vendredi 30 novembre 2012

Hommage à José Bartel


Chanteur, musicien, arrangeur, voix française de Guy dans Les Parapluies de Cherbourg et du Roi Louie dans Le Livre de la Jungle, José Bartel nous a quittés le 26 janvier 2010 dans la plus grande discrétion. Grâce à sa seconde épouse, Norma, que j'ai pu contacter grâce à un appel lancé ici il y a quelques mois, j’ai tenté de reconstituer le puzzle de la vie de ce surdoué de la musique.

José Bartel naît à Lille le 24 février 1932, le même jour que Michel Legrand. Son père, José Bandera, fils du général Quentin Bandera, ancien esclave noir héros de la guerre d’indépendance cubaine, est  sax alto, flûtiste et bandéoniste dans un orchestre cubain et rencontre sa mère, strasbourgeoise, lors d’un passage de son orchestre à Paris, à une époque où les mariages inter-ethniques sont quasi inexistants et plutôt mal vus… Les parents de José se séparent assez rapidement, et l’enfance de José sera marquée par les tournées de son père, et de nombreux changements d’adresse. Un nomadisme que José poursuivra pendant toute sa vie.

Enfant, José apprend à chanter, jouer de la batterie, faire des claquettes, et connaît tous les succès américains de l’époque qu’il interprète dans un parfait anglais, car très doué pour les langues. Après le débarquement en Provence, il devient la mascotte d’un big band de dockers noir américains provenant de la 6th Port Division basée à Marseille. En 1946, alors qu'il n'a que quatorze ans, son père l’emmène avec lui à Paris, et José passe une audition devant Aimé Barelli et son orchestre. Quelques pas de claquettes, un "Hey Ba-Ba-Re-Bop" et un "Caledonia" plus tard, et l'affaire est dans le sac: Aimé Barelli l’engage aussitôt comme chanteur et percussionniste. Il interprète au sein de l’orchestre de grands "standards" américains, encore inconnus en France, et tourne à Rome dans le film Les Joyeux Pèlerins de Fred Pasquali. En avril 1947, le Dizzy Gillespie Big Band se produit aux Ambassadeurs, club dans lequel joue aussi l'orchestre Barelli. Plusieurs musiciens du big band cessent le travail en raison d'un différend avec Gillespie. Ce dernier engage alors Aimé Barelli et plusieurs de ses musiciens pour remplacer les absents... dont José qui a l'immense honneur de remplacer le grand Kenny Hagood.


José Bartel chante "La valse des lilas" (1966)

José prend des cours pour entrer au conservatoire, mais étant tout le temps en tournée avec l’orchestre d’Aimé Barelli, il échoue au concours d’entrée. C'est donc en autodidacte qu'il apprend le métier d'arrangeur, quand Aimé Barelli lui propose en 1954 de créer son propre orchestre pour le Casino de Monte-Carlo.

José Bartel fréquente les clubs de be-bop à Saint-Germain-des-Prés et fait partie de la bande de Juliette Greco, puis de celle de "Chez Castel", où il devient ami de Jean-Pierre Cassel et Sacha Distel. Le début des années 60 marque un grand « boum » de l’industrie du disque avec l’arrivée des yéyés. José Bartel devient arrangeur, chef d’orchestre (il dirige les premiers disques de Régine, Nicole Croisille, Petula Clark), travaille pour Polydor, Pathé Marconi, et produit France Gall.


Nino Castelnuovo, José Bartel et Jacques Demy. Enregistrement des "Parapluies de Cherbourg"



En 1963, Michel Legrand sollicite José pour être la voix de Guy (Nino Castelnuovo) dans Les Parapluies de Cherbourg, film entièrement chanté. Pour José, la partition est difficile : en effet, Michel Legrand, excellent compositeur, aime écrire des partitions qu’il peut chanter lui, c’est-à-dire un ton plus haut que la voix de José. En outre, José vient d'être victime d'un accident de voiture qui aurait pu lui coûter la vie, et est obligé d'enregistrer assis, la jambe plâtrée. Il surmonte ces difficultés et en fait une interprétation magnifique, son duo avec Danielle Licari fonctionne à merveille. Suite à cet enregistrement, José demande à Michel Legrand l'autorisation d’enregistrer un single avec le thème musical des Parapluies de Cherbourg, permission qui lui est refusée, Michel Legrand souhaitant que sa musique reste très « pure » et n’appartienne qu’au film. Quelques semaines après,  Nana Mouskouri enregistre les chansons des Parapluies en solo sur un disque qui fait un carton. José enregistre finalement un disque mais plus tard, et gardera une certaine amertume de ce "tube" qu’il n’aura jamais eu, et qui aurait pu donner un nouveau tournant à sa carrière.

Danielle Licari et José Bartel doublent Catherine Deneuve et Nino Castelnuovo dans Les Parapluies de Cherbourg (1964) de Jacques Demy


En 1967, il poursuit sa collaboration avec Michel Legrand en faisant la voix parlée et chantée de l’acteur Grover Dale (Bill le forain) dans Les Demoiselles de Rochefort. Dans ce même film, en tendant bien l'oreille, on l'entend également sur quelques mots de Guillaume Lancien dans la chanson "De Rochefort à Hambourg" (erreur de partitions? Indisponibilité de Jean Stout au moment de l'enregistrement?). Michel Legrand l’engage aussi pour chanter en soliste dans L’homme à la Buick (1968) de Gilles Grangier  et dans Le Sauvage de Jean-Paul Rappeneau (1975). Les deux hommes collaborent ensemble dans les années 80 sur un projet de musique de film autour de Noureev. José enregistre en studio pendant vingt quatre heures, mais le film ne sortira jamais. Michel Legrand prend une place particulière dans la carrière de José, et devient même avec Michel Colombier l’un des deux « parrains » de son fils David lorsque celui-ci passe un PhD en composition aux Etats-Unis avant de devenir un brillant batteur et compositeur de musique contemporaine.

Ces expériences de chanteur dans des musiques de films permettent à José de participer à des doublages, un milieu qu’il trouve malgré tout assez fermé et dans lequel il peine à se faire une place. En 1968, il prête sa voix parlée et chantée au Roi Louie dans Le Livre de la Jungle. Son sens du scat et du swing chanté s’adaptent remarquablement au travail de Louis Prima, créateur du rôle. Il garde un bon souvenir de ce doublage, même si l’enregistrement lui avait demandé beaucoup d’efforts vocaux. La même année, il est la voix chantée d’Anthony Newley (personnage de Matthew Mug, doublé par Dominique Paturel pour les dialogues) dans L’Extravagant Docteur Doolittle. Cinq superbes chansons, adaptées par Eddy Marnay, qui pour l'occasion cumule les fonctions d'adaptateur des chansons et de directeur musical du doublage. Il double également Don Francks dans le film musical La Vallée du Bonheur (1968). Plus tard, en 1974, José double l’acteur Cleavon Little (Bart) dans Le shérif est en prison, comédie de Mel Brooks.

José Bartel sur le doublage de L'Extravagant Docteur Dolittle (sous la direction du parolier et directeur musical Eddy Marnay et du directeur artistique Michel Gast)

José Bartel compose des chansons (pour Serge Reggiani : « Le premier amour du monde ») et des musiques de films (L'italien des roses (1972) et Spermula (1976) de Charles Matton), réalise des jingles pour la télévision et des arrangements pour des séries télévisées (Arsène Lupin). En 1967, le grand producteur Norbert Saada lui confie la direction artistique d'un nouveau label, "La Compagnie". José Bartel crée un an plus tard son propre label, "Grenadine Music", où il produit Nemo, groupe de musique avant-gardiste entre le jazz fusion, le funk et le rock progressif. François Bréant, organiste du groupe, commente sur son site « José Bartel était plus chanteur et musicien que producteur. C’est aussi pour ça qu’on l’aimait ». Nemo ne sort que deux disques mais José est  heureux de collaborer à ces disques, dont les interprètes formeront plus tard l’équipe de musiciens de Bernard Lavilliers.
José crée également un groupe "bidon" anglais dont il devient le chanteur soliste, Jupiter Sunset, et qui contre toute attente connaît un vrai succès en 1970 avec le titre "Back in the sun". 

José Bartel et les Jupiter Sunset chantent "A friend" (1971)

José met sa carrière de chanteur solo entre parenthèses, enregistre assez peu de disques. Il est assez fier de son dernier, Dis pourquoi, mais celui-ci reste relativement inaperçu. Ses seules occasions de chanter sur scène sont quand il dirige son orchestre dans des tournées où il fait danser dans les casinos (La Baule, Cannes, tournées en Allemagne), mais la mode des orchestres passe assez vite, déjà en rivalité avec les orchestres philippins et italiens qui forment d’excellents combos.

A. Germain et J. Bartel
En décembre 1972, dans le cadre de « l’année Molière » organisée à la Comédie-Française, Michel Colombier est sollicité par Jean-Louis Barrault pour effectuer des arrangements un peu "pop" de la musique de Lully pour sa nouvelle mise en scène du  Bourgeois Gentilhomme avec Jacques Charon dans le rôle-titre.  Le compositeur s’entoure de José Bartel, Anne Germain, Géraldine Gogly (en alternance avec Alice Herald), Dominique Poulain, Nicole Darde (en alternance avec Colette Comoy) pour interpréter sur scène les séquences musicales. Le spectacle sera joué en alternance jusqu'à la mort de Jacques Charon en octobre 1975. Tous les chanteurs garderont un excellent souvenir et une certaine fierté de ce travail pour le plus prestigieux des théâtres français. 

Quelques années après cette expérience particulièrement enrichissante, on propose à José la direction artistique du Sporting Monte-Carlo. Il poursuit ce travail dans l’événementiel comme organisateur de spectacles, notamment pour les événements internes de la firme IBM à l'international. Dans ce cadre, il organise des concerts de Shirley Bassey aux Bahamas (accompagnée par l'orchestre Count Basie), Charles Aznavour aux Bermudes, ou encore Julia Migenes à Palm Beach (accompagnée par l'Orchestre symphonique de Floride). Plus tard, on lui confie la direction artistique du Jazz Club Lionel Hampton (club de jazz de l’hôtel Méridien Etoile, à Paris). Un jour, José Bartel a l’idée de monter un festival de blues, part aux Etats-Unis s’inspirer de ce qui est organisé là-bas. On lui propose de monter son festival à Perpignan. Il commence la préparation de ce festival alors qu’il travaille encore pour le Méridien. Après des voyages incessants entre Paris et le Sud, il décide de quitter Paris et de s’installer à Perpignan. Le festival ne se monte finalement pas et il n’arrive pas à le vendre à une autre ville. Trois ans de travail perdus. Il vit pendant six ans à Toulouse, puis à la Rochelle. Ayant perdu la joie de vivre suite à ces échecs successifs, il n’a plus de projets, à part la rédaction d’une autobiographie qui ne trouve pas d’éditeur…


José Bartel (Roi Louie), Pascal Bressy (Mowglie) et Jean Stout (Baloo) chantent 
"Etre un homme comme vous" dans Le Livre de la Jungle (1968)

 José Bartel s’est éteint il y a presque trois ans. On retiendra de lui ses superbes enregistrements pour Aimé Barelli ou les musiques de films de Michel Legrand, mais aussi une carrière assez éclectique d’un artiste "nomade" qui ne tenait pas longtemps à la même place tant sur le plan "géographique" que sur le plan professionnel. Peut-être, comme me l'a suggéré sa veuve, le destin d’un artiste très doué qui connut le succès trop jeune, et manqua d’ambition et d’une véritable construction de carrière par la suite… Un artiste que j'aurais certainement eu énormément de plaisir à rencontrer, et que nous regrettons tous.

(Remerciements à Michel Moreau, Norma et David Bartel)


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samedi 10 novembre 2012

Soirée Dans l'ombre des studios : Michel Barouille en concert

Je vous l'avais annoncé à la rentrée, j'organiserai tous les deux mois une soirée à L'Auguste Théâtre avec des amis comédiens et chanteurs qui ont tous fait leurs armes dans le doublage. L'occasion de découvrir des artistes de talent dans un spectacle (monologue, concert, carte blanche) inédit.

La première soirée "Dans l'ombre des studios" sera consacrée à Michel Barouille.
Interprète original de nombreux génériques de dessins animés dans les années 80 et 90, Michel chantera lors de cette soirée exceptionnelle tous ses plus grands succès (La Bataille des Planètes, Bioman, Judo Boy, Le Tour du Monde en 80 jours, etc.), mais aussi quelques surprises !

Auteur-compositeur-interprète, Michel Barouille a mis depuis la fin des années 60 sa superbe voix de baryton et ses talents de trompettiste au service de Charles Trénet, Gilbert Bécaud, Charles Aznavour, Annie Cordy, Joe Dassin, Sylvie Vartan, etc. Des milliers d’heures de choeurs en studio, émissions de variétés, concerts à Paris, en tournée et, en soliste: génériques de dessins animés, doublages de films, publicités, etc.

Mardi 11 décembre 2012 à 21h
à L'Auguste Théâtre, 6 impasse Lamier, 75011 Paris (métro Philippe-Auguste)

Durée : 1h10
Tarif plein : 16 €
Tarif réduit : 12 € (- de 18 ans, étudiants, habitants du XIème, demandeurs d'emploi, intermittents du spectacle... et spectateurs déguisés en personnages de dessins animés)


Réservations au 01.48.78.06.68 ou augustetheatre@gmail.com 


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dimanche 28 octobre 2012

Programme du 9ème Salon des Séries et du Doublage (Samedi 17 novembre 2012)




Voici le programme du 9ème Salon des Séries et du Doublage,  où j'aurai le plaisir d'animer une rencontre "Batman : les voix de Gotham City" à 16h.

Le 9ème Salon des Séries et du Doublage (anciennement Salon des Séries TV et Cinéma), rendez-vous incontournable des passionnés de séries télévisées et cinématographiques et de doublage, aura lieu le samedi 17 novembre 2012 à la Maison des Mines, 270 rue Saint-Jacques (Paris Vème) !

Comme chaque année, les fans clubs (Friends, Les Mystères de l’Ouest, Star Trek, etc.) se réuniront en nombre pour présenter sur leurs stands ou lors de rencontres exceptionnelles leurs séries préférées au grand public.

Au programme de cette 9ème édition, de belles rencontres avec des invités de prestige, parmi lesquels Michel Le Royer pour une rencontre autour des grandes séries de capes et d’épées et Philippe Ogouz pour sa participation à la série Rouletabille. Pour fêter la fin de la série Desperate Housewives et celle de la trilogie The Dark Knight de Christopher Nolan, des rencontres seront organisées avec les grandes voix françaises des plus célèbres « femmes au foyer » du petit écran et des personnages de Batman (de 1989 à aujourd’hui). Légendes du doublage, Marc Cassot et Dominique Paturel évoqueront quant à eux leur riche carrière au théâtre, au cinéma et au doublage.

INFOS PRATIQUES :

Lieu : Maison des mines, 270 rue Saint-Jacques, 75005 Paris
Accès : RER Luxembourg ou Port-Royal, lignes de bus 21, 27 (arrêt Feuillantines) et 38 (arrêt Val de Grâce)
Horaires d’ouverture : Samedi 17 novembre 2012, de 10h à 18h
Droit d’entrée (donnant accès au salon et à une rencontre au choix) : 2€.
2€ par rencontre supplémentaire.
Renseignements : 06 33 69 35 45 ou www.serialement-votre.fr



PROGRAMME DES RENCONTRES :

-Légendes du doublage (11h-12h30) avec Marc Cassot et Dominique Paturel (comédiens)

- Les séries d’aventure : d’épées en capes (14h-15h30) avec Michel Le Royer et Dominique Paturel (comédiens), Michelle Sapori (historienne)

-Desperate Housewives : les voix françaises des stars de la série (14h-15h30) avec Caroline Beaune (voix de Felicity Huffman/Lynette), Marie-Martine Bisson (voix de Nicollette Sheridan/Edie), Françoise Cadol (voix de Brenda Strong/Mary Alice), Claire Guyot (voix de Teri Hatcher/Susan), Isabelle Leprince (Vanessa Williams/Renee) et Odile Schmitt (voix de Eva Longoria/Gabrielle)

-Rouletabille : un Sherlock Holmes à la française (16h-17h30) avec  Philippe Ogouz (comédien), Brigitte Berg (éditrice) et Isabelle Casta (spécialiste de la littérature policière)

-Batman : les voix de Gotham City (16h-17h30) avec Jacques Ciron (voix d’Alfred dans les films Batman avec Michael Gough et dans les dessins animés), Patrick Osmond (voix de Michael Keaton/Batman dans Batman et Batman, le défi), Constantin Pappas (voix de Aaron Eckhart/Harvey Dent dans The Dark Knight), Stéphane Ronchewski (voix d’Heath Ledger/Le Joker dans The Dark Knight), Alexis Victor (voix de Joseph Gordon-Levitt/John Blake dans The Dark Knight rises) et Vincent Violette (voix de Jim Carrey/L’homme-mystère dans Batman Forever et de Gary Oldman/Gordon dans la trilogie Dark Knight)

… et une rencontre surprise à 11h !

Invités présents sous réserve. Accès aux rencontres dans la limite des places disponibles.
Chaque rencontre sera suivie d’une séance de dédicaces d’une vingtaine de minutes.


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lundi 17 septembre 2012

Des nouvelles de...



C'est la rentrée et l'occasion de revenir sur l'actualité de quelques amis, et, puisqu'on est jamais mieux servi que par soi même, de mes activités.

-Jacques Ciron va commencer fin septembre le tournage d'un téléfilm réalisé par Christian Faure dans lequel il incarnera le mari de Marina Vlady, et père de Florence Pernel. Un beau rôle dans lequel les téléspectateurs que nous sommes aurons, j'en suis sûr, beaucoup de plaisir à le retrouver.

-Chanteuse de jazz particulièrement douée, digne fille de ses parents Lucie Dolène et Jean Constantin, Virginia Constantine chantera au Caveau des Légendes vendredi 28 septembre à 21h, accompagnée par un trio de musiciens. Aux percussions et à la batterie son frère François Constantin.

-"Star" des studios de doublages, cela faisait quelques temps que Patrick Floersheim n'avait pas contribué à un projet théâtral. A partir du 21 septembre, il met en scène Mireille Delcroix et Lola Roskis-Gingembre dans Galimatias, une pièce écrite par son épouse, la comédienne Magali Barney, tous les vendredis à 19h à L'Auguste Théâtre.

-Edgar Givry double en ce moment un méchant aigle dans un superbe dessin animé finlandais, Little brother, big trouble, aux côtés de Bernard Alane et Jacques Frantz, et continue l'adaptation de la série The Big C pour Canal+. En octobre, il tournera un guest dans le premier épisode d'une nouvelle série de France 2, Candice Renoir.

-Vincent Grass a tourné cet été dans un très beau court-métrage, Avis aux intéressés (d'après la pièce de Daniel Keene) réalisé par Cédric Romain, et un premier long, Yamdam, réalisé par Vivian Goffette avec qui il avait déjà tourné deux courts-métrage dont La Carte Postale nommé aux Oscars en 1999. Il tournera aussi dans Marina, le prochain film de Stijn Koninx (Soeur Sourire, Daens).

-Michel Mella reprend l'enregistrement de voix de Rekkit le lapin blanc et le doublage d'Henry Winkler dans la série Royal Pains. Il double par ailleurs un second couteau de J.R. dans la nouvelle série Dallas dirigée par Barbara Tissier (Nice Fellow), et va prêter sa voix à l'acteur Michael Rispoli dans une nouvelle série: Magic City.

-Le 9ème Salon des Séries et du Doublage (anciennement "Salon des Séries TV et Cinéma") aura lieu samedi 17 novembre, rue Saint-Jacques à Paris. Le programme est en cours d'élaboration, mais je peux déjà vous informer que mon collègue François Justamand (La Gazette du Doublage) animera une rencontre avec le grand Dominique Paturel et une autre avec les voix françaises des Desperate Housewives, et que j'aurai le plaisir d'animer deux rencontres, dont une avec les grandes voix des films et séries Batman, parmi lesquelles figurera l'ami Jacques Ciron.

-C'est une grande première pour Dans l'ombre des studios: j'organiserai bimestriellement une soirée à L'Auguste Théâtre. Chaque soirée sera l'occasion pour le public de découvrir un ou plusieurs de mes amis comédiens ou chanteurs dans une représentation exceptionnelle: concert, monologue, carte blanche, etc. Plus d'infos très prochainement.

-Vous êtes nombreux à avoir apprécié mon entretien avec les frères Costa et je vous remercie de vos messages. Je ne sais pas encore quelle sera la prochaine interview que je retranscrirai (cela prend beaucoup de temps, et j'en manque cruellement). En attendant, je vous proposerai dans les prochaines semaines un hommage aux chanteurs José Bartel (Le Roi Louie dans Le Livre de la Jungle) et Janine De Waleyne (vocaliste exceptionnelle de Ferré, Brel, Baden Powell, etc.).

-Une pensée pour les comédiens Marc Alfos, Jean-Michel Farcy et pour la directrice artistique Karine Dupont-Breitburd qui nous ont quittés ces dernières semaines. Autres personnalités disparues, Christian Marin et Pierre Mondy, comédiens attachants, qui ont ponctuellement prêté leur talent à des doublages dans leur carrière...


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samedi 25 août 2012

Georges et Michel Costa : Musique Magique (Partie 4/4)


Pour lire la précédente partie de l'interview (partie 3/4), veuillez cliquer ici


Dans l’ombre des studios : En 1996, dans Le Bossu de Notre-Dame, vous avez dirigé Bernard Alane, qui est merveilleux en Clopin.

Georges Costa : Oui, il est très bon. Ca fait longtemps que je n’ai pas travaillé avec lui.

DLODS : La vidéo des « Cloches de Notre-Dame » en VF a été vue des centaines de milliers de fois sur Youtube, et notamment par des américains très admiratifs de son interprétation. Par contre, plusieurs pensent que la dernière note de Clopin, en voix de tête, a été prélevée sur la Version Originale chantée par Paul Kandel….

Georges Costa : Non, la dernière note c’est moi qui l’ai faite. Bernard Alane n’y arrivait pas donc je l’ai faite en voix de tête car c’est un ré très aigu. C’était en français, donc ils ne pouvaient pas prendre la version originale. Et j’ai fait pareil dans Shrek 3. A un moment le Prince Charmant s’étrangle et fait une note aigue. Lionel Tua (voix française du Prince, NDLR) n’y arrivait pas donc je l’ai fait et j’ai raccordé avec ma voix.

Reprise des "Cloches de Notre-Dame" du film Le Bossu de Notre-Dame (1996), interprétée par Bernard Alane (Clopin) et les choeurs de Georges Costa

DLODS : Dans les chœurs de vos doublages des années 90, il y avait encore une « vraie » basse, souvent profonde, à savoir Jean Stout.

Georges Costa : Jean Stout à une époque était quasiment incontournable. Quand il y avait une basse c’était lui.

Michel Costa : Il y avait aussi Jean-Claude Briodin, mais qui n’est pas une basse, c’est un baryton qui peut prendre une voix de basse, mais pas timbrée.

Georges Costa : Jean a perdu un peu des graves avec l’âge, mais c’est normal. Par contre j’ai vu Jean-Claude, on a fait une séance avec lui il y a deux mois pour Pierre Perret, et il a toujours le même timbre.

Michel Costa : Oui mais il n’a jamais eu vraiment de « timbre ». Il a un timbre assez neutre.

DLODS : Pourquoi n’y a-t-il plus de basses dans les chœurs d’aujourd’hui ? Est-ce un changement de mode ?

Georges Costa : Oui, c’est signe des temps. Ils écrivent maintenant les voix plutôt dans l’aigu.

Michel Costa : Justement c’était un marqueur des années 60/70. Alors maintenant quand vous entendez ça c’est pour faire rétro !

DLODS : Une autre mode dans les Disney des années 90 était de faire doubler les chansons du générique de fin, généralement une adaptation « pop » de l’une des chansons du film interprétée par une star… Enregistriez-vous ces chansons en studio de doublage ou en studio disques?

Michel Costa : On l’enregistre en doublage. Sauf Karine, qu’on avait enregistrée ici, dans notre studio, pour Aladdin.

Georges Costa : De toute façon un studio c’est un studio, c’est surtout le mixage qui change, mais à partir du moment où la prise de son est correcte, ce qui compte est la chanson et la manière de chanter des gens.

DLODS : Pourquoi ces chansons pop des génériques de fin ne sont plus doublées ?

Georges Costa : Avant on les enregistrait, mais maintenant on nous demande de ne plus les doubler, peut-être pour des raisons de budget. D’ailleurs j’ai trouvé un peu dommage qu’on n’ait pas doublé la chanson de fin d’Il était une fois. Elle fait partie de l’histoire…

Michel Costa : Peu avant Aladdin, ils avaient fait un essai peu concluant sur un film et n’étaient pas contents du résultat, les Américains ne reconnaissaient pas leur chanson. Du coup ils ont décidé d’arrêter de faire le doublage des chansons de fin, et Fred a réussi à les refaire doubler à partir d’Aladdin, parce qu’on leur a prouvé qu’on pouvait chanter des choses avec des gens un peu plus modernes. Et donc du coup c’est reparti, avec Karine Costa et Daniel Levi, et puis après il y a eu une période où on les doublait à nouveau (Pocahontas, Le Bossu de Notre-Dame, etc.). Depuis ils sont revenus sur cette décision, et les laissent en VO.

DLODS : Pourquoi avoir repris Karine pour le générique de fin d’Aladdin, alors qu’elle faisait déjà la voix chantée de Jasmine dans le film ?

Michel Costa : Ca c’est une jolie histoire. Karine avait été choisie pour faire la voix chantée de Jasmine avec Paolo Domingo qui faisait Aladdin. Elle avait enregistré « Ce rêve bleu », et le générique final (la même chanson, en version pop, NDLR) ne devait pas être doublé pour les raisons qu’on vient de vous expliquer. Et Fred Taïeb qui était en charge du film à l’époque me dit « J’aimerais bien que tu fasses essayer Karine sur le générique final parce que je suis sûr qu’elle peut le faire. Essaie de chanter la partition de Peabo Bryson et fais un duo avec elle ». J’ai rappelé à Fred que Karine n’avait que dix-sept ans mais il a insisté. Et donc on l’a enregistré en anglais parce qu’on n’avait même pas l’adaptation de la chanson. Fred l’a envoyée aux Américains, qui ont adoré et nous ont proposé d’en faire l’adaptation. Du coup comme c’était une chanson d’amour, je pouvais difficilement la chanter avec ma fille, donc on a cherché quelqu’un pour chanter le duo avec Karine, et on a eu beaucoup de mal car la chanson est très dure, c’est très haut, très bien chanté. On était en train d’essayer un chanteur qui ne plaisait pas à Fred et le preneur de son nous dit « J’ai vu un mec dans une comédie musicale de Catherine Lara qui chante vachement bien, peut-être que lui pourra le faire ». Et on a donc appelé Daniel Levi qui a passé un essai au studio, ça a plu tout de suite et il a enregistré la chanson. C’était dans un feeling moderne un peu pop.

Georges Costa : Daniel l’a fait et ça a très bien marché, un très gros succès.

Karine Costa et Daniel Levi invités par Michel Drucker à chanter "Ce rêve bleu", générique de fin du film Aladdin (1993)

DLODS : Ont-ils touché des droits dessus ?

Michel Costa : Oui c’était un contrat disque, avec des royautés. Ils ont fait des télés, les 20h30 des prime-time dans tous les sens, ça a très bien marché à l’époque.

Georges Costa : D’ailleurs on n’a pas refait de succès depuis. Il y a eu Le Roi Lion qui a été pas mal avec Debbie Davis, et ensuite l’habitude s’est perdue.

DLODS : Dans les « stars talents » que vous avez fait travailler dans des doublages, Annie Cordy était géniale dans Pocahontas…

Michel Costa : Oui Annie était très bien.

Georges Costa : Et même Alain Chabat dans Shrek il est parfait.

Michel Costa : Par chanson il y a peut-être une ou deux personnes qui sont capables de la chanter mais les gens n’en sont pas toujours conscients.

Georges Costa : Je me souviens de la chanson d’Il était une fois qui s’appelle « Si près ». Pascal Lafarge l’a très bien chantée, on ne pouvait pas coller n’importe qui là-dessus.

DLODS : Comment se passent les droits pour les choristes et chanteurs dans des doublages?

Michel Costa : Il n’y en a pas (rires). Enfin si, il y en a mais ils sont inclus. Ils rajoutent 29% de plus sur le cachet pour un film, mais il n’y a pas de royautés en fonction du nombre de places, de DVD, etc.

DLODS : Je suis content que vous ayez pris Lucie Dolène dans James et la Pêche géante, où elle double la vieille luciole.

Georges Costa : Oui on l’avait prise et on a été ravi de son travail.

DLODS : Pour Le Livre de la Jungle 2 (2003), aviez-vous fait passer des essais à Jean Stout, voix chantée de Baloo dans le premier ?

Georges Costa : Non parce qu’il y avait le doublage des dialogues et des chansons. Et Jean avait perdu un peu de sa voix grave et ne pouvait pas doubler les dialogues, ça ne raccordait pas vraiment. Ils ont décidé de faire des essais, et j’ai pris Richard Darbois qui l’a super bien fait en plus. Par rapport à la VO c’est exactement pareil.

Michel Costa : Il faut dire que quand j’ai réécouté la VO, Jean n’était pas le meilleur choix au départ car il a une voix beaucoup plus grave. Tant mieux que ça se soit passé comme ça parce qu’il a quand même marqué Baloo d’une manière encore plus importante que dans la VO, mais si on écoute la VO…

Georges Costa : … Richard Darbois est plus proche de la VO et il swingue plus.

Michel Costa : Mais Jean a tellement marqué Baloo que c’est impossible de penser à Baloo sans lui.

DLODS : Actuellement vous travaillez pour Phineas et Ferb, une série d’animation Disney, dont on a parlé précédemment. Les conditions sont-elles les mêmes que pour un long-métrage ?

Georges Costa : Pour les séries, les budgets sont moins importants. Il faut donc que les chanteurs soient polyvalents.

DLODS : J’imagine que parmi les « stars » qui vous sont proposées par le marketing, vous avez eu de bonnes surprises… Jean Piat (Scar dans Le Roi Lion et Frollo dans Le Bossu de Notre-Dame) en faisait-il partie ?

Georges Costa : Très bien ! Il est extraordinaire. Il chante et joue très bien, il n’y a rien à dire. Quand ce sont des gens comme ça, chapeau !

Michel Costa : Il y a des bons dans chaque catégorie.

DLODS : Il me semble que pour Le Roi Lion, Bernard Tiphaine avait doublé au départ le rôle de Scar. Aviez-vous enregistré « Soyez prêtes » avec lui ?

Georges Costa : Oui on l’avait enregistrée, et au dernier moment il a été remplacé. Jean Piat ça s’est très bien passé. Dans le dernier Disney que j’ai doublé, La Princesse et la Grenouille, il y avait Anthony Kavanagh qui est très bon. Il a super bien chanté.

DLODS : A part Disney, pour quels « majors » avez-vous travaillé ?

Georges Costa : Pour la Fox, Dreamworks, et d’autres. Hors Disney, on a fait les films des Chipmunks. Pour la Fox, on a doublé Fantastic Mr. Fox, où j’ai fait chanter Olivier.

DLODS : Vous avez aussi doublé Poucelina…

Georges Costa : Oui, ils voulaient quelque chose dans le style Disney et m’avaient demandé. J’ai demandé une autorisation à Fred Taïeb qui me l’a accordée, donc on l’a doublé avec Lori Rault qui supervise les Warner, et c’est elle qui a chanté le rôle principal.

DLODS : C’est étonnant de passer de superviseur à chanteuse pour un doublage. En a-t-elle fait d’autres ?

Georges Costa : Je ne sais pas…

DLODS : On retrouve aussi en voix chantée de la mère de Poucelina la chanteuse Svetlana que vous aviez accompagnée à l’Eurovision.

Georges Costa : Oui, elle faisait un chant assez classique d’ailleurs.

DLODS : Vous avez également dirigé les chansons des deux derniers Shrek.

Georges Costa : Ils m’ont appelé pour le 3 et le 4. Et en septembre on a fait des DVD bonus avec des chansons de Noël. L’une est chantée par Alain Chabat qui est super sympa et l’a très bien chantée. Il n’y avait pas grand-chose à faire, mais en une heure ça a été fait. Et le reste c’étaient des chansons de Noël avec plein de personnages. Par contre pour le 2ème DVD bonus il ne pouvait pas car il était sur un film, donc on l’a remplacé par son double officiel, Jean-Christophe Clément.

Michel Costa : Alain Chabat chante pas mal, on avait fait ses chœurs pour son film La Personne aux deux personnes, sur ce chanteur des années 80…

DLODS : Quel est votre plus beau souvenir en doublage ?

Georges Costa : Les débuts avec Fred Taïeb. Cette époque où l’on faisait tous ces redoublages de vieux cartoons, « Ce rêve un peu fou » dans Coquin de Printemps, deux ou trois films qu’on a doublé à Audiophase. L’Apprentie Sorcière et Peter et Elliott le Dragon, c’était très sympa à faire. J’aime bien les anciens Disney, il y avait un peu de magie. Le Roi Lion, c’était un bon souvenir, Hercule et Il était une fois aussi. Ca dépend beaucoup des chansons. Quand les chansons sont jolies ce sont de bons souvenirs.

DLODS : Et vous, Michel ?

Michel Costa : Il y avait la « Chanson de la pluie » dans Bambi qui était superbe. Et Peter Pan, avec « Tu t’envoles », où il y avait des ralentis très durs à mettre en place… Pour être ensemble ce n’était pas facile. Poucelina, c’était drôle, quand on faisait les trois crapauds avec l’accent mexicain. Aladdin aussi c’était super. A Sonodi, il y avait du monde ! Après Le Roi Lion on n’a plus eu de « tubes » qui sont passés au-delà du film, à part Tarzan…

"La Chanson de la pluie" du film Bambi (redoublage du début des années 90) interprétée par les choeurs de Georges Costa

DLODS : Dans la VF de Tarzan, Phil Collins chantait en français. Avez-vous travaillé avec lui ?

Michel Costa : Non. Et Karine a enregistré dans le n°2, mais ils n’ont pas enregistré ensemble.

DLODS : Gardez-vous des archives avec les noms des choristes que vous employez pour chaque film ? Parce que par exemple, les choristes ne figurent pas au générique du Roi Lion, c’est dommage…

Georges Costa : Je ne garde pas d’archives. Même les partitions je les garde un an et puis après je m’en débarrasse parce que sinon ça fait énormément de cartons. Et je n’ai pas de trace des noms de chanteurs, parce que ça se décide au dernier moment et ça change souvent.

Michel Costa : Mais en général on s’en souvient quand même un peu.

Georges Costa : Pas forcément, quand il y a douze ou seize choristes ce n’est pas facile. Par exemple je ne me rappelle plus des choristes du Roi Lion. Il devait y avoir Jean Stout, Jean-Claude Briodin, nous deux, Olivier ça fait cinq, peut-être Jean-Claude Corbel, et puis dans les deux autres certainement Michel Barouille. Il y a toujours une indécision. Et parmi les huit filles il devait y avoir les quatre Fléchettes, et peut-être Grazziella Madrigal. Ce n’est pas évident de s’en souvenir, il y a des trucs qu’on a complètement oublié.

DLODS : Heureusement que vous pouvez compter sur nous pour faire des recherches! (rires)

Georges Costa : Voilà ! On a un très bon ami,  Jean-Philippe Denac qui était à RTL2 et qui est à RFM maintenant. Il est fan de jingles, et connaît mieux nos jingles que nous ! Il me sort des trucs, je ne me rappelle même plus qu’on les avait faits. C’est bien qu’il y ait des passionnés comme vous…



BONUS VIDÉO

Les Costa et les Fléchettes accompagnent Dorothée et Ray Charles


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