samedi 17 décembre 2011

Publication d'archives inédites sur les doublages Disney : Introduction

Après plusieurs années de blocage, François Justamand (La Gazette du Doublage) et moi avons accepté de publier nos recherches inédites sur les doublages Disney des années 30 à nos jours. L'occasion pour moi de revenir sur les activités d'un "chercheur voxophile" et sur le sujet "Disney".

La "voxophilie", passion pour le doublage de films, était relativement discrète jusqu'à l'arrivée d'internet. Seuls certains magazines spécialisés (comme Génération Séries) permettaient d'échanger des informations sur cette passion peu commune. La création de forums internet tels que "Synchrocity" et plus tard celui de "La Gazette du Doublage" a permis à de nombreux passionnés de se retrouver, et de confronter pour la première fois leurs recherches: retranscriptions de la partie "doublage" de génériques, reconnaissances de voix, mais aussi informations obtenues grâce à des anciens dossiers de presses, archives nationales, ou entretiens avec des comédiens.

Tandis qu'aujourd'hui la moindre publication sur le "Forum Doublage Francophone" est immédiatement suivie de corrections d'autres passionnés, les fiches publiées au début des années 2000 sur ces forums contenaient de nombreuses erreurs car elles manquaient de contradicteurs. C'est ainsi que les trouvailles sur les films les plus "cultes" ont été pompées à l'époque sans vérification, autorisation et citation de sources par des dizaines et des dizaines de sites internet... qui ne connaissaient strictement rien au doublage. C'est le cas notamment des  recherches sur les premiers doublages Disney, dont la source principale est mon confrère François Justamand (La Gazette du Doublage). Pour des raisons d'éthique j'ai entrepris il y a quelques années un véritable combat contre Wikipedia dont les fiches "doublage" sont pompées sur des forums, et qui paradoxalement refuse de citer ses sources car "les forums ne peuvent pas être considérées comme des sources".

On m'a alors rétorqué qu'il est très présomptueux de considérer des "génériques doublages" comme des recherches en tant que telles. Il est vrai que si l'on reconnaît le visage d'un second rôle dans un film, que le comédien ne figure pas au générique et qu'on publie cette information sur internet, on n'est pas "propriétaire" de cette information, car a priori, d'autres passionnés auraient très bien pu la retrouver.

Dans le cas du doublage c'est beaucoup plus compliqué, car c'est un véritable "patrimoine bis" du cinéma qui est inconnu. Par exemple, seule une poignée de passionnés français peut identifier des voix dans les doublages des années 40. Parfois même, certains comédiens n'ont doublé qu'une dizaine de films dans leur vie, et retrouver leur nom relève d'un véritable chemin de croix. Je suis d'accord que les voxophiles se doivent de rester modestes, mais je refuse qu'on affirme que "n'importe qui" aurait pu retrouver tel ou tel nom dans des doublages de films. Toute information sur des doublages "mérite" une citation de sources.

Se voyant tous deux refuser la paternité de nos reconnaissances de voix, nous avons donc décidé au moment de ce conflit contre Wikipedia non seulement de ne plus publier d'informations inédites sur des doublages Disney (à part une fiche sur Cendrillon, essai peu concluant, puisque quelques jours après publication, malgré plusieurs avertissements et le soutien d'un modérateur de Wikipedia, elle était malhonnêtement reproduite sur le site Premiere.fr), mais aussi de ne plus corriger publiquement nos anciennes fiches qui contenaient des erreurs et s'étaient "propagées" sur internet. Nous avons alors continué dans la discrétion nos recherches, François sur les doublages des années 30 aux années 50, et moi sur les "voix chantées" des années 50 à nos jours, grâce au soutien chaleureux des chanteurs Jean Cussac, Anne Germain, Michel Costa et Georges Costa, et de nombreux autres interprètes.

Il y a quelques mois, Olivier Kosinski, webmaster du site "Grands Classiques Disney", nous a dit vouloir publier une voxographie complète pour chacun des films Disney répertoriés sur son site. Olivier est un disneyphile qui a permis de retrouver bon nombre de copies de premiers doublages Disney disparus de nombreuses années, et de nous en faire profiter. Respectueux de la citation de sources, il avait donc toute légitimité à ce que nous l'aidions.Vous trouverez donc dès maintenant et au fur et à mesure sur "Grands Classiques Disney" (et, bien entendu, sur "Dans l'ombre des studios") des fiches sur tous les doublages Disney, avec bon nombre d'informations inédites apportées par François Justamand et moi, ainsi qu'un véritable travail pour identifier clairement les sources ayant permis l'élaboration de ces fiches.

Premières publications: Blanche-Neige et les Sept Nains et Pinocchio. Bonne lecture!



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samedi 26 novembre 2011

Inauguration de l'exposition Roger Carel

Vendredi 25 novembre était inaugurée au Château seigneurial de Villemomble une exposition dédiée à la carrière du plus connu des Villemomblois qui est, pour nous voxophiles, "la" légende du doublage: Roger Carel. Petit compte-rendu de cette soirée.

 La salle de l'exposition

Depuis qu'il y a élu résidence en 1989, Roger Carel s'investit avec toute la générosité qui le caractérise pour la ville de Villemomble: lectures au Château et à l'Eglise, enregistrement des voix de la visite guidée du Château, participation à plusieurs événements associatifs et caritatifs. Pour le remercier, Patrice Calméjane, député-maire de Villemomble, et Guy Martignon, Président des Amis du Château Seigneurial, ont décidé de le faire citoyen d'honneur de la Ville et de lui consacrer une belle exposition. Pour cela, Roger Carel a prêté de nombreux documents qui ont été exposés ou agrandis.

 Affiches de pièces de théâtre

Il est 18h, Roger et son épouse saluent à l'entrée de l'exposition les visiteurs venus en nombre, dont beaucoup d'amis Villemomblois, mais aussi notre amie Nicole Trabaud (dont le mari, Pierre, était le meilleur ami de Roger), la comédienne Michèle Grellier, etc. On entre dans une grande salle dont les murs sont recouverts d'affiches, de photos, dessins, etc., pour la plupart inédits. On peut y voir notamment une "photo de classe" sur laquelle posent la plupart des comédiens (en costume) du film Papy fait de la résistance, une caricature géante de Cabu (dessinée au temps de Récré A2) représentant Roger en train de "doubler" Mireille Mathieu, des photos de doublages et de plateaux télé (émission Vivement Dimanche spéciale "Quatre fois vingt ans" avec Jean Piat, Micheline Dax, etc.), des photos de théâtre (débuts avec Jean-Pierre Marielle, Jean Rochefort, Jacqueline Maillan). 
Les affiches de pièces de théâtre dégagent une grande émotion, tant par leur charme désuet que par la tristesse de constater que la plupart des comédiens nommés ne sont plus parmi nous.

 Roger Carel et Mireille Mathieu caricaturés par Cabu

Le maire appelle les invités à se réunir. Il rend hommage à la carrière au doublage de Roger, à sa biographie "qui fait trente pages sur Wikipedia", à son investissement auprès des associations villemombloises. Il insiste sur la proximité de Roger avec les Villemomblois et sur un caractère amical et simple "qui n'est pas le cas d'un certain nombre de gens qui passent à la télé". "On vous croise régulièrement avec votre épouse et vos vélos sur le marché de Villemomble. Vous avez toujours un petit moment de discussion amicale, et c'est comme ça aussi que se construit une ville". Patrice Calméjane remet ensuite à Roger son diplôme de citoyen d'honneur et la médaille d'or de la ville.

 Patrice Calméjane, Roger Carel et son épouse

Roger avoue être sensible aux honneurs. "Quand, dès mon plus jeune âge, ma jolie maîtresse m'a remis mon premier bon point, j'ai rougi jusqu'aux oreilles." Il nous raconte comment il a connu sa ville, bien avant d'y résider. "En 1942, mon oncle et ma tante habitaient Villemomble. Nous allions très souvent avec mes parents chez eux. Nous avions à l'époque un "tourisme vert" qui n'était pas tellement souhaité. Mon oncle avait pas mal d'amis qui n'avaient qu'une idée: ramener ces "touristes" indésirables à la frontière. Alors, ils avaient imaginé quelques petites tracasseries dont une, un soir, était de faire dérailler un train allemand qui partait de Paris pour l'Allemagne, pour gêner vraiment ces "touristes". Mon père, mon oncle et leurs amis ont fait dérailler le train. Ils ont récupéré les colis, ont tout ramené chez mon oncle, se disant qu'il y aurait en victuailles de quoi régaler tout le village. On se précipite sur les paquets, on les ouvre, et là, surprise: des uniformes de la Luftwaffe! Je ne vous cache pas le mal que mes parents et mon oncle ont eu à s'en débarrasser. Je pense même que certains paysans dans la région ont eu la surprise de retrouver dans leurs champs un bon nombre de vestes grises dispersées ". 

Après cette anecdote qui déclenche les rires de l'assistance, Roger félicite Guy Martignon et ses équipes pour leur travail exceptionnel sur cette exposition, remercie aussi les habitants du Raincy, de Gagny et de Bondy qui ont toujours un mot gentil quand ils le croisent en vélo "quand ils arrivent à me rattraper, bien sûr!". Il finit, à la demande du maire, par faire une imitation de plusieurs de ses personnages (Winnie, Porcinet, Alf) à une petite fille au premier rang.

Roger Carel et sa médaille d'or de Citoyen d'honneur

L'exposition Roger Carel ne dure qu'une dizaine de jours. Fans et amis de ce grand comédien et homme de coeur, ne ratez pas ce superbe hommage!


L'exposition Roger Carel a lieu du 25 novembre au 4 décembre 2011 (ouvert du mardi au dimanche, de 14h à 17h) au Château seigneurial de Villemomble (place Emile Ducatte).


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mercredi 2 novembre 2011

Hommage à Christiane Legrand (1930-2011)

Une bien triste nouvelle pour tous les passionnés de belles voix: Christiane Legrand nous a quittés hier soir. Soeur de Michel Legrand, elle était l'une de nos plus grandes vocalistes. Elle avait fait partie de plusieurs grands groupes vocaux de jazz comme les Double Six, les Swingle Singers, Quire, etc. et mené une belle carrière de soliste. 

Tout comme ses amis Swingle et Double Six, Christiane Legrand avait également accompagné de nombreux artistes de variétés (parmi lesquels Francis Lemarque ou Gilbert Bécaud), et participé à des enregistrements de disques pour enfants (Mary Poppins, Pinocchio), musiques de films (L'Aventurier, Les Demoiselles de Rochefort, Les Parapluies de Cherbourg) et doublages. Anne Germain que j'ai interviewée il y a peu se souvient que Christiane Legrand, Lucie Dolène et elle étaient les voix chantées des Girls (1957) de George Cukor. En animation, elle prêta sa voix chantée à l'ange Whippet dans Charlie, mon héros (1989) et à Madame Samovar dans le redoublage controversé de La Belle et la Bête (2002). Plusieurs amis "du métier" m'avaient proposé de me recommander à elle pour une interview "doublage" mais je n'avais jamais fait cette démarche, trop impressionné par sa carrière, et manquant cruellement de temps. Je le regrette...

Artiste rayonnante, Christiane Legrand va nous manquer. Mes plus sincères pensées vont à ses proches.





Une rareté, délicieusement désuète: Christiane Legrand soliste avec Jean-Claude Briodin du groupe Les Barclays (fin années 50/début années 60), avec Jean Cussac, Jacques Hendrix, Claude Germain, Louis Aldebert, etc.



Voix françaises des Parapluies de Cherbourg (1964): Jean Cussac (Dubourg le joaillier), Georges Blanès (Roland Cassard) et Christiane Legrand (Madame Emery)


Michel et Christiane Legrand chantent pour la télévision un duo des Parapluies de Cherbourg


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vendredi 21 octobre 2011

Hommage à René Renot (1927-2011)

C'est avec une grande tristesse que j'ai appris par François Justamand (La Gazette du Doublage) il y a une semaine le décès de notre ami René Renot

Comédien, René avait fait du théâtre (pour Vilar, Vitez...), un peu de cinéma et de télévision (on peut le voir en ami de Michel Serrault/Martinet dans Le Viager), mais il était surtout une grande voix de la radio française, l'un des "piliers" des feuilletons radiophoniques de Radio France. Il avait fait un peu de doublage tout comme son père René Hiéronimus (voix du hibou Archimède dans Merlin l'Enchanteur), et prêté sa voix au pauvre Monsieur Olson dans La Petite Maison dans la Prairie.

J'ai eu la chance de correspondre avec lui de temps à autre et de le croiser plusieurs fois à des événements organisés par La Gazette du Doublage (Salon des Séries TV et Cinéma, etc.) et par notre amie Nicole Trabaud, et j'en garde le souvenir d'un homme à le fois discret et chaleureux. Sa passion pour l'histoire du théâtre, du cinéma, et des comédiens en général en faisaient l'un de nos plus fidèles "indicateurs". C'est grâce à lui et à ses amis du Comité d'Histoire de la Radiodiffusion que j'avais pu retrouver il y a quelques années la trace du réalisateur Claude Dupont (réalisateur du feuilleton radio Astérix pour l'ORTF, et directeur artistique des doublages d'Astérix le gaulois et Astérix et Cléopâtre) et interviewer ce dernier.

Je vous invite à lire le bel hommage écrit par François sur le Blog de La Gazette du Doublage. Bon comédien, homme charmant et serviable, René va nous manquer...

(Photo: Etienne Weil, que je remercie, ainsi que Nicole Trabaud)



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mardi 18 octobre 2011

Les 130 ans de Paulot!

Paul Villé (1881-1977) aurait eu 130 ans aujourd'hui! L'incontournable voix de Walter Brennan dans Rio Bravo et de la plupart des "papys" gouailleurs du doublage (vieux aveugles de péplums, ivrognes de westerns, etc.) de la Libération jusqu'au milieu des années 70 compte un fan, Limpychris, qui s'emploie depuis maintenant trois ans à faire "revivre" avec humour "Paulot" pour le plus grand bonheur des participants du Forum doublage francophone en employant les digressions alcoolisées et rabâchées des personnages doublés par ce comédien. Paul Villé se serait-il douté que trente ans après sa disparition, on fasse vivre sa mémoire de manière aussi drôle et originale?

Pour fêter les 130 ans de Paulot et faire une petite surprise à LimpyChris, j'ai demandé à l'ami Roger Carel d'apporter un témoignage clé sur ce personnage étonnant!
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Et, en bonus, un court extrait d'Un violon sur le toit (1971) dans lequel Paul Villé, à 90 ans, doublait le rabbin:
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lundi 17 octobre 2011

Dans l'ombre des Studios présent au 8ème Salon des Séries TV et Cinéma (Paris, 19 novembre 2011)

Le Salon des Séries TV et Cinéma de Paris est un événement organisé depuis sept ans par une petite équipe de bénévoles passionnés. Chaque année, il met à l'honneur séries cinématographiques et télévisées récentes ou anciennes, françaises ou internationales. Ces dernières sont souvent abordées sur le thème du doublage, avec des rencontres entre le public et des "grandes voix françaises". 

Ayant co-animé l'année dernière avec François Justamand (La Gazette du Doublage) la rencontre avec notre ami Roger Carel, j'aurai le plaisir cette année (19 novembre, Paris) de parler en bonne compagnie d'un thème qui m'est cher, et qui est très rarement abordé par mes amis "voxophiles": la chanson dans les génériques et doublages de films.

Les six chanteurs que j'ai sélectionnés parmi mes contacts comédiens et chanteurs pour participer à cette rencontre ont tous, pour ma plus grande joie, accepté mon invitation. Ce sont tous des interprètes de grand talent, ayant doublé au moins trois personnages importants dans l'histoire de l'animation et parlant bien de leur métier... En outre, ce sont pour la plupart des amis ou bonnes connaissances, ce qui me facilite beaucoup cette "première fois" d'animateur. Ils évoqueront tous leur carrière, des souvenirs communs, etc.

Georges Costa est chanteur, directeur musical et adaptateur de doublages. Il crée dans les années 70 un duo avec son frère Michel. "Les Costa" sont engagés dans de nombreuses séances de choeurs, et révolutionnent le son des choeurs de l'époque. Au début des années 90, Georges est choisi pour diriger le doublage des chansons des films et séries Disney. Les succès s'enchaînent: Bambi, Aladdin, Le Roi Lion, Pocahontas, Le Bossu de Notre-Dame, jusqu'à La Princesse et la Grenouille et Phineas et Ferb.


Fils de Jean Constantin et Lucie Dolène, Olivier Constantin débute très jeune les séances de choeurs. Son exceptionnelle voix de ténor et sa personnalité en font le "chouchou" de tous les grands directeurs musicaux de doublage: Georges Tzipine, Jean Cussac, Guy Pedersen, Claude Lombard et Georges Costa. Il double pour les dialogues et le chant Jack dans L'Etrange Noël de Monsieur Jack, enregistre les génériques de Cobra et Super Durand, est la voix chantée de Gérard Lanvin (le chevalier blanc) dans Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine, etc.


Elle est la mythique voix de Blanche-Neige dans le doublage de 1962: Lucie Dolène sera avec nous! Chanteuse et comédienne, elle participe à de nombreux doublages de films musicaux de Chantons sous la pluie (voix chantée de Debbie Reynolds) à La Belle et la Bête (Madame Samovar). Suite à son procès contre Disney, sa voix est retirée des DVD Disney, à la plus grande tristesse de ses fans.

José Germain fait partie dans les années 60 des Swingle Singers, groupe de jazz vocal qui connait un succès mondial. Il intègre à cette époque les choeurs des doublages Disney, interprète le célèbre générique de Zorro avec deux autres choristes, et prête sa voix chantée à Scat Cat dans Les Aristochats, Bagheera dans Le Livre de la Jungle, Jim Corbeau dans Dumbo, etc.


Après avoir accompagné de nombreux artistes sur scène, Bénédicte Lécroart s'initie au doublage au début des années 90. Elle est la voix parlée et chantée de Belle dans La Belle et la Bête, et la voix chantée de nombreuses jeunes "princesses", de Juliette dans Le Cygne et la Princesse et sa suite à Wendy dans Peter Pan, en passant par Féline dans Bambi. Actuellement, elle est soliste d'un groupe de musique folk irlandaise.


Comédien, fils de Fred Mella des Compagnons de la Chanson, Michel Mella est la cultissime voix de Fonzie dans Happy Days. Ayant fait ses débuts en tant que chanteur dans les grandes comédies musicales des années 70 (Jésus-Christ Superstar, Starmania, etc.) il a très souvent prêté ses talents de chanteur à des doublages de films et séries d'animation musicaux tels que Le Bossu de Notre-Dame (La Rocaille), James et la Pêche Géante (Mille-pattes), Animaniacs (Wakko) ou Tom et Jerry, le film (Frankie la puce).


Voici le programme complet:


COMMUNIQUÉ


Le 8ème Salon des Séries TV et Cinéma, rendez-vous incontournable des passionnés de séries télévisées et cinématographiques, aura lieu le samedi 19 novembre 2011 à la Maison des Mines, 270 rue Saint-Jacques (Paris Vème) !

Comme chaque année, les fans clubs (Friends, Les Mystères de l’Ouest, Star Trek, etc.) se réuniront en nombre pour présenter sur leurs stands, lors de rencontres exceptionnelles et d’un concours de costumes leurs séries préférées au grand public.

Au programme de cette 8ème édition, de belles rencontres avec des invités de prestige, parmi lesquels les « Brigades du Tigre » Jean-Claude Bouillon et François Maistre, les compositeurs Claude Bolling et André Popp, le réalisateur Stéphane Bernasconi, le comédien Damien Witecka, les plus grandes voix françaises des films Warner et Universal et les plus grands chanteurs des génériques et doublages Disney.


INFOS PRATIQUES :

Lieu : Maison des mines, 270 rue Saint-Jacques, 75005 Paris
Accès : RER Luxembourg, lignes de bus 21, 27 (arrêt Feuillantines) et 38 (arrêt Val de Grâce)
Horaires d’ouverture : Samedi 19 novembre 2011, de 10h à 18h
Entrée : 3 € (enfants 2€)
Renseignements : 06 33 69 35 45 ou www.serialement-votre.fr

                   
PROGRAMME DES RENCONTRES :

-Les web séries : pilotes ou créations Internet? (11h-12h30) avec Benjamin Fau (auteur du Dictionnaire des séries télévisées aux éditions Philippe Rey) et les réalisateurs de webséries Jean-Paul Lançon (Dionne), Kheiron (Les voisins du dessus), Nicolas Ragni (Nous ne sommes pas des saints) et Mark Eacersall (La planque)

-Damien Witecka, voix française de Leonardo Di Caprio (11h-12h) avec Damien Witecka (comédien)

- Tintin peut-il sortir de sa bulle? (13h30-15h) avec Alain Boisnard  (réalisateur des séquences sous-marines de Tintin et le mystère de la Toison d'or), André Popp (compositeur de la musique du film Tintin et le mystère de la Toison d'or), Stéphane Bernasconi (réalisateur de la série d’animation Tintin des années 90) et Jean-Louis Tilleuil (professeur au département d’études romanes, directeur du groupe de recherche sur l’image et le texte, Université Catholique de Louvain)

-Jenny Gérard, 40 ans au service du doublage de films (13h30-15h30) avec Jenny Gérard (directrice artistique de doublages) et les comédiens Benoit Allemane (voix de Morgan Freeman), Kelyan Blanc (voix de Daniel Radcliffe), Ivana Coppola (voix de Julianne Moore), Anneliese Fromont (voix de Kate Winslet), Pierre Hatet (voix de Christopher Lloyd), Olivier Martret (voix de Rupert Grint) et Philippe Valmont (voix de Christian Bale)

-Les Brigades du Tigre : la Belle Epoque des années 70 (16h-17h30) avec Jean-Claude Bouillon et François Maistre (comédiens), Claude Bolling (compositeur), Pierre Le Goff (dessinateur), Michelle Roussel et Didier Liardet (auteurs de Les Brigades du Tigre, les limiers des temps modernes aux éditions Yris )

-Doubler en chantant : génériques et chansons dans les séries et films d’animation (16h-17h30) avec Georges Costa (chanteur, directeur musical et adaptateur de doublages) et les comédiens et chanteurs Olivier Constantin (générique de Cobra), Lucie Dolène (Madame Samovar dans La Belle et la Bête), José Germain (Scat Cat dans Les Aristochats), Bénédicte Lécroart (Belle dans La Belle et la Bête et ses suites) et Michel Mella (Wakko dans Animaniacs)

Invités présents sous réserve. Accès aux rencontres dans la limite des places disponibles.
Chaque rencontre sera suivie d’une séance de dédicaces d’une vingtaine de minutes.

François Justamand (La Gazette du Doublage) et Rémi C. (Dans l'ombre des studios) dédient leurs débats "doublage" de cette 8ème édition à la mémoire de leurs amis Marie-Aimée Sabatier et René Renot.


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dimanche 4 septembre 2011

Eliane Thibault : Supercalifragilisticexpialidocious ! (Partie 3/3)

Pour lire la précédente partie de l'interview (partie 2/3), veuillez cliquer ici


Dans l'ombre des studios : Avez-vous doublé Julie Andrews en d’autres occasions ?


Je l’ai doublée dans Darling Lili (1970) en voix parlée et chantée et dans Millie (1967).

DLODS : Pourquoi ne l’avez –vous pas doublée dans La Mélodie du Bonheur ?

Georges et Joseph Tzipine qu’on appelait dans le métier les Frères Karamazov m’ont appelée, m’ont fait venir chez eux et j’ai passé une audition. Et c’était fait, c’est moi qui devais le faire. Et en parlant ils m’ont dit « -Mais est-ce que vous avez déjà fait du doublage ?» et je leur ai répondu « -Oui, je croyais que vous m’aviez appelée à cause de ça, je viens de faire Mary Poppins ». « -Ah, c’est vous qui avez fait Mary Poppins au studio Leredde ? », j’ai dit oui et ils m’ont répondu «- Ah, alors on est très en froid avec eux, on ne vous prend pas » et voilà, ça s’est arrêté comme ça. Et ils ont pris Mathé Altéry. Alors avec Mathé Altery ma maison de disques a eu des problèmes parce que quand on l’interviewait elle disait « Oui j’ai fait Mary Poppins et La Mélodie du Bonheur ». Alors une fois, deux fois, trois fois, et elle a eu la lettre recommandée de la maison de disques qui lui demandait un rectificatif. Alors après elle disait en interview « Oui, rendons à César ce qui est à César, je n’ai fait que La Mélodie du Bonheur » (sur un ton sec). Alors vous savez moi j’ai un bon tempérament, j’en ris de tout ça. On habitait le même quartier à l’époque, dans le XVIIème arrondissement et on s’est retrouvées un jour chez le même pharmacien, l’une derrière l’autre. Moi j’ai fait un sourire, elle a tourné la tête et ne m’a pas regardée, alors voilà… C’est idiot, hein ? Car moi aussi j’aurai pu lui faire la tête puisqu’elle n’a pas fait Mary Poppins mais moi je n’ai pas fait le doublage de La Mélodie du Bonheur, j’en ai juste fait un disque. Eh bien non, tant pis…

DLODS : C’est curieux car en effet on remarque que les Tzipine n’ont pas travaillé pour la SPS du début à la fin des années 60, alors qu’ils ont travaillé pour elle avant et bien après…

Oui c’est pour ça qu’ils devaient être très en froid avec André Theurer (directeur musical pour la SPS dans les années 60, ndlr).

DLODS : Et vous connaissiez les Tzipine avant de venir à cette audition?

Non, et je me demande comment ils m’ont appelée, comment ils m’ont connue… Moi je pensais que c’était à cause de Mary Poppins. Eh bien pas du tout parce qu’ils ne savaient pas que c’était moi, donc je ne sais pas.

DLODS : Avec les frères Tzipine vous avez fait le doublage chanté d’Angela Lansbury dans L’Apprentie Sorcière

On avait demandé à Mony Dalmès de la Comédie-Française de faire le doublage de ce film, ils voulaient que ce soit la même voix, parlée et chantée. En général, on enregistre le texte d’abord et les chansons après, et là après avoir fait le texte, en arrivant au chant elle n’en était pas capable. Alors les frères Tzipine m’ont appelée et c’est moi qui ai fait le chant. Et je les ai fait mariner et je me suis fait bien payer, car comme ils ne m’avaient pas demandé pour tout, dialogues et chant, je n’étais pas contente. Et ils ont gardé le texte de Mony Dalmès qui était très bien.

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"L'âge de vos beaux rêves" (du film L'apprentie sorcière (1971)) chantée par Eliane Thibault

DLODS : Ce doublage est un petit peu perturbant car Angela Lansbury a un physique assez « sévère » qui est bien mis en valeur par la voix de Mony Dalmès, et quand vous lui donnez votre voix pour les chansons on entend de suite la fraîcheur de la voix de Mary Poppins…

C’est vrai que c’est peut-être un peu gênant… D’ailleurs on me l’avait dit. « On ne vous a pas appelée parce qu’on vous a trouvée trop jeune ». Alors ils ont appelé Mony Dalmès qui a une voix très fraîche aussi.

DLODS : Dans L’Apprentie Sorcière, votre partenaire était le chanteur Francis Linel…

Il était gentil mais très protecteur, voulant donner des leçons… Il ne savait pas que c’était moi qui avais fait Mary Poppins et donc il vint vers moi et me dit « Vous savez, il ne faut pas avoir peur… ». Alors je ne sais plus qui était là lui dit « Tu sais, elle n’a pas peur, c’est elle qui a fait Mary Poppins, le texte et le chant » (rires).

DLODS : En dehors de Mary Poppins, Darling Lili, Millie, Un violon sur le toit et L’Apprentie Sorcière, avez-vous souvenir d’autres doublages ?

J’ai doublé Chitty Chitty Bang Bang, Le forum en folie et Roma, et des choses dont je ne me souviens pas du titre. Je mélange un peu tout, car à part Mary Poppins, je n’ai jamais vu en salle les films que j’ai doublés ! D’ailleurs je déteste voir des films doublés (rires), c’est vrai, je n’aime pas ça du tout. J’aime bien avoir les vraies voix, c’est comme ça !

DLODS : A part André Theurer et Georges Tzipine, avez-vous travaillé pour d’autres directeurs musicaux ?

Non, je crois que j’ai surtout travaillé avec André Theurer pour la musique et Serge Nadaud pour les textes. Presque tout ce que j’ai fait c’était avec eux deux. Enfin, je crois ! Parce que vous en savez plus que moi sur beaucoup de choses (rires) !

DLODS : Après 1972, on perd complètement votre trace… Pourquoi avez-vous décidé d’arrêter votre carrière si tôt ?

Guy Lafarge
Un violon sur le toit a été la dernière chose que j’ai faite. J’avais quarante ans ou quelque chose comme ça quand ça s’est arrêté. Je n’avais pas un physique de mère, mais n’avais plus un physique de jeune première. J’ai été sollicitée pour jouer Les p’tites Michu à la télévision. On m’avait proposé le rôle de la fille et j’ai dit non car elles ont dix sept ans, et à l’époque j’en avais trente huit ou pas loin. Je me disais « à la télé, il faut être jeune », et j’ai été bête, car au final c’est une chanteuse plus âgée que moi qui l’a fait. Et puis petit à petit ça s’est arrêté. Et je n’ai pas cherché à reprendre car je vivais un grand amour avec Guy Lafarge qui a duré trente huit ans, jusqu’à sa mort. Et l’éloignement des tournées n’était pas évident.
Donc vous voyez ça a été assez court, je n’ai pas fait une carrière énorme. Je me suis arrêtée jeune. J’ai fait passer les sentiments avant !

DLODS : Vous auriez quand même pu continuer à faire du doublage à Paris…

Oui, mais André Theurer et Georges Tzipine ont rapidement pris leur retraite et je n’ai pas été contactée par les nouvelles équipes.

DLODS : Vous tenez-vous au courant de l’actualité musicale ?

Je me suis tenu au courant assez longtemps, maintenant c’est fini. Et puis les chansons, je n’aime pas du tout ce qui y est yéyé, rock et tout ça. J’aime beaucoup le jazz et l’opéra, que je préfère de loin à l’opérette. Après il y a quand même quelques chanteurs que j’aime bien comme Michel Sardou ou Jean Ferrat qui vient de mourir et que j’aimais beaucoup. Des chanteurs à voix, parce qu’autrement…

DLODS : Et allez-vous régulièrement voir des spectacles ?

Non, plus maintenant. Je suis beaucoup sortie, j’ai beaucoup voyagé aussi parce que forcément Guy Lafarge était président de la SDRM (Société pour l’administration des Droits de Reproduction Mécanique) et travaillait aussi à la Sacem. Il a composé beaucoup d’opérettes et de chansons. « La Seine », c’est de lui. « Elle coule, coule, coule, dès qu’elle entre dans Paris, elle s’enroule, roule, roule, etc. » (elle chante). Cette chanson se joue dans le monde entier. Maintenant que je suis seule, je n’aime plus sortir le soir. Si je sors, il faut qu’on vienne me chercher en voiture, et qu’on me ramène jusque devant la porte. Je suis une froussarde! Alors, je sors beaucoup dans la journée. Restaurant avec des amis, cinéma, exposition, et je rentre tôt! Vous verrez, vous avez le temps, quand on vieillit on ne donne plus la même importance aux choses. La sagesse qui vient, sans doute!

DLODS : Si un directeur artistique vous proposait de passer des essais sur Julie Andrews ou une autre actrice dans un nouveau film, est-ce que vous accepteriez de faire un petit « come-back » ?

Non, je vais bientôt avoir quatre-vingts ans, je suis paresseuse (rires) !


Voxographie d’Eliane Thibault

Eliane Thibault est née le 5 octobre 1931 à Paris.

Mary Poppins (1965) – voix parlée et chantée de Julie Andrews (Mary Poppins)
Le forum en folie (1966) - voix parlée et chantée d'Annette Andre (Phylia)
Millie (1967) – voix de Julie Andrews (Millie Dillmount)
Chitty Chitty Bang Bang (1968) – voix parlée et chantée de Sally Ann Howes (Truly Scrumptious)
Darling Lili (1970) – voix de Julie Andrews (Darling Lili)
Un violon sur le toit (1971) – voix parlée et chantée de Ruth Madoc (Fruma Sarah)
L’Apprentie Sorcière (1972) – voix chantée d’ Angela Lansbury (Eglantine Price)

Bonus 


Petit bonjour d'Eliane Thibault à "Dans l'ombre des studios":

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Voix d'Eliane Thibault dans Le forum en folie (1966):

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Eliane Thibault : Supercalifragilisticexpialidocious ! (Partie 2/3)

Pour lire la précédente partie de l'interview (partie 1/3), veuillez cliquer ici


Dans l'ombre des studios : Avez-vous fait du théâtre au cours de votre carrière?


Oui j’en ai fait, mais j’étais encore au conservatoire. C’était aux Sociétés Savantes, dans une énorme salle. Il y avait beaucoup d’écoles qui venaient, alors je ne vous dis pas le chahut (rires) ! Et puis j’en ai fait aussi avec la même troupe, une troupe de jeunes qui s’était mis ensemble pour jouer des classiques, et nous avons joué au Théâtre de Verdure du Jardin des Tuileries. Alors là j’ai vraiment joué tout le répertoire ou presque…

DLODS : Et depuis, vous n’avez pas été tentée de remonter sur les planches ?

Non, on ne le m’a pas demandé. Vous savez c’est très compartimenté en France, quand vous êtes en opérette vous faites de l’opérette, etc. C’est terrible ça, d’ailleurs… Mais même encore maintenant. Quand vous avez un emploi on ne vous prend pas dans un autre, c’est dommage ! On n’y peut rien !

DLODS : Avez-vous fait du cinéma ?

J’ai joué dans un film de Georges Péclet qui s’appelait Les Gaités de l’Escadrille (1958). Ah ça, c’était vraiment un beau navet (rires). Avec seulement des petits noms, vous savez : Bussières, Gabriello…
J’ai une anecdote qui peut vous amuser. C’était un film sur l’aviation. A un moment donné je devais prendre un avion très rapidement parce qu’il y avait un problème important et c’était Sim qui devait faire marcher l’avion. Alors lui il était déjà dans le coucou à deux places et moi je devais arriver à toute allure. Seulement j’arrive en courant, et à quelques mètres de l’avion, je tombe par terre, habillée en aviatrice, avec le parachute derrière. Alors Georges Péclet me demande ce qui se passe, je lui dis «- Je ne peux pas avancer à cause du vent », « -Bon allez, on recommence ! ». On l’a fait deux ou trois fois et au même endroit, « pouf ». J’étais très légère. Alors Péclet dit « On peut faire ça cent fois, ça va recommencer. Sim, au lieu d’être déjà dans l’avion, tu vas venir avec elle, et vous allez monter ensemble dans l’avion », ce qui fait qu’on a dû faire deux mètres de plus et on est tombés tous les deux par terre. Qu’est-ce qu’on a pu rire ! Finalement on l’a tourné avec l’hélice arrêtée, et là ça marchait.

DLODS : Et avez-vous participé à des émissions télévisées à l’époque ?

Oui, au moment de Mon p’tit pote avec Roger Nicolas on a fait pas mal d’émissions, comme La Nuit du Cinéma. C’est là, dans une espèce de palais à Paris que je monte pour me faire maquiller et je croise dans l’escalier Annie Cordy. Quand elle m’a vue, elle s’est arrêtée et m’a fait « -Ah ! » et je lui ai dit « -Moi j’ai l’habitude ! Au restaurant, partout on me prend pour vous et on me demande de signer. Au Midem c’était terrible on ne pouvait plus faire un repas tranquille où on me disait «- Annie Cordy, vous voulez bien me signer ça ? »». Et elle me répond « -Vous signez, au moins ? » «- Ah non je ne vais pas faire des faux » « -Ah je vous en supplie, signez, sinon on va trouver que je suis bêcheuse » donc après quand on me demandait un autographe je signais Annie Cordy (rires).

DLODS : C’est vrai que vous avez le même regard !

C’est fou… Jeunes on se ressemblait beaucoup ! On était coiffées pareil aussi, sans le savoir.
Les yeux, oui. Mais elle a un nez un peu plus gros que le mien ! Déjà moi, je le trouvais trop gros le mien mais mon père n’a jamais voulu que je me fasse opérer…

DLODS : Comment avez-vous été approchée pour doubler Mary Poppins ?

J’étais dans une maison de disques, DECCA RCA. Quand ils ont cherché quelqu’un pour doubler Mary Poppins, les studios Disney se sont adressés à toutes les maisons de disques de Paris et ont demandé des jeunes -j’étais jeune à l’époque !- qui pourraient éventuellement doubler Mary Poppins. Je n’avais jamais fait de doublage et ça ne me disait rien d’en faire, je ne sais pas pourquoi. Ma maison de disques a insisté et je me suis dit « S’il fait beau demain j’irai. S’il pleut je n’irai pas ». Je me réveille le matin en espérant qu’il pleuvrait, il y avait un soleil magnifique, alors j’y suis allée, rue Leredde. On était je ne sais combien. Je crois bien que tout Paris y est passé, même Sylvie Vartan. Tout le monde passait des auditions pour Mary Poppins.

DLODS : Est-ce que vous avez passé une audition distinctement pour la voix parlée et la voix chantée?

Oui j’ai fait les deux.

DLODS : Comment s’est déroulée l’audition ?

J’ai chanté ce qu’ils me demandaient, et puis nous sommes passés à l’air « Pour nourrir les p’tits oiseaux ». Dans cette chanson, il y a un son très grave, qui n’était pas un problème pour moi, l’aigu étant plus problématique que le grave. Donc j’ai fait cette note tout à fait normalement, et là les deux techniciens dans leur petite cabine sont sortis en disant « celle-là, elle l’a ! » (rires). Et je pense que c’est à cause de ça que j’ai été prise. Et puis il y a quand même aussi le fait que j’avais le même timbre que Julie Andrews. C’est Philippe Bouvard qui a remarqué ça. Dans l’une de ses émissions, il a pris la petite chanson « Le morceau de sucre » et il l’a mise en alternance en anglais et en français, on ne sentait pas de différence de timbre de voix. Il s’en était rendu compte.

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Eliane Thibault en 1965, interviewée à propos de Mary Poppins


DLODS : Comment avez-vous trouvé le film et le personnage de Mary Poppins ?

Adorable, charmant. Ce n’était pas une sorcière, c’était une fée ! (rires)

DLODS : Comment se faisait le doublage des chansons ? Avez-vous assimilé rapidement la technique ?

Il y avait une portée qui défilait, avec le texte en dessous. Et autant le texte, on ne savait rien à l’avance, mais pour la musique on répétait beaucoup. Mais je pense que quand on est musicien, on est aidé même pour le texte. Quand vous écoutez bien l’anglais, vous sentez qu’il y a un rythme, alors vous dites les paroles françaises dans le rythme de l’anglais. Moi je n’en avais jamais fait, et j’ai compris du premier coup. Ils n’en revenaient pas, et moi non plus d’ailleurs ! D’ailleurs à un moment les deux techniciens pour le texte sont sortis et m’ont dit «- Soyez gentille d’aller un peu moins vite… » «- Pourquoi ? » « -Vous, vous êtes payée au forfait, mais nous nous sommes payés à l’heure, donc nous avons intérêt à ce que ça dure ! » (rires). Alors il faut se mettre bien avec tout le monde dans ce métier. Du coup, de temps en temps je me trompais. Et hop, on recommence ! (rires). C’est un métier, il faut penser à tout !

 DLODS : C’est une technique qui n’est pas facile. Certains grands acteurs ont essayé d’en faire et n’ont pas réussi.

Je me souviens de Lucette Raillat, qui chantait « La môme aux boutons », la chanson de Bourvil. C’était une jeune femme, drôle, comique. Et dans un doublage que j’ai fait, on l’a appelée pour un rôle, et elle en a été incapable. Ca n’a jamais été synchrone. C’est curieux ! On essayait tous de l’aider et il n’y avait rien à faire. Trop de personnalité, peut-être. Parce qu’il faut laisser de côté sa personnalité pour faire du doublage.

DLODS : Pour en revenir à Mary Poppins, vous souvenez-vous des chansons du film ?

Oui, surtout « Supercalifragilisticexpialidocious »… Les enfants s’en souviennent. Et les parents autour de moi me disaient « On en a marre d’entendre ta voix à la télé », ils écoutaient ça en boucle (rires). En vacances dans les Pyrénées d’où je suis originaire, les petites cousines m’amenaient tout le temps des copines à elle quand j’étais en pleine conversation. Je ne m’étonnais même plus, je me retournais et je chantais « Supercalifragilisticexpialidocious » (elle chantonne), je sortais un petit couplet et je reprenais la conversation. Elles venaient pour ça (rires) ! Ah, ça a beaucoup marqué les enfants !

DLODS : Vous pouvez me le faire (rires)?

Mais je viens de vous le faire (rires). Ce qui était difficile, c’est qu’à un moment donné dans le film elle disait ce mot là à l’envers. Alors, une fois, deux fois, trois fois… je n’y arrivais pas ! Et je dis à l’équipe « Ecoutez, vous me le marquez sur un papier, et puis je travaille ce soir, et demain matin, vous branchez et ça sera la première chose que je ferai en arrivant». Alors je l’ai fait du premier coup, mais dans le taxi, je n’y arrivais pas à l’envers… C’était difficile!

DLODS : Avez-vous eu des difficultés sur d’autres chansons ?

Quand elle chante « Le morceau de sucre », à un moment donné il y a une vocalise dans la glace qui lui répond. Alors je me faisais du soucis pour ça, je me disais cette vocalise est aigue, moi je n’ai pas cet aigu. Je leur ai dit « Il n’y a pas de problème car avec ma sœur on a la même voix, s’il le faut elle viendra faire la vocalise dans la glace ». Ils m’ont dit « Ce n’est pas la peine, Julie Andrews non plus n’a pas la voix aigue, c’est quelqu’un d’autre qui a fait cette vocalise dans la version originale », donc ils ont gardé la vocalise qui se trouvait sur la bande orchestrale. C’est vrai que Julie Andrews a une voix assez grave comme moi. Je donne l’impression d’aigu, mais je chante plutôt grave.

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DLODS : Quels souvenirs gardez-vous de vos partenaires ?

La direction musicale était d’André Theurer et il me semble que les dialogues étaient dirigés par Serge Nadaud. Michel Roux doublait mon partenaire (Bert). Il était très gentil, mais il travaillait tellement ce garçon, que quand ce n’était pas à lui, il dormait ! Je ne sais pas comment il faisait… Il disait « - Bon, ben à tout à l’heure ! » cinq minutes, pan, il dormait. On lui tapait sur l’épaule « -C’est à toi ! » et il revenait. Mais autrement il était très gentil.

DLODS : Et Monsieur et Madame Banks ?

Tous les comédiens ont fait la voix parlée et la voix chantée de leurs personnages. La mère était doublée par une charmante comédienne, avec une voix acidulée (Nicole Riche, ndlr). Pour ce qui est du comédien qui doublait le père (Roger Tréville, ndlr) d’habitude je dis toujours du bien de tout le monde mais là il était d’une prétention, d’une suffisance. Je n’ai pas eu d’histoires avec lui, mais il en a eu avec presque tout le monde. C’était incroyable ! Il était très bien, mais il était pontifiant. Je n’aime pas les gens comme ça…

DLODS : Quelqu’un a relevé le nom de Guy Marly dans l’ancien générique. Doublait-il l’Oncle ?

Richard Francoeur
Non ce n’est pas lui, car Guy Marly était un copain, j’ai fait pas mal d’opérettes avec lui. L’Oncle était doublé par un comédien qui était très capable de chanter. C’est drôle car les voix et les physiques sont un peu les mêmes. C’était un rondouillard qui avait un gros nez, mais je ne me souviens plus de son nom. Il doit être mort aussi. Je vois déjà l’âge que j’ai, et il était plus âgé que moi. (Il s’agissait en fait de Richard Francoeur, ndlr). Les noms ne sont pas marqués sur le DVD ?

DLODS : Non, le doublage n’est pas noté dans le générique du DVD.

Quand le film est sorti en 1964, à la fin il y avait écrit en gros mon nom et celui de Michel Roux et ensuite les voix françaises défilaient. Mais après ils l’ont supprimé.



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"Pour nourrir les p'tits oiseaux" (version disque) par Eliane Thibault

DLODS : Savez-vous pourquoi Disney n’a jamais sorti de disque avec les chansons en français ?

Je ne le sais pas. J’ai fait un disque de Mary Poppins, mais c’est en dehors du doublage, c’est ma maison de disques Decca qui me l’a fait faire. Je me souviens de la séance de photos, c’est moi qui avais confectionné le chapeau (rires). Et ce n’est pas tout à fait les mêmes paroles. Parce que pour des problèmes de synchronisme on est obligé de dire certains mots qui ne sont pas toujours très jolis, donc pour le disque on a corrigé cela.

DLODS : Dommage, car pour beaucoup d’autres films, comme Le Livre de la Jungle, on peut trouver le CD avec les chansons françaises.

On m’avait demandé pour Le Livre de la Jungle ! C’était pendant que j’étais en tournée avec Un violon sur le toit.

DLODS : C’est Lucie Dolène qui a finalement fait la voix de la petite fille.

Voilà ! J’étais en province et je leur ai téléphoné pour leur dire que je ne pouvais pas venir.
Je n’ai jamais rencontré Lucie Dolène, mais je sais qu’elle a chanté La belle Arabelle, que j’ai chantée moi aussi mais en province. Je devais l’interpréter aussi à Paris mais j’étais prise sur Mon p’tit pote qui est restée longtemps à l’affiche.

DLODS : Après la sortie de Mary Poppins, avez-vous rencontré Julie Andrews ? Est-ce qu’il y a eu des événements particuliers pour la sortie?

Non, je ne l’ai pas rencontrée. Par contre, j’ai été invitée à La Terrasse Martini, sur les Champs Elysées avec toute l’équipe du doublage, et Walt Disney était tellement content de mon doublage qu’il m’a envoyé le parapluie et le sac de Mary Poppins. Donc j’ai été en France la première à avoir un parapluie automatique !


 Pour lire la suite de l'interview (partie 3/3), veuillez cliquer ici


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