mercredi 4 juillet 2012

Hommage à Maurice Chevit

C'est avec beaucoup de peine que j'ai appris lundi midi le décès de Maurice Chevit, talentueux et sympathique "second rôle" du cinéma français avec qui j'ai eu le plaisir d'échanger quelques courriers.

Il y a trois ans, un ami comédien m'a offert l'autobiographie de Maurice, J'm'arrête pas, j'suis lancé (éd. de La Lagune). Parmi la bonne cinquantaine de "livres de comédiens" que j'ai "dénichés" et lus ces dernières années, c'est certainement celui qui m'a le plus touché. Un livre empreint d'auto-dérision, et d'une fantaisie en demi-teinte qui faisait le charme du comédien. Je me permets de vous en livrer quelques moments choisis:

Le petit Maurice Chevitzky naît en 1923. "Moment de joie pour mon père qui fait irruption chez les amis qui hébergent Henri, mon aîné de huit ans, pour leur annoncer que le Marius des "Bronzés font du ski" venait de naître". En 1945, ouvrier, il entend parler à la radio du CFCE, Centre de Formation du Comédien d'Ecran et s'y inscrit dans le but de devenir plus tard réalisateur. "Devenez comédien, vous changerez après! Comme René Clair..." lui glisse la secrétaire au moment de son inscription. Il suit ensuite des cours au Vieux Colombier, où il a pour camarades Raymond Devos et Jacques Fabbri. Alors qu'il s'inquiète qu'on le grime en vieillard pour sa première pièce, son professeur répond que son "emploi" sera les "rôles de composition". "Moi, je ne connaissais pas "emplois beaux-rôles". Mon vieux dictionnaire m'apprend que ce sont les rôles que les directeurs de province (de province...) se réservaient!"

Maurice Chevit tourne dans son premier film, Le Père tranquille de René Clément, en 1946. Demandant au régisseur général comment il doit s'habiller pour le rôle, celui-ci lui répond "N'importe comment, comme vous êtes!". Il fait aussi ses débuts sur les planches dans Le Mal court d'Audiberti mise en scène par Georges Vitaly, qui obtient le Prix des Jeunes Compagnies en 1947. Une belle carrière au théâtre est lancée. Il joue pour Jean Mercure, Raymond Rouleau (Les Sorcières de Salem), Dario Fo, intègre la troupe du TNP de Jean Vilar, puis la Compagnie Grenier-Hussenot (avec Jean Rochefort, Roger Carel), chante dans Irma la Douce et même dans un opéra, Háry Jáno à l'Opéra du Rhin, l'une de ses aventures les plus inattendues... Armelle Héliot (critique du Figaro) rend très justement hommage sur son blog à "la finesse, la sensibilité, l'esprit de cet homme qui irradiait quelque chose d'une éternelle enfance tout en sachant composer des personnages très différents". Cette riche carrière au théâtre sera couronnée par deux Molières du meilleur second rôle, le premier en 2002 pour Conversation avec mon père et le second en 2005 pour Brooklyn Boy

Parallèlement au théâtre, Maurice Chevit devient un "incontournable" des feuilletons télévisés (Les Cinq dernières minutes, Thierry la Fronde) et autres "dramatiques" en direct. Au cinéma, beaucoup de "troisièmes couteaux". C'est Patrice Leconte (que Maurice a connu enfant, et à qui il a fait découvrir le métier du cinéma), qui lui donnera l'occasion de jouer un bon second rôle dans un film "culte", Les Bronzés font du ski. Il est Marius, l'amant de Dominique Lavanant, roi des blagues qui tombent à l'eau, l'homme au "fil dentaire dans la fondue". "Ce bon film est ma référence [...]. A choisir, j'aurais préféré que ce fut par mon "Quatrième Roi"... Mais je ne m'en plains pas. Ayant revu le film de Patrice Leconte, je dois convenir que je me sors plutôt bien d'une très difficile scène. J'ai vu le film en séance publique la première fois et ai été désagréablement surpris que mon plan de présentation suffisait à faire rire: "-L'amant de Lavanant! Vous avez vu sa tête!" Patrice m'avait donc bien distribué..."

Comme beaucoup d'acteurs de sa génération, Maurice Chevit participe à de nombreux feuilletons radiophoniques (Astérix réalisé par Claude Dupont, Bons baisers de partout de et avec Pierre Dac et Francis Blanche, etc.). Dans les années 60, il commence à faire un peu de doublage: "Je fais de la Synchro avec Cholot, le père de l'écrivain Cholodenko, mais peu. Je n'y suis pas doué: j'ai le tort de privilégier l'interprétation au détriment du synchronisme... Fâcheux! Alors que des virtuoses comme mes amis Carel ou Roux excellent dans les deux...". Il prête sa voix à Nino Manfredi dans Pinocchio (1972), Eli Wallach dans Le Parrain 3 (1990), Burgess Meredith dans Rocky et Rocky V, Jack Gilford dans Cocoon (1986)...

Je laisse le mot de la fin à mon ami Claude Dupont, ancien réalisateur, auteur et animateur de radio, qui a dirigé Maurice dans de nombreuses pièces radiophoniques (dont le feuilleton Astérix) et dans le doublage des deux premiers films d'animation du célèbre gaulois (Astérix le gaulois et Astérix et Cléopâtre):
"J’ai rencontré Maurice voici plus d’un demi siècle. Nous avons partagé l’amitié et la foi. Sa famille, les souvenirs, les studios, les repas. Son village natal de Radom en Pologne et le pain du boulanger d’Avignon. Le travail et le rire. Astérix et Teilhard de Chardin. Il mettait en toute chose autant de conscience que d’humour. Quand il fut couronné d’un Molière qui honorait enfin sa longue et précieuse carrière, il s’étonnait : "Tu te rends compte… à moi… Une standing ovation !… Mais pourquoi ?…" Aujourd’hui, ses amis se lèvent tous pour saluer sa sortie."


(Remerciements à Claude Dupont)


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