vendredi 8 juillet 2016

Mémoires de José Bartel (Partie 2)

Musicien, chef d'orchestre, directeur artistique, comédien, chanteur, etc. José Bartel (voix de Guy dans Les Parapluies de Cherbourg et du Roi Louie dans Le Livre de la Jungle) était un artiste à multiples facettes. 
Quelques mois avant sa disparition en 2010, il avait fini d'écrire ses souvenirs (intitulés: Faire comme si... Ou l'enrichissante mais peu lucrative balade d'un mec qui avait les dents trop courtes), que je vous propose de découvrir ici en exclusivité sous la forme d'un "feuilleton", publié avec l'aimable autorisation de sa veuve, Norma, et de son fils, David.

Dans le précédent épisode (Partie 1), José raconte son enfance: un père musicien cubain, et un apprentissage du chant, de l'anglais et des claquettes auprès du big band d'un bataillon militaire noir-américain basé à Marseille à la Libération.

L’AUDITION !

1946 -  Encore quelques marches et nous serons au bas de l’escalier qui chaque soir, mène les clients de l’entrée sur rue à la piste de danse du Caroll’s, le célèbre « night-club à la mode »  de la rue de Ponthieu. Cet après-midi là, l’orchestre maison est en pleine répétitions et d’après Papa - qui a pris l’initiative d’organiser cette rencontre- le moment est idéal pour me présenter et pourquoi pas,  passer une audition pour la place de chanteur dans l’orchestre d’Aimé Barelli. La formation « qui monte » comme on disait alors ! 
Une audition, en tant que tel, n’a généralement rien de particulièrement exceptionnel mais en l’occurrence, les quatorze ans du postulant chanteur d’orchestre professionnel semblent pour le moins intriguer Aimé et les membres de l’orchestre. A-t-il tout d’abord été amusé par mon culot ? Etonné par une certaine facilité dans ma pratique de l’américain ? Etait-ce dans la façon de chanter les standards ou bien, des éléments de style révélant une initiation au Jazz, inattendue chez un gamin de mon âge ?  
Je ne le saurai jamais, mais qu’importe. Quelques pas de claquettes, un « Hey ba ba re bop » et un « Caledonia » plus tard, l’affaire était dans le sac.  Aimé Barelli était convaincu de mes capacités et  j’étais engagé.  Je serai dorénavant pour le public (dixit Aimé) :  « Notre chanteur mascotte : Jo Bartel » ! 
Enfin devenu un vrai professionnel avec un vrai job et une vraie paie, je pouvais à présent envisager la  venue de Mamele sur Paris. Ce qui se réalisa courant 1947 et rendit possible notre installation dans un studio de peintre rue de Navarin, tout près de la place Pigalle. Un changement de vie qui grâce à Dieu me permit également, d’entamer sérieusement l’étude du solfège, du piano, de l’harmonie et du contrepoint. Une formation de base indispensable au développement et pourquoi pas, à la réussite de ma future carrière musicale. 
Non loin de la rue des Martyrs et à proximité de l’avenue Trudaine, notre studio, doté d’une  grande verrière était lumineux et calme, à souhait mais pour ce qui concerne la convivialité traditionnelle des  parisiens, mis à part Madame Mauzeret la crémière d’à côté, nous ne connaissions pas grand monde dans le quartier ! De même pour la bohème et les artistes censés hanter Montmartre de jour comme de nuit.  A une exception près cependant : Un jeune auteur compositeur avec lequel je finis par sympathiser après que nous nous soyons croisés à maintes reprises rue de Navarin. Ses chansons ont depuis fait le tour du Monde mais Charles (Aznavour) lui, est toujours resté le même.  C’est chaque fois un plaisir que de le rencontrer à nouveau en fonction des hasards du métier… Rue de Navarin, il y eut également  notre très chère voisine madame Mauzeret qui  très vite, deviendra une véritable amie et veillera sur  Maman comme une sœur. Jusqu’au bout…  Je ne la remercierai jamais assez  d’avoir toujours été là pour aider Mamele de son affection et lui apporter son soutien. En particulier lorsque j’aurai  quitté notre studio pour louer une chambre à la  Pension Résidence Sainte Marie dans le 17eme, dans le but de « vivre seul et m’émanciper ». Malheureusement,  je  prendrai également la regrettable habitude « d’oublier » de passer voir Mamele de temps à autres. Ou bien, lorsque nous étions en tournée avec l’orchestre, je ne pensais pas tout à fait indispensable d’écrire pour donner des mes nouvelles. Enfin, j’étais persuadé qu’il m’était possible de bénéficier de circonstances atténuantes comme entre autres,  ma préparation au concours d’entrée au Conservatoire National de Musique. Alors qu’honnêtement,  je me doutais bien qu’aucune de ces soi-disant obligations ne tenaient vraiment route .

***

Le concours d’entrée au Conservatoire National de Musique – Classe d’Harmonie supérieure et Contrepoint ? Tiens,  parlons-en !  Une interminable journée au cours de laquelle, quelques heures à peine après l’entrée en loge du matin, une poignée de sur-doués de 15 /16 ans se payaient le luxe de tranquillement dévisser leur thermos, boire leur café, et même, quelquefois, se taper un léger casse-croûte.  Ensuite, après avoir mis au propre le fruit de leur cogitations, ces petits génies remettaient le tout à l’examinateur bien avant l’heure limite. Révoltant non ? Quant à votre serviteur, après avoir sué sang et eau, c’est en début de soirée qu’avec les clés, il rendait sa copie. Sachant déjà qu’elle était nulle à pleurer. Résultat final : J’ai fini par me retrouver (pardon Mr Falk, mon prof d’Harmonie et de Contrepoint) recalé par deux fois. Adieu donc mes prétentions classiques et la direction de prestigieuses formations symphoniques De toute façon, savez-vous qu’un habit « queue de pie » une paire d’escarpins et une baguette de chef d’orchestre philharmonique coûtent une fortune de nos jours ? Pour revenir aux choses sérieuses, parmi les excuses suffisamment valables pour que je m’abstienne de prendre le temps de faire un saut chez Mamele plutôt que de gambader dans la nature, il y avait bien sûr les fréquentes répétitions, émissions de radio ou enregistrements discographiques de l’orchestre Barelli qui sans aucun doute, se justifiaient par eux mêmes. Par contre,  d’autres engagements s’avéraient bien plus futiles et délicats à évoquer. A savoir, les sorties innombrables et prolongées  avec les copains après le travail et il va sans dire, aux aurores, l’indispensable petit câlin aux  copines. Bref, un emploi du temps trop chargé pour que je puisse penser à autre chose qu’à moi-même… Jusqu’au jour, comme hélas à beaucoup de mes semblables, il m’est arrivé de connaître la solitude et la tristesse. En un mot : de me sentir « largué »… Ce n’est que petit à petit, grâce au support d’amis pourtant perdus de vue depuis trop longtemps, qu’à nouveau j’ai vu les choses s’arranger. Tout en bénéficiant au passage, d’une enrichissante leçon de vie qui pourrait se résumer comme ceci :  « Tu ne te retrouveras jamais tout à fait seul si tu n’oublies jamais que ceux que tu aimes et qui t’aiment, ont aussi envie de te voir de temps à autre. Pas seulement de se contenter de savoir que tu penses à eux »  Recevoir va de pair avec donner.  Oui je sais, je deviens peut-être un brin pompeux mais il fallait que je m’en débarrasse ! Quoique que pour ce qui concerne  Mamele et Papy, il soit un peu tard maintenant pour rattraper ces «oublis »…
Avant d’aller plus avant dans le récit de mes pérégrinations, peut-être serait-il utile d’y ajouter quelques précisions concernant le contexte social et artistique des années 46/47 durant laquelle,  pour « bouffer » j’ai dû patiemment aborder mes problèmes avec beaucoup d’humilité. Tenir compte des contraintes qui accompagnent le parcours de ceux pour qui la musique, la scène ou le spectacle  sont la vocation et le métier.. Un métier qui se développera tout au long des années qui suivirent la Libération, grâce à l’ouverture d’un certain nombre de nouveaux night-clubs sur la rive droite de la Seine. Proposant la formule magique du moment à une clientèle généralement aisée mais par dessus tout, animée d’une fringale phénoménale de musique et de distractions, pratiquement tous ces établissements connaissaient déjà un grand succès. Que l’aisance de la clientèle soit récente ou qu’elle soit « de famille ». Jeune ou moins jeune, « Chic » ou pas, la jeune génération des années 40 ne pensait qu’à une chose : oublier les années noires de l’occupation pour retrouver ou découvrir, l’insouciance et les plaisirs d’avant guerre... La formule magique permettant de séduire le public d’alors ? Un bon orchestre et comme ont disait à l’époque, de bonnes 
attractions  D’où la prolifération de dîners dansants avec spectacles et de nombreux « piano bars » pour finir la nuit… 



   José Bartel "scat" pour l'orchestre d'Aimé Barelli
(extrait des Joyeux pèlerins (1951))

En avril 1947 nous jouons aux « Ambassadeurs ». Un de ces clubs « nouvelle formule » où  l’orchestre Barelli se produit six jours sur sept de 17 à 19 heures pour le thé dansant et en soirée, de 21 heures à 1 heure du matin. Situé Avenue Gabriel, l’établissement  tenait sa réputation de la qualité de sa table, de l’ambiance créée par ses orchestres (bien sûr!), et la grande diversité de ses Shows. Elément important : Les spectacles, le volume et la configuration scénique de la salle des Ambassadeurs permettaient la présentation de vedettes ou bien, de spectacles de classe internationale. Comme par exemple le tour de chant d’Yves Montand ou l’accueil à Paris d’un des premiers Shows sur glace américains à évoluer sur la piste de danse rétractable d’un night club. L’originalités de cette présentation résidant dans le fait que quelques instants seulement après le spectacle,  le public pouvait à nouveau danser sur cette même piste grâce à des panneaux coulissants permettant, une fois le Show sur Glace terminé, la remise en place automatique de la piste de danse. Le  renouvellement de la surface glacée nécessaire pour le show du lendemain s’opérant simultanément par en dessous. 
Les « Ambassadeurs » étaient en quelque sorte, parmi les tout premiers Restaurants-Night Clubs à présenter une série de programmes artistiques originaux parfaitement adaptés aux besoins d’un public avide de nouveautés. Une horloge bien réglée ? Sans aucun doute. 
Du moins jusqu'à l’inévitable grain de sable qui bloquera très brièvement la machine quand probablement mal informée,  la Direction commit un léger faux pas en présentant un programme peut-être un peu trop « inhabituel » cette fois-ci !  En effet, bien que le Be-bop soit la musique « branchée » du moment,  il faut reconnaître le choix d’offrir le  Dizzy Gillespie Big Band comme attraction, paraît pour le moins « décalé » par rapport aux habitués plutôt B.C B.G. des Ambassadeurs !  De même que l’on peut être en droit de penser, qu’un répertoire comportant des compositions be-bop d’inspiration afro-cubaines telles que  “Things to come », « Manteca“ ou “Round’ about midnight », ne soit pas tout à fait comparable aux « In the mood », Moonlight serenade et autres danses à la mode « swing » du moment !
Et pourtant,  il se trouve qu’à notre grand étonnement ,   l’opération Gillespie s’imposera (élément de surprise ? qualités de showman de Dizzy?) comme un incontestable triomphe auprès du public. Initié ou non.     

Quant à nous autres, les musicos de «  l’orchestre maison » , nous eûmes la « banane » de circonstance lorsqu’il fut confirmé que pendant trois jours, nous allions nous repaître en « live », de la plus exceptionnelle grande formation be-bop du Monde : Dizzy Gillespie le visionnaire,  Dizzy, l’incomparable et vertigineux trompettiste, accompagné de ses dix sept fous furieux en veste rouge et Lavallière noire !
Fous furieux peut-être, mais la modernité du Be Bop et de l’Afro-Cuban Jazz qu’ils jouaient ne les rendaient pas pour autant inaccessibles au Grand Public ! En dépit de leur grande notoriété (du timide et savant pianiste John Lewis au souriant mais énergique drummer Kenny Clarke, en passant par l’impressionnant Chano Pozo aux congas et le calme du plus jeune trompettiste de la section cuivres  Quincy Jones , nous sommes tous rapidement devenus de véritables amis. A tel point qu’il n’y aura aucun malaise lorsqu’un soir à la suite d’un différent avec certains de ses musiciens,  Dizzy tenant à assurer le concert malgré tout, demandera à Aimé Barelli (et à notre grande stupéfaction) l’autorisation « d’ emprunter » au pied levé des éléments  de notre propre formation !  
Cette requête ne posera pour Aimé aucune question puisqu’en un éclair, il se retrouvera lui-même déchiffrant chaque arrangement au sein de la section de trompettes américaine. Un sax et un trombone de chez nous alterneront  également entre les pupitres. Quant à petit moi , j’aurai le privilège suprême de remplacer momentanément Kenny Hagood! Kenny Hagood, le vocaliste et partenaire de Dizzy dans les duos chantés et les scat improvisés d’ « Oop-Pap-A-Da » et « Ool- Ya-Koo » !  
Si mes souvenirs sont exacts, je crois même que la semaine suivante on a remis ça, à l’occasion d’un concert Salle Pleyel !


CHAMPS – LATIN  et  QUARTIER – ELYSEES …

Comme on peut le constater, le fait d’être installé en permanence à Paris procurait bien des plaisirs. Il me suffisait par exemple la nuit après le travail avec l’orchestre, de traverser la Seine pour plonger dans l’extraordinaire bouillonnement intellectuel, artistique et musical qui secouait la Rive Gauche et le quartier Latin à ce moment là. Est-il besoin toutefois, de préciser que l’aspect littéraire de ce bouillonnement (La Rose Rouge, la Compagnie Grenier Hussenot, les Frères Jacques, Juliette Greco ou  Mouloudji .. ) me passait légèrement au dessus de la tête ? La musique jouée dans les caves  du Quartier était de toute évidence, beaucoup plus dans mes cordes. Ce qui à l’âge de seize ans, ne semble pas particulièrement surprenant non ? 
Ah les Caves du Quartier ! Des lieux magiques où se succédaient des pointures du Jazz  comme James Moody, Roy Eldrige, Django Reinhardt,  Kenny Clarke, Don Byas, Bud Powell, Bernard Peiffer, Hubert Rostaing, André Persiany, Stéphane Grapelli,  les frères Hubert et Raymond Fol, Claude Bolling, Roger Guérin, Daniel Humair, Georges Arvanitas, Pierre Michelot,  André Paraboschi, Géo Daly, Maurice Vander ..  et aussi  Boris Vian  qui souvent, amenait sa « trompinette » pour faire le bœuf ! 
Pas très loin, se trouvait également « Le Lorientais » où la tradition New Orleans était superbement représentée par le talentueux clarinettiste Claude Luter, soutenu à la batterie par Moustache.  Bien avant que celui-ci soit promu au grade de sergent Garcia par Alain Delon dans son remake de Zorro ! Quant au célébrissime Club Saint Germain, sa particularité était aussi d’offrir en prime, une exhibition de  *« Jitterburg » (Danse acrobatique populaire aux U.S. durant les années 40.  Récupérée en France, plus tard, sous le nom de « Bop »( ?) puis de « Rock") présentée par les fameux « Rats de Cave de Saint Germain des Prés » au sein desquels se distinguait – déjà - un certain Jean Pierre Cassel, l’un des meilleurs et sympathiques danseurs du groupe. Sans oublier chaque soir la présence assidue d’un personnage hors du commun. Notre copain à tous l’"Indispensable » ,  the one and only  :  « Mackak » !   « Mackak » , l’excellent et puissant batteur gitan pour qui le swing était une véritable religion et qui fréquemment, supervisait l’orchestre chargé d’éventuellement soutenir et accompagner les musiciens U.S de passage.  
En fait, ce personnage hors du commun tenait avec un égal bonheur le rôle d’animateur- présentateur. Avec en particulier, l’art et la manière de provoquer de multiples Jam Sessions soit-disant « improvisées » quand une « grande pointure » se trouvait dans la salle ! 

Octobre 1949 - Cet automne 49, nous jouons chez « Carrère », le night club de la rive droite le plus recherché du « tout Paris » du moment. C’est là, chez Maurice Carrère, qu’en compagnie de Robert Capa le grand reporter américain, du déjà remarquable arrangeur Quincy Jones (qui étudiait alors la composition avec Nadia Boulanger), d’Errol Garner, des Peter Sisters, et de l’internationalement réputé couple de danse acrobatique Arambol et Ben Tyber,  que se retrouvent chaque soir les personnalités du spectacle, de l’actualité, de la presse ou du monde des affaires. Soit pour prendre un verre après le spectacle, soit pour dîner, danser  et ensuite, finir la nuit rive gauche. De son côté, l’orchestre Aimé Barelli accède doucement mais sûrement au vedettariat confirmé.  Un succès à mettre au compte (mis à part sa spécialisation « orchestre de danse élégant ») au style très « variétés » de son répertoire de scène, à la régularité de ses ventes de disques et tout particulièrement, ses fréquentes tournées en première partie de Lucienne Delyle. Une des vedette confirmée de la chanson d’avant guerre dont le répertoire perpétuait   le style « chanson française traditionnelle » à l’instar de grandes interprètes  comme la Môme Piaf ou Jacqueline Boyer .. En outre, pour en revenir à l’orchestre Barelli,  Aimé bénéficiera d’un atout supplémentaire  important  :  Le style et la diversité des options musicales choisies pour sa formation touchent aussi bien le public dit « populaire »  qu’une clientèle plus cosmopolite, friande de night-clubs servant de la Society Music à la carte. L’expression « Musique à la carte » signifiant que nous composions notre répertoire surtout en fonction des chansons suggérées par les dîneurs. L’indispensable étant surtout d’accompagner chaque début de soirée par une  ambiance musicale feutrée et souriante. Un genre musical que nous appelions entre nous, de la « musique pour caniches » ou « dog music ». Ce sirop musical étant distillé jusqu’en fin de dîner, pour aboutir à une série de standards. Pas trop rapides cependant (Society music oblige), car destinés à inciter le public à la danse ! Puis venait le spectacle et ensuite … re-danse jusqu’à une heure avancée de la nuit . 
La réputation grandissante de l’orchestre auprès du plus grand nombre ainsi que l’opportunité qui me fut donnée de sillonner la France et l’Afrique du nord  à l’occasion de nombreuses représentations  en province, devaient avoir  par la suite, une indéniable influence sur le jeune et fringuant « crooner » des années 50 !  Jo Bartel,  la Mascotte et chanteur soliste de la formation s’était soudain transformé en une sorte de petite vedette en son genre ! Toutefois, 
force est de constater que s’agissant d’inoubliables créations ayant pour titres « José le caravanier »- « Le petit télégraphiste » ou bien « Rosita » - chanson extraite de notre seul et unique film musical Les Joyeux Pèlerins - mon humble contribution au rayonnement de la culture française ne semble pas avoir laissé de traces notables dans les annales du show-bizz !



José Bartel chante "Rosita" pour l'orchestre d'Aimé Barelli

(extrait des Joyeux pèlerins (1951))

***

Bien qu’Aimé lui-même soit un grand  trompettiste et jazzman français, il faut bien admettre  qu’en dépit de la présence au sein l’orchestre de quelques lascars pas tristes comme Bobby  Jaspar, Maurice Vander, Pierre Michelot,  André Jourdan, Sadi, Roger Guérin ou Martial Solal –  qui  d’ailleurs ne  faisaient que passer comme des météores -  nous étions assez loin du Jazz pur et dur ! 

Et pourtant – ce qui semble assez  paradoxal pour un musicien étiqueté comme «commercial» dans le métier -  une distinction inattendue me fut accordée durant cette même période.  Un honneur ayant un rapport direct avec une profession qui m’a constamment apporté le bonheur  mais qui déjà à l’époque, n’assurerait  pas toujours le quotidien de ceux qui avaient fait le choix difficile d’être « seulement musiciens ». C’est-à-dire d’avoir le choix d’aimer leur métier et si possible, de gagner leur vie en partageant  leur passion …  
Quoiqu’il en soit - peut-être en raison  de la possible qualité de prestations effectuées au cours de Concerts ou  Jam Sessions auxquels je participais parallèlement à mon activité de musicien professionnel, j'eu l’émotion et la fierté de me voir attribuer le Prix du meilleur chanteur de Jazz dans le classement Jazz Hot 1951 !            

Au terme de chaque saison estivale, le plus souvent passée à Deauville, Biarritz, Cannes ou Monte Carlo, nous retournions à Paris pour le reste de l’année.. Ce qui me permettait de reprendre mes escapades au Quartier sans toutefois négliger les nouveaux Jazz Clubs de la Rive droite.
Chez « Ben » par exemple - un américain de Paris.- Ou au « Mars Bar » rue Marboeuf si je me souviens bien. Pratiquement tous, le public passionné de Jazz et les « musicos », s’y retrouvaient pour écouter les pianistes Aaron Bridges, Art Simons et quelques fois même, 
Errol Garner venu « faire le bœuf ».On y entendait aussi de magnifiques « vocalistes » pour ne citer qu’Annie Ross, Blossom Dearie,  Nancy Holloway, Nicole Croisille ou Simone Ginibre .. 
Sur les deux ou trois heures du matin, c’était bien sûr aux Halles ou dans l’un de nos petits zincs favoris qu’avec les copains, j’allais me  caler l’entrecôte maison ou une divine soupe à l’oignon. Avant de regagner (de plus en plus tard ) la rive gauche et l’hôtel du Grand Balcon où  je m’endormais comme un bébé. Une bonne vitesse de croisière, non ? 
Si ce n’est que les joies toutes simples et les espoirs de la Libération s’étant  totalement dissipés, l’Indochine, la Guerre froide, la Corée et la peur atomique  commençaient déjà à faire frissonner le Monde … 



Partie 1 (enfance, Marseille), Partie 2 (débuts avec Aimé Barelli, caves de jazz à Saint-Germain-des-Prés), Partie 3 (Monte-Carlo), Partie 4 (Algérie, retour à Paris, Istamboul)... (A suivre)



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