vendredi 17 juillet 2015

Hommage à Jacques Thébault, voix française de Steve McQueen

J'ai appris avec tristesse par l'association James West (fan-club des Mystères de l'Ouest) le décès du comédien Jacques Thébault. Un mois à peine après Guy Piérauld, c'est une autre immense légende du doublage qui nous quitte. Si Guy était spécialiste des seconds rôles comiques et personnages de dessins animés, Jacques Thébault excellait lui dans le doublage des héros du petit ou du grand écran (Steve McQueen, Clint Eastwood, Patrick McGoohan, Robert Conrad, etc.). 
Je l'avais interviewé chez lui il y a deux ans, mais n'avais pas encore trouvé le temps d'en faire la retranscription. Voilà qui est fait, en hommage à un grand comédien, et à un homme intelligent et complexe, qui portait un regard sarcastique et lucide sur ce métier.

"Venir en Normandie un dimanche matin par mauvais temps pour voir un vieux, il en faut du courage...". C'est par ces mots que Jacques nous ouvre la porte de sa maison normande le 3 février 2013. Je suis accompagné par mon ami Nicolas Barral, talentueux dessinateur de bandes dessinées (Les Aventures de Philip et Francis, Nestor Burma, Baker Street, etc.), passionné de doublage et ami de Jacques depuis 1999. Je lui dois d'avoir arrangé cette rencontre.

Jacques Thébault est né le 4 décembre 1924. Son père aurait voulu être comédien, mais il s'était marié trop jeune et avait déjà deux enfants. "Il a joué une pièce au Théâtre de l'Oeuvre mais il n'a pas continué." se souvient Jacques.
Son père ne s'oppose pas à ce qu'il suive une voie artistique. "Je travaillais à l'usine de 6h à 13h, et à 15h je prenais mes cours chez Charles Dullin au Théâtre de la Cité (ex Théâtre Sarah Bernhardt, devenu Théâtre de la Ville, ndlr). Et le week-end je faisais projectionniste au cinéma de Saint-Gratien pour payer mes cours." 

Charles Dullin
Comment ne pas évoquer avec lui le grand Charles Dullin... "Il avait du génie. Ce n'était pas un professeur, c'était un phare. Il nous parlait toujours gentiment, et encore plus si on lui payait un petit coup de boire, car il n'avait pas de sous. C'était un grand ami de Louis Jouvet, mais ils s'engueulaient tout le temps alors qu'ils avaient pourtant la même méthode."

Au Cours, il se retrouve avec Roger Vadim (avec qui il fréquente les cabarets rive gauche), mais également Edmond Tamiz. Il tente le concours d'entrée du Conservatoire mais n'est admis que comme auditeur.

Jacques joue dans plusieurs pièces, notamment dans Poppi avec Louis de Funès qu'il admire beaucoup mais n'apprécie guère dans le travail. Dans cette pièce, Jacques chante en s'accompagnant à la guitare, sans en connaître une note. 
Son meilleur souvenir de théâtre? ""La Brise-l'âme" une pièce que j'ai jouée au Théâtre de l'Oeuvre. La critique et mes amis détestaient, on se faisait insulter par le public, mais ça m'amusait beaucoup. C'était écrit dans un langage spécial, une novlangue. J'avais mis ma copine Paule Dehelly dans le coup, très grande comédienne, qui était déjà une vedette au moment où je suis entré chez Dullin, et qui a suivi Jouvet pendant la guerre. Elle avait une fiasque de scotch qu'elle mettait le long d'un portant, et moi je la lui planquais. Quand elle sortait de scène elle la cherchait partout (rires)." 


Au théâtre, Jacques n'appartient pas à une "troupe" en particulier, mais retrouve en revanche une sorte de famille à la radio, au célèbre "club d'essai". "On travaillait avec des auteurs formidables, que j'ai retrouvés plus tard à la télé. Ils écrivaient des trucs qu'ils nous faisaient jouer de différentes façons: tragique, comique, etc. C'était très brillant."

Il a également fait une brève carrière de chanteur "rive gauche" comme en témoignent deux passages à la télévision dans L'école des vedettes en 1959, parrainé par Juliette Greco et Annie Cordy. Jacques se trouvait assez mauvais comme chanteur mais certainement par fausse modestie, car son travail était plus qu'honorable.


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Il tourne au cinéma dans Le Triporteur (1957) avec Darry Cowl, un bon souvenir car son fils naît pendant le tournage. "Au cinéma: je n'ai fait que des bricoles. Si vous n'avez pas un rôle important ça n'a aucun intérêt."

Les années 50 marquent aussi la grande époque des "dramatiques" (téléfilms tournés en direct) de Stellio Lorenzi, Claude Barma, Marcel Bluwal, etc. "Mon ami Roger Crouzet leur a sauvé des coups, il leur a tout joué, des lignes et des lignes en direct, ils ont triomphé grâce à lui, ils l'ont pressé comme un citron et ensuite n'en voulaient plus. Tout le monde peut être metteur en scène, mais pas comédien."

Serge Luguen et Alfred Kirschner qui s'occupaient alors des doublages Universal lancent Jacques Thébault dans le doublage en 1948. Jacques se souviendra toujours avec amusement de sa première réplique: "Le ventilateur est cassé!".

Quand on lui demande s'il avait des modèles à ses débuts dans le doublage, Jacques Thébault évoque Claude Péran (voix française d'Humphrey Bogart et d'Henry Fonda), qu'il aimait beaucoup. "On m'a demandé de redoubler "Casablanca" car le son d'époque était inutilisable mais ça ne m'avait pas beaucoup emballé car on m'avait demandé de "copier" le travail de Claude."


Marc Valbel
Claude était présent en 1948 à l'une de ses premières séances de doublage."J'étais à la barre entouré par Marc Valbel et Claude Péran. Ils se sont regardés "Il est syndiqué, ce jeune?" et je leur dis "Je débute, et pour être syndiqué, il faut que j'aie des heures d'enregistrement ou des années d'ancienneté, non?". Ils m'ont dit que ce n'était pas le peine, et m'ont accompagné rue Monsigny, où je me suis inscrit à la CGT Spectacles. Puis j'ai pris des responsabilités dans le syndicat, et j'ai toujours été engagé syndicalement." Un engagement syndical qui s'est perdu chez les nouvelles générations. Il s'en est rendu compte lors des des derniers doublages qu'il a faits, pour la série The Cosby Show. "Il y avait plein de jeunes mal payés, qui attendaient leur chèque. Je leur demande "Mais vous n'êtes pas syndiqués?" "-Non..."".

Claude Péran, Marc Valbel, une "caste" de comédiens habitués des plateaux de doublage. Etait-ce difficile de s'y intégrer? "A mes débuts au doublage, tout le monde était charmant avec moi, même Maurice Dorléac  qui avait une réputation désagréable. Je m'entendais très bien avec lui, je connaissais bien ses deux filles (Françoise Dorléac et Catherine Deneuve, ndlr). Jacques Ferrière m'emmerdait toujours en me parlant de Dorléac, du coup un jour pour un doublage je convoque pour une même séance Dorléac et le duo Jacques Ferrière-Michel Muller et je leur dis "Vous voyez , vous qui me réclamiez de rencontrer Maurice Dorléac...". Ils ne savaient plus où se mettre. J'adorais faire des petites blagues comme ça."

Je lui raconte que quand des jeunes comédiens dans les années 80 se plaignaient de Jacques Willemetz les anciens leur répondaient "Ne vous plaignez pas, vous n'avez pas connu Maurice Dorléac", Jacques sourit, et se souvient de Willemetz. "Comme le studio était loin de chez moi, on était parti à l'aube avec Marcel Bozzuffi pour un doublage qu'il dirigeait. On était mal réveillé, et de mauvaise humeur.  Willemetz nous présente le metteur en scène italien qui était venu superviser le doublage de son film. Celui-ci nous dit: "Oh moi, j'ai pris des vrais mineurs pour jouer dans mon film". Il avait pris des amateurs, ça commençait bien. Et puis il s'en va. Willemetz commence à nous faire travailler et ça ne va pas très bien, ni pour Bozzu ni pour moi. Willemetz nous dit "Mes enfants, ça ne va pas très bien, si vous dormez ce n'est pas la peine de venir, vous n'avez qu'à rentrer chez vous!". Bozzu le regarde et lui dit "C'est pas con ce que tu viens de dire", il prend sa veste, je prends la mienne, et on s'en va tous les deux."



"Compilation" des doublages de J. Thébault par "Le monde du doublage français"

Dans les années 60, Jacques double à peu près tous les plus grands acteurs du moment pour le cinéma et la télévision, à commencer par Steve McQueen. "Pour Steve McQueen je demandais plus d'argent car il ne parlait pas." s'amuse-t-il. Il le double dans la série Au nom de la loi, et la plupart de ses films: Bullitt, Nevada Smith, PapillonL'affaire Thomas Crown, etc.
Les principales exceptions sont Les Sept mercenaires et La Grande évasion (où Henry Djanik m'avait raconté avoir demandé l'autorisation de Jacques à l'époque pour le faire)... ou La canonnière du Yang-Tsé. Au sujet de ce film, j'emprunte à Stéphane Lerouge une anecdote qu'il lui avait racontée (Génération Séries, 2ème trimestre 1996) "Le responsable du doublage, un homme d'une rare intelligence a déclaré : "Steve McQueen est blond, il me faut donc un comédien blond pour le doubler!". C'est d'une logique implacable, non? Comme mes cheveux étaient bruns, je n'avais évidemment aucune chance et ils ont engagé Jacques Deschamps, qui, le veinard, avait sur moi l'avantage d'être châtain clair! On peut se demander comment, malgré nos différences capillaires, j'ai été choisi pour prêter ma voix à Cosby dans le "Cosby Show"!"

Autre souvenir raconté par Francis Lax (émission Bas les masques, 14/02/96): "Un jour, Steve McQueen est mort, c'était bien triste, et comme les comédiens ont un humour désespéré on dit à Jacques Thébault au studio d'Epinay "Alors, tu ne pourras plus construire maintenant, il va falloir arrêter les maçons". Plaisanterie de mauvais goût. Et puis au moment du déjeuner "Alors, toi, c'est soit fromage, soit dessert, car depuis que Steve McQueen est mort...". Et tout à coup j'entends "Il n'est pas mort parce que je vous entends". C'était un non-voyant de naissance, avec sa femme, derrière nous, qui entendait Jacques Thébault. Je ne connais pas de plus belle histoire que ça sur notre métier"



Mais Steve Mc Queen (qu'il a rencontré à Paris) n'arrive que troisième dans les acteurs que Jacques préfère doubler, derrière John Cassavetes (Rosemary's Baby, Furie) et Patrick McGoohan (Destination DangerLe Prisonnier). Pour ce dernier, il inventera spontanément, en plein doublage, le "Bonjour chez vous" du Prisonnier, afin de traduire "Be seeing you". L'expression restera dans les annales des passionnés de séries.

Il double aussi des acteurs très populaires mais qu'il trouve moins intéressants comme Audie Murphy ("Il était devenu star parce qu'il avait fait la guerre et était l'acteur le plus décoré des Etats-Unis, mais il manquait de charisme") ou Robert Conrad dans la mythique série Les Mystères de l'Ouest. "J'ai bien aimé doubler cette série, qui avait du rythme. Le personnage ne m'avait pas passionné sur le plan de la comédie et Robert Conrad n'était pas un immense acteur mais il s'est amélioré plus tard dans "Les Têtes Brûlées", que j'ai doublée également."



Jacques Thébault et Serge Sauvion interviewés à la télévision

Pour certains acteurs, on lui demande d'épurer un peu le jeu comme pour Jeremy Brett dans la série des Sherlock Holmes. "Il était très "maniéré" dans la Version Originale, mais c'était un acteur intelligent." 

Dans Docteur Jivago (1965), il double tout d'abord Klaus Kinski, puis le comédien qui devait doubler Alec Guinness ne faisant pas l'affaire, on l'appelle également pour doubler Guinness. Autre classique: Zorba le grec (1964) où il double Alan Bates sous la direction du réalisateur Michael Cacoyannis.

Jacques double en outre régulièrement ou ponctuellement Paul Newman (Le Gaucher), Clint Eastwood (Un shérif à New York), Roy Scheider (Les Dents de la mer), George Chakiris (West Side Story), Anthony Hopkins (Le Bounty), Christopher Lee (L'homme au pistolet d'or), Elvis Presley (Le shérif de ces dames), Christopher Plummer (La nuit des généraux), etc. Des personnages en général assez froids, à laquelle sa voix colle parfaitement.


Dédicace de Nicolas Barral (2009)
Tous ces acteurs (McGoohan, Conrad, Cassavetes, etc.) il les retrouve dans la série Columbo dans des rôles d'assassins, à tel point qu'on pouvait en entendant sa voix, deviner aussitôt qui allait être le "méchant" de l'épisode.

Il prête sa voix régulièrement à des voix-off de films (Le Bal des Vampires, Massacre à la tronçonneuse) ou de séries (dernière saison des Brigades du Tigre). Sa prestation la plus marquante est certainement la narration des Incorruptibles.
Cela lui amène de nombreux revenus car les marques s'arrachent la voix-off des Incorruptibles pour leurs publicités. "On m'a sollicité pour la marque Canada Dry, des pubs tournées par Edouard Molinaro. On me demande au téléphone  quels sont mes tarifs, j'annonce un chiffre. Le producteur me dit "Vous n'allez pas me demander ça?" je lui réponds "Je ne vais pas vous le demander puisque je VIENS de vous le demander". Il accepte mais sans m'envoyer le contrat. Je me rends au studio, et quelques minutes avant l'enregistrement, je le lui fais remarquer, il me dit "-Oh, je n'ai pas eu le temps" "-Mais on a le temps maintenant". Et il a été obligé d'écrire le contrat avec ce qu'il avait sous la main, un papier en-tête. L'ingénieur du son à la fin de l'enregistrement dit "C'est parfait" et le producteur répond "Au prix où je le paye, ça peut être parfait" (rires)."

La publicité l'ennuyait énormément. "Ils sont dix dans l'aquarium et il y en a toujours un qui n'est pas d'accord, la seule fois où cela ne m'a pas dérangé c'était pour Téléstar où j'enregistrais toutes les semaines une publicité, je travaillais directement avec l'ingénieur du son et c'était beaucoup plus simple."

Parmi les figures de la publicité à l'époque, Pierre Bellemare, qui vient de lancer un studio d'enregistrement Place Beauvau. "Pierre Bellemare m'a fait un drôle de coup: je doublais Steve McQueen dans "L'Affaire Thomas Crown" à la SPS, il me téléphone et me demande "Vous êtes où?" "-Je suis en train d'enregistrer à la SPS" "-Passez moi le directeur!" "-Pourquoi?" "-J'ai un truc à vous faire enregistrer ce soir"
Et le soir il est venu au studio avec tout l'aéropage d'Unilever pour une publicité pour de la lessive. Il ne forçait pas les choses (rires)"

Jacques est peu sollicité pour doubler des dessins animés. Il prête quand même sa voix à un célèbre personnage, Lucky Luke, dans la série éponyme, succédant ainsi à Marcel Bozzuffi (Daisy Town) et Daniel Ceccaldi (La Ballade des Dalton) : "Les épisodes étaient adaptés par Philippe Landrot de chez Dargaud, et c'est Pierre Tchernia qui dirigeait les doublages. Enfin... il ne me donnait jamais d'indications à tel point qu'un jour j'en ai eu marre, je suis allé le voir et il m'a dit "Non, ça va, mon vieux, ça va". Après, ça a changé de studio et il ne restait plus que Tornade et moi". 
Il double également dans Le vent dans les saules les dialogues et les chansons sous la direction de Vincent Grass, avec la participation de Claude Lombard.

Jacques Thébault dirige aussi des doublages. C'est Jacques Barclay qui lui met le pied à l'étrier à Gennevilliers sur la série Daktari. Puis la Paramount, représentée par Isy Pront, décide de remplacer en même temps tous ses directeurs artistiques (Maurice Dorléac, Serge Nadaud) et choisit pour prendre la relève Marc Cassot, Jean Lagache et Jacques. "Diriger des comédiens n'est pas toujours évident, par contre quand vous dirigez Romy Schneider, Michel Serrault ou George Wilson, c'est une chance. Mais il faut éviter d'être impressionné... Quand je vois Romy Schneider, je suis déstabilisé. Encore plus quand son chauffeur vient m'apporter de sa part une bouteille de scotch dans la journée. On avait doublé un film avec elle et Maurice Ronet, et on avait déjeuné tous les trois, un beau souvenir."

Jacques Thébault arrête progressivement le doublage dans les années 90, après s'être retiré en Normandie: "Ca s'est arrêté petit à petit, j'ai continué les Cosby pendant trois ou quatre ans. Je faisais des aller-retour à Aubervilliers, j'étais payé à la ligne, je demandais seulement à ce qu'on me garde une place de parking car Deschamps s'était fait ouvrir sa voiture. Puis je n'ai plus eu l'envie car je ne connaissais plus personne à part les rôles récurrents."

Jean-Pierre Jeunet le sollicite pour faire la voix-off de son film Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain. "Il avait été très flatteur au moment de l'enregistrement, et finalement sans prendre la peine de m'appeler, il a pris André Dussollier." Jean-Pierre Jeunet en parlera de façon peu élégante dans le bonus du DVD.

Il reçoit aujourd'hui des droits Adami sur le doublage des films européens, l'un des combats de la grève. Pour les films américains, les comédiens ont uniquement reçu un forfait, en fonction de leurs fiches de paie. "Le gars qui m'a reçu n'a pas eu de bol, car il a eu dans la même journée Jean-Claude Michel avec trois valises de fiches de paie et moi avec une valise et demi."

L'auto-dérision de Jacques Thébault:
photo avec sa poubelle
A l'exception de Nicolas Barral (qui a raconté son admiration pour Jacques Thébault dans l'album A vous, Cognacq-Jay aux éditions Delcourt et glisse régulièrement des clins d'oeil au doublage dans ses albums) et de quelques comédiens comme Roland Ménard et Paule Emanuèle, avec qui il était en contact régulier Jacques s'était volontairement coupé du métier et des voxophiles depuis quelques années, jusqu'à ce qu'il se décide à 88 ans, quelques semaines avant notre entretien, à s'inscrire sur Facebook, à voir du monde, répondre à ses "fans", etc. "Je suis un curieux bonhomme. J'ai eu l'année dernière une opération assez grave qui m'a fait voir les choses sous un autre angle. Je me suis dit: je vais bientôt mourir, avant de partir j'aimerais bien découvrir internet. Je me suis fait installer un ordinateur et Facebook. Mais je ne parle pas beaucoup sur Facebook, car quand on parle on dit des bêtises!".

Il retrouve sur ce média sa vieille copine Perrette Pradier, et suit l'actualité du métier. "J'ai vu qu'il y a maintenant des "écoles du doublage", je rêve! Remarquez, quand j'étais en activité j'ai vu des danseuses nues faire du doublage... mais elles étaient habillées!". Il apprend également le décès de ses camarades, comme Bernard Dhéran, quelques jours avant notre rencontre: "Il avait un certain talent mais était très snob. Un après-midi on répétait le tournage d'un feuilleton pour la télé et j'avais une sciatique qui me faisait tenir accroupi. C'était une grosse journée car le matin je doublais Les Incorruptibles et le soir je jouais au théâtre. Dhéran arrive et me fait "Oh je vois ce que c'est. Mais moi j'ai attrapé ça de manière plus glorieuse, je l'ai eue au tennis"." 

La sympathie des fans le touche et l'amuse, de même que les informations qu'on peut trouver sur internet. "Quand j'ai eu ma lourde opération, juste avant d'être endormi je demande "-Faites attention à mes cordes vocales!" "-Pourquoi, vous êtes chanteur?" "-Non, comédien". Et à mon réveil, le chirurgien me dit "Vous auriez pu me dire avant tout ce que vous avez fait!". Pendant mon sommeil il était allé voir ma page sur Wikipedia!"



Profitant de cette marque d'"ouverture" à son public, je lui propose, non sans culot, de participer à notre 10ème "Salon des Séries et du Doublage" qui se tient quelques mois plus tard (16 novembre 2013). Il est assez hésitant, ne sait pas ce qu'il va dire (ayant perdu l'habitude de parler), se demande si les gens vont être intéressés, puis finalement se laisse convaincre, avec l'appui du fan-club des "Mystères de l'Ouest". Sur place, il est d'une grande disponibilité auprès de son public, signant des autographes, se laissant prendre en photo ("J'ai l'impression d'être un panda dans un zoo" me glisse-t-il alors dans l'oreille) et participant avec Guy Piérauld et Paule Emanuèle à la conférence "Légendes du doublage" animée par François Justamand. 

Jacques s'est éteint le 15 juillet dans sa Normandie. Sa voix reste omniprésente dans nos souvenirs, et à la télévision, comme il y a encore quelques années où TMC nous proposait des après-midis avec en file indienne "Au nom de la loi", "Sherlock Holmes", "Les Mystères de l'Ouest" et "Kojak".

En faisant un bilan de sa carrière, il la résumait ainsi: "Radio, synchro, télévision, c'est déjà pas mal!", en ajoutant avec malice "Et maintenant, Facebook!". Adieu, Monsieur Thébault... Et "bonjour chez vous".


Dessin hommage de Nicolas Barral à Jacques Thébault, 
réalisé pour "Dans l'ombre des studios"


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