dimanche 4 septembre 2011

Eliane Thibault : Supercalifragilisticexpialidocious ! (Partie 1/3)


Entretien réalisé par Rémi C. le 06/11/10

La voix d’Eliane Thibault reste indissociable du personnage de Mary Poppins qu’elle a doublé il y a maintenant quarante six ans. Même en faisant abstraction du personnage et des souvenirs qui y sont attachés, on tombe sous le charme de cette voix à la fois fraîche, sérieuse et drôle. Un mélange étonnant. Ecoutez la voix d’Eliane Thibault et un doux sourire se dessine sur votre visage. On lui dit qu’elle a un « sourire dans la voix ». C’est peut-être ça, son « truc ».

Cela faisait quelques années que j’essayais de retrouver sa trace, feuilletant les annuaires, laissant des annonces sur internet, interrogeant les choristes de sa génération. Et il avait fallu me rendre à l’évidence : depuis 1972, personne ne savait ce qu’elle était devenue. C’est finalement par un sacré coup de chance que nos routes se sont croisées.

Je tiens à remercier chaleureusement Jocelyne Lacaille et Jack Ledru sans qui cette rencontre n’aurait peut-être jamais eu lieu, et Eliane Thibault pour son charmant accueil.


Dans l’ombre des studios : Vous faites partie d’une grande famille de chanteurs lyriques…

Oui, mon père Jean Claverie était basse à l’Opéra de Paris. Il chantait Mephisto, et tous les Wotan. Ma cousine, Martine Claverie était dans les chœurs de l’Opéra de Paris. (Elle me montre une photo). Lui c’est mon oncle, le frère de mon père. Il chantait à l’Opéra-Comique, des basses bouffes. Ma soeur Michèle Claverie a fait une carrière dans l’opéra et dans l’opéra comique, elle a chanté de grands rôles ! Juliette de Romeo et Juliette, Rosine du Barbier de Séville, etc. Et son mari Claude Calès est chanteur lui aussi.

DLODS : Avant de venir chez vous j’ai écouté des enregistrements de votre sœur, dont le magnifique chant indien de l’opérette Rose-Marie

… que ma mère, Marguerite Thibault, a créée pour la première fois ! Ma mère faisait de l’opérette, mais malheureusement, elle a été paralysée après ma naissance et celle de ma sœur et a été obligée d’arrêter une brillante carrière.



Michèle Claverie, soeur d'Eliane Thibault chante "Chant Indien" de l'opérette Rose-Marie

DLODS : Vous avez la même voix que votre soeur!

On a exactement le même timbre, mais elle a une voix beaucoup plus étendue. Elle monte jusqu’au contre-ré, contre-fa, contre-mi… Elle a une voix magnifique! Et depuis l’enfance ! Elle chantait Les Clochettes de Lakmé à cinq ans, et les gens croyaient que c’était une femme qui chantait ! Elle était un petit génie ! On a fait des disques ensemble, des disques religieux. On chantait en duo, elle la voix aigue et moi la voix grave et ça faisait exactement les deux mêmes timbres. C’était très drôle parce que maman aussi avait la même voix, un peu plus grave que la mienne, alors au téléphone ça donnait «- Non c’est sa mère », «-Non, c’est sa fille », «- Non, c’est sa sœur » (rires)!

DLODS : Depuis vos débuts dans les années cinquante, vous avez quasiment gardé la même voix…

Mais c’est ce qui vieillit le moins !

DLODS : Peut-être mais la voix se transforme avec l’âge, et il me semble que les différences se remarquent d’autant plus sur les « jeunes premiers » et « jeunes premières » que sur les comiques ou personnages de caractère. Et vous, vous avez gardé une fraîcheur rare…

A cause de cette fraîcheur, il paraît que j’ai du « rire dans la voix ». C’est peut-être pour ça que j’ai fait beaucoup de disques pour les enfants. Je ne les ai même plus, car évidemment la famille m’a dépouillée ! A chaque fois qu’il y avait un enfant, hop ! J’ai fait une série de disques très mignonne sur les régions de France qui s’appelait Le Petit Train de la Télé. Jacques Fabbri faisait le conducteur du train, et moi j’étais Soufflette, la locomotive qui faisait marcher le train. Alors toutes ces explications, c’était très intéressant ! D’ailleurs, on avait eu un prix pour ce disque! Et je parlais comme cha, je choufflais. Je racontais la Provence, la Bourgogne, et tout ce qu’on y trouvait. C’était une belle idée.

DLODS : Quelle est votre formation ?

J’ai d’abord appris le chant avec mon père. Et puis j’ai fait deux années au Cours Simon, en comédie. Parce que je ne voulais pas chanter. Peut-être parce que j’entendais trop chanter à la maison ! Je voulais être comédienne. J’aurais bien aimé rentrer au Français, d’ailleurs. Mon répertoire c’était les soubrettes de Marivaux, et ça me plaisait beaucoup, mais Simon n’a pas arrêté de me tanner en me disant « Tu as un physique d’opérette, avec ta famille tu dois avoir un brin de voix ! Donc tu devrais chanter, tu percerais beaucoup plus vite ». Alors finalement je me suis présentée au Conservatoire, dans la classe d’opérette, et j’ai été reçue. Et je n’ai jamais passé le concours, parce que pendant le conservatoire, j’ai été contactée pour passer une audition. Il y avait quelque chose à chanter, ça s’appelait Les vieillards amoureux, au Théâtre de Poche. Je m’en souviens, j’étais toute jeune ! C’est là que je me suis appelée Eliane Thibault, pour laisser le nom de Claverie à ma sœur qui avait une voix d’opéra.

DLODS : Comment s’est passée l’audition ?

Quelqu’un dans la salle, Guy Lafarge, m’a dit « On cherche quelqu’un comme vous à l’Européen pour Mon p’tit pote, une opérette de Jack Ledru». Alors j’ai passé les auditions, et j’ai été prise. Donc j’ai fait à peine un an et demi de conservatoire… et Mon p’tit pote s’est joué cinq ans !


Eliane Thibault chante un air de Mon p'tit pote en 1957

DLODS : Parlez-moi un peu de votre personnage de Mon p’tit pote

Jack Ledru
Il s’agissait d’une petite pompiste amoureuse de Roger Nicolas. A un moment je me souviens qu’il se présentait déguisé avec un accent étranger, il était très drôle. J’avais pour rivale Cora Camoin, qui jouait une vamp. C’était une très jolie opérette, un peu policière. La musique de Jack Ledru était ravissante.

DLODS : J’ai lu que vous avez joué dans une opérette avec Fernandel.

C’était un enregistrement sonore, on a eu des prix d’ailleurs. J’ai fait Ignace avec lui, et puis Mamz’elle Nitouche. Il était adorable, Fernandel… C’était un être vraiment charmant, attachant. Et puis cette faconde !

DLODS : C’était un grand personnage ?

Ah oui … Et quand on a fait l’une de ces deux opérettes, on avait rendez-vous dans le bureau de Guy Lafarge qui était directeur artistique chez Decca/RCA pour se rencontrer et en parler. Je venais tout juste de perdre mon père, que j’aimais énormément. Et puis est arrivée la personne qui s’occupait des pochettes dans la maison, elle est entrée et elle me prend dans ses bras en me disant « Oh ma p’tite Eliane, je sais ce qui vous est arrivé » et naturellement je tombe en sanglots. Guy a de suite dit à Fernandel, qui était un peu ennuyé « Elle vient de perdre son papa »…et il s’est mis à pleurer lui aussi. Parce qu’il était très proche de sa fille, Josette… Beaucoup de cœur cet homme-là.

DLODS : Quel est votre plus beau souvenir d’opérette?

C’est quand même Mon p’tit pote. C’étaient mes débuts, avec une troupe très soudée. Et ça a duré cinq ans. Et puis après bien évidemment se sont enchaînées des représentations en province et un peu de répertoire, des comédies musicales, des choses comme ça. Alors là vous passez huit ou dix jours ensemble et on ne se voit plus. Parfois on retombe sur les mêmes mais pas tous ensemble, donc ce n’est pas pareil. J’ai un beau souvenir aussi de la tournée de Un violon sur le toit.

DLODS : Avec Ivan Rebroff ?

Voilà. Ca a été joué deux ans, dont un an en tournée.

DLODS : Et vous chantiez en français ? Car Ivan Rebroff chantait dans toutes les langues.

Oui, et il les parlait aussi. Il avait un père russe et une mère allemande. Il parlait très bien français et italien. C’était quelqu’un d’adorable, pas du tout vedette, charmant.

DLODS : Il semblait pourtant très possédé par ses personnages lors de ses apparitions télévisées, presque fou…

Oui il jouait un peu un personnage, mais dans la vie avec les gens qu’il connaissait bien il n’était pas du tout comme ça. Et alors, quel appétit ! Avant d’entrer en scène il ouvrait des boîtes de sardines, il les égouttait à peine, les prenait par la queue et les gobait comme un phoque. Toute la boîte y passait. « Encore une autre ! », et il recommençait. C’était fou !

DLODS : Quel rôle interprétiez-vous ?

Je faisais Fruma Sarah, le grand fantôme.

DLODS : Il y a eu aussi une adaptation cinématographique d’Un violon sur le toit

Oui c’est vrai, j’en ai fait le doublage. Je trouve que le film était très bon, parce qu’il y avait vraiment le cimetière, les feuilles mortes qui s’en vont. On peut faire les choses beaucoup mieux qu’au théâtre évidemment. 


Eliane Thibault double le fantôme de Fruma Sarah , personnage qu'elle a interprété sur scène aux côtés d'Ivan Rebroff

Pour lire la suite de l'interview (partie 2/3), veuillez cliquer ici


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3 commentaires:

  1. Bonjour, ma maman était Nadine Renaux, artiste lyrique à L'Opéra-Comique et à l'Opéra de Paris. En 2005, j'ai cherché à renouer avec Martine Claverie, avec qui, petite-fille, j'ai partagé des moments, à Franceville et rue de Bons Enfants à Paris près du Palais-Royal. J'espère toujours la revoir pour évoquer ces moments, car maman n'avait plus aucun contact, je crois, avec qui que ce soit de ce monde. Il parait que c'est ou tout l'un ou tout l'autre pour les anciens artistes. MireillePerbal, le 25 Novembre 2013.

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  2. Heureux de mettre une tête sur une belle voix qui a enchanté des intégrales d'opérette (Ignace, Mam-zelle Nitouche, Le petit duc)

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  3. éliane thibault est actrice et chanteuse merveilleuse

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