, Manu Dibango, Guy Marchand, Nicoletta, Tino Rossi, Guy Béart, Mireille Mathieu, Dalida, Joel Daydé, etc. Elle est souvent associée en trio en studio ou pour les plateaux de télévision avec Eliane Hollande (épouse du vibraphoniste Guy Boyer) et Jocelyne Lacaille. 
« On enregistrait avec tout le monde, ça m'est même arrivé de faire des séances pour des curés. » 
On la voit régulièrement dans l’émission de télévision Taratata de Jacques Martin. Hélène évite en revanche les tournées : « Avec Eliane, on a accompagné toutes les deux une tournée d’hiver de Johnny Hallyday en 73 ou 74. J’ai accompagné Thierry Le Luron pour des télés en province et le Palais des congrès. Et Joe Dassin pendant deux ans. Quand ça s'est arrêté avec Dassin, je n'avais pas tellement envie de repartir après des années de tournées avec les Swingle. »
Pour Joe Dassin, elle chante « L’été indien » en anglais pour la télévision. « On peut voir aussi des concerts à l’Olympia où je l’accompagne. Mais je ne suis pas sûre d’avoir fait les chœurs dans les disques. Souvent avec les chanteurs l’arrangeur de leurs concerts n’était pas le même que celui qui faisait les séances studio, donc les équipes de musiciens n’étaient pas les mêmes, même si Dassin prenait en général ses musiciens. »

Hélène participe à pas mal de musiques de films comme choriste (La folie des grandeurs, Moonraker, Coup de tête, Domicile conjugal, Les malheurs d'Alfred, Les aventures de Rabbi Jacob, Les uns et les autres, Parking, etc.), et on l’entend sur des petits soli dans Peau d’âne. « J’avais aussi enregistré les maquettes des chansons du film Zig Zig (1975) pour que Catherine Deneuve puisse répéter mais du coup on ne m’entend pas dans le film. Je me mets très bien dans un groupe, mais je ne suis pas soliste, je n’en ai pas le tempérament. Claudine Meunier vous a dit qu’elle non plus ne se sentait pas soliste, mais qu’est-ce qu’elle chantait bien, avec son timbre chaud, comme dans Les Parapluies de Cherbourg

Hélène participe également à quelques doublages dès ses débuts dans les années 60 plus ou moins occasionnellement 
(choeurs de Chitty Chitty Bang Bang (1968), La soeur volante (1968), Jesus-Christ Superstar (1973), etc.), puis à partir des années 80 plus régulièrement, dans ceux dirigés par son mari Guy Pedersen : « Guy avait composé la musique d’un film de Michel Gast, Céleste (1970). J’étais en tournée avec les Swingle au moment des enregistrements donc il a fait enregistrer la chanson à Françoise Walle, qui était un pilier de ce métier. Guy est devenu copain avec Michel Gast et Jenny Gérard et il leur a proposé de faire leurs directions musicales de doublages. Jenny ne connaissait rien à la musique, donc elle a engagé Guy pour s'en occuper. J’en ai fait comme choriste, comme La Petite Boutique des Horreurs ou Les Animaniacs, mais ses solistes préférés, avec lesquels il a beaucoup travaillé, c’étaient Marie Ruggeri et Olivier Constantin. Olivier était son idole et Guy était un inconditionnel de Marie, qui chante d’une façon merveilleuse et qui est aussi une superbe comédienne. Et puis Guy et Jenny Gérard, ça s’est un peu fini en bisbille, car Michel Gast et elle ont fait faillite plusieurs fois et c’était difficile de se faire payer »

Tandis que le métier de choriste de variétés disparaît peu à peu (« On a vécu la fin de l'époque des choristes. Tout change, mon brave monsieur ! (rires) »), Hélène commence une carrière parallèle d’antiquaire. « Avec Guy on a pris un stand aux Puces de Saint-Ouen à partir de 1980. Il continuait de faire à côté des enregistrements, et de composer, notamment de la musique de fond sonore. Et il a aussi composé le générique de Thalassa, qui est passé à la télévision pendant trente ans».

Depuis 2000, elle est complètement à la retraite, mais profite toujours de bons concerts classiques (notamment en compagnie de sa belle-soeur, l'ancienne patronne de studios Carla Guiot-Pedersen) et de jazz.

Grande professionnelle, modeste et drôle, son franc-parler et sa gentillesse vont nous manquer.


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lundi 26 janvier 2026

Décès de Jean Cussac (1922-2026)

J'ai appris aujourd'hui avec tristesse, par un appel de son fils Laurent, le décès hier (dimanche 25 janvier 2026, à La Teste-de-Buch) de Jean Cussac à l'âge vénérable de 103 ans.

Né le 31 mai 1922 à Paris, il suit une formation de chimiste avant de devenir chanteur lyrique.
Avec un parcours "classique" qui lui permet quand même d'adapter son timbre de voix à la variété, Jean Cussac accompagne la plupart des chanteurs des années 50-60-70 (Luis Mariano, Gilbert Bécaud, Guy Béart (voix solo dans la première version de "Suez"), Léo Ferré ("L'affiche rouge"), Barbara ("L'aigle noir"), etc.). Il aimait me raconter les séances du matin, où les copistes avaient travaillé toute la nuit et l'encre n'était pas encore sèche sur les partitions. 

Jean fait partie des Swingle Singers (comme voix de basse) pendant toute la durée du groupe en France (1962-1973, comprenant la victoire de plusieurs Grammy Awards, tournées internationales, concert à la Maison-Blanche, etc.) et dans une partie des groupes vocaux de l'époque comme Les Barclay, Les JMS (Jo Moutet), Les Hommes, etc.

Il avait notamment prêté sa voix au joailler dans Les Parapluies de Cherbourg (1964) et chanté le générique de Moi y en a vouloir des sous (1973). 

En doublage, on le retrouve en voix chantée de Roger dans Les 101 Dalmatiens (1961), en Prince dans Blanche-Neige et les Sept Nains (redoublage de 1962), en chanteur soliste dans Merlin l'enchanteur (1963), etc.

Il prend le relais de Georges Tzipine à la tête des directions musicales des doublages Disney de la fin des années 70 à la fin des années 80 (La Belle et le Clochard (redoublage de 1989), Basil détective privé (1986), Oliver et Compagnie (1988), film Popeye (1980), etc.) et dirige également pour d'autres majors, comme par exemple Annie (1982), Fievel et le Nouveau Monde (1986), Les Aventures de Zak et Crysta (1992), etc.

Jean Cussac est le tout premier choriste que j'ai interviewé, en 2006. Très disponible et chaleureux, il m'a beaucoup aidé au début de mes recherches (identification de voix qui n'avaient jamais été faites auparavant, etc.), et m'a permis quelques jolies rencontres ou interviews téléphoniques, comme Huguette Boulangeot (voix chantée d'Aurore dans le premier doublage de La Belle au Bois dormant), Jean-Christophe Benoît, Jean Stout ou José Germain.

J'ai eu le bonheur de visiter deux fois (chez lui, puis dans sa maison de repos) à Gujan-Mustras, celui qu'on surnommait chez les Swingle "le Baron".

J'essaierai prochainement de travailler sur un hommage plus conséquent et de partager ici quelques archives vidéo et photo récoltées au fil du temps.


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vendredi 9 janvier 2026

Alice Herald : Les Masques et la plume (1937-2025)

J’ai appris avec une très grande tristesse le décès d’Alice Herald le 1er septembre 2025 à Vincennes. Elle avait 88 ans. Voix chantée de la serveuse Josette dans Les Demoiselles de Rochefort, parolière, choriste de studio, membre de plusieurs groupes vocaux (The Swingle Singers, Les Masques, Les Jumping Jacques, etc.), Alice était une professionnelle accomplie, une femme libre, en avance sur son temps, et une amie attachante. Nos échanges donnaient lieu parfois à des anecdotes très détaillées, ou au contraire à des accès de mélancolie et des digressions, et c’est ainsi que ce n’est pas une interview mais cinq (20/06/2014, 20/08/2015, 27/10/2019, 4/06/2022 et 20/06/2022) que j’ai réalisées chez elle, et que j’ai « compilées » pour en faire cet hommage. 
Remerciements à Dave, Victoria Germain, Serge Llado, Grégoire Philibert, Gilles Hané et à la famille Vassails.



Alice Vassails naît le 21 mai 1937 à Bastia, et passe la première partie de son enfance à Montpellier. Son père, Gérard Vassails, issu d’une modeste famille d’artisans catalans, est alors professeur de physique-chimie en lycée. « Sa mère a fait beaucoup pour qu’il puisse faire des études, car son père était mort pendant la guerre de 14 ». La mère d’Alice, Laure Fortuné est née d’un père d’origine italienne. « Le vrai nom de mon grand-père était Francesco Fortunato. À l’époque, les services d’immigration donnaient très facilement la nationalité française, mais ils francisaient les noms, donc il est devenu François Fortuné. Il était instituteur, et était passionné d’opéra. Son père parlait toutes les langues du globe et était interprète pour les marins. » La mère d’Alice prend des cours de chant classique au conservatoire. « Les pros voulaient l'envoyer au Conservatoire de Paris, dans le but d'être cantatrice. Il y avait un opéra à Montpellier, mais il n’y avait pas d’orchestre ni de chœurs permanents, ils n’étaient que de passage. Ma mère était encouragée par mon grand-père mais ma grand-mère était la vertu personnifiée. Alors que sa professeure lui avait garanti que ma mère serait en pensionnat, elle n’a rien voulu savoir. Une chanteuse d’opéra était encore considérée comme une fille de mauvaise vie dans les années 30 ».
Gérard Vassails et Laure Fortuné se rencontrent à Montpellier. « Ils m’ont prénommée Alice, comme ma tante et marraine. Mes meilleurs souvenirs d’enfance sont à Montpellier, où j’ai eu une enfance hyper protégée, aimée et gâtée, même sous l’occupation allemande. Ma soeur et moi étions voisines avec des filles de notre âge, et on allait au Peyrou, le jardin public. Ma tante Alice a fait de la résistance et a été foutue en tôle, car elle a été arrêtée avec des papiers compromettants, mais ils l’ont heureusement relâchée ». Vers l’âge de 5 ans, Alice a une révélation quand ses parents l’emmènent voir une opérette : « Il me semble que c’était L'auberge du Cheval blanc. On voyait des gens qui dansaient, qui chantaient, qui jouaient la comédie. Je suis restée scotchée sur mon fauteuil et j'ai dit : « C'est ça que je veux faire plus tard ! ». J’ai tanné mes parents pour prendre des cours de danse, mais pour faire du classique il fallait entrer à l’Opéra. »

Gabrielle Russier
En 1946, Gérard est muté à Paris et toute la famille (qui s'est agrandie avec la naissance en 1942 de la petite-soeur d'Alice, Colette) le suit et s’installe rue Jose Maria de Heredia. Alice s’acclimate mal à Paris. Parmi les quelques bons souvenirs de son enfance parisienne : « On passait devant le cinéma La Pagode et je demandais à mon père des sous pour aller au cinéma. Je lui citais tout de suite un film soviétique (Gérard Vassails était militant communiste, ndlr). Et finalement, j'allais voir Chantons sous la pluie et tous les westerns de l'époque. J’étais très peu menteuse mais évidemment là j'étais obligée de mentir, c'était amusant ». Elle effectue ses études secondaires au lycée de jeunes filles Victor-Duruy, et se retrouve en classe avec Gabrielle Russier (qui inspira, après son suicide, le film Mourir d’aimer).
Alice veut prendre des cours de danse classique, mais ses parents refusent. « Ils ont bien fait. Je m'en suis rendu compte après, quand j'ai eu des copines danseuses professionnelles, que c’est le métier qui dure le moins longtemps et qui est le plus difficile, le plus mal payé, le plus dur physiquement. ».
Elle prend des cours de piano et de solfège et aime chanter pour son plaisir personnel, même si elle n’a jamais suivi de cours de chant. « Je me débrouillais toute seule. Dans les années 50 je m'accompagnais en chantant au piano de la variété. J'écoutais les crooners français, comme André Claveau dont j’étais fan, je l’avais vu en spectacle et lui avais demandé un autographe. Et dès 55-56, j’ai entendu en France avant tout le monde Elvis, les Platters, Chuck Berry, Little Richard, etc. grâce à une copine qui travaillait à l’ambassade américaine et m’emmenait dans un club américain où il y avait un jukebox ».
Mais dans les années 50, Alice trouve les débouchés limités : « Chez les choristes, il n’y avait que des chœurs classiques. Le métier de choriste de variété n’existait pas encore. J’ai donc choisi d’être comédienne ».

Elle prend des cours d’art dramatique chez Tania Balachova, Maurice Escande et un autre professeur, qui préparait au cinéma. « Dans ces cours, j’ai eu l’humilité de me rendre compte que j’étais beaucoup moins douée que certains. Chez Balachova, parmi les élèves, il y avait Michael Lonsdale, qui était d’une grande justesse, j’étais impressionnée. Je n’avais pas une voix de tragédienne, j'avais un physique de ce qu'ils appellent jeune première romantique, mais ça va un peu avec tout. Ils ont commencé à me faire jouer du boulevard dans des rôles marrants et là, tout le monde s'esclaffait. Donc j'ai fait ça, en ramant, en passant en parallèle mon bac ».


À cette même période, elle joue des pièces courtes de Courteline dans un salon littéraire tenu par le père d’une copine, qui est avocat. « Le père de ma copine me dit qu’il a un ami très cher, compositeur, professeur au Conservatoire et violon solo à l’Opéra-Comique, qui cherche des chanteurs lyriques pour sa musique. Il me demande si j’en connais, et je lui parle de ma mère, qui voulait chanter mais était incapable de se débrouiller toute seule. À l’époque les femmes étaient très dépendantes de leur mari et ne savaient pas se prendre en main. J’ai dit à ma mère de venir chanter trois mélodies (du Fauré, Debussy, etc.) accompagnée d'un pianiste et je l'ai présentée au compositeur, Julien Falk, sans savoir qu’il allait devenir mon futur beau-père. Elle en est tombée follement amoureuse. Ma mère m’a sorti des années plus tard, à 80 ans, « Finalement, c’est à cause de toi que j'ai quitté ton père ». « Oui, je t'ai présenté Julien mais je ne t'ai pas demandé de quitter mon père ». La mauvaise foi de maman (rires) ! ».
Alors que le mariage de ses parents bat de l’aile (son père s’installera ensuite à Madagascar où il se remariera et aura trois enfants (Muriel, Rodolphe et Guillem) et élèvera le fils de son épouse (le futur guitariste de world music Solorazaf)), elle est émancipée à l’âge de 18 ans (la majorité est à l’époque à 21 ans). Elle fait notamment de la figuration au théâtre, en même temps que le jeune Jean-Paul Belmondo, dans César et Cléopâtre (1957) avec Jean Marais.
Jean Franval
1957, Alice a vingt ans et c’est aussi l’année de sa première télévision avec… Fernand Raynaud. « Je courais les castings et les figurations. Un cousin par alliance, le comédien Jean Franval, m’a demandé si je parlais anglais. J’ai dit oui, et il m’a obtenu un rendez-vous avec Fernand Raynaud, qui cherchait une comédienne parlant anglais pour faire une bobby anglaise pour son sketch « Fernand à Londres ». À l’époque, les mecs étaient des clébards, on se faisait harceler constamment. Pendant l’audition, Fernand Raynaud m’a demandé de relever ma jupe au fur et à mesure et à un moment, j’ai dit que je ne la lèverai pas plus haut. Il m’a quand même engagée. »


Fernand Raynaud et Alice Herald
Sketch "Fernand à Londres"
(Trente-six chandelles, 15 avril 1957)


A. Herald, M. Hélian et C. Meunier
avec Jacques Hélian
C’est finalement grâce à son beau-père, Julien Falk, qu’Alice doit ses débuts dans la chanson. « Il s'est rendu compte que je ramais et il m’a dit que comme je chantais juste, je pouvais devenir chanteuse d’orchestre. Il m'a appris qu’il y avait des rassemblements de musiciens, Place Blanche, tel jour, tel après-midi. Il m'a fait faire un cahier, où il a marqué toutes les lignes mélodiques avec les accords chiffrés, il m'a dit « Tu mets ça sous le nez du pianiste, de toute façon tu n'as qu'à savoir la chanson. » Je n'aimais pas le chant lyrique, je n'aimais que la variété, et je suis devenue une chanteuse d'orchestre. Il y avait un côté duraille : passer des nuits sur la route, s'entasser dans des chambres pas confortables ou dormir dans le car. L’un des chefs m'a fait entrer, vers 1960, dans l’orchestre de Jacques Hélian, qui avait un groupe vocal féminin qui s’appelait les Hélianes. Il y avait Claudine Meunier, Margaret Hélian et une autre fille qui est partie. Je suis devenue une Héliane »
Alice Vassails devient Alice Herald : « Mon nom est catalan, comme Valls. Personne ne l’orthographiait correctement : Vassile, Versailles, etc. Comme c’était la mode des noms anglo-saxons, j’ai pris mon dico d'anglais, et j’ai choisi Herald, un nom simple, qui se prononce bien. Vassails, personne ne sait qui c’est. Lorsqu’ils ont fait un redressement fiscal pour Claude François, les impôts ont listé tous les gens qui avaient travaillé pour lui depuis 10 ans, et ils m’ont dit que Mademoiselle Alice Herald n’avait jamais payé d’impôts. La déclaration était au nom de Vassails, et j'ai eu toutes les peines du monde à les convaincre que Vassails et Herald étaient la même personne. J'ai dû me rendre au GRIS pour demander un certificat disant que j'étais Alice Vassails dite Herald. À partir de là, c’est sur tous mes papiers ».

Jean-Claude Dubois
C’est indirectement par Julien Falk qu’elle fait aussi sa première séance comme choriste de studio. « Julien avait dix ans de plus que ma mère. Pendant la guerre, il s’était fait avoir par les Allemands, il avait eu droit à Compiègne et Drancy. Par chance, son convoi n’est pas parti grâce au Débarquement. Il a eu énormément de chance. Il donnait des cours d’harmonie, contrepoint, fugue, à plein de chefs d’orchestre et arrangeurs, comme Paul Mauriat, des chanteurs de variétés comme Georges Brassens. Il fallait à l’époque, pour entrer à la SACEM, passer un examen d’entrée, et écrire huit mesures avec l’accompagnement de piano en clé de fa, etc. Comme Brassens, faisait tout à l’oreille, il a pris des cours avec Julien pour passer l’examen, et a été admis auteur-compositeur à la SACEM. »
Julien Falk a aussi parmi ses élèves Jean-Claude Dubois, harpiste et personnage important dans la variété de l’époque car de nombreux arrangeurs le chargent de convoquer les musiciens de leurs séances. « On dit qu'on n'oublie jamais la première fois où on a fait l'amour, c'est vrai, mais pour moi quand on est musicien, on n’oublie jamais sa première séance, et je n’ai jamais oublié la mienne. Jean-Claude Dubois, pour faire plaisir à Julien, m'a convoquée à une séance. Il avait demandé à Christiane Legrand qu’elle convoque deux choristes en plus d’elle, et il m’a mise en quatrième choriste sans la prévenir. Jean-Claude Dubois m'a en quelque sorte imposée et ça ne se faisait pas, mais il a tenté le coup. Christiane ne m'avait jamais vue, ni Jeanette Beaucomont, et elles étaient glaciales. Heureusement, la troisième était Claudine Meunier que j'avais commencé à connaître chez Hélian, mais on n’était pas encore amies comme on l'est devenu après. Il fallait lire à vue, et l’arrangement vocal n’était pas facile. J'ai eu un doute sur une note, Jeanette m'a dit « Je ne sais pas », visiblement elle ne voulait pas m'aider. Ce n'était pas un mi naturel mais un mi bémol, donc j'ai corrigé dans ma tête avant même qu'on ne répète le truc. Elles ont noté que je faisais l'affaire, mais après la séance, Christiane a pris à part Jean-Claude et lui a dit « Jean-Claude, si tu as besoin de quatre choristes, soit tu me laisses commander les quatre, soit tu les convoques toi-même, mais je ne te permets pas de m’imposer qui que ce soit ». Quel métier impitoyable (rires). »



Richard Anthony chante "Fiche le camp, Jack!"
accompagné par Monique Aldebert (voix: Mimi Perrin), Margaret Hélian, Alice Herald, Rita Castel et Claudine Meunier
(Scopitone de 1961)


Heureusement, le vent va vite tourner favorablement pour Alice. « Je me souviens d’un rendez-vous avec un directeur artistique de chez Philips vers 1959. Je voulais chanter du rock’n roll, et le mec me dit : « ma petite fille, c'est une mode américaine, ça ne marchera jamais en France ». Tu vois comment sont les gens du métier. On ne leur demande pourtant pas d'être musiciens, juste d’avoir de l’intuition sur ce qui va marcher. Il m'a dit ça un et an après, il y avait Johnny. Bref, les maisons de disques se sont mises à copier ce qui se faisait aux États-Unis, et qu’est-ce qu’il y avait dans les enregistrements de rock’nroll américains ? Une tapée de choristes. À l’époque, dans les chœurs de variété française, il y avait sept filles qui faisaient tout : Christiane Legrand, Janine de Waleyne, Michelle Dorney, Michèle Conti, Jeanette Baucomont, Claudine Meunier et Rita Castel. Christiane Legrand s’est rendue compte qu’il en fallait trois ou quatre de plus, qui chantent en voix naturelle, surtout pas avec un timbre classique, pour pouvoir aller avec le rock. Je suis arrivée dans le métier en même temps qu’Anne Germain, qui avait eu un parcours similaire au mien, à savoir les orchestres de balloches, et Danielle Licari. On a notamment fait le groupe vocal Les Barclay, qui était un mélange de choristes de variétés, qui apportaient la précision et la justesse, et de choristes lyriques, qui apportaient un son choral. C’était assez rare qu’on fasse appel aux choristes lyriques. Ma mère (qui fait carrière comme chanteuse lyrique sous le pseudonyme de Claire Valmy, ndlr) m’a fait quelques scènes plus tard car elle voulait que je la mette sur des coups, mais je n’y arrivais pas. Je demandais parfois à Georges Cour, qui convoquait souvent les choristes lyriques pour des séances. Quatre ou cinq ans plus tard, il y a eu de nouvelles choristes qui arrivaient de la Maîtrise de la RTF, notamment Françoise Walle, Nicole Darde, Danièle Bartoletti, Géraldine Gogly, Christiane Cour. Elles avaient une formation lyrique mais elles arrivaient à chanter droit, sans vibrato. »
Les choristes convoquant pour les séances se rendent compte qu’Alice assure, et elle est de plus en plus appelée, même si c’est un peu long : « Pour moi, ça n’a pas été la profusion de suite. Les musiciens de studio, qu’on appelait les requins, faisaient attention à ne pas laisser entrer tout le monde. J’ai commencé à faire des séances petit à petit, grâce notamment à Christiane Legrand. Un bassiste de Hélian, qui me croisait pour la deuxième fois en studio, m’a dit :
- Hé, petite, tu n'aurais pas les ailerons qui poussent ?
- Je suis assez contente des ailerons car au début on ne voulait pas de moi.
- Mais au début on ne veut jamais personne ! (rires). »


Gilles Dreu
avec Alice Herald et Claudine Pavaux
Alice Herald accompagne en studio ou sur les plateaux de télévision la plupart des chanteurs français des années 60-70 : « J’ai vu hier une émission de télé sur les Carpentier. Parmi tous les artistes de l’émission, il n’y en a qu’un que je n’ai pas accompagné, c’est Eddy Mitchell. J’ai accompagné à peu près tous les chanteurs de l’époque, même si pendant mes trois ans chez les Swingle Singers (printemps 1964 à printemps 1967, ndlr), on ne m'a pas beaucoup vue, car j'étais en tournée aux États-Unis ou en Europe, j'étais hors circuit. Mais j’ai pu retrouver rapidement ma place dans le métier. Claudine est partie plus longtemps et a eu plus de mal. J’ai accompagné Johnny Hallyday dès 1961 pour son Olympia, c’est Eddie Vartan qui m’avait convoquée. J’ai fait des chœurs pour Richard Anthony (notamment séance studio et scopitone de « Fiche le camp Jack »), Jacques Brel (« Rosa »), Gilles Dreu (« Alouette »), Michel Delpech, Françoise Hardy, Charles Aznavour, François Deguelt, Nana Mouskouri, Serge Lama, Pierre Perret, Juliette Greco, Nino Ferrer, Antoine, Petula Clark, Dalida, Enrico Macias, Joe Dassin, Dave, Alain Barrière, Nicoletta, Michèle Torr, Philippe Lavil (« Avec les filles je ne sais pas »), Hervé Vilard, Monty, etc. et même, plus tard, Céline Dion, pour le premier disque qu'elle a enregistré en France.
Il y a une télé où on me voit chanter « Dès que le printemps revient » avec Hugues Aufray. Je l’adore, il est toujours beau. Je pense qu’il a eu une vie très équilibrée, avec un environnement familial qui l’a maintenu bien. Avec Anne Germain, j’ai également beaucoup fait de chœurs pour Sheila quand Anne convoquait les chœurs pour elle, mais ensuite c’était Danièle Bartoletti qui convoquait, puis Les Fléchettes. Carrère était odieux avec Sheila, de la même manière que Stark avec Mireille Mathieu. Elles étaient très jeunes, de milieu modeste, et étaient des marionnettes entre leurs mains. Carrère m'a fait un gros chantage un jour. Il me demande pour une télévision avec Sheila, or j’avais des séances d’enregistrement prévues avec Michel Legrand. Donc priorité à Michel. J'envoie Christiane Cour qui m'avait remplacée je ne sais combien de fois, et Carrère me téléphone, me harcèle en m’appelant à 8h du matin. Il m’a pris la tête, jusqu’à ce que je cède, et finalement Christiane a fait les deux séances de Legrand à ma place »
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Sheila chante "Le kilt" (14/12/1967)
Choeurs: Christiane Cour, Alice Herald, Anne Germain, Françoise Walle, Jacques Hendrix, Bernard Houdy, Claude Germain et José Germain. Et la participation d'Anne-Marie Peysson et Guy Lux.


Comment s’organisaient les séances, en cette période si prolifique ? « Pour les Olympia on nous demandait trois semaines à l'avance. Pour les tournées, un mois avant. Tout le reste c'est au coup par coup. On t'appelle à 21h « Tu peux venir à 9h demain chez Barclay ? » À l'époque, il n’y avait pas de répondeur ni de portable. On avait les infos au dernier moment. Dans les séances, tu avais ton carnet avec toi et on te donnait une autre séance. On ne peut pas être distrait quand on ne va jamais au même endroit, Les séances étaient à 9h, 13h30 et 17h. Tu pouvais avoir : 9h chez Barclay, 13h30 chez Davout, 17h chez Pathé. Il ne fallait pas s'emmêler les pinceaux. Je me suis trompée une seule fois pour une séance convoquée par Danielle Licari et Jackye Castan, elles ne m'en ont pas voulu car c'était très rare. Et ça m’est arrivé deux fois quand j’étais chanteuse d’orchestre, et tout le monde m'a trainée dans la boue. On n’a pas le droit à l'erreur si on veut faire le métier. Justesse, exactitude, etc. J'avais tendance à être en retard à mes débuts, ça ne le faisait pas car si tu arrivais à 9h03 et que le chef avait déjà fait 3-4 et commencé à lire, c’était problématique. J’ai donc appris la ponctualité mais même cinq ans après, alors que je n’étais plus en retard, on disait « Alice sera toujours en retard », ça vous colle à la peau. En revanche, si la distance était importante entre deux studios il y avait un risque d’arriver en retard, on demandait à ne pas prendre le quart d'heure supplémentaire pour la séance d'avant. Et les violonistes de l’Opéra demandaient à partir à 19h45 pour être à l’Opéra à 20h30. »

Les choristes de l’époque étaient rompus à un déchiffrage rapide des partitions. « On lisait tellement rapidement la musique qu’on ne faisait pas attention au texte qu’on chantait. Jacques Denjean (l'un des arrangeurs les plus prolifiques des années 60, ndlr) s’en était rendu compte et s’était amusé à nous faire une blague en nous écrivant un texte cochon. On l’a lu mécaniquement sans se rendre compte de rien, il était hilare. »
Le métier de studio était organisé par les arrangeurs, qui étaient souvent également chefs d’orchestre des morceaux qu’ils avaient arrangés. Certains appelaient directement leurs musiciens ou au moins leurs chefs de pupitre. Mais la plupart déléguaient à des intermédiaires le soin de convoquer, par exemple, les cordes (ce métier n’a pas vraiment de mot en français, tandis que dans les pays anglosaxons on parle de « contractor »). C’est la même chose pour les choristes. Une partie des choristes a, pour plusieurs arrangeurs chacun (Christiane Legrand pour Michel Legrand, Janine de Waleyne pour Jean-Michel Defaye, Danielle Licari pour Raymond Lefèvre, etc.) le pouvoir de convoquer les choristes, et touche un supplément (régie) pour ce travail de convocation.
« Je ne convoquais pas de choristes, comme ça je n'étais rivale avec personne et m'entendais avec tout le monde, les filles ne me craignaient pas. J’ai vu des copines d'enfance et d’adolescence de la Maitrise de la RTF devenir des ennemies, s'accusant de se piquer des affaires les unes les autres, c'est quand même dommage. J'échappais à ça, je n'avais pas d'affaires à moi. Enfin si, Christian Chevallier, l’un des meilleurs arrangeurs et compositeurs, à qui on doit notamment « Toulouse » de Nougaro, m'appelait beaucoup. Dans ce cas, je mettais un point d’honneur à renvoyer l'ascenseur aux filles qui me faisaient le plus travailler : Janine, Danielle, Jackye, Christiane... Mais il fallait veiller à ne pas convoquer à la même séance celles qui étaient à couteaux tirés entre elles. »

Les Swingle Singers en répétition
au Madison Square Garden (mai 1964)
En 1964, Alice intègre le groupe vocal The Swingle Singers. « Je n’ai pas fait les deux premiers albums. Et puis, Philips a demandé à Ward de former un groupe de scène. Or Jean-Claude Briodin et Claudine Meunier préféraient rester dans les Double Six. José Germain a remplacé Jean-Claude. Pour remplacer Claudine, Ward a fait un casting de voix. Tout le monde me connaissait et j’écoutais religieusement le premier album que je trouvais super. Les Swingle Singers, c’était la perfection. Et à 26 ans, on me propose d’entrer dans ce groupe top niveau et de faire mes débuts dans le groupe par une tournée aux États-Unis, qui commençait par un concert privé à la Maison-Blanche. Ensuite, Anne Germain a voulu quitter le groupe. C’était quelqu’un qui était vocalement et musicalement faite pour ce métier mais qui n’avait pas la mentalité d’artiste galérienne comme moi. Pendant notre temps libre à New York, on allait dans les boîtes de jazz voir John Coltrane et Stan Getz, au Village Gate, à Broadway, etc. Mais Anne disait à Claude (son mari, Claude Germain, ndlr) en en rajoutant exprès pour faire rire tout le monde « On ne sort pas ce soir, mon Colo. On se couche de bonne heure avec une bonne bouillotte ». Claudine est donc revenue dans le groupe, mais à la place d’Anne. »



Les Swingle Singers se présentent et chantent "Badinerie" (1966)


G. Pedersen et D. Humair
De ses tournées avec les Swingle, Alice garde un souvenir… mitigé. « Daniel Humair (batteur) et Guy Pedersen (bassiste) étaient insupportables et s’engueulaient souvent entre eux. J’ai toujours admiré Hélène pour avoir épousé Guy. Elle est très calme, cool, et fondamentalement équilibrée, c’était certainement la femme qu’il lui fallait. Quant à Daniel Humair, il faisait chier tout le monde, tout le temps, et à propos de tout. Dans le Concerto à six de Telemann, il y a une cadence que Christiane faisait sur le disque mais moi je la faisais sur scène car Ward voulait distribuer des soli aux autres membres du groupe. Tout le monde s’arrête de chanter, et tu fais ta petite cadence toute seule, nue, c’est flippant. Humair ricanait « Tu n’es pas en place, tu n’es pas juste, elle est nulle ta cadence ». Je l'ai pris une fois à part dans le car : « Si je ne suis pas en place, tu prends tes baguettes et tu me fais répéter ». Il m'a fait répéter, a convenu que c’était bien, puis a recommencé. Christiane, il ne fallait pas l'ennuyer et elle était mariée à Pierre Fatome, le manager du groupe. Il a essayé d’emmerder Jeanette, mais c’est une marseillaise soupe au lait, qui l'a envoyée chier tout de suite. Claudine savait mettre de la distance entre elle et les gens. Moi, j’étais seule, célibataire, m’entendant avec tout le monde en me disant « les gens sont comme ils sont ». Je suis allée voir Ward et je lui ai demandé de demander à Daniel d’arrêter de m’embêter avec cette cadence, et il a arrêté. Je ne supportais plus les tournées internationales. On a trouvé Hélène Devos pour me remplacer et on l’a fait répéter. Le duo Pedersen-Humair est venu me voir « Il paraît que tu quittes le groupe car on t'a trop fait chier ». Je leur ai répondu : « Mes chéris, c'est vous donner encore beaucoup trop d'importance. Ça n'a rien arrangé, c'est vrai, mais ce n'est pas fondamentalement à cause de ça que je quitte ce groupe, je vous ai supportés pendant trois ans, j'aurais pu continuer ». Humair a tenu deux ans après mon départ et Ward l'a convoqué « Écoute, Daniel, je n'aurai jamais de meilleur batteur que toi. Musicalement, tu es génial, au niveau du son, de ce qui n’est pas écrit, etc. Tu es le top. Et pourtant nous allons nous séparer car plus personne ne peut te supporter. Même moi je n'en peux plus ». » Alice n’en a pas tenu rigueur à Humair, lui achetant même des tableaux lorsque celui-ci a commencé à peindre.

Quels souvenirs garde-t-elle des répétitions et des enregistrements ? « Ward habitait en Seine-Saint-Denis et on répétait autant d’après-midis qu’on le pouvait, pendant deux ou trois semaines, avant d’enregistrer un album en studio. Le premier que j’ai enregistré était celui sur Mozart. Mozart, c’est n’est pas facile à faire swinguer, mais Ward avait choisi les bons morceaux, très rythmiques. La photo de couverture du disque américain a été faite dans les studios de Playboy à Chicago. On porte nos robes du début, qui ont été faites par Pierre Cardin sur mesure. Ward avait composé la musique d’un film avec Jeanne Moreau (Peau de banane (1963), ndlr), qui sortait alors avec Pierre Cardin. Ward et lui se connaissaient bien. Cardin a proposé de faire nos costumes de scène. Philips voulait déjà avancer les frais de voyage sur nos royalties, alors payer des robes, il n’en était pas question. Cardin nous a fait un prix, mais même le prix défiant toute concurrence était trop cher. Finalement, il nous a demandé combien on pouvait mettre. Philips nous a fait une avance sur royalties pour payer les robes. On n’a pas le même décolleté car il a pris nos mesures selon les formes de nos corps. Moi j’avais une ligne « haricot vert » (rires). Cardin est venu et m'a coupé le décolleté avec ses ciseaux. »
Les Swingle en studio
avec le Modern Jazz Quartet

Le suivant est l’album Les Romantiques avec du Schubert, Liszt, etc. Celui qu'elle aime le moins. « On s'est ennuyé musicalement parlant, on a triché sur le phrasé, ce répertoire n'était pas fait pour les Swingle ». Le suivant, Swingling Telemann, est son préféré, et aussi celui qui lui a occasionné quelques soli intéressants. Elle aime également bien son quatrième et dernier album, Place Vendôme, enregistré à Paris avec les musiciens du Modern Jazz Quartet. « J’ai aimé l’album mais j’ai détesté la photo du disque. Fatome nous a fait tomber du lit « Rendez-vous à 13h Place Vendôme pour faire des photos ». Je n’étais pas coiffée, les cheveux gras, donc j’ai tiré mes cheveux et me suis maquillée tant bien que mal, et je suis venue avec mon pull. La photo est nulle, pas pro, il aurait fallu qu’on en fasse plusieurs et qu’on aille chez le coiffeur. Ça fait chorale nulle de banlieue. Je suis sortie avec Percy Heath, le contrebassiste du Modern Jazz Quartet, mais pas au moment des enregistrements, on s’est retrouvés plus tard à Washington, il était charmant. »


Les Swingle Singers chantent en playback l'allegro du "Concerto à six" de Telemann
pour le réveillon 1967
(solo: Christiane Legrand et Alice Herald)


Barbra Streisand et Michel Legrand
en enregistrement (1966)
C’est aussi pendant sa période chez les Swingle qu’elle fait partie du mythique enregistrement de la musique des Demoiselles de Rochefort, en prêtant sa voix chantée à Josette, la serveuse du café. « Au début de ma carrière, avant que je n’aie l’occasion de partager un moment un peu particulier avec lui, je faisais partie des 9 personnes sur 10 qui trouvaient Michel Legrand insupportable, même du temps où il n’était que chef d’orchestre pour des chanteurs de variétés, quand j’étais convoquée par Christiane. Je voyais comment il dirigeait, il voulait qu'on fasse toujours tout très vite et très bien -et c'était très difficile ce qu'il écrivait- sinon il engueulait les musiciens. Je revois les violonistes en train de taper de leur archet sur le pupitre, ils faisaient ça quand ils étaient mécontents. Je me souviens d’un moment avec les Swingle Singers où on était à l’hôtel Gorham sur la 55ème rue, car on chantait dans un cabaret pas loin. Michel était au même hôtel car il était venu à New York enregistrer son album avec Barbra Streisand (Je m’appelle Barbra, 1966). J'étais hyper intéressée par Streisand, je savais par les musiciens américains que je connaissais, que les séances d'enregistrement aux États-Unis étaient assez ouvertes, n'importe qui pouvait y assister, il suffisait de connaître un musicien dans l’équipe. Je savais où était le studio, mais je ne connaissais pas l’heure des enregistrements. Je croise Michel dans les escaliers de l’hôtel : « Tes séances avec Barbra, tu pourras me donner le jour et l’heure? » et il me répond « Oh, ma chérie, j'oublierai. Je préfère te dire non tout de suite comme ça tu ne seras pas déçue ». Merci Michel (rires). Les autres Swingle étaient pressés de rentrer pour rejoindre leur foyer. C’était mi-janvier, il fallait que je rentre le mercredi car le samedi on répétait chez Ward et on enchaînait certainement avec un départ en tournée. Et puis je croise Michel qui m’attend exprès dans le hall. Il me dit qu'il a peur en avion, il déteste voyager seul, et veut que je parte avec lui vendredi. Ça ne m’arrange pas, mais il me fait trente minutes de charme et de gentillesse « Une limousine de la prod va venir nous chercher, fais-le pour moi ». Je change la date de mon billet d’avion, et le jour venu, la limousine de la prod vient nous chercher, nous amène à l'aéroport. Il regarde mon billet:
 « - Ah, mais tu as un billet en classe tourisme ?
- Oui car comme c'est pris sur nos cachetons, Pierre Fatome nous prend toujours de billets en touriste ».
Il me demande de prendre un billet en première comme lui, je vais changer mon billet, et ça me coûte 100 dollars. En 1965, c'est une somme même si je gagnais hyper bien ma vie. Je lui dis : « Michel, ta compagnie me coûte 100 dollars » et il me répond « Ma chérie, ma compagnie n'a pas de prix » (rires). Michel était connu pour sa radinerie. On s’installe confortablement dans une banquette pour deux, avec la même peur de l’avion. Lui s'en est sorti après, en prenant des cours de pilotage, et n'a plus eu peur, mais moi je n'avais pas les moyens de prendre des cours de pilotage, je demandais autant que possible des billets de bateau et de train à la place. On se prend la main, on se serre l'un contre l'autre, quand l'avion se stabilise. C’était un vol de nuit, on avait moins peur et finalement on se prend dans les bras et on se fait des bisous. A l'époque, la drague on ne pouvait pas y échapper. J'étais résignée d'avance, les mecs se croyaient tout permis. Dès qu'il y avait une occasion de tirer un coup avec quelqu'un ils insistaient plus ou moins lourdement. Il m'est arrivé hélas de dire oui à un mec qui insistait. Michel était un joli mec et ne me déplaisait pas, mais le personnage était assez antipathique, jusque-là il n'avait été que désagréable. Je me suis dit « Il va continuer à me prendre pour une conne » et finalement il me dit « Non, on arrête, je n'aime pas les choses vite faites et mal faites, ça ne m'intéresse pas, et je ne veux pas de ça pour toi non plus, ça serait un manque de respect pour la personne que tu es ». On arrête, on essaie de dormir, une couverture dessus, à moitié couchés l'un sur l'autre et on a dormi comme des bienheureux, jusqu'à l'atterrissage à Orly. On ne pouvait pas prendre le même taxi, car lui habitait dans le 16ème et moi à Vincennes, et là royalement, alors qu’il était très radin, il me tend 30 francs pour le taxi et me dit « Au revoir ma chérie et à bientôt, je te rappellerai pour le travail ». Il a tout rattrapé d'un coup, et d'une très belle façon »
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Danielle Darrieux (Yvonne) et Alice Herald (voix de Geneviève Thenier/Josette)
chantent "La femme coupée en morceaux" 
dans Les Demoiselles de Rochefort (1967) de Jacques Demy


Vient en 1966 l'enregistrement des Demoiselles de Rochefort. « Il faisait un casting et avait pensé à moi pour la voix de Delphine, donc il m’a fait déchiffrer la chanson « De Delphine à Lancien » à vue. Plus tard il m’a dit que c’était bien, mais qu’à la différence des Parapluies de Cherbourg on entendait la voix de Catherine Deneuve dans les dialogues des Demoiselles, et il fallait raccorder avec Catherine Deneuve. J’étais soprano, trop légère, donc il a demandé à Anne Germain qui a une voix de mezzo-soprano avec un timbre plus foncé que le mien. J’étais déçue, mais il m’a dit « Il y a un autre petit rôle très joli, Josette la serveuse du café, qui a une jolie scène ».»
Elle enregistre en même temps que la grande Danielle Darrieux, seule comédienne du film à chanter avec sa propre voix : « Danielle Darrieux était une chanteuse professionnelle, donc on ne pouvait pas l’empêcher de chanter son propre rôle, mais elle avait une voix qui faisait très opérette, et Michel détestait les voix lyriques. Elle a fait sa première prise en chantant comme d’habitude, à savoir très opérette et Michel lui a dit « Danielle, c’est très bien, mais je voudrais essayer quelque chose comme ça, uniquement par curiosité, pour mon plaisir personnel : est-ce que vous pouvez chanter la même chose mais en détimbrant votre voix et en chantant le plus droit possible, sans les vibratos. C'est un caprice personnel, juste pour essayer. » Les acteurs écoutent toujours très bien ce qu'on leur dit, donc elle a repris en détimbrant, et Michel lui a dit « C'est parfait, Danielle, c'est merveilleux, on va la garder comme ça, car c'est ça qui me plaît, et toutes vos autres scènes il faudrait les chanter comme ça. » Il a gagné (rires), elle a chanté comme il voulait. Et elle était très bien. »

Plus tard, Alice participe notamment à l’aventure de Peau d’âne (1970). « J’ai fait les chœurs, il y avait à peu près tout le monde, comme dans le chœur de la Chanson de Maxence pour Les Demoiselles de Rochefort, où j’étais aussi. Dans Peau d’âne, on fait le même jour « Les insultes » et « Le massage des doigts ». Je me souviens d’avoir fait la tirade qui se finit par « On dit qu’elle est méchante !». Tu penses que c’est Nicole Darde, c’est possible que Nicole ait réenregistré le rôle après coup mais je me souviens de la réplique et je pense que c’est ma voix. Quand tu enregistres pour Legrand, tu fais tout comme lui. Il te coache, et tu vas prendre son phrasé, sa musique le veut. Ça m’empêche de distinguer les voix des unes et des autres, elles chantent toutes du Legrand à la Legrand. Et c’est sans parler de Christiane : Michel et elle étaient des jumeaux vocaux. »
Alice est également auditionnée pour jouer la Tante Elise pour un projet d’adaptation scénique des Parapluies de Cherbourg. « Le dernier chapitre, c’est cette fameuse fois où tu as réussi à nous faire inviter à l’anniversaire des Demoiselles de Rochefort au Grand Rex. Je voulais y aller, un de tes copains devait m’emmener en voiture, mais je n’étais pas en forme. Je m’en suis voulue, c'est la dernière fois que j'aurais pu voir Michel ».

Lalo Schifrin
Cette période des Swingle Singers est décrite par Alice dans une auto-fiction qui n’a jamais été éditée mais dont elle m’a confié le tapuscrit, Les châteaux de sable. Employant des pseudonymes, elle y raconte les tournées, et ses amours pendant cette période, notamment avec le jeune chanteur Mort Shuman, le grand compositeur et parolier Richard Adler (en plein divorce avec Sally Ann Howes, héroïne du film Chitty Chitty Bang Bang) et surtout, l’un des plus grands compositeurs de musiques de film internationaux… Lalo Schifrin. « J'ai eu une vie privée pas équilibrée, et nulle, pas heureuse. Déjà, quand j'avais 14 ans, j'avais écrit dans mon journal intime que je ne voulais pas d'enfants. J’avais une vision désastreuse de la vie de famille et du mariage avec ce qui s'était passé dans ma famille. Puis le métier que j'ai fait et ce que j'y ai vu ne m’ont pas encouragée à faire bobonne derrière les fourneaux en comptant sur la fidélité du mec. Je n'arrivais pas à être stable avec quelqu'un, même si j’aurais parfois bien voulu. Un jour, Stéphane Lerouge (producteur de musiques de films, ndlr) m'a hypocritement branché sur « ma collaboration avec Lalo Schifrin ». Je lui ai répondu que ce n’était pas une collaboration mais une histoire d’amour torride. Tout le métier le savait, et il y avait prescription. Lalo, c’est l’histoire la plus importante de ma vie. Ils voulaient tourner l’équivalent de Casque d’or, en comédie musicale. La musique avait été composée par Lalo Schifrin qui est venu l’enregistrer à Paris, en février ou mars, avant le tournage. Danielle Licari faisait partie des solistes et moi j’étais dans les chœurs. Lalo m’a draguée, est tombé amoureux et n’arrêtait pas de m’écrire alors qu’il était marié et vivait en Californie. Une histoire impossible. Il parlait très bien français mais avait un accent sud-américain épouvantable, et m'a séduite malgré son accent. Il devait revenir pour le tournage qui devait avoir lieu en été, mais finalement le film n’a jamais été tourné. On s’est revus, mais il s’est conduit de manière nulle. Finalement, il a divorcé et s’est remarié avec une femme encore plus jeune, très jolie. On s’est re-croisés plus tard pour une émission tournée en France, je lui ai dit bonjour, mais il faisait la gueule ».
Pendant ses tournés aux États-Unis avec les Swingle, Alice se lie d’amitié avec un producteur américain (Marc Brown (MBA Music)) et son épouse, et enregistre des maquettes en studio. J’ai pu les faire numériser par mon ami Grégoire Philibert.


Alice Herald chante "One note samba"
(maquette inédite enregistrée à New York, vers 1966)



Claude Germain
Vers 1968, Alice crée avec Claude Germain et l’ingénieur du son Yves Chamberland le groupe vocal Les Masques. « Avec Claude, on travaillait souvent pour Francis Lemarque, donc on est venu chez lui à La Varenne pour lui présenter notre projet afin qu’il le produise. On était tous fous des musiques brésiliennes, il fallait composer dans ce style-là. Le groupe de base (accompagné par les musiciens du Trio Camara, ndlr), c’était Nicole Croisille, Annie Vassiliu, France Laurie, Jean-Claude Briodin, José Germain et José Bartel. Il y avait aussi Pierre Vassiliu. Croisille, Bartel et lui avaient tous des contrats avec des maisons de disques, et avaient envie de chanter ce machin. Tout le monde était bénévole, payé aux royalties s'il y en avait. J’avais dit que je ne chantais pas, car je ne voulais pas me réembringuer dans un groupe après mon départ des Swingle. Finalement, comme on n’a pas réussi à maintenir l’équipe de filles tout le temps, j’ai participé comme chanteuse à au moins deux titres : celui composé par Christian Gaubert, qu’on a fait avec Claudine Meunier, Hélène Devos et moi. Et j’ai remplacé quelqu’un dans un autre titre ».
Pour cet unique album, Alice écrit les paroles de la plupart des chansons : « Ce qui me plaisait c'était d'écrire les chansons avec Claude, de faire répéter les chanteurs, et de suivre le mixage. J’ai finalement plus participé au disque autrement qu’en chantant dedans. J’ai écrit les textes de toutes les chansons composées par Claude, ainsi que celui de celle composée par Christian Gaubert. José Bartel a pondu un morceau et m’a proposé d’écrire les paroles, mais comme j’avais l’impression d’avoir « trusté » pas mal l’écriture des chansons de l’album, je lui ai dit qu’il pouvait trouver quelqu’un d’autre. Je ne suis pas comme Etienne Roda-Gil qui disait « Soit je fais l’album complet, soit je ne fais rien ». J'ai honte des textes que j'ai écrits là-dessus, c’était complètement nunuche. J'ai fait comme Mimi Perrin avec les Double Six, comme la musique est extrêmement rythmique, j'ai essayé de trouver les voyelles qu'il fallait selon les sonorités, je me fichais pas mal du sens ».
Le disque est devenu culte depuis quelques années, redécouvert par des DJ (comme mon ami Guido Cesarsky du groupe Acid Arab, qui a intégré le morceau « Initiation » des Masques à sa compilation Pierre Vassiliu en voyage parue chez Born Bad Records), producteurs de disques, mélomanes, etc. Étant peut-être le spécialiste à connaître et partager des informations sur le groupe, et à faire le lien avec tous les anciens choristes et leurs ayants-droit, je sers d’intermédiaire à chaque fois qu’il y a des demandes d'utilisation, et c’est ainsi que « Dis-nous quel est le chemin » figure dans le film belge Fils de plouc (Lenny et Harpo Guit, 2021) projeté… au festival du film de Sundance.


Les Masquent chantent "Dis-nous quel est le chemin"
(Claude Germain / Alice Herald)


Mais à sa sortie, le disque est passé complètement inaperçu : « On a eu à l’époque un énorme succès d’estime, et on est passé un peu en radio, mais on a dû en vendre trente. À tel point que la production nous a dit que plutôt que de payer les royalties, ils allaient faire un pot et les royalties paieraient le cocktail. Je pense qu’on était trop en avance, c’était avant la world music. Et « Dis-nous quel est le chemin ? » est arrivé deux ou trois ans avant les Jesus-Christ Superstar, Godspell, etc. Plus tard, Christiane Legrand a fait un disque avec des mélodies de Baden-Powell, j'ai écrit un texte pour elle (« Vai », ndlr). Trente ans après l’enregistrement des Masques, Thierry Balzan découvre les titres grâce à une émission de Jean Letellier (passionné de groupes vocaux, ndlr), se met en contact avec les Germain et moi, numérise un vinyle et sort un CD, j’étais contente car ça faisait des royalties. Et là, Chamberland dit que sur le disque c’était écrit « Productions Francis Lemarque », mais qu'il avait co-produit l’album avec Francis en fournissant le studio Davout gratos. Chamberland a fait un procès, et a fait retirer le disque du commerce. Finalement, des années plus tard, Universal qui a repris à la fois BMG (donc CBS) et les productions Lemarque, m’a envoyé un coursier pour faire numériser mon 33 tours, mais finalement ils n'ont pas ressorti le disque.»


Christiane Legrand chante "Vai" 
(Baden-Powell / Alice Herald)


L’écriture fait partie des grandes passions d’Alice. Malheureusement, elle n’a pas la chance de « percer » dans ce domaine. La faute à « pas de chance ». Outre l’aventure des Masques et le titre « Vai » de Christiane Legrand, elle écrit une chanson (sur une musique de François de Roubaix) pour le film Ciel bleu (1971) de Serge Leroy, mais le film fait un bide et n’est jamais édité en vidéo. La chanson, « My sky is blue » dont elle est également soliste sera heureusement exhumée plus de trente ans plus tard pour une compilation (François de Roubaix : Chansons de films, Universal/Écoutez le cinéma, 2009). J’ai plusieurs fois parlé avec Alice de cette B.O. mais hors interview. Voici ce qu’en dit l’excellent ouvrage François de Roubaix, charmeur d’émotions de Gilles Loison et Laurent Dubois (Éditions Chapitre Douze, 2008) :
« En 1971, Serge Leroy et François de Roubaix travaillent ensemble sur un deuxième film, destiné cette fois-ci au circuit commercial. Il a pour titre Le ciel est bleu et réunit Alexandra Stewart et Frédéric de Pasquale. Un photographe d’actualités couvre la guerre en Indochine et en Afrique. Un de ses amis meurt à côté de lui. Il photographie une petite fille à l’air triste qui est tuée devant lui. Dégoûté par toutes ces horreurs, il devient reporter sportif et, à l’occasion d’un match de rugby en Irlande, retrouve un ancien amour. Le couple reprend une liaison qui ne dure qu’un court moment et le photographe repart vers sa famille et son fils. Pour le film, Leroy a besoin d’une chanson en anglais. François pense à une voix de petite fille mais cherche aussi une chanteuse maîtrisant bien l’anglais. Parmi celles qu’il envisage se trouvent Martine Habib, fille du réalisateur Ralph Habib, dont la voix se rapproche de celle de Joan Baez ; Esther Ofarim, jeune chanteuse israélienne, interprète du succès « Cinderella Rockafella » en 1968 ; Morgana King, chanteuse américaine de jazz et de blues.
François de Roubaix
Finalement, François contacte Alice Herald, qui fait partie des Swingle Singers depuis peu. […] Elle découvre la rue de Courcelles et le grand salon de musique. François lui explique qu’il veut une voix de petite fille. Alice chante en détimbrant, en bloquant sa voix. Le résultat satisfait le compositeur qui signale à la chanteuse qu’il ajoutera une grosse réverbération. Pendant qu’ils sont en train de parler, le téléphone sonne. François répond et se met à parler espagnol. Charo est au bout du fil. La conversation est très tendre. François sourit : « On se voit demain ? » Le dialogue amoureux dure encore un peu, puis François raccroche. Il revient à la chanson et fait part à Alice de sa recherche d’un parolier pour « The sky is blue ». La chanteuse lui indique qu’elle a déjà écrit deux ou trois chansons en anglais. Le contenu des paroles importe peu pour François à condition qu’il n’y ait aucune faute de langue dans le texte. Alice le rassure en lui apprenant qu’elle fait corriger ses textes par des amis anglais ou américains. « Super ! Commande ferme ! » conclut François.
Alice se base sur une histoire qu’elle a vécue avec un célèbre musicien de film américain et écrit : « My sky has turned blue once more, my life has met yours once more, my love is stronger than before, why don’t you stay with me… » L’enregistrement se déroule à la Comédie des Champs-Elysées. François arrive avec une grande cape noire et des bottes très hautes. Alice le trouve très distingué, très aristocrate. « The sky is blue » est fixé sur la bande. François est séduit par la petite voix. Il fait écouter la chanson à Serge Leroy, qui tombe également sous le charme. L’idée d’un 45 tours est très vite lancée. François contacte les éditions Paille Musique, société créée par Georges Moustaki pour publier ses chansons et dont il laisse la direction à sa sœur, Elisabeth Zirinis. À Alice qui lui demande à quoi fait référence le nom de « Paille », Elisabeth répond qu’il est dû à l’humour de son frère car elle est « une femme de paille » dans cet emploi de directrice.
Le ciel est bleu ne rentre dans aucun genre précis et les distributeurs refusent de l’inscrire à leur programme. Le film reste donc inédit et le disque, forcément lié à la sortie en salles, n’est pas produit. Elisabeth Zirinis, appréciant la petite voix d’Alice, lui demande d’interpréter d’autres chansons dans le même style mais la chanteuse refuse. Le premier film officiel de Serge Leroy sera donc Le mataf, production franco-italienne interprétée par Michel Constantin en 1973. »


Alice Herald chante "My sky is blue"
(François de Roubaix / Alice Herald)


Alice Herald écrit en outre des chansons avec Francis Lemarque pour la chanteuse anglaise Victoria (cf. mon article « Qui êtes-vous, Victoria Riddle ? ») et avec Francis Lai pour Renata, mais les disques restent confidentiels. « J’avais également écrit avec Claude Germain une chanson que je comptais proposer à Sheila, « Un jour les cloches sonneront ». Victoria Germain (fille d’Anne et Claude Germain, et voix chantée d’Alice dans le redoublage de 1974 d’Alice au pays des merveilles de Disney, ndlr) a enregistré une maquette. Manque de bol, pour Les Masques j’étais trop en avance sur mon temps, et pour « Un jour les cloches sonneront » j'étais trop en retard. Carrère venait de faire enregistrer « Dans la petite église ». »
Victoria Germain se souvient d'Alice: « Ma sœur et moi voulions marier Alice avec Bob Smart, car tous les deux étaient célibataires. Et c’est grâce à Alice que nous avons eu notre premier chat, à la suite d’une phrase que j’aurais dite à maman « Je voudrais tellement un petit compagnon ». C’était une petite Dolly qu’Alice avait cachée dans un panier et nous avait apportée chez nous sans que papa soit au courant car il ne voulait pas de chat à la maison. Bien sûr, quand il l’a vue il n’a plus dit non et c’est lui qui était le plus gaga avec ses chats. Et à partir de ce jour-là, il y a toujours eu des chats dans la famille Germain ». Vous pouvez entendre ici en exclusivité cette maquette (grâce à Isabelle et Victoria Germain, et à la numérisation de l’ami Grégoire Philibert). On entend dans les chœurs Jean-Claude Briodin et Bob Smart.



Victoria Germain (alias Vicky Germain) chante "Un jour les cloches sonneront"
(Claude Germain / Alice Herald)
Maquette inédite

Plus tard, elle écrit les « bidesques » « Kaï Kaï Banzaï » pour Patricia Ferrari (« Kaï Kaï Banzaï, je suis fille de samouraï. Kaï Kaï Banzaï, j'suis vraiment un karaté-kaï Kaï Banzaï ») et « Allez l'O.M. ! » (hymne de l'O.M. en 1987) produit par Monty et chanté par Marc Simon, qu'elle signe anonymement.



Marc Simon chante "Allez l'O.M.!"
(Nicolas Bulostin / Alice Herald)



En parallèle des groupes vocaux et écritures de chansons, elle continue son métier de choriste, accompagnant les plus grands chanteurs, et participe également comme choriste à de très nombreuses musiques de films pour François de Roubaix (L'homme orchestre, L'étalon, Les novices), Michel Magne (Cran d'arrêtTout le monde il est beau, tout le monde il est gentil), Francis Lai (Un cri dans l'ombre, Le voyou, Madly, Toute une vie), Michel Legrand (La dame dans l'auto avec des lunettes et un fusil, Les feux de la chandeleur, Parking), Claude Bolling (Doucement les basses), Serge Gainsbourg (Mister Freedom), Philippe Sarde (Sortie de secours), Vladimir Cosma (Les aventures de Rabbi Jacob, Le loup blanc), Claude Germain (Chobizenesse, Liberté égalité choucroute), etc. Une jolie rencontre lors de l’enregistrement de la maquette d’ « I’m a poor lonesome cowboy » composée par Claude Bolling pour le film d’animation Lucky Luke : Daisy Town (1970) : René Goscinny. « J’étais en pleine Pilotomanie, folle de Pilote, et fan de René Goscinny et là je le vois dans le studio : je lui ai dit « je suis amoureuse de votre journal ». Il m’a raconté des trucs plaisants sur ce qu’il se passait dans le journal. »
Alice fait partie des choeurs d'Ennio Morricone pour un concert qu'il donne au MIDEM. « Lors de la pause, je me suis mise au pupitre et je l'ai imité. Stupeur quand je me suis rendue compte qu'il était dans la salle, à me regarder. Heureusement, ça l'a fait sourire. »
Elle participe également à quelques doublages français de films musicaux américains, comme My fair Lady, Chitty Chitty Bang Bang ou Jesus-Christ Superstar« En doublage, je n'ai pas doublé de rôles. Que des choeurs, et pas forcément en même temps que les solistes. »

Les publicités sont souvent chantées. « Je suis même allée à Londres pour en enregistrer, pour Daniel White. Il y avait avec nous Georges Blanès, qui faisait exprès de parler anglais avec l'accent pied-noir pour nous faire rire. »

Sylvie Vartan
Alice s’est retrouvée dans les années 70-80 à accompagner plusieurs artistes en tournée. « Quand je suis sortie des Swingle, j’ai dit que je ne voulais plus faire de tournées. Je faisais exprès de refuser d’intégrer de nouveaux groupes vocaux, de peur que ça marche et que je sois obligée de partir en tournée. Johnny Stark m’avait appelée pour faire une tournée avec Mireille Mathieu, que je ne supportais pas. Deux mois avec elle en Allemagne. C’était au-dessus de mes forces (rires) ! La seule fois où j’ai accepté de faire une tournée, c’était pour Julien Clerc, vers 1971-1972, car Annie Vassiliu avec qui j’étais très amie, avait insisté pour que je la fasse avec elle. Et puis, fin 1973, c'est le choc pétrolier. L’industrie du disque était indexée sur celle du pétrole, donc courant 1974, le téléphone ne sonne plus, plus personne ne m’appelle. J’appelle les copines, c’est pareil. C'est là que dès le début 1975, piteusement, j'ai rappelé en disant « je refais les tournées » et qu’on s’est jetée sur moi. J’ai fait une tournée avec Dick Rivers début 1975, suivie par Sylvie Vartan. Avec Sylvie c’est une des pires tournées de ma vie, mal organisée et fatigante. Parce que sa carrière ne marchait plus en France, elle était partie aux États-Unis, et son mari, un Américain, voulait relancer sa carrière. Son impresario, Marouani, n’arrivait pas à lui trouver des dates, donc la tournée était faite de bric et de broc, avec des tas de kilomètres. Elle était en Mercedes, comme tous les artistes, avec un chauffeur qui lui servait de secrétaire et porte-bagages. C’était Jean-Luc Azoulay. Les mauvaises langues du métier ont dit : « Azoulay, sans Sylvie, il n'est rien. » Elle l’a viré à la rentrée, je ne sais plus pour quelle raison. Et Azoulay a créé Dorothée, le Club Dorothée, AB Productions. Donc on peut se tromper sur les gens. Ce sont des métiers où il se passe des choses comme ça, bizarres. Au retour de la tournée, on devait faire le Palais ses Congrès et elle a pris les Fléchettes, qui étaient à la mode. On s’était cogné la tournée et on ne nous prenait pas pour le Palais des congrès ! »

C. François et V. Giscard d'Estaing
(avec Caline et A. Herald)
Photo: Jacques Cuinières
Et Claude François ? « J’avais été une première fois chez lui. Il avait fait passer une note de service disant que si les chœurs continuaient d’être aussi mauvais, il allait tous nous virer. Après la tournée Vartan, je suis appelée par Corinne Sauvage (Caline) qui faisait partie des choristes plus jeunes que moi. Elle insiste pour que je revienne chez Claude François, et que je revoie les arrangements vocaux, etc. J’ai accepté de revenir pour la dépanner, pendant trois mois, et après j’ai fui. Mais ce sont trois mois qui ont été super car on a fait l’arbre de Noël de l’Élysée en 1975, devant les enfants et Valery Giscard d'Estaing. C’est un souvenir très rigolo. Giscard voulait faire venir Claude François non pas pour le chanteur… mais pour ses Claudettes. Les Claudettes, tu les vois dans les émissions de télévision, très sophistiquées et maquillées. Mais même le matin, juste sorties du lit, dans le car, bouffies, pas coiffées, avec un vieux pull et un vieux jean, c'étaient déjà des créatures de rêve. On avait rendez-vous dans la salle des fêtes de l'Élysée à 16h30 pour répéter. Or Claude avait toujours entre 1h30 et 2h30 de retard partout, ça faisait partie de ses problèmes. Et Élysée ou pas, il a fait comme d’habitude. Et qui on voit débarquer à 18h ? Giscard. On s’arrête de répéter. Il nous dit : « Ne vous dérangez pas pour moi, continuez. Est-ce que Monsieur Claude François est là ? » Alors, le chef d’orchestre lui dit : « Non, Monsieur le Président, nous l'attendons. » « C'est bien, prévenez-moi quand il sera arrivé ». Et il repart. Le régisseur se précipite sur le téléphone et appelle Claude, qui du coup arrive à toute vitesse. Giscard revient, et se met au clavier. On était tous tétanisés, et il demande à Claude s’il peut l’accompagner au piano sur « Douce nuit » pendant l’arbre de Noël. Claude ne chantait pas ça, ce n'était pas son répertoire, donc le pianiste se dévoue et dit « Monsieur le Président, on pourrait le faire en Do », c'est la tonalité la plus facile. Il lui donne toutes les harmonies. En repartant, Giscard marmonnait « Do, sol, etc. ». On était morts de rire. Arrive le soir, il se met à l'orgue, et nous on l’accompagne en équipe réduite, les trois choristes (Caline, Micky Segura -qui faisait toutes les tierces de Claude- et moi) et les cinq musiciens de base de Claude, sans les cuivres. À la fin de l’arbre de Noël, tout le monde se change derrière un paravent, et qu’est-ce que je vois s’échapper au-dessus du paravent ? La fumée et l’odeur d’un pétard. C’étaient les Claudettes, qui étaient folles. Je me suis dit « Ce n’est pas possible, elles fument un pétard à l’Élysée ». On se rhabille, et en attendant que Giscard revienne, un huissier me fait visiter tout le rez-de-chaussée, le bureau présidentiel, etc. On se retrouve dans la salle du Conseil des ministres avec tout le monde. Giscard serre la pince d’un peu tout le monde et demande « Où sont les Claudettes ? ». Claude se retourne ; « Eh, les filles, vous pouvez venir ? ». Elles n’avaient aucune conscience de qui se passait, mais c’était la mentalité post-soixante-huitarde de l’époque. »



Claude François et Valery Giscard d'Estaing
accompagnés par Alice Herald et Caline
(arbre de Noël de l'Élysée, 1975)


Que s’est-il passé après la mort de Claude François ? « L’une des branches du fan-club essayait de regrouper tout ce qu’ils pouvaient comme anciens musiciens, choristes, Claudettes et techniciens de Claude à leurs soirées. Souvent on se retrouvait dans le restaurant que tenait l’une des anciennes Claudettes, à Montparnasse. J’y allais pour deux raisons : le soir de l’enterrement de Claude, on n’avait rien mangé depuis le matin et on est allé à vingt-cinq dans un restaurant à Pigalle, on avait dit qu’on ne se retrouverait jamais plus tous ensemble, donc ces soirées du fan-club étaient la seule manière de retrouver mes copains de métier autres que les choristes. Et puis la deuxième raison, c’était pour être gentille, me rendre utile, mais aussi remettre un petit peu les pendules à l’heure, car Claude François était vu par ses fans comme le Christ et moi comme l’une de ses disciples. Il était un artiste hors norme, avec beaucoup de talent, mais sur le plan personnel, c'était un être humain, ni plus ni moins que tout le monde, avec ses défauts et ses qualités. Et pour ce qui est des défauts, particulièrement mégalomane et particulièrement chiant (rires). C'est comme ça, on voit les défauts des gens et on fait avec. Mais ça a été dur de leur faire comprendre. Maintenant, je n’y vais plus. »

Joe Dassin et Alice Herald (à droite)
présentée par erreur comme "danseuse"
Autre personnalité accompagnée par Alice à l’époque : Joe Dassin. « Quand tu sors de chez Claude François qui engueulait tout le monde pour rejoindre Dassin, c’était le changement : pas un mot plus haut que l’autre, avec le côté bien américain, hyper professionnel, sachant bien s’entourer. J'ai mis très longtemps à me rendre compte que le fait d'être une star de la chanson française n’était pas le destin qu'il avait voulu et que donc quelque part, il avait raté sa vie. Son projet de vie à Dassin, c'était quoi ? Il était venu en France faire des études d'ethnographie, donc il avait un diplôme. Il voulait rentrer aux États-Unis et finir son diplôme à Harvard, et être professeur dans une grande université américaine, se marier et avoir des enfants. C'était ça son projet de vie. Il a été alpagué littéralement, quand il vivait à Paris, par sa fiancée qui se trouvait être secrétaire chez Philips. Il jouait de la guitare avec ses copains dans des soirées. Il avait pas du tout demandé à être un chanteur popstar français. »

Alice Herald en répétition avec 
Maxime Leforestier et Graeme Allwright
Parmi les tournées les plus mémorables faites par Alice, celle pour les chanteurs Maxime Leforestier et Graeme Allwright, en 1980 (on retrouve également le demi-frère d'Alice, le guitariste Solorazaf, parmi les musiciens) : « On a fait une tournée humanitaire ensemble. Les fonds servaient à financer un orphelinat en Inde parrainé par Graeme. On était tous bénévoles, à part un défraiement pour les hôtels et restos. C’était en hiver, donc pas en plein air, et on était dans de très grandes salles -1000, 2000 personnes- dont le Palais des sports pendant trois jours de suite. À la fin de la tournée, le mec chargé de collecter les fonds est parti avec la caisse, et je crois qu'on n'a jamais réussi à mettre la main dessus. C'est moins joli. J'étais la seule choriste et cheffe de choeur pour faire chanter les musiciens. Et je faisais répéter Maxime et Graeme. Les deux passaient en même temps ou l'un après l'autre. Une ambiance super. Les gens dans la salle venaient pour la cause. Les chansons étaient très bien musicalement. Je me souviens d’un moment où Graeme sort de scène, et Maxime vient chanter une de ses chansons. Tout seul avec sa guitare, il commence tout doucement « C'est une maison bleue… » « San Francisco », c’est sa plus belle chanson, elle est hyper connue. À peine le temps de faire « C'est une maison bleue », que tout le monde était debout avec les briquets. Imagine une salle de 2000 personnes avec les briquets allumés. Les gens se mettent à chanter d’instinct, une immense chorale. Les musiciens se sont arrêtés, je n'ai pas chanté, et Max a continué à la guitare mais n'a plus chanté. On avait des sueurs froides dans le dos. Un état physique particulier, délicieux. Un hyper beau souvenir. Je me demande ce qu'il se passait dans la tête de Max à ce moment-là, au point qu'il ne chante plus? Je n'ai pas pensé à lui demander. Si un jour j'ai l'occasion, je lui demanderai. Quelque chose me fait de la peine avec Max: tous les vieux reviennent, tous ceux que j'ai connus, croisés, on les revoit tous à la télévision, dans des émissions de vieux. Maxime on l'a revu, mais très peu. Je me demande s'il n'a pas quelques problèmes de santé. Il a eu des galères : un fils malentendant, une traversée du désert, puis ça a remarché. C'est un de ceux que j'aimerais le plus revoir. De cette tournée, on a fait un enregistrement live au Palais des sports. On a été payé pour les séances par la maison de disque. Tous les droits ne pouvaient pas revenir à l'association, je ne sais pas comment ils se sont arrangés. »



Maxime Leforestier et Graeme Allwright
interviewés à propos de leur tournée (1980)


Alice Herald (à gauche) avec Dave
Alice accompagne également en tournée Patrick Sébastien, et Dave : « De tous les artistes que j'ai accompagnés, Dave est celui dont j'ai le meilleur souvenir. Il n’y avait jamais aucun problème avec lui. Au moindre incident, il proposait qu’on en parle tous ensemble, de manière extrêmement équilibrée et intelligente. » Dave se souvient d’Alice Herald : « Câline, Patricia Ferrari et elle étaient mes trois choristes. Alice était une bonne choriste, et je l’aimais bien. Elle avait une joie de vivre, et une auto-dérision qui est rare en France. Patrick Loiseau et moi pensons à elle à chaque fois que nous voyons Les Demoiselles de Rochefort -on l’a revu il y a peu- ou qu’on entend Richard Anthony, car elle était souvent dans ses chœurs. »
Dave m’a gentiment enregistré un petit message posthume pour Alice, que voici :


Message posthume enregistré par Dave pour Alice
(pour Dans l'ombre des studios)


Alice Herald, Dominique Poulain 
et Anne Germain
dans Le Bourgeois gentilhomme
Avec Dave, Alice tourne également la mini-série Dickie-Roi (1981). Et ça tombe bien car elle aime la scène et les tournages, qui la changent du métier de studio. Elle fait partie de l’équipe des comédiennes-choristes du Bourgeois gentilhomme à la Comédie-Française, mise en scène grandiose de Jean-Louis Barrault proposée à partir de décembre 1972 pour le tricentenaire de la mort de Molière. Michel Colombier écrit des arrangements d'après Lully et on retrouve sur scène tous les soirs, parmi les choristes José Bartel, Anne Germain, Alice Herald, Dominique Poulain ou bien encore Géraldine Gogly et Nicole Darde.
Alice Herald
dans Superdupont

Alice joue dans le spectacle Superdupont (1982) du Grand Magic Circus de Jérôme Savary, à l’Odéon, avec Alice Sapritch. On la retrouve aussi au cinéma dans Chobizenesse (1975) de Jean Yanne. « Un film sur le show-business, avec Robert Hirsch qui joue un compositeur qui s’appelle Jean-Sébastien Bloch. J’ai travaillé sur la plupart des enregistrements de Claude Germain, dont ceux pour lesquels il avait été le nègre de Michel Magne. Pour Chobizenesse, on a notamment enregistré la Messe en ré, et on nous a demandé de venir tourner le ballet L’acier. Jean Yanne voulait des choristes donc on s’est retrouvées sur le tournage, Anne Germain, Annick Rippe et moi, mais on n’avait pas de costumes. Comme il était bourré d’idées, il a demandé un morceau de tissu avec trois trous pour passer nos têtes. Il nous disait « Montrez bien que vous avez la même robe ». Qu’est-ce qu’on a pu rigoler ! On avait des tronches pas possibles, on nous avait foutu des faux crânes chauves argentés avec des franges de robots, et il a fallu deux heures pour enlever le maquillage. Il était drôle, Yanne. Chobizenesse est mon film préféré parmi ceux qu’il a réalisés, mais le film n’a pas plu du tout au grand public, il plaît surtout aux gens du métier. Celui qui a le mieux marché est Deux heures moins le quart avant Jesus-Christ mais c’est celui que j’aime le moins, il est un peu lourdingue. »



Alice Herald, Anne Germain et Annick Rippe méconnaissables dans le ballet "L'acier"
de Chobizenesse (1975)


Dans le courant des années 80, Alice travaille de moins en moins. « Chez les choristes studio, il n’y avait pas, contrairement à la télé, de magouilles pour passer devant l’autre, etc. Celui qui n’assurait plus n’était plus appelé, et point barre. J’ai une triste histoire qui concerne Jeanette Baucomont : elle faisait partie du groupe de base des Swingle Singers, où elle assurait tous les aigus. À la suite d’ennuis de tyroïde, elle a dû se faire opérer, et on lui a recommandé de ne pas chanter trop rapidement. Elle aurait dû se faire remplacer et elle a rechanté trop tôt et s’est pété son aigu alors qu’elle était colorature lyrique, mais assez adroite pour ne pas avoir de vibrato et faire de la variété. Un jour, Ward Swingle est allé chez elle. Elle lui a ouvert la porte et lui a dit « Je sais ce que tu vas me dire ». Elle n’assurait plus les aigus, et a dû quitter les Swingle. Le métier est impitoyable. Moi, fin des années 80, je n'avais pas perdu ma voix alors que les voix deviennent plus graves avec le temps : les chanteurs à qui ça n’arrive pas mettent d’ailleurs un point d’honneur à chanter dans la tonalité d’origine. Et je ne faisais pas mon âge, mais à partir de 50 ans, tu te fais jeter. »

Alice travaille comme assistante pour des maisons de disque, mais les habitudes liées à sa vie de tournée (notamment celle de se coucher tard) cadrent mal avec des horaires d'employée de bureau. Une fois à la retraite, elle participe à un club d'écriture dans sa ville de Vincennes, jusqu'à ce que celui-ci ferme après le départ de son animateur, après le confinement. De plus en plus handicapée par une dépression qui l'empêche de se déplacer et l'éloigne d'une partie de ses amis, elle est toujours d'une grande générosité pour m'aider dans mes recherches: « Dans la vie que j'ai en ce moment, je me sens inutile, je ne sers plus à rien, ni à personne. Au moins quand j'adoptais des animaux abandonnés je sauvais une vie animale. Quand je repense à ma vie passée, c'est toujours avec plaisir, je ne me souviens que des bonnes choses. Et avec toi, je me dis : j'ai au moins une petite utilité, en répondant à tes questions et en alimentant ton blog et ton intérêt pour ce métier. Je me sens utile et ça me fait du bien. C'est la seule chose qui me fait du bien en ce moment, d'ailleurs. »

Alice nous a quittés le 1er septembre 2025. Étaient présents à ses obsèques, outre sa famille, nos amies choristes Claudine Meunier (99 ans) et Claudie Chauvet, mon ami Gilles Hané et moi. Je lui ai dédié mes concerts Michel, Francis, Claude et les autres : chansons de films français 1966-1980 des 3 novembre et 8 décembre 2025.
Alice va nous manquer. Je ne manquerai pas de continuer à évoquer sa vie.


LES PASSE-MURAILLES

Une petite nouvelle, écrite par Alice dans le cadre de ses ateliers d'écriture:

Ma période la plus mondaine, la plus branchée showbiz, la plus festive, ce sont les années 70, les plus socialement heureuses de ma vie. Vu la mentalité nouvelle, les libertés nouvelles, la vie restant plus ou moins stressante dans le travail, toujours marche ou crève, mais très détendue par ailleurs. Donc, resto à la mode connu des artistes et des journalistes qui s'y retrouvaient, boîtes à la mode pour le tout Paris, soirées privées ou publiques, spectacles un peu partout, mais particulièrement à Saint-Germain-des-Prés, rue Saint-Benoît. Un nouveau resto, le Bistingo, ouvert par Carlos et Hubert, journaliste d'Europe 1. La boutique du couturier hippie Jean Bouquin, où j'achetais mes vêtements extravagants et follement mode. Entre la rue Saint-Benoît et la place Saint-Germain-des-Prés, toute la branchitude parisienne semblait avoir élu ce très haut lieu sur un très petit carré magique. Et au bout de la rue, près du boulevard, la fameuse ex cave de Saint-Germain-des-Prés, où avaient joué les plus célèbres musiciens de jazz, qui s'appelait maintenant le Bilboquet, avec resto au rez-de-chaussée, où, jeune célibataire, je pouvais entrer seule et trouver plusieurs personnes de mon métier avec qui dîner, et de là, descendre dans la cave, toujours la même, où jouaient des groupes de musiciens de jazz, de blues, de pop music.
Donc, une nuit, il était bien deux heures, je ne travaillais pas le matin suivant. Je remonte de la cave dans la rue où j'avais eu la chance de trouver une place pour ma petite voiture garée là. Et qu'est-ce que je vois arriver plus loin en amont ? Un individu qui zigzague en titubant d'un trottoir à l'autre et au passage pisse sur les voitures. Je me dis « Oh, il en tient une, lui, pépère, et une bonne. Pourvu qu'il ne pisse pas sur ma voiture. Non, c'est bon. » Et un instant après, l'individu, toujours trébuchant, arrive juste devant moi et je vois son visage et je le reconnais, c'est Jacques Dutronc. Ah d'accord. D'où sort-il ? De quelle soirée improbable ? Ou alors il était peut-être en bas avec la brochette habituelle de célébrités, je n'ai pas fait attention. En tout cas, il en tient une sévère. Mais comme il habite boulevard Saint-Germain, Il n'a pas loin où aller avant de s'effondrer chez lui. J'étais morte de rire.
Tout le métier artistique et médiatique savait qu'il était alcoolo, vu que dans ces métiers-là, tout le monde sait toujours tout sur tout le monde. Mais il y avait et il y a toujours un devoir de réserve et une règle de discrétion pour ce qui est d'en parler publiquement jusqu'à ce que lui-même, des années plus tard, raconte en interview cette période de sa vie. Mais d'ailleurs, quelle importance ? Les autres drogues étaient pires et j'avais eu la chance, ou la prudence, d'y échapper. L'essentiel est de s'en sortir et de se garder à temps les ravages du temps. Et que reste-t-il de ce temps-là ? Comme le chantait Diane Dufresne dans Starmania : « De tout ce show business, de tout ce strass, de tout ce stress, c'était ma jeunesse ». La leur aussi et la mienne. On est tous plus ou moins vieux, ce qui a au moins l'avantage d'être toujours là quand tant d'autres ont disparu. Mais heureusement pour eux et pour ce qui est de traverser le temps et même au-delà l'intemporel, les artistes et les écrivains sont des passe-murailles.
Je ne sais plus du tout ce qui est resté ouvert entre les murs de la rue Saint-Benoît.


Alice Herald chante "Mon film" (chanson qu'elle a écrite, compositeur inconnu)
(maquette inédite)


LECTURES CONSEILLÉES

"Les voix de l'ombre des films de Jacques Demy" (Dans l'ombre des studios, Rémi Carémel, 2015)
https://danslombredesstudios.blogspot.com/2015/11/les-voix-de-lombre-des-films-de-jacques.html

"Discographie Les Swingle Singers / The Swingle Singers (1962-1973)" (Dans l'ombre des studios, Rémi Carémel, 2022)
https://danslombredesstudios.blogspot.com/2022/01/discographie-les-swingle-singers.html

"Qui êtes-vous, Victoria Riddle ?" (Dans l'ombre des studios, Rémi Carémel, 2024)
https://danslombredesstudios.blogspot.com/2024/09/qui-etes-vous-victoria-riddle.html

"Notice VASSAILS Gérard" (Le Maitron, André Balent, 2016)
https://maitron.fr/vassails-gerard/

François de Roubaix, charmeur d'émotions (Gilles Loison et Laurent Dubois, Éditions Chapitre Douze, 2008)
https://fleditions.fr/francois-de-roubaix-charmeur-demotions/

Les arrangeurs de la chanson française (Serge Elhaïk, Textuel, 2018)
https://www.fnac.com/a12303149/Serge-Elhaik-Les-Arrangeurs-de-la-chanson-francaise


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