samedi 25 août 2012

Georges et Michel Costa : Musique Magique (Partie 1/4)


Les chœurs de la variété française des années 70/80 (l’opéra-rock Starmania, Jean-Jacques Goldman, Johnny Hallyday), quelques tubes composés et chantés en duo (« Cocotiers », « Musique Magique »), les jingles de la quasi-totalité de la bande FM, les doublages et redoublages de films d’animation du début des années 90 (Aladdin, Le Roi Lion) à nos jours (La Princesse et la Grenouille, Shrek 4)… Autant d’occasions d’entendre la voix des incontournables frères Costa. Michel et Georges m’ont reçu avec beaucoup de sympathie dans leur studio d’enregistrement pour répondre à mes questions sur leur riche carrière.

Entretien réalisé le 25/10/2010


Dans l’ombre des studios : Vous êtes nés au Maroc. Pouvez-vous me parler de vos débuts ?

Georges Costa : On a toujours aimé la musique ! On a commencé comme les mômes de l’époque : on a appris la guitare en écoutant les Shadows, et le chant en écoutant Elvis Presley, puis les Beatles. Notre père nous avait acheté un petit magnétophone et on s’enregistrait.

Michel, Georges Costa et Michel Elmosnino
DLODS : Avez-vous conservé ces enregistrements ?

Georges Costa : Non parce que quand nous avons déménagé du Maroc, nous avons tout laissé là-bas. Peut-être Michel Elmosnino en a-t-il gardé ?

Michel Costa : Michel Elmosnino est un ami d’enfance, c’est vraiment l’un des premiers avec qui on avait monté notre groupe au Maroc. Ensuite il a été guitare solo dans un très bon groupe, puis directeur artistique dans des maisons de disque, principalement pour Polydor. Il a rencontré Marie Myriam et ils se sont mariés.

DLODS : Marie Myriam… pour qui vous avez fait les chœurs de « L’oiseau et l’enfant » pour l’Eurovision !

Georges Costa : En effet, on avait fait l’Eurovision avec elle, et on avait gagné, mais à l’époque ils ne se connaissaient pas encore.

Michel Costa : Ensuite on est rentré en France, à Avignon, et on a enregistré quelques chansons dans une Maison des Jeunes et de la Culture. Notre père a envoyé ça à un éditeur à Paris. Cela lui a plu, et il nous a fait monter à Paris. Il nous a dit « Vos chansons m’intéressent, et le fait que vous les chantiez également. Je vais vous trouver une maison de disque». On a fait notre premier disque en 67, et il est sorti en 68. Pas de bol ! (rires)

DLODS : Ca aurait peut-être été du bol si ça avait été une chanson « révolutionnaire » !

Michel Costa : Mais ça ne l’était pas du tout (rires). On avait une chanson qui s’appelait « Je suis hippie », et le temps qu’elle sorte on a été obligé de la changer en « J’étais hippie » car ce n’était déjà plus la mode. On a enregistré notre premier disque avec des arrangements de Roland Vincent, qui est notamment le grand compositeur de tous les tubes de Michel Delpech. Et c’est là où on a commencé à s’intéresser un petit peu aux arrangements, on a un appris à écrire et à lire la musique.

DLODS : Avez-vous suivi pour cela une formation particulière ?

Georges Costa : On a pris un bouquin et fait des exercices…

Michel Costa : Et on a enregistré quelques disques entre 67 et 71 qui passaient bien en radio mais qui ne se vendaient pas beaucoup. Par contre on avait une bonne cote parmi les professionnels, et on a placé quelques-unes de nos chansons, notamment pour Mireille Mathieu, Sylvie Vartan… Parallèlement à cela on poursuivait nos études, moi en sciences, et Georges en lettres, et à un moment mes parents et mon troisième frère ont décidé d’émigrer aux Etats-Unis. On devait partir aussi avec notre famille,  mais on s’est dit qu’il valait mieux rester encore six mois à Paris pour essayer de gagner un peu d’argent avant de partir. On a fait un disque qui s’appelait « Costa-Yared-Costa » avec Gabriel Yared qui était déjà un grand compositeur mais qui l’est devenu plus tard « officiellement ».

Georges Costa : Et qui était aussi un super ami, puisqu’il a habité deux ou trois mois chez nous, comme un frère.

Michel Costa : Le disque nous a apporté une bonne cote, du prestige. Il était un peu en avance sur ce qui se faisait à l’époque.


Michel Costa, Gabriel Yared (piano) et Georges Costa chantent "On saturday" (1973)

DLODS : Que faisiez-vous dans ce disque ?

Claude François et ses choristes, les Fléchettes
Michel Costa : On avait tout composé, arrangé, et on chantait ensemble tous les trois. Donc c’est un album qui n’a peut-être pas marché commercialement mais qui a pas mal marqué, et grâce à cet album Gabriel est devenu l’arrangeur célèbre qu’on connaît, donc il y a eu de plus en plus d’arrangements à faire, pour tous les grands chanteurs. Et un jour il m’appelle et me dit « Il y a une séance de chœurs, présente toi au studio Davout, c’est pour faire des chœurs pour Jean Claudric ». Une séance de chœurs, moi, je ne savais même pas que ça existait. « Mais il faut lire la musique ? Parce que nous on écrit la musique mais on ne la lit pas très bien… » et il me répond « Non non, tu verras »… Je me présente là-bas, et il y avait cette fameuse équipe de chœurs assez drôle : les quatre Fléchettes (Dominique Poulain, Catherine Welch, Francine Chantereau et Martine Latorre), choristes de Claude François, qu’on a connu à cette occasion-là, Alain Legovic alias Alain Chamfort, Michel Pelay qui est compositeur, Christian Padovan un bassiste, et moi qui remplaçais quelqu’un d’autre, Gérard Krawczynski, qui avait préféré arrêter les chœurs pour se consacrer pleinement à la guitare. J’ai fait cette séance de chœurs où on nous montrait nos voix au piano, c’était assez facile à retenir, et ça a plu. Et l’équipe de chœurs m’a dit « Je crois que tu as un frère qui chante bien aussi, est-ce que tu pourrais l’emmener, car Christian Padovan souhaite quitter le groupe, et on doit refaire l’équipe». Et c’est comme ça qu’on a commencé à faire des chœurs, la deuxième plus grosse aventure de notre vie. On n’a pas arrêté, on faisait quatre séances par jour, du coup on n’est pas parti aux Etats-Unis car ça paraissait un peu dur d’abandonner tout ça, et on a fait des chœurs pour pratiquement tout le monde. C’est plus facile de trouver des gens pour qui on n’a pas travaillé que l’inverse.

Georges Costa : Brel on ne l’a pas fait, Brassens et Nougaro non plus, car ils avaient peu ou pas de chœurs. On a accompagné Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, Jean-Jacques Goldmann, Serge Gainsbourg (« L’ami Caouette »), Julien Clerc, Eddy Mitchell, etc.

Michel Costa : On a fait aussi des chœurs pour Charles Trénet, Tino Rossi, Guy Béart, Gilbert Bécaud, Francis Lemarque (un grand enregistrement au studio Pathé, avec Jean Claude Petit), toutes les gloires de l’époque. Et dans notre équipe de choristes, Alain Chamfort a arrêté les chœurs et commencé sa carrière de chanteur soliste. Du coup après on a fait des chœurs pour lui (rires) : les disques « Trouble », « Traces de toi », etc.

Georges Costa : Nous ne nous souvenons pas de tout. Le problème c’est qu’on nous appelait et on ne savait pas pour qui on allait chanter le lendemain. On nous disait en arrivant sur place « C’est pour Enrico Macias » et on se mettait à l’ouvrage.

La première équipe des Swingle Singers
DLODS : Les choristes de votre génération, pour la plupart autodidactes, ne lisaient pas la musique à leurs débuts, contrairement aux anciennes générations de choristes issues du conservatoire (Christiane Legrand, Jean Cussac, membres des Swingle Singers) ou de la Maîtrise de l’ORTF (Danielle Licari), capables de déchiffrer rapidement une partition. Est-ce que ce n’était pas un handicap, et y-a-t-il eu des tensions avec l’ancienne génération ?

Michel Costa : Il y avait une équipe de choristes, Jean-Claude Briodin, Janine De Waleyne, Jean Stout qui sortaient de formations classiques, et notamment du conservatoire, et qui savaient lire la musique. Et quand est arrivée cette équipe constituée d’Alain Chamfort, Michel Pelay, nous, des Fléchettes, de quelques choristes de Claude François qui ne lisaient pas très bien -encore que Francine lisait très bien-, ils montraient aux autres ce qu’il fallait faire. On ne lisait pas très bien au début, mais on allait très vite, donc ce n’était pas un réel handicap. Je pense qu’il y a eu quand même un petit aspect de jalousie vu que quand cette équipe-là est arrivée elle a fait une razzia immense sur tout le métier, donc ça a un petit peu refroidi les autres. Ils disaient « Ce n’est pas normal qu’on confie des séances à des gens qui ne lisent pas la musique ».

Georges Costa : Et finalement étant donné qu’au bout d’un an on faisait plein de séances, on a fait travailler les autres !

Michel Costa : Donc ce problème s’est un peu estompé. Il y a eu en effet un moment avec des jalousies, mais c’est normal. Les Fléchettes avaient un son particulier, les gens en avaient rien à faire si elles lisaient ou pas. Elles apprenaient vite, il n’y avait pas de problème.

DLODS : Comment étaient constituées les équipes de choristes dont vous avez fait partie ?

Mireille Mathieu avec ses musiciens et choristes
Michel Costa : A un moment on travaillait avec trois équipes différentes : avec les Fléchettes pour tous les arrangeurs « modernes » comme Jean-Claude Petit, Jean Claudric et tous les gens qui faisaient de la variété. Avec Jocelyne Lacaille, Hélène Pedersen-Devos et Eliane Holland, avec qui on travaillait entre autres pour Gabriel Yared. Et une troisième équipe avec Nicole Darde, Françoise Walle et Danièle Bartolletti, et de temps en temps Michel Barouille et Jean Stout faisaient partie de cette équipe avec qui on a notamment accompagné Mireille Mathieu.

Georges Costa : Et Olivier Constantin. Ca nous arrivait souvent d’appeler Jean Stout. Jean-Claude Briodin, on l’appelle toujours, Michel Barouille aussi quand il y a de grandes séances…

DLODS : Comment vous répartissez-vous les pupitres tous les deux?

Michel Costa : Je fais les aigus, et Georges les graves, encore que de temps en temps on croise.

DLODS : Comment expliquez-vous le succès de ce « son Costa » ?

Michel Costa : Je pense que personne ne peut vous expliquer pourquoi il a du succès (rires). A mon avis ça a plu parce qu’on avait un son différent des chœurs traditionnels avec la grosse basse.

Georges Costa : On écoutait beaucoup plus les groupes anglo-saxons comme les Beatles.

Michel Costa : Oui, on était beaucoup plus au courant de ce qui se faisait, et on a bénéficié du fait que pratiquement tous les trucs nouveaux étaient à base de voix, et surtout de voix d’hommes… Il y avait Earth, wind & fire, les Bee Gees, les Beatles, Kool & the gang, bref tous ces gens-là étaient dans ce registre. Du coup on devenait les Français pouvant faire ce genre de choses. On a eu de la chance !

DLODS : Ce son « Bee Gees », on peut l’entendre dans les chœurs de la chanson « Au pays des merveilles de Juliet » d’Yves Simon…

Georges Costa : Absolument, on faisait les voix de tête.

Michel Costa : C’est un super disque d’Yves Simon !

Yves Simon chante "Au pays des merveilles de Juliet" (1978)
accompagné par Michel Costa, Celmar Engel, Bernard Ilous, Georges Costa, Michel Barouille et Jean-Claude Briodin

DLODS : Accompagniez-vous aussi les artistes en tournée ?

Georges Costa : Très rarement. On faisait les Olympia, et tout ce qui était à Paris, comme le Palais des Congrès. On faisait trois ou quatre séances d’enregistrement par jour, alors ce n’était pas intéressant de partir un mois en tournée. Ni financièrement, ni par l’intérêt même du boulot, car quand vous êtes sur scène vous faites toujours les mêmes chansons.

Michel Costa : Les Olympia on les faisait parce que c’était pour des chanteurs qu’on connaissait, à Paris, le soir… Mais ce n’est pas très enthousiasmant de faire le même truc tous les soirs.

Georges Costa : On était surtout des gens de studio, et on l’est toujours d’ailleurs.

DLODS : En studio vous enregistriez à combien de choristes ?

Michel Costa : A l’époque les équipes de chœur étaient constituées de quatre hommes et quatre femmes ou en tout cas minimum 3+3. On était parfois 8+8 à des séances pour Sardou, Hallyday.

Georges Costa : J’ai même des souvenirs de séances où on était 16+16, c’était énorme. 32 choristes !

Michel Costa : Ca a changé à partir du début des années 80, où les multipistes ont été beaucoup plus performants. On avait des 24 pistes, 32 pistes, et du coup on pouvait faire beaucoup de multi-recordings. C’est là que notre son a été le plus mis en valeur et que des gens nous appelaient vraiment pour ça. Ils voulaient qu’on fasse toutes les voix, même sans filles, et on faisait les voix de tête. C’était un autre travail par rapport à la composition « classique » des chœurs du début.

Séance de choeurs pour le film Agathe Cléry
DLODS : Quels sont les chanteurs qui prennent encore des choristes actuellement ?

Georges Costa : Ca dépend des disques et des chansons. Je pense que tous les chanteurs qui ont encore des contrats avec des maisons de disque -et il n’y en a plus beaucoup maintenant !- prennent encore des choristes. Mais ce sont des chanteurs des précédentes générations comme Frédéric François pour qui on a fait dernièrement des chœurs en Belgique, ou Pierre Perret avec qui on a travaillé il y a peu. Maintenant les jeunes ne font que deux ou trois disques… Et pour leurs chœurs, soit ils prennent des copains, soit une ou deux filles, soit les musiciens, soit le chanteur se réenregistre lui-même. Avant, choriste c’était un boulot à plein temps, professionnel, centralisé par les arrangeurs. Les choeurs étaient écrits et faisaient partie de l’arrangement comme les cordes ou les cuivres, maintenant ça se contente d’une double voix qu’on entend vaguement derrière ou on les rajoute comme ça dans un couplet ou un refrain. D’abord pour des raisons économiques ensuite pour des raisons de mode. Ce n’est plus la mode des formations comme celle de « Mamy Blue » de Nicoletta.

DLODS : On vous retrouve comme choristes dans la plupart des Eurovision des années 70/80, comment cela s’est-il présenté ?

Georges Costa : On était dans l’Eurovision parce qu’on était les choristes de tout le monde et qu’on travaillait pour tous les chanteurs français qui passaient à l’Eurovision, donc c’était naturel qu’ils nous appellent.

Michel Costa : Et surtout on a gagné la première Eurovision qu’on a faite avec Anne-Marie David. C’est plutôt un bon point, car dans ce métier ils sont très superstitieux. Qui a gagné gagnera (rires) ! Et à partir de là on l’a fait pratiquement tous les ans. On a accompagné Marie Myriam qui a gagné avec « L’oiseau et l’enfant ».

Marie Myriam chante "L'oiseau et l'Enfant" (Eurovision 1977) accompagnée par Jean-Claude Briodin, les Costa et deux "Fléchettes" (Francine et Dominique)

DLODS : Vous avez aussi composé des chansons qui ont été en compétition…

Michel Costa : On a réussi à faire une chanson avec Anne-Marie pour Monaco qui cherchait une chanson. On l’a montrée, et ça s’est fait comme ça. Et puis on a aussi composé une chanson pour les Fléchettes qui ont représenté la France une année (« Européennes » par Cocktail Chic). Il y a eu un concours de sélection sur France 2, où il y avait six ou sept propositions et les gens ont voté pour notre chanson.

DLODS : Georges, vous avez aussi composé une chanson pour Marie Ruggeri alias Mary Cristy (« Toi, la musique et moi », Eurovision 1976) et Michel et vous l’avez accompagnée. Elle m’a raconté que vous étiez un peu… stressé !

Georges Costa : On était tous stressé !

Michel Costa : Elle aussi !

Georges Costa : Surtout elle, d’ailleurs !

Michel Costa : Marie nous chuchote juste avant de commencer : « J’ai toujours un problème pour démarrer » (rires)

Georges Costa : A chaque fois elle me disait ça. C’était peut-être parce qu’elle avait la pression. En tout cas j’ai revu la vidéo, elle l’a super bien chantée ! On a fini troisième.

DLODS : Comment se fait-il que Monaco et Luxembourg recrutaient leurs candidats parmi des chanteurs français ? Parce qu’étant de « petits » pays, ils n’avaient pas beaucoup de chanteurs « locaux » ?

Michel Costa : Luxembourg c’était RTL donc c’était Monique Le Marcis qui dirigeait tout ça et elle était basée en France, elle connaissait tous les chanteurs français.

Georges Costa : Donc même les chanteurs solistes n’étaient pas luxembourgeois.

Michel Costa : Je crois qu’à un moment, comme il y avait trop de français, ils avaient instauré une obligation d’avoir tous les trois ans au moins un chanteur de langue luxembourgeoise, en l’occurrence en allemand. Mais ça n’a pas duré longtemps.

Georges Costa : Maintenant c’est plus simple, les gens chantent tous en anglais. Il n’y a que la France qui chante en français… et c’est pour ça qu’on ne gagnera plus jamais (rires).

Corinne Hermès (Eurovision 1983)
DLODS : Regardez-vous encore l’Eurovision ?

Georges Costa : Quand je tombe dessus, je regarde… C’est kitch, et assez rigolo à voir !

Michel Costa : Mais il y a de très bons chanteurs !

Georges Costa : Oui, il y a un bon niveau. L’Eurovision, c’était nos vacances (rires).

Michel Costa : Il y a eu une année où on a chanté pour cinq pays, à Paris : France, Luxembourg, Monaco, Belgique et Allemagne. On changeait de vestes entre les chansons.

DLODS : Dans quelles circonstances avez-vous accompagné l’Allemagne ?

Michel Costa : On passait aux répétitions, et l’Allemagne était dans la salle, ils n’avaient pas de choristes et se sont dits « Ces choristes doivent être très bons parce qu’ils représentent tout le monde » ! (rires)

DLODS : Ce n’était pas trop dur de chanter en allemand ?

Georges Costa : Non, on avait juste « feuer » à chanter, et le reste c’était des « ah », des sons comme ça. On a chanté en pas mal de langues, on a pas mal chanté en anglais, notamment en 1990 pour la création de Disneyland Paris. On a enregistré la plupart des chansons qui passent là-bas.

Ireen Sheer chante "Feuer" (Eurovision 1978) accompagnée par trois "Fléchettes" (Catherine, Dominique, Francine) et les Costa

Pour lire la suite de l'interview (partie 2/4), veuillez cliquer ici


Suivez toute l'actualité de "Dans l'ombre des studios" en cliquant sur "j'aime" sur la page Facebook.

mercredi 25 juillet 2012

Fiches voxographiques Disney, 2ème partie : De Bambi à La Boîte à Musique


Suite de la synthèse des recherches sur les premiers doublages Disney effectuées par François Justamand (La Gazette du Doublage), Olikos (Grands Classiques), Greg Philip (Film perdu) et moi-même...


 BAMBI (1942)

Doublage français d'origine (enregistrement en décembre 19451, sortie française corporative le 17 juillet 1947 2, sortie française publique le 28 avril 1948 2) :
Société : Entreprises cinématographiques André Norévo1
Studio : C.T.M. Gennevilliers 2
Direction artistique : Daniel Gilbert 1
Adaptation dialogues : André Rigaud 2
Enregistrement : Guy Plouganou 2

Bambi enfant : Bernard Gilles 2
Panpan adulte : Maurice Porterat  3
Fleur enfant et adulte : Maurice Nasil  4
Féline enfant : Marie-Claire Marty 1
Féline adulte : Gaby Wagner 5
Maître Hibou : Lucien Blondeau 3
Mère de Bambi : Hélène Tossy 1
Père de Bambi : Samson Fainsilber 2
Mère de Féline : Marie Servane 5
Mère de Panpan : Lita Recio 1
Voix-off naissance de Bambi « toutes nos félicitations » : Marie Servane 5
Voix-off naissance de Bambi 2ème « tous nos compliments » et « bonjour petit prince »: Olga Nilza 5
Et Denise Bosc 2 et Francette Vernillat 4
Remarques:
-Doublage exploité en salles entre 1947 et 1978. Inédit en VHS et en DVD “officiels”. Grâce aux apports de plusieurs collectionneurs, nous avons pu le retrouver en intégralité et le restaurer.
-Dans ce doublage, les chansons sont laissées en V.O.

Deuxième doublage français (enregistrement en janvier 19794, sortie française Pâques 19792) :
Société : Société Parisienne de Sonorisation (S.P.S.) 2
Direction artistique : Jean-Pierre Dorat 2
Direction musicale : Georges Tzipine 2
Adaptation dialogues : Natacha Nahon 2
Adaptation chansons : Pierre Delanoë 2
Enregistrement : ?

Bambi enfant : Frank Baugin 6
Bambi adulte : Bernard Alane 7 (Dialogues)
Bambi adulte : François le Roux (Dialogues)
Panpan enfant : Aurélia Bruno 6
Panpan adulte : Jean-François Duhamel 7
Fleur enfant : Marie-Françoise Sillière 6
Fleur adulte : William Coryn 6
Féline adulte : Monique Thierry 7 (Dialogues)
Féline adulte : Danielle Licari 4 (Chant)
Maître Hibou : Gérard Hernandez 6
Mère de Bambi : Liliane Patrick 6
Père de Bambi : René Arrieu 4
Mère de Féline : Béatrice Delfe 6
Lapine amoureuse de Panpan : Monique Thierry 6
La grenouille : Fred Pasquali 4
Faisane prudente : Béatrice Delfe 4
Mère des opossums : Jeanine Forney 6
Mère des cailles : Jane Val 6
L’écureuil : Fernand Fabre 3
La taupe : Christian Marin 4
Voix-off naissance de Bambi « Regardez-le, quel amour !» et « Tous nos compliments » : Ginette Frank 9
Voix-off naissance de Bambi « Félicitations » : Liliane Patrick 5
Voix-off naissance de Bambi « Oh, il est adorable » et « Tous nos vœux » : Jeanine Forney 9
Voix-off naissance des enfants de Bambi « Regardez, il y en a deux ! » : Jeanine Forney 9
Choeurs : Danielle Licari 4Françoise Walle 4Anne Germain 4, Jo Novès 4, José Germain 4, Jean-Claude Briodin 4, etc.
Remarque: Doublage exploité en salles entre 1979 et 1992, sorti avec la VHS Québécoise de 1989. Inédit en VHS française et en DVD “officiels”. Grâce aux apports de plusieurs collectionneurs, nous avons pu le retrouver en intégralité et le restaurer.

Troisième doublage français (enregistrement en février 1993 4) :
Société : Alphabet Productions 2
Studio mixage et enregistrement des dialogues : Studio de Joinville 2
Studio enregistrement des chansons : Studio de la Grande Armée 10
Direction artistique : Jean-Pierre Dorat 10
Direction musicale : Georges Costa 10
Adaptation dialogues : Claude Rigal-Ansous 10
Adaptation chansons : Luc Aulivier 10
Enregistrement : Frédéric Dray 10

Bambi enfant : Celim Mouhoubi 10
Bambi adulte : Bernard Gabay-Brieux 10(Dialogues)
Bambi adulte : Jean-Claude Corbel 10(Chant)
Panpan enfant : Dimitri Rougeul 10
Panpan adulte : Emmanuel Karsen 10
Fleur enfant : Jehan Pages 10
Fleur adulte : Emmanuel Curtil 10
Féline enfant : Morgane Flahault 10
Féline adulte : Aurélia Dausse 10 (Dialogues)
Féline adulte : Bénédicte Lécroart 10 (Chant)
Maître Hibou : Gérard Hernandez 10
Mère de Bambi : Marie-Christine Darah 10
Père de Bambi : François Marthouret 10
Mère de Panpan : Edith Barijaona 10
Soeur de Panpan : Adeline Chetail 11
Bébé caille : Dimitri Rougeul 10
Faisane apeurée : Jeanine Forney 6
Choeurs : Dominique Poulain 4, Claude Chauvet 4, Martine Latorre 4, Catherine Welch 4, Georges Costa 4, Michel Costa 4, Michel Barouille 4, Jean-Claude Briodin 4, etc.
Remarque: Doublage exploité de 1993 à nos jours en VHS et DVD.

Fiches voxographiques de Bambi réalisées par François Justamand (La Gazette du Doublage), Rémi Carémel (Dans l’ombre des studios), Greg Philip (Film perdu) et Olikos (Les Grands Classiques). Ces fiches ont été vérifiées par plusieurs spécialistes mais peuvent contenir des erreurs. Pour toute reprise de ces informations, veuillez noter en source ce lien. Mise à jour : 6 juillet 2021.
Sources :
1François Justamand / La Gazette du Doublage (remerciements à Marie-Claire Marty),
2Greg Philip / Film Perdu (d’après générique, archives diverses et reconnaissances personnelles),
4Rémi Carémel / Dans l'ombre des studios  (remerciements à Vincent Vernillat, José Germain, Anne Germain, Françoise Walle, Eric Novès, Jean-Claude Briodin, Michel Barouille, Martine Latorre et Claude Chauvet),     
10Carton VHS/DVD/Blu-Ray,
11 Adeline Chetail.
Lectures conseillées :
-l’article de Greg Philip sur le premier doublage de Bambi (blog Film perdu).
-l’interview de Marie-Claire Marty par François Justamand (La Gazette du Doublage).


SALUDOS AMIGOS (1942)

Doublage français d'origine (enregistrement dans la période octobre 1944-décembre 19451, sortie française le 11 février 19472) :
Narrateur :? 3 (Même voix que pour le premier doublage de Fantasia)
Donald : Clarence Nash 2
Remarque : 
-Doublage exploité en salles et en VHS de 1947 à la fin des années 90.
-D'après les archives Sacem (merci à François Justamand), l'adaptation a été déclarée en 1949 comme étant de Georges Labrousse. Celui-ci vivait pendant la guerre aux États-Unis, or d'après une interview d'époque de Wally Feignoux, les doublages ont eu lieu en France à la Libération. Y a-t-il eu deux versions (une adaptée par Labrousse pendant la guerre pour le marché canadien, et une après guerre) ou une seule?


Redoublage de la séquence « Pedro » pour une émission spéciale Noël de Disney (début années 90) :
Narrateur : Hervé Jolly 4
La tour de contrôle : Daniel Gall 4

Second doublage français (années 2000) :
Société : Dubbing Brothers 5
Direction artistique : Mathias Kozlowski  5
Adaptation : DCVI 5

Dingo : Gérard Rinaldi 5
Narrateur : Philippe Catoire 5
Donald : Sylvain Caruso 5
José Carioca : Eric Metayer 5
Radio : Xavier Fagnon 5
Remarque : Doublage exploité dans les éditions DVD les plus récentes.

Fiches voxographiques de Saludos Amigos réalisées par François Justamand (La Gazette du Doublage), Rémi Carémel (Dans l’ombre des studios), Greg Philip (Film perdu) et Olikos (Les Grands Classiques). Ces fiches ont été vérifiées par plusieurs spécialistes mais peuvent contenir des erreurs. Pour toute reprise de ces informations, veuillez noter en source ce lien. Mise à jour : 6 juillet 2021.
Sources :
5Carton VHS/DVD/Blu Ray (remerciements à Mr Hawk).



LES TROIS CABALLEROS (1944)

Doublage français d'origine (1948) :
Adaptation des dialogues : Georges Labrousse 
Adaptation des chansons : Louis Sauvat 

Donald : Clarence Nash 2
José Carioca : Jose Oliviera 2
Panchito Pistoles : Joaquin Garay 2
Narrateur "Le pingouin à sang froid" et "Las Posadas": René-Marc 3
Le professeur Cosinus : Camille Guerini  3
La chanteuse : Marianne Michel  4
Narrateur "L'histoire du gauchito volant" : Fernand Rauzena 4
Remarque : Doublage exploité de 1948 à nos jours, en salles et en DVD.

Redoublage partiel du doublage d’origine (enregistrement fin 1977-début 1978, sortie française en 1978) :
Société : Société Parisienne de Sonorisation (SPS) 1
Direction artistique : Jean-Pierre Dorat 1
Adaptation : Natacha Nahon et Guy Descombes 1

Narrateur "Le pingouin à sang froid" : Jean Berger 4
Le professeur Holloway : Teddy Bilis 4
Remarques :
- Seule la séquence « Le Pingouin à sang froid » a été redoublée.
- Le nom de Guy Descombes est mentionné au générique comme co-adaptateur, or Natacha Nahon a déclaré seule son adaptation à la SACEM (en mentionnant ses prédécesseurs Georges Labrousse et Louis Sauvat), on ne sait donc pas qui est ce Guy Descombes, ni quelle est sa part de travail.
- Doublage exploité en salles (ressortie de 1978) et en VHS. Inédit en DVD.

Fiches voxographiques des Trois Caballeros réalisées par François Justamand (La Gazette du Doublage), Rémi Carémel (Dans l’ombre des studios), Greg Philip (Film perdu) et Olikos (Les Grands Classiques). Ces fiches ont été vérifiées par plusieurs spécialistes mais peuvent contenir des erreurs. Pour toute reprise de ces informations, veuillez noter en source ce lien. Mise à jour : 6 juillet 2021.
Sources :
1Carton VHS/DVD/Blu-Ray,
3François Justamand / La Gazette du Doublage (remerciements à la SACEM),
4Rémi Carémel / Dans l'ombre des studios (Remerciements à Jean-Pierre Nord).



LA BOÎTE À MUSIQUE (1946)

Doublage français d'origine (enregistrement en octobre 19471, sortie française le 14 septembre 1949) :
Les Martin et les Blaise
Un Blaise au Paradis : Camille Guérini 1
Chanteur du quadrille : Camille Guérini 1
Quatuor vocal : Les Compagnons de Route 2
Bayou Bleu
Chanteur soliste : Jean Deny 2
All the cats join in
Narrateur : René-Marc ? 1
Si vous m'aimiez autant
Chanteur soliste : André Dassary 1
Deux silhouettes
Chanteuse soliste : Renée Lebas 2
Pierre et le loup
Le narrateur : Camille Guérini  2
Johnny Fedora et Alice Bonnetbleu
Chanteuse soliste : Edith Piaf 1
Chœur : Les Compagnons de la Chanson 1
(Fred Mella, Jean-Louis Jaubert, Marc Herrand, Hubert Lancelot, Jean Albert, Guy Bourguignon, Gérard Sabbat, Paul Buissonneau et Jo Frachon)
La baleine qui voulait chanter au Met
Chanteur narrateur : Jacques Jansen 2
Tetti Tatti : Fernand Rauzena 1
Narrateur : Gérard Férat 3
Remarque : Doublage exploité en salles et VHS de 1949 à nos jours. Inédit en DVD.

Redoublage de la séquence « Pierre et le Loup » pour l’émission L’ami public numéro un (1962):
Le narrateur : Claude Darget 1

Redoublage de la séquence « Pierre et le Loup » pour l’émission L’ami public numéro un (1967):
Le narrateur : Pierre Tchernia 1

Redoublage de la séquence « Pierre et le Loup » pour une VHS (années 90):
Le narrateur : Bernard Woringer 4

Redoublage de la séquence « Johnny Fedora et Alice Bonnetbleu » pour la VHS Briseurs de cœurs (1993) :
Direction musicale : Georges Costa 1

Chanteuse soliste : Graziella Madrigal  1
Petit solo : Georges Costa 1

Fiches voxographiques de La Boîte à Musique réalisées par François Justamand (La Gazette du Doublage), Rémi Carémel (Dans l’ombre des studios), Greg Philip (Film perdu) et Olikos (Les Grands Classiques). Ces fiches ont été vérifiées par plusieurs spécialistes mais peuvent contenir des erreurs. Pour toute reprise de ces informations, veuillez noter en source ce lien. Mise à jour : 6 juillet 2021.
Sources :
1Rémi Carémel / Dans l'ombre des studios  (Remerciements à Georges Costa),
2Olikos / lesgrandsclassiques.fr (d’après affiche),

mardi 17 juillet 2012

Des nouvelles de...

Voici quelques nouvelles estivales d'amis ou "bons contacts" de Dans l'ombre des studios:

-Demain, 18 juillet, sortie en salles du film Paris-Manhattan de Sophie Lellouche, avec Alice Taglioni, Patrick Bruel... et l'ami Jacques Ciron qui y interprète un second rôle.

-Autre sortie attendue: le film d'animation Le Lorax. Georges Costa en a assuré la direction musicale, et les chansons sont interprétées, pour le rôle principal, par Jean-Christophe Dollé. Georges a par ailleurs dirigé il y a peu le doublage des chansons de L'âge de glace 4, interprétées par le comédien-chanteur Bruno Magne et les personnalités du casting du film.

-La merveilleuse Lucie Dolène a repris récemment du service dans le doublage de la série Amour, gloire et beauté, son personnage de Sally Spectra y refaisant quelques apparitions dans des flash-backs.

-Occasionnellement chanteur dans des doublages, le saxophoniste Gérard Meissonnier se produira avec son quartet samedi 21 juillet au Petit Journal Montparnasse.

-Enfin, après un très beau succès publique et critique au Théâtre Ménilmontant et à l'Essaïon (Paris), Marie Ruggeri joue Louise Michel, écrits et cris à l'Essaïon-Avignon tous les jours à 15h50 jusqu'au 28 juillet.


Suivez toute l'actualité de "Dans l'ombre des studios" en cliquant sur "j'aime" sur la page Facebook.

mercredi 4 juillet 2012

Hommage à Maurice Chevit

C'est avec beaucoup de peine que j'ai appris lundi midi le décès de Maurice Chevit, talentueux et sympathique "second rôle" du cinéma français avec qui j'ai eu le plaisir d'échanger quelques courriers.

Il y a trois ans, un ami comédien m'a offert l'autobiographie de Maurice, J'm'arrête pas, j'suis lancé (éd. de La Lagune). Parmi la bonne cinquantaine de "livres de comédiens" que j'ai "dénichés" et lus ces dernières années, c'est certainement celui qui m'a le plus touché. Un livre empreint d'auto-dérision, et d'une fantaisie en demi-teinte qui faisait le charme du comédien. Je me permets de vous en livrer quelques moments choisis:

Le petit Maurice Chevitzky naît en 1923. "Moment de joie pour mon père qui fait irruption chez les amis qui hébergent Henri, mon aîné de huit ans, pour leur annoncer que le Marius des "Bronzés font du ski" venait de naître". En 1945, ouvrier, il entend parler à la radio du CFCE, Centre de Formation du Comédien d'Ecran et s'y inscrit dans le but de devenir plus tard réalisateur. "Devenez comédien, vous changerez après! Comme René Clair..." lui glisse la secrétaire au moment de son inscription. Il suit ensuite des cours au Vieux Colombier, où il a pour camarades Raymond Devos et Jacques Fabbri. Alors qu'il s'inquiète qu'on le grime en vieillard pour sa première pièce, son professeur répond que son "emploi" sera les "rôles de composition". "Moi, je ne connaissais pas "emplois beaux-rôles". Mon vieux dictionnaire m'apprend que ce sont les rôles que les directeurs de province (de province...) se réservaient!"

Maurice Chevit tourne dans son premier film, Le Père tranquille de René Clément, en 1946. Demandant au régisseur général comment il doit s'habiller pour le rôle, celui-ci lui répond "N'importe comment, comme vous êtes!". Il fait aussi ses débuts sur les planches dans Le Mal court d'Audiberti mise en scène par Georges Vitaly, qui obtient le Prix des Jeunes Compagnies en 1947. Une belle carrière au théâtre est lancée. Il joue pour Jean Mercure, Raymond Rouleau (Les Sorcières de Salem), Dario Fo, intègre la troupe du TNP de Jean Vilar, puis la Compagnie Grenier-Hussenot (avec Jean Rochefort, Roger Carel), chante dans Irma la Douce et même dans un opéra, Háry Jáno à l'Opéra du Rhin, l'une de ses aventures les plus inattendues... Armelle Héliot (critique du Figaro) rend très justement hommage sur son blog à "la finesse, la sensibilité, l'esprit de cet homme qui irradiait quelque chose d'une éternelle enfance tout en sachant composer des personnages très différents". Cette riche carrière au théâtre sera couronnée par deux Molières du meilleur second rôle, le premier en 2002 pour Conversation avec mon père et le second en 2005 pour Brooklyn Boy

Parallèlement au théâtre, Maurice Chevit devient un "incontournable" des feuilletons télévisés (Les Cinq dernières minutes, Thierry la Fronde) et autres "dramatiques" en direct. Au cinéma, beaucoup de "troisièmes couteaux". C'est Patrice Leconte (que Maurice a connu enfant, et à qui il a fait découvrir le métier du cinéma), qui lui donnera l'occasion de jouer un bon second rôle dans un film "culte", Les Bronzés font du ski. Il est Marius, l'amant de Dominique Lavanant, roi des blagues qui tombent à l'eau, l'homme au "fil dentaire dans la fondue". "Ce bon film est ma référence [...]. A choisir, j'aurais préféré que ce fut par mon "Quatrième Roi"... Mais je ne m'en plains pas. Ayant revu le film de Patrice Leconte, je dois convenir que je me sors plutôt bien d'une très difficile scène. J'ai vu le film en séance publique la première fois et ai été désagréablement surpris que mon plan de présentation suffisait à faire rire: "-L'amant de Lavanant! Vous avez vu sa tête!" Patrice m'avait donc bien distribué..."

Comme beaucoup d'acteurs de sa génération, Maurice Chevit participe à de nombreux feuilletons radiophoniques (Astérix réalisé par Claude Dupont, Bons baisers de partout de et avec Pierre Dac et Francis Blanche, etc.). Dans les années 60, il commence à faire un peu de doublage: "Je fais de la Synchro avec Cholot, le père de l'écrivain Cholodenko, mais peu. Je n'y suis pas doué: j'ai le tort de privilégier l'interprétation au détriment du synchronisme... Fâcheux! Alors que des virtuoses comme mes amis Carel ou Roux excellent dans les deux...". Il prête sa voix à Nino Manfredi dans Pinocchio (1972), Eli Wallach dans Le Parrain 3 (1990), Burgess Meredith dans Rocky et Rocky V, Jack Gilford dans Cocoon (1986)...

Je laisse le mot de la fin à mon ami Claude Dupont, ancien réalisateur, auteur et animateur de radio, qui a dirigé Maurice dans de nombreuses pièces radiophoniques (dont le feuilleton Astérix) et dans le doublage des deux premiers films d'animation du célèbre gaulois (Astérix le gaulois et Astérix et Cléopâtre):
"J’ai rencontré Maurice voici plus d’un demi siècle. Nous avons partagé l’amitié et la foi. Sa famille, les souvenirs, les studios, les repas. Son village natal de Radom en Pologne et le pain du boulanger d’Avignon. Le travail et le rire. Astérix et Teilhard de Chardin. Il mettait en toute chose autant de conscience que d’humour. Quand il fut couronné d’un Molière qui honorait enfin sa longue et précieuse carrière, il s’étonnait : "Tu te rends compte… à moi… Une standing ovation !… Mais pourquoi ?…" Aujourd’hui, ses amis se lèvent tous pour saluer sa sortie."


(Remerciements à Claude Dupont)


Suivez toute l'actualité de "Dans l'ombre des studios" en cliquant sur "j'aime" sur la page Facebook.

jeudi 28 juin 2012

Création d'un nouveau forum sur le doublage

Suite à la disparition brutale du Forum Doublage Francophone (lire cet article), je viens de créer, avec l'accord de son administrateur Arachnée, un nouveau forum.

Le Nouveau Forum Doublage Francophone va nous permettre dans un premier temps de poster les fiches que nous avons récupérées sur l'ancien forum, faire le point sur les fiches qu'il reste à récupérer si elles peuvent encore l'être (ce n'est malheureusement plus le cas pour la plupart d'entre elles), puis tenter de reprendre, dans la bonne humeur, nos échanges d'informations sur le doublage.

Mettre nos informations sur un seul support (un forum) nous a montré ses limites: quatre ans de travail perdus à cause de la disparition d'un hébergeur (Aceboard). L'un des nouveaux enjeux sera de trouver comment mettre en valeur et "sauvegarder" nos contributions. Création d'un site internet sous la forme d'une base de données (du type Doublagissimo), étroite collaboration avec des sites déjà existants (DSD, Voxofilm), etc. Le débat est ouvert!

En attendant, bonne visite!


Suivez toute l'actualité de "Dans l'ombre des studios" en cliquant sur "j'aime" sur la page Facebook.

dimanche 13 mai 2012

Hommage à Jacqueline Porel

J'ai appris avec tristesse cette semaine par un ami du métier la disparition le 28 avril de la comédienne et directrice artistique Jacqueline Porel.

Née en 1918, petite-fille de la grande Réjane, Jacqueline Porel connaît une belle carrière au théâtre (pour Charles Dullin, Pierre Dux, Georges Vitaly), et quelques bons seconds rôles au cinéma (Razzia sur la chnouf, Le Capitan, et surtout La Vérité de Clouzot). Elle joue même aux côtés de Charles Trénet (dont elle ne gardera pas un excellent souvenir) dans Romance de Paris.

Dès le début des années 50, elle double avec beaucoup de piquant les plus grandes jeunes premières de l'époque: Deborah Kerr (Jules César, L'Arrangement, Elle et Lui), Lana Turner (Diane de Poitiers, Les Ensorcelés), Shelley Winters (Lolita), Cyd Charisse (Quinze jours ailleurs), Celeste Holm (Eve), et même Audrey Hepburn (Guerre et Paix, Diamants sur canapé). Puis avec l'âge, d'autres comédiennes de "caractère" comme Maggie Smith (la mère supérieure de Sister Act).

Dans les années 60, Jacqueline Porel devient directrice artistique de doublages, travaillant notamment pour Avia Films. Lorsque Jacques de Lane Lea, propriétaire de la SPS (où elle travaillait déjà occasionnellement), rachète au début des années 80 les studios SIS, il la nomme directrice artistique pour la plupart des doublages de ce studio. On l'entend moins comme comédienne, mais elle trouve, à la manière d'un Hitchcock, le moyen d'avoir un rôle dans la plupart des films qu'elle dirige. Elle s'entoure d'une "famille" de comédiens qu'elle fait beaucoup travailler et qui sont la "marque" des doublages SIS: Serge Lhorca, Jacques Deschamps, Georges Berthomieu, Edgar Givry, Perrette Pradier, Guy Chapelier, René Beriard, Marc François, Evelyne Selena, Marie-Christine Darah, Luq Hamet, Emmanuel Jacomy...

Mon ami Bruno Lais (directeur artistique de La Belle et la Bête, Permis de tuer, etc.) fut l'un de ses principaux collaborateurs dans les années 80 et s'en souvient: "Je suis entré comme monteur à la SIS en 1982. J'ai beaucoup travaillé avec Jacqueline Porel, qui m'appréciait beaucoup. Dans les années 80, elle a dirigé Amadeus, Mission, Out of Africa, et tous les films et réactualisations de films Disney des années 80 (La Belle et le Clochard, Basil détective privé, Oliver et Compagnie) jusqu'à La Petite Sirène. Lorsque je l'ai remplacée en tant que directeur artistique, je l'ai engagée deux ou trois fois, notamment dans Cendrillon où elle était admirable. Elle était glaçante dans le rôle de la marâtre, une très bonne comédienne. Je me souviens aussi du doublage de Mr and Mrs Bridge avec Paul Newman. Il y avait une scène avec de vieilles joueuses de bridge, et j'avais pour cette scène tout le gratin: Perrette Pradier, Béatrice Delfe... et Jacqueline Porel. Ce n'était qu'un tout petit rôle mais elle était formidable".

Une grande dame s'en est allée...Elle repose désormais auprès de sa grand-mère Réjane, de son premier mari François Périer et de son fils Marc Porel au cimetière de Passy (Paris).

(Remerciements à Bruno Lais)


Suivez toute l'actualité de "Dans l'ombre des studios" en cliquant sur "j'aime" sur la page Facebook.

samedi 12 mai 2012

Sauvons le Forum Doublage Francophone

Le Forum Doublage Francophone est depuis 2007 le premier forum d'échange d'informations sur le doublage. Depuis plus de trois semaines, suite à une panne généralisée des forums Aceboard, il est inaccessible. N'ayant aucune information d'Aceboard, nous sommes très inquiets sur sa survie... Si le Forum vient à disparaître, ce sont cinq ans de recherches sur le doublage des années 30 à nos jours qui seront réduits à néant.

Nous pouvons encore, pendant quelques jours, sauver le contenu du forum grâce au cache Google.

Méthode:
1) Taper "forum doublage francophone + nom de comédien, de film, etc" sur Google
2) Cliquer sur le lien proposé et copier l'adresse du lien
3) Ouvrir  une autre fenêtre, taper http://webcache.googleusercontent.com/search?q=cache: et y coller à la suite l'adresse du lien
4) Le fil de discussion souhaité s'ouvre. Copier/coller le contenu sur son ordinateur

Cela représente des milliers de pages. Nous avons besoin d'une aide massive de passionnés et de professionnels pour sauvegarder ce patrimoine. Chacun peut y contribuer à sa manière, en s'inscrivant sur le forum de Planète Jeunesse, et notamment sur cette page qui coordonne les "secours".

Merci à tous!

(NB: Je cherche à joindre Jean-Pierre Nord, spécialiste du doublage des années 40 aux années 60. Merci à celui-ci de me contacter à danslombredesstudios@gmail.com)


Suivez toute l'actualité de "Dans l'ombre des studios" en cliquant sur "j'aime" sur la page Facebook.

mardi 17 avril 2012

Décès de Jean Stout (1933-2012)

C'est en essayant de lui téléphoner ce matin pour lui souhaiter son anniversaire, que j'ai appris avec une grande tristesse, par son épouse, le décès mardi 10 avril de Jean Stout, qui restera dans les mémoires comme la voix chantée de Baloo dans Le Livre de la Jungle.

Natif de Gironde, Jean Stout "monte" à Paris dans les années 50, où sa superbe voix de basse fait merveille. Les années 60-70 sont une "grande époque" pour la chanson française. Les musiciens et choristes ont beaucoup de travail, enchaînent les enregistrements studios, les plateaux de télévision, les tournées. Remplaçant rapidement Pierre Marret, Jean Stout devient la seule basse de ces belles années (à l'exception de José Germain, plutôt baryton-basse), aussi à l'aise en basse profonde (Dans la chapelle de Harlem) qu'en basse chantante.

Les séances de choeurs étant alors principalement dirigées par Janine De Waleyne et lui-même, Jean Stout "lance" toute une génération de choristes (Olivier Constantin, Michel Barouille, Claude Lombard...) et travaille pour les plus grands chanteurs. Décelant en lui un goût pour la comédie, Jean-Luc Azoulay l'engage pour jouer le personnage d'Henri Golo (la contrebasse) dans les spectacles de Dorothée. On peut ainsi le voir dans la vidéocassette Dorothée au Pays des Chansons. Il est également le génie de la chanson Shang Shang a Lang de Sylvie Vartan.

Au milieu des années 60, Jean Stout participe à des doublages Disney en tant que voix-off des documentaires C'est la vie. Encouragé par Jean Cussac, il passe les auditions pour être la voix chantée de Baloo dans Le Livre dans le Jungle (1968), qu'il réussit. Il fait aussi la superbe et profonde voix chantée de Shere Kahn à la fin du quatuor des vautours. Depuis Le Livre de la Jungle, Jean Stout participe en tant que choriste (et régulièrement soliste) à presque tous les doublages Disney jusqu'au début des années 2000 (dernier doublage de Blanche-Neige et les Sept Nains). Il est notamment la voix chantée de Petit Jean dans Robin des Bois (1973), de Maître Hibou, Porcinet et Bourriquet dans la série des Winnie l'Ourson (années 80), et la voix parlée et chantée de Tony le cuisinier italien dans le deuxième doublage de La Belle et le Clochard (1989). Les écritures de choeurs nécessitant des basses (et plus globalement des voix "timbrées") se faisant plus rares, Jean Stout prend sa retraite. 

Après maintes tentatives pour l'interviewer, Jean Stout avait finalement accepté de s'entretenir avec moi depuis 2009 par téléphone, et j'avais prévu de lui rendre une visite chez lui courant mai/juin, en même temps que son "voisin" Jean Cussac... De Jean Stout, il me restera en mémoire de nombreuses et sympathiques conversations téléphoniques (qui ont donné cet article, que je vous invite à (re)lire), et pour le public, de très nombreux enregistrements...





Suivez toute l'actualité de "Dans l'ombre des studios" en cliquant sur "j'aime" sur la page Facebook.

jeudi 15 mars 2012

Décès de Michel Duchaussoy (1938-2012)

J'ai appris avec une certaine tristesse la disparition de Michel Duchaussoy dans la nuit du 12 au 13 mars. On a beaucoup écrit sur sa carrière rayonnante au théâtre et au cinéma (dans les films de Louis Malle, Claude Chabrol, etc.) et je ne vais pas revenir là-dessus (vous pouvez lire le juste hommage de Jacques Mandelbaum et Brigitte Salino dans Le Monde).

En revanche, il est intéressant de noter que l'interprète du rôle principal de Que la bête meure a participé à quelques doublages dans sa riche carrière. En 1972, comme me l'a raconté mon ami Roger Lumont, la direction artistique du doublage du Parrain de Coppola est confiée à Louis Malle, qui par snobisme ou volonté "artistique" souhaite que la distribution vocale soit constituée uniquement de comédiens n'ayant jamais fait de doublage. Parmi les comédiens correspondant à ce souhait du réalisateur français: Michel Duchaussoy (Don Vito Corleone), Pierre Vaneck (Tom Hagen), Julien Guiomar, Brigitte Fossey, Daniel Ceccaldi, Jean Leuvrais, Pierre Tornade, Jacques Fabbri et François Maistre. Le studio appelle néanmoins de nombreux habitués des studios de doublage pour compléter la distribution, en leur demandant de faire semblant de découvrir la synchro devant le Maître. "Vous imaginez les fou-rires qu'on a pu avoir quand Gérard Hernandez demandait à Louis Malle "C'est ça qu'on appelle la "bande rythmo"? Ca marche comment?" se souvient Roger, voix de Pete Clemenza.

Il y a tout juste un mois, Michel Duchaussoy, parlait de ce doublage dans une création radiophonique de France Culture sur le thème de la voix (Ma voix est une autre, reécoutable ici, émission qui n'a pour moi d'intérêt que d'entendre quelques belles voix familières comme celle de Lucie Dolène), où il racontait avoir enregistré les dialogues avec du coton dans la bouche, comme Marlon Brando lors du tournage.

William Sabatier, voix habituelle de Brando depuis 1964, redouble le film pour la télévision (La Saga du Parrain, 1977) et José Luccioni pour la sortie DVD, mais les doublages originaux de cette grande saga se retrouvent finalement (volontairement ou non) dans l'édition Blu-Ray sortie récemment.

Mon confrère Pascal Laffitte rappelle dans son hommage de La Gazette du Doublage que Michel Duchaussoy fut aussi la voix française d'Anthony Perkins dans La décade prodigieuse (1971) et Klaus Kinski dans L'important c'est d'aimer (1975).

Encore un grand comédien qui nous quitte...


Suivez toute l'actualité de "Dans l'ombre des studios" en cliquant sur "j'aime" sur la page Facebook.

jeudi 8 mars 2012

Décès de Pierre Tornade (1930-2012)

Une triste nouvelle pour les passionnés de seconds rôles français et les "voxophiles": le comédien Pierre Tornade est décédé mercredi 7 mars, à l'âge de quatre-vingt-deux ans.

Pierre Tornade fait ses débuts au théâtre en 1955. Son personnage de nounours un peu grognon s'impose peu à peu dans les productions théâtrales de l'époque. Il s'intègre à la bande de Robert Dhéry (qui enchaîne les succès au théâtre et au cinéma), les "Branquignols", aux côtés notamment de Jacques Legras, Jean Lefebvre et Colette Brosset. Jusqu'au début des années 70, il joue principalement des "silhouettes" au cinéma (commissaires de police, déménageurs, commerçants), à l'exception notable du Petit Baigneur de Robert Dhéry où il incarne un rôle assez important: l'un des rouquins frères Castagnier, gardien de phare. On peut également le voir avec Jacques Balutin dans Le Diable par la queue dans un hilarant duo de gangsters escortant le (faux) Baron César (Yves Montand). En 1973, il joue le Capitaine Dumont dans le premier opus de la 7ème Compagnie. Ce rôle inaugure pour l'acteur une bonne série de personnages d'officiers français dans des "nanars" qui suivent le filon des "films de bidasses" des Charlots. En 1975, Yves Boisset lui offre certainement son plus beau rôle dans Dupont Lajoie. Pierre Tornade y interprète un père brisé par le viol et le meurtre de sa fille, et entraîné dans un tourbillon de vengeance raciste organisé par ses "copains de camping". 

"Et le doublage?", me direz-vous! En 1966, il participe au feuilleton radiophonique Astérix réalisé par Claude Dupont pour Radio France. On lui propose ensuite de rejoindre l'aventure des adaptations cinématographiques du célèbre gaulois. A cette époque, Pierre Tornade n'a pas beaucoup de doublages à son actif, même si on peut reconnaître sa voix dans une poignée de films des années 50/60 (on l'entend par exemple dans un petit rôle dans La Femme modèle de Minnelli, avec dans la distribution de voix un certain... Louis De Funès!), mais cela ne pose pas de problème, car les voix d'Astérix étant enregistrées avant l'animation, le synchronisme n'est pas pris en compte. Ce sont donc uniquement pour leurs dons de comédiens et leur personnalité que sont choisies les "voix" des films. On retrouve avec lui naturellement quelques habitués de la synchro, mais aussi plusieurs "figures" du boulevard français (Jacques Jouanneau, Jean Parédès), et beaucoup de membres de la grande famille "Pierre Tchernia/Robert Dhéry" (Bernard Lavalette, Jean-Marc Thibault, Jacques Legras). Pierre Tornade enregistre la voix d'Abraracourcix et plusieurs seconds rôles (comme le centurion Caïus Bonus ou l'architecte égyptien Numerobis) dans les trois premiers films (Astérix le Gaulois, Astérix et Cléopâtre et Les 12 Travaux d'Astérix). Il reprend le rôle d'Obélix à partir d'Astérix et la Surprise de César (1985) où sa grosse voix chuintante fait merveille sur ce gros benêt. Autre "blaireau" d'anthologie: Averell Dalton ("Dis Joe, quand est-ce qu'on mange?"), à qui il prête sa voix dans tous les Lucky Luke (les trois long-métrage et la première série d'animation). 


C'est un "vrai" blaireau cette fois, qui marque son entrée dans le "vrai" doublage: le moine Frère Tuck dans le Robin des Bois des studios Disney (1973), au côté de ses copains de théâtre Roger Carel et Philippe Dumat. Pierre Tornade participe quelques années plus tard au doublage du célèbre Muppet Show (il double notamment l'un des petits vieux), et à quelques autres séries d'animation doublées à la SOFI (Cubitus, Le Livre de la Jungle).

Après avoir incarné pendant plusieurs années le Commissaire Faroux dans la série Nestor Burma, Pierre Tornade prend sa retraite. En raison de sérieux problèmes de vue, il décline la proposition de doubler Obélix dans Astérix chez les Vikings... Figure sympathique du cinéma français, il va nous manquer...


Suivez toute l'actualité de "Dans l'ombre des studios" en cliquant sur "j'aime" sur la page Facebook.


dimanche 4 mars 2012

Gérard Rinaldi : Bye bye, déjà...


J’ai appris avec une immense tristesse vendredi matin le décès des suites d’une longue maladie de Gérard Rinaldi, comédien, chanteur, auteur de pièces et de chansons… Gérard était un artiste surdoué, mais aussi un « homme bien ». Je l’avais rencontré pour la première fois en mars 2007. Le conviant à faire partir du jury d’un festival de théâtre étudiant que j’organisais à Cannes avec des amis étudiants comme moi en école de commerce, il avait gentiment accepté mon invitation. Une présence à la fois pudique et chaleureuse. Nous nous revoyions depuis deux fois par an, quand son emploi du temps le lui permettait. Je ne l’ai jamais « interviewé », mais garde en mémoire de très nombreuses anecdotes qu’il m’a racontées… Hommage à l'une des "légendes" de ce métier.

Né en 1943, le bébé Gérard Rinaldi reçoit des bonnes fées une « bonne tête », une voix exceptionnelle, beaucoup d'humour et de nombreuses qualités humaines (modestie, générosité, écoute). Adolescent, il monte un groupe de musique avec des copains, qui deviendra « Les Problèmes ». Cheveux longs, catogans, et déjà un esprit à la fois rebelle et farceur, ils accompagnent Pascal Danel, puis Antoine. On est en pleine vague yéyé. Par leur look et leurs provocations, ils s’attirent les foudres d’une France réactionnaire qui veut leur « couper les cheveux », et doivent même engager des gardes du corps pour se protéger.

En 1966, ils font la première partie des Rolling Stones lors de leur tournée en France (ils osent même chanter « Satisfaction », avant que Mick Jagger ne les remette gentiment à leur place), s’affranchissent d’Antoine et deviennent Les Charlots. Dès le premier disque, le titre « Je dis n’importe quoi, je fais tout ce qu’on me dit » (en réponse à « Je dis ce que je pense et je vis comme je veux » d’Antoine) chanté par Gérard avec l’accent berrichon, annonce la couleur : celui d’un esprit parodique et potache. 

De par son exceptionnelle voix et son charisme, Gérard devient le leader du groupe. Son don pour l’imitation fait mouche comme en témoignent son Gainsbourg de « Sois érotique », Luis Mariano de « Paulette, la reine des paupiettes » (parodie des « espagnolades » de l’époque), Jacques Dutronc de « Je suis trop beau », Tino Rossi de « Je chante en attendant que ça sèche » et ses très nombreuses « chansons à accent » (berrichon, arabe, etc.). Il participe par ailleurs à l’écriture de la plupart des chansons du groupe (avec Jean Sarrus et Luis Rego). 


L’année 1971 marque la sortie d’un nouveau tube, « Merci Patron », qui deviendra un « hymne » des manifestations syndicales, et leurs débuts au cinéma dans La Grande Java de Philippe Clair. Groupe de jeunes blagueurs qui ne se prennent pas au sérieux et se moquent gentiment des règles, ils amènent un vent frais dans le cinéma comique français de l’époque. Le public est vite conquis par leurs films qui totalisent plusieurs millions de spectateurs à travers le monde (une tournée promotionnelle en Inde virera à l’émeute, tant les « Crazy Boys » sont populaires là-bas) : Les Bidasses en folie, Les Fous du Stade, Les quatre Charlots mousquetaires, etc.

A cette époque, Gérard a un premier contact avec le doublage. Pour des raisons de droits (il est lié par contrat aux Charlots), il prend le pseudonyme de Gérard Dinal et enregistre la voix du chanteur de quadrille dans Lucky Luke in Daisy Town (1971) (mystérieusement remplacé par Philippe Clay dans le disque sorti à l’époque et réédité par PlayTime), et participe au doublage de la série d’animation Oum le Dauphin Blanc

Fin des années 70/début des années 80, le succès cinématographique des Charlots s’essouffle un peu. Ils se recentrent alors sur leur carrière de chanteurs, enregistrent plusieurs albums de chansons paillardes dont les célèbres « Histoire merveilleuse » (ou « Je bande ») et « Ah ! Viens ! » (avec Debbie Stoockett alias Nicole Croisille), et deux tubes : une parodie (« Chagrin d’labour ») et un « hommage » à Véronique et Davina (« L’apérobic »).

Gérard ne retrouve plus l’esprit original du groupe, les rebelles sont devenus une machine commerciale un peu ringarde, et les producteurs ne les encouragent pas à changer de voie. Il quitte le groupe en 1983 pour démarrer une carrière solo, à la fois au cinéma (Descente aux Enfers de Francis Girod, où il incarne Elvis, animateur d’un centre de vacances), au théâtre (Double mixte dans une mise en scène de Pierre Mondy), et à la télévision (Marc et Sophie, série à succès!).
C’est aussi l’année où il commence « officiellement » sa carrière dans le doublage de films. Il est tout d’abord engagé pour des rôles parlés et chantés : le méchant Ratigan dans Basil Détective Privé (qui chante "Bye Bye déjà"), Henri le Pigeon dans Fievel et le Nouveau Monde (Christopher Plummer doublant le pigeon avec un accent français dans la Version Originale, Gérard a l’idée de le doubler en imitant Maurice Chevalier), ou bien encore Steve Martin (le Dentiste) dans La Petite Boutique des Horreurs



Gérard devient vite un « grand » du doublage, prêtant sa voix à John Malkovich (Dans la ligne de mire), Tommy Lee Jones (Piège en haute mer), Jack Nicholson (Man Trouble), Ben Kingsley (Shutter Island) et Ted Danson (Damages). Il m’avouait il y a peu son découragement face à la participation de plus en plus « intrusive » des décideurs dans le doublage : « Ted Danson doit reprendre le premier rôle de la série Les Experts… On m’a demandé de passer des essais dessus, alors que ça fait des années que je le double. J’ai refusé de passer des essais, ils vont certainement prendre quelqu’un d’autre... »

Le statut de « personnalité » de Gérard ne l’empêche pas d'accepter de reprendre avec beaucoup d’humilité et ses dons d'imitation naturels les rôles réguliers de comédiens disparus : Sipowicz dans New York Police Blues (précédemment doublé par Henri Poirier et Jacques Richard), Krusty le clown et plusieurs personnages des Simpson (suite au décès de Michel Modo), Big Ben dans les séquences inédites de La Belle et la Bête.
Il double aussi Dustin Hoffman (recordman du nombre de « voix françaises » différentes) dans plusieurs films dont Last Chance for Love (suite au désistement de Pierre Arditi) qu’il a beaucoup aimé doubler et qui reste l’un de ses meilleurs souvenirs de doublages, avec Lorenzo (1992). Dans Lorenzo, il double Nick Nolte, père d’un enfant malade, qui se bat pour trouver un remède. Un sujet tellement émouvant que l’équipe fond en larmes pendant le doublage.

Gérard Rinaldi prête plusieurs fois sa voix à David Suchet (Ultime Décision, Meurtre Parfait). Peut-être aurait-il pu reprendre Hercule Poirot (suite à la retraite de notre ami Roger Carel), je l'avais en tout cas suggéré à Roger qui cherchait un remplaçant. Séduit par cette idée, Roger en avait parlé à la direction artistique de la série…

Gérard devient également avec ses camarades Daniel Beretta, Richard Darbois, Michel Mella et Bernard Alane l’une des voix incontournables des films Disney de la fin des années 80 aux années 2000, prêtant sa voix à Dingo (depuis le début des années 90), au Chef Louis dans La Petite Sirène, au Hibou dans le redoublage de Danny le petit mouton noir et à de nombreux personnages.




Parallèlement à sa carrière dans le doublage, Gérard tourne beaucoup, principalement pour la télévision (peut-être trop « étiqueté » par les Charlots et Marc et Sophie, il peine à s’imposer au cinéma), dans des fictions, des « drames ruraux » comme il les nomme. « C’est devenu un jeu. Quand j’arrive le matin sur un plateau, je demande « Qu’est-ce qu’on tourne aujourd’hui ? » et toute l’équipe du tournage me répond en chœur « Un drrrrame rrrurral ! »».

Passionné par le jazz et la chanson française des années 30-40, il enregistre en 2007 un album de vieilles chansons françaises interprétées « façon crooner », avec des musiciens de jazz. En raison d’un changement de producteurs, il réenregistre à deux reprises les chansons. Le disque doit finalement sortir en 2012 chez Sony. Gérard en est particulièrement fier, même s’il doit faire quelques concessions (enregistrer un peu plus de « tubes » et mettre de côté quelques chansons moins connues). C’est pour promouvoir ce disque et d’autres projets personnels (co-écriture de la pièce Chambre d’hôtes ou La vie déjantée des Rognoles avec Sylvie Loeillet), qu’il accepte de participer à la tournée Age tendre et têtes de bois et de réenregistrer des tubes des Charlots (Les Charlots 2008 et Les Charlots : L’essentiel). Un retour vers une certaine médiatisation (Les Grosses Têtes de Philippe Bouvard en 2008 et 2011, Vivement Dimanche, Le Plus Grand Cabaret du Monde, Les Années Bonheur, Etonnez-moi Benoît, Dimanche soir chez Hubert à plusieurs reprises, etc.) qui lui prouve une nouvelle fois tout l'amour que lui porte le public.

Lors de notre dernière rencontre mi-novembre, entre deux tournages (deuxième saison de La Nouvelle Maud à Angoulême (rôle du père d'Emma Colberti) et un épisode de Caïn à Marseille (rôle d'un mafioso atteint de la maladie d'Alzheimer)), Gérard débordait de projets : montage de sa pièce Les Rognoles dans un théâtre parisien, participation à une tournée d’anciens humoristes (sur le même principe qu’Age Tendre et Têtes de Bois), tournée de concerts « crooner », enregistrement de chansons avec le groupe Les Low Budget Men (association pour la mise à disposition de défibrillateurs), mise en scène d’une comédie musicale parodique sur Zorro qu’il avait écrite et qui traînait depuis trop longtemps dans ses cartons…


Gérard Rinaldi laisse un immense vide dans la profession. Pour décrire l’état de tristesse dans lequel il nous abandonne, je reprendrai les mots de notre ami commun Michel Mella « Notre magnifique camarade et ami, artiste de grand talent, érudit et drôlissime, modeste et indulgent, nous a quittés. Gérard Rinaldi n'est plus et on est comme des cons. »

Pour en connaître un peu plus sur la carrière de Gérard Rinaldi, je vous invite à visiter le site de mon amie Marlène Meyer, sa "fan n°1", à lire l'excellent livre "100% Charlots" de Jean Sarrus, et à écouter cette émission des Grosses Têtes (juin 2011)


Suivez toute l'actualité de "Dans l'ombre des studios" en cliquant sur "j'aime" sur la page Facebook.