lundi 28 janvier 2013

Décès de Bernard Dhéran

Après Daniel Gall, Jean Topart et Perrette Pradier, c'est une autre "légende" du doublage qui nous quitte: Bernard Dhéran est décédé hier matin à 86 ans à Marrakech où il avait une résidence secondaire.

Ancien sociétaire de la Comédie-Française, Bernard Dhéran était une figure du théâtre classique, mais aussi du boulevard. Souvent "casté" dans des rôles d'aristocrates péremptoires, il aimait beaucoup surprendre son public, comme en acceptant il y a quelques années de jouer dans Toc Toc de Laurent Baffie un homme atteint du syndrome Gilles de la Tourette. La pièce connut un immense succès, jouée plusieurs fois à Paris et télédiffusée. 

Au doublage, sa voix chaude et élégante faisait merveille sur des acteurs de grande classe, pour la plupart britanniques: David Niven (Bonjour Tristesse), Michael Caine (Un pont trop loin), Anthony Hopkins (dans ses films en costume comme Le Masque de Zorro), Christopher Plummer (Le Nouveau Monde), Ian McKellen (X-Men), Christopher Lee (Star Wars). Depuis quelques années il avait aussi repris le doublage de la plupart des acteurs autrefois doublés par Jean-Claude Michel comme Sean Connery (A la rencontre de Forrester) ou Leslie Nielsen (Scary Movie 3 et 4).

Il avait écrit une autiobiographie au titre particulièrement long, Je vais avoir l'honneur et l'ineffable jouissance, chers vieux abonnés de la Comédie-Française, chers lecteurs, d'aiguiser ma plume d'oie et de vous asséner avec tendresse quelques truculentes histoires vécues au cours des tribulations d'un comédien ordinaire du roy et de la république, pleine de souvenirs réjouissants, et illustrée par de nombreuses photographies.

En hommage, je vous propose trois liens:

L'excellent hommage de la critique de théâtre du Figaro Armelle Héliot:
http://www.lefigaro.fr/culture/2013/01/27/03004-20130127ARTFIG00143-bernard-dheran-l-elegance-du-comedien.php  

Une interview de Bernard Dhéran que j'avais réalisée il y a quatre ans avec François Justamand pour La Gazette du Doublage:
http://www.objectif-cinema.com/spip.php?article5177

Une compilation de voix réalisée par Le Monde du Doublage Français:
https://www.facebook.com/photo.php?v=1536787914970



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dimanche 20 janvier 2013

Décès de Perrette Pradier

Perrette Pradier nous a quittés dans la nuit de mardi à mercredi à 74 ans des suites d'une crise cardiaque a-t-on appris  par l'AFP. Une figure incontournable pour les téléspectateurs des années 60-80, la terrorisante voix de Madame Medusa et de nombreuses autres "sorcières" animées pour plusieurs générations d'enfants, ou simplement "P.P." pour ses amis, nombreux à lui rendre hommage sur les réseaux sociaux. Des fleurs jaunes, ses préférées, en hommage à une comédienne hors du commun...

Perrette Pradier naît le 17 avril 1938 à Hanoï (Indochine). Après avoir suivi des cours d'esthétique et de manucure, elle s'inscrit à un cours de théâtre puis étudie au Conservatoire National Supérieur d'Art Dramatique (après avoir réussi le concours d'entrée), où elle participe à une tournée de la Comédie-Française. L'une des premières pièces qu'elle joue sur les boulevards, Boeing Boeing de Marc Camoletti, rencontre un succès phénoménal et sera adaptée dans de nombreux pays (il s'agit de la pièce française la plus jouée dans le monde) et au cinéma (avec Jerry Lewis et Tony Curtis). Remarquée pour sa beauté éblouissante et son talent, elle devient rapidement une jeune première à la mode, interprétant aussi bien des rôles de soubrettes ingénues que de femmes fatales. Au cinéma, Les Trois Mousquetaires de Bernard Borderie (la belle Constance Bonacieux), La Chambre ardente de Duvivier (avec Jean-Claude Brialy), Furia à Bahia pour OSS117 d'André Hunebelle, etc. Au théâtre: principalement des classiques avec une collaboration fidèle avec le metteur en scène et comédien Jean Meyer. A la télévision, beaucoup de "dramatiques", feuilletons, et bien sûr les émissions Au théâtre ce soir dont elle est l'une des principales "sociétaires". Par son statut de "starlette", elle est régulièrement interviewée par la télévision ou la presse, parfois pour parler de tout (couture, animaux) sauf de son métier de comédienne. Surfant sur son succès, Philips sort même un disque Danse Party chez Perrette Pradier, compilation de chansons et instrumentaux qu'elle recommande pour des soirées dansantes.

En dehors des planches et des plateaux de tournage, Perrette Pradier est remarquée dans la vie de tous les jours pour son humour et son sens de la répartie, capable de raconter les pires horreurs avec un naturel déconcertant. Ces qualités vont lui permettre d'être invitée dans de nombreuses émissions de divertissement en direct comme Les Jeux de 20 heures dans les années 70 ou L'Académie des 9 dans les années 80, où elle est remarquée par le grand public.

P. Pradier et B. Woringer dans Les amours de Paris
C'est Roger Carel qui lui montre la direction des studios de doublage, comme il me l'a raconté: "Nous jouions avec Michel Serrault "Monsieur Dodd" (1966) au Théâtre des Variétés. Elle m'a demandé que je la présente à des studios de doublage et je l'ai amenée à la SND où les films de la Fox étaient doublés. Michel Gast et Jenny Gérard la connaissaient déjà comme comédienne et lui ont fait passer des essais. Elle a tout de suite été brillante et on lui a rapidement confié des rôles importants. C'était une très bonne et très belle comédienne et j'avais le bonheur d'être parmi ses fidèles amis. On s'appelait mutuellement Thérèse Panier et Rosie Carel depuis qu'une jeune standardiste de la SND, devenue des années plus tard speakerine à Radio Alger, nous avait nommés ainsi par erreur. J'ai beaucoup de chagrin...". Glenda Jackson (Marie Stuart, reine d'Ecosse), Faye Dunawaye (Les Trois Mousquetaires), Diane Keaton (Woody et les Robots), Jacqueline Bisset (Monsieur St. Ives): autant de grandes actrices, séduisantes, et de fort tempérament à qui elle prête sa voix avec beaucoup de classe. A la télévision, elle double Kate Jackson dans deux séries à succès, Drôles de dames (aux côtés de Philippe Dumat et d'Evelyn Selena et Béatrice Delfe, deux autres "grandes dames" du doublage) et Les deux font la paire et double des "guests" dans toutes les séries à succès de l'époque.

Perrette Pradier double dans des dessins animés toute une galerie de personnages particulièrement extravagants : reines pompeuses ou dames patronnesses (la reine des souris dans Basil détective privé, Gussie Sourisfeller dans Fievel et le Nouveau Monde), méchantes hystériques (Medusa dans Les Aventures de Bernard et Bianca), vieilles sorcières gâteuses (Taram et le chaudron magique, Hercule). Dans ces personnages délirants Perrette Pradier s'épanouit pleinement, l'enregistrement est un spectacle à lui tout seul car elle reproduit la gestuelle et les grimaces des personnages. "Je crois que la belle fille très précieuse ce n'est pas trop pour moi, je pense qu'il faut y aller à la générosité" témoignait-elle pour le bonus DVD de Bernard et Bianca. En 2002, dans la continuité de ces "voix de sorcières", c'est elle qu'on choisit pour redoubler E.T dans le chef d'oeuvre de Spielberg. Il y a deux ans, Perrette Pradier participe avec Lucie Dolène et Jacques Ciron à l'enregistrement de voix de Citrouilles et vieilles dentelles, superbe court-métrage animé, primé dans plusieurs festivals, dont l'action se passe dans une maison de retraite pour personnages de contes de fées. Juliette Loubières, la réalisatrice, se souvient: "Quand je l'ai contactée par téléphone elle a été très directe: "Oui mon p'tit, et bien quoi ? Vous cherchez une voix de vieille folle dingue c'est ça ?" On devait lui demander l'exercice souvent..."


En 1990, Perrette Pradier devient directrice artistique de doublage sur des séries (Les Craquantes), séries d'animation (Dilbert, Bob et Bobette) et téléfilms tout d'abord. Puis de beaux films d'animation comme Aladdin, Le Roi Lion, Hercule, Mulan... où elle n'oublie pas de se "caster" occasionnellement sur des petits rôles. En directrice artistique, par son métier et un caractère parfois rude sans être méchant, elle impressionne beaucoup les nouvelles générations. La comédienne Marie-Frédérique Habert qui a travaillé avec Perrette sur les séries The Big C et Alerte à Hawaii en témoigne: "J'ai eu un trac fou la première fois que j'ai travaillé avec elle mais elle m'a fait rire pour me détendre un peu. Elle dirigeait vraiment bien, et j'avais plus l'impression de faire du théâtre que du doublage, car elle travaillait comme au théâtre, avec les intentions et les ruptures. Elle était une vraie comédienne, et quand nous lui avons proposé de jouer dans une pièce elle a dit oui tout de suite." Dans un reportage de Télérama réalisé en 2002 à Dubbing Brothers, la journaliste raconte ces "moments de travail" et semble fascinée par "P.P" dont elle relate les indications gouailleuses. En une rencontre, le doublage a certainement gagné une "partisane" pourtant issue du plus "anti-doublage" des magazines de télévision.
E. Constantine et P. Pradier, Des frissons partout
Perrette Pradier était donc un véritable "phare" dans le métier, et pas seulement pour les comédiens. "Comme à beaucoup de gens du métier, elle m'a tout appris" se souvient Laurence Fattelay. "Quand j'étais chargée de prod, je l'ai regardée diriger pendant des heures. Je l'ai entendue dire un millier de fois "la synchro, là, on s'en fout. Regarde ce que ton comédien a dans l'oeil, et joue-le comme lui, et tu verras, ça rentrera". Et ça rentrait. Alors que toutes les lois de la détection et de la rythmo disaient que c'était impossible, ça rentrait. Parce que, "quand quelqu'un te parle, tu regardes ses yeux, pas sa bouche". Règle élémentaire qui me sert tous les jours quand j'écris. Et quand je suis passée à l'adaptation (elle a elle-même fait de l'adapt pendant une dizaine d'année, formée par Jacqueline Cohen), elle est venue exprès vérifier avec moi mon tout premier épisode. Un épisode de "Days of our lives". Autant dire qu'elle ne l'a pas fait par plaisir...  Malgré la pénibilité de l'exercice, elle n'a rien lâché et on y a passé la journée. Les corrections, les conseils, les astuces, les règles... tout ce qu'elle m'a appris ce jour-là me sert encore au quotidien, six ans plus tard."

 "Un gars comme toi" du film Le Bossu de Notre-Dame (1996) interprétée par Michel Mella (La Rocaille), Perrette Pradier (La Volière) et Bernard Alane (La Muraille)


Ces dernières années, Perrette Pradier dirigeait les doublages de deux excellentes séries, The Tudors et Ugly Betty. Elle nous a quittés beaucoup trop tôt.

(Remerciements à Roger Carel, Laurence Fattelay, Marie-Frédérique Habert et Juliette Loubières. Voxographie sélective et vérifiée de Pascal Laffitte sur La Gazette du Doublage)


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jeudi 6 décembre 2012

Des nouvelles de...

Voici quelques nouvelles d'amis de Dans l'ombre des studios...

-Interprète de nombreux génériques de dessins animés, Michel Barouille est en concert mardi 11 décembre à L'Auguste Théâtre (Paris 11ème), une soirée que j'organise et pour laquelle je vous espère nombreux. Réservations au 01.48.78.06.68 (tarif réduit à 12€ avec le mot de passe "Dans l'ombre des studios") ou sur Billetreduc.

-Il est la voix chantée de Scat Cat dans Les Aristochats et de Bagheera dans Le Livre de la Jungle... José Germain chante avec les Double Quatre (groupe vocal inspiré des légendaires Swingle Singers dont il a fait partie) à Paris (3 rue Pierre L'Ermite, interphone A. Caussé, réservation alban.causse@free.fr) dimanche 16 décembre à 17h.

-Denis Laustriat, l'une de nos plus belles voix actuelles, est en ce moment sur scène dans Le Mariage de Figaro, jusqu'au 13 janvier au Vingtième Théâtre (Paris). Outre le théâtre, Denis poursuit les doublages des séries Royal Pains (Mark Feuerstein/Hank), Les Experts (George Eads/Nick Stokes) et Nikita (Noah Bean/Ryan).

-Formidable comédien, voix française de John Cleese dans la plupart de ses films mais aussi de Zazu dans Le Roi Lion, Michel Prud'homme vient de doubler le rôle du vieux Tobias au grand coeur dans le nouveau film d'animation Niko le petit renne 2.

-Chanteuse et comédienne, Marie Ruggeri interprète son superbe spectacle Louise Michel, écrits et cris (grand succès du off d'Avignon 2012) aux 3èmes rencontres littéraires internationales de Mauritanie (du 6 au 14 décembre, à Nouakchott).

-Il ne reste plus qu'une représentation (samedi 8 décembre à 20h30 au Magasin, Malakoff) pour découvrir Vincent Violette (voix française de Gary Oldman dans la trilogie Dark Knight) dans Qu'ils crèvent les comiques, spectacle singulier pensé comme une plongée dans l'univers du comique. 

-Enfin, je tiens à signaler la sortie l'été dernier du dernier album de mon regretté ami Gérard Rinaldi. Une sortie passée inaperçue dans la presse et chez les disquaires, alors que la maison de disques a semblé privilégier la promotion du nouveau Guy Marchand (utilisation du même titre que celui initialement prévu pour Gérard, même orchestration, etc.). C'est fort dommage car le disque de Gérard est un véritable bijou, il nous plonge avec beaucoup de charme dans l'univers des chansons des années 30 aux années 50. Une voix incroyable, à la fois élégante et malicieuse, une orchestration formidable, respecteuse des chansons originales tout en apportant un vent nouveau, avec "de vrais musiciens dedans" (tandis que tant de chanteurs de variétés faisant un "come-back" au disque se contentent d'un simple synthé pour accompagnement, Chansons de ma jeunesse a été enregistré avec un vrai orchestre). Bref, si vous aimez Gérard, ce CD est plus qu'indispensable, et une bonne idée de cadeau de Noël...


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vendredi 30 novembre 2012

Hommage à José Bartel


Chanteur, musicien, arrangeur, voix française de Guy dans Les Parapluies de Cherbourg et du Roi Louie dans Le Livre de la Jungle, José Bartel nous a quittés le 26 janvier 2010 dans la plus grande discrétion. Grâce à sa seconde épouse, Norma, que j'ai pu contacter grâce à un appel lancé ici il y a quelques mois, j’ai tenté de reconstituer le puzzle de la vie de ce surdoué de la musique.

José Bartel naît à Lille le 24 février 1932, le même jour que Michel Legrand. Son père, José Bandera, fils du général Quentin Bandera, ancien esclave noir héros de la guerre d’indépendance cubaine, est  sax alto, flûtiste et bandéoniste dans un orchestre cubain et rencontre sa mère, strasbourgeoise, lors d’un passage de son orchestre à Paris, à une époque où les mariages inter-ethniques sont quasi inexistants et plutôt mal vus… Les parents de José se séparent assez rapidement, et l’enfance de José sera marquée par les tournées de son père, et de nombreux changements d’adresse. Un nomadisme que José poursuivra pendant toute sa vie.

Enfant, José apprend à chanter, jouer de la batterie, faire des claquettes, et connaît tous les succès américains de l’époque qu’il interprète dans un parfait anglais, car très doué pour les langues. Après le débarquement en Provence, il devient la mascotte d’un big band de dockers noir américains provenant de la 6th Port Division basée à Marseille. En 1946, alors qu'il n'a que quatorze ans, son père l’emmène avec lui à Paris, et José passe une audition devant Aimé Barelli et son orchestre. Quelques pas de claquettes, un "Hey Ba-Ba-Re-Bop" et un "Caledonia" plus tard, et l'affaire est dans le sac: Aimé Barelli l’engage aussitôt comme chanteur et percussionniste. Il interprète au sein de l’orchestre de grands "standards" américains, encore inconnus en France, et tourne à Rome dans le film Les Joyeux Pèlerins de Fred Pasquali. En avril 1947, le Dizzy Gillespie Big Band se produit aux Ambassadeurs, club dans lequel joue aussi l'orchestre Barelli. Plusieurs musiciens du big band cessent le travail en raison d'un différend avec Gillespie. Ce dernier engage alors Aimé Barelli et plusieurs de ses musiciens pour remplacer les absents... dont José qui a l'immense honneur de remplacer le grand Kenny Hagood.


José Bartel chante "La valse des lilas" (1966)

José prend des cours pour entrer au conservatoire, mais étant tout le temps en tournée avec l’orchestre d’Aimé Barelli, il échoue au concours d’entrée. C'est donc en autodidacte qu'il apprend le métier d'arrangeur, quand Aimé Barelli lui propose en 1954 de créer son propre orchestre pour le Casino de Monte-Carlo.

José Bartel fréquente les clubs de be-bop à Saint-Germain-des-Prés et fait partie de la bande de Juliette Greco, puis de celle de "Chez Castel", où il devient ami de Jean-Pierre Cassel et Sacha Distel. Le début des années 60 marque un grand « boum » de l’industrie du disque avec l’arrivée des yéyés. José Bartel devient arrangeur, chef d’orchestre (il dirige les premiers disques de Régine, Nicole Croisille, Petula Clark), travaille pour Polydor, Pathé Marconi, et produit France Gall.


Nino Castelnuovo, José Bartel et Jacques DemyEnregistrement des "Parapluies de Cherbourg"



En 1963, Michel Legrand sollicite José pour être la voix de Guy (Nino Castelnuovo) dans Les Parapluies de Cherbourg, film entièrement chanté. Pour José, la partition est difficile : en effet, Michel Legrand, excellent compositeur, aime écrire des partitions qu’il peut chanter lui, c’est-à-dire un ton plus haut que la voix de José. En outre, José vient d'être victime d'un accident de voiture qui aurait pu lui coûter la vie, et est obligé d'enregistrer assis, la jambe plâtrée. Il surmonte ces difficultés et en fait une interprétation magnifique, son duo avec Danielle Licari fonctionne à merveille. Suite à cet enregistrement, José demande à Michel Legrand l'autorisation d’enregistrer un single avec le thème musical des Parapluies de Cherbourg, permission qui lui est refusée, Michel Legrand souhaitant que sa musique reste très « pure » et n’appartienne qu’au film. Quelques semaines après,  Nana Mouskouri enregistre les chansons des Parapluies en solo sur un disque qui fait un carton. José enregistre finalement un disque mais plus tard, et gardera une certaine amertume de ce "tube" qu’il n’aura jamais eu, et qui aurait pu donner un nouveau tournant à sa carrière.

Danielle Licari et José Bartel doublent Catherine Deneuve et Nino Castelnuovo dans Les Parapluies de Cherbourg (1964) de Jacques Demy


En 1967, il poursuit sa collaboration avec Michel Legrand en faisant la voix parlée et chantée de l’acteur Grover Dale (Bill le forain) dans Les Demoiselles de Rochefort. Dans ce même film, en tendant bien l'oreille, on l'entend également sur quelques mots de Guillaume Lancien dans la chanson "De Rochefort à Hambourg" (erreur de partitions? Indisponibilité de Jean Stout au moment de l'enregistrement?). Michel Legrand l’engage aussi pour chanter en soliste dans L’homme à la Buick (1968) de Gilles Grangier  et dans Le Sauvage de Jean-Paul Rappeneau (1975). Les deux hommes collaborent ensemble dans les années 80 sur un projet de musique de film autour de Noureev. José enregistre en studio pendant vingt quatre heures, mais le film ne sortira jamais. Michel Legrand prend une place particulière dans la carrière de José, et devient même avec Michel Colombier l’un des deux « parrains » de son fils David lorsque celui-ci passe un PhD en composition aux Etats-Unis avant de devenir un brillant batteur et compositeur de musique contemporaine.

Ces expériences de chanteur dans des musiques de films permettent à José de participer à des doublages, un milieu qu’il trouve malgré tout assez fermé et dans lequel il peine à se faire une place. En 1968, il prête sa voix parlée et chantée au Roi Louie dans Le Livre de la Jungle. Son sens du scat et du swing chanté s’adaptent remarquablement au travail de Louis Prima, créateur du rôle. Il garde un bon souvenir de ce doublage, même si l’enregistrement lui avait demandé beaucoup d’efforts vocaux. La même année, il est la voix chantée d’Anthony Newley (personnage de Matthew Mug, doublé par Dominique Paturel pour les dialogues) dans L’Extravagant Docteur Doolittle. Cinq superbes chansons, adaptées par Eddy Marnay, qui pour l'occasion cumule les fonctions d'adaptateur des chansons et de directeur musical du doublage. Il double également Don Francks dans le film musical La Vallée du Bonheur (1968). Plus tard, en 1974, José double l’acteur Cleavon Little (Bart) dans Le shérif est en prison, comédie de Mel Brooks.

José Bartel sur le doublage de L'Extravagant Docteur Dolittle (sous la direction du parolier et directeur musical Eddy Marnay et du directeur artistique Michel Gast)

José Bartel compose des chansons (pour Serge Reggiani : « Le premier amour du monde ») et des musiques de films (L'italien des roses (1972) et Spermula (1976) de Charles Matton), réalise des jingles pour la télévision et des arrangements pour des séries télévisées (Arsène Lupin). En 1967, le grand producteur Norbert Saada lui confie la direction artistique d'un nouveau label, "La Compagnie". José Bartel crée un an plus tard son propre label, "Grenadine Music", où il produit Nemo, groupe de musique avant-gardiste entre le jazz fusion, le funk et le rock progressif. François Bréant, organiste du groupe, commente sur son site « José Bartel était plus chanteur et musicien que producteur. C’est aussi pour ça qu’on l’aimait ». Nemo ne sort que deux disques mais José est  heureux de collaborer à ces disques, dont les interprètes formeront plus tard l’équipe de musiciens de Bernard Lavilliers.
José crée également un groupe "bidon" anglais dont il devient le chanteur soliste, Jupiter Sunset, et qui contre toute attente connaît un vrai succès en 1970 avec le titre "Back in the sun". 

José Bartel et les Jupiter Sunset chantent "A friend" (1971)

José met sa carrière de chanteur solo entre parenthèses, enregistre assez peu de disques. Il est assez fier de son dernier, Dis pourquoi, mais celui-ci reste relativement inaperçu. Ses seules occasions de chanter sur scène sont quand il dirige son orchestre dans des tournées où il fait danser dans les casinos (La Baule, Cannes, tournées en Allemagne), mais la mode des orchestres passe assez vite, déjà en rivalité avec les orchestres philippins et italiens qui forment d’excellents combos.

A. Germain et J. Bartel
En décembre 1972, dans le cadre de « l’année Molière » organisée à la Comédie-Française, Michel Colombier est sollicité par Jean-Louis Barrault pour effectuer des arrangements un peu "pop" de la musique de Lully pour sa nouvelle mise en scène du  Bourgeois Gentilhomme avec Jacques Charon dans le rôle-titre.  Le compositeur s’entoure de José Bartel, Anne Germain, Géraldine Gogly (en alternance avec Alice Herald), Dominique Poulain, Nicole Darde (en alternance avec Colette Comoy) pour interpréter sur scène les séquences musicales. Le spectacle sera joué en alternance jusqu'à la mort de Jacques Charon en octobre 1975. Tous les chanteurs garderont un excellent souvenir et une certaine fierté de ce travail pour le plus prestigieux des théâtres français. 

Quelques années après cette expérience particulièrement enrichissante, on propose à José la direction artistique du Sporting Monte-Carlo. Il poursuit ce travail dans l’événementiel comme organisateur de spectacles, notamment pour les événements internes de la firme IBM à l'international. Dans ce cadre, il organise des concerts de Shirley Bassey aux Bahamas (accompagnée par l'orchestre Count Basie), Charles Aznavour aux Bermudes, ou encore Julia Migenes à Palm Beach (accompagnée par l'Orchestre symphonique de Floride). Plus tard, on lui confie la direction artistique du Jazz Club Lionel Hampton (club de jazz de l’hôtel Méridien Etoile, à Paris). Un jour, José Bartel a l’idée de monter un festival de blues, part aux Etats-Unis s’inspirer de ce qui est organisé là-bas. On lui propose de monter son festival à Perpignan. Il commence la préparation de ce festival alors qu’il travaille encore pour le Méridien. Après des voyages incessants entre Paris et le Sud, il décide de quitter Paris et de s’installer à Perpignan. Le festival ne se monte finalement pas et il n’arrive pas à le vendre à une autre ville. Trois ans de travail perdus. Il vit pendant six ans à Toulouse, puis à la Rochelle. Ayant perdu la joie de vivre suite à ces échecs successifs, il n’a plus de projets, à part la rédaction d’une autobiographie qui ne trouve pas d’éditeur…


José Bartel (Roi Louie), Pascal Bressy (Mowglie) et Jean Stout (Baloo) chantent 
"Etre un homme comme vous" dans Le Livre de la Jungle (1968)

 José Bartel s’est éteint il y a presque trois ans. On retiendra de lui ses superbes enregistrements pour Aimé Barelli ou les musiques de films de Michel Legrand, mais aussi une carrière assez éclectique d’un artiste "nomade" qui ne tenait pas longtemps à la même place tant sur le plan "géographique" que sur le plan professionnel. Peut-être, comme me l'a suggéré sa veuve, le destin d’un artiste très doué qui connut le succès trop jeune, et manqua d’ambition et d’une véritable construction de carrière par la suite… Un artiste que j'aurais certainement eu énormément de plaisir à rencontrer, et que nous regrettons tous.

(Remerciements à Michel Moreau, Norma et David Bartel)


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samedi 10 novembre 2012

Soirée Dans l'ombre des studios : Michel Barouille en concert

Je vous l'avais annoncé à la rentrée, j'organiserai tous les deux mois une soirée à L'Auguste Théâtre avec des amis comédiens et chanteurs qui ont tous fait leurs armes dans le doublage. L'occasion de découvrir des artistes de talent dans un spectacle (monologue, concert, carte blanche) inédit.

La première soirée "Dans l'ombre des studios" sera consacrée à Michel Barouille.
Interprète original de nombreux génériques de dessins animés dans les années 80 et 90, Michel chantera lors de cette soirée exceptionnelle tous ses plus grands succès (La Bataille des Planètes, Bioman, Judo Boy, Le Tour du Monde en 80 jours, etc.), mais aussi quelques surprises !

Auteur-compositeur-interprète, Michel Barouille a mis depuis la fin des années 60 sa superbe voix de baryton et ses talents de trompettiste au service de Charles Trénet, Gilbert Bécaud, Charles Aznavour, Annie Cordy, Joe Dassin, Sylvie Vartan, etc. Des milliers d’heures de choeurs en studio, émissions de variétés, concerts à Paris, en tournée et, en soliste: génériques de dessins animés, doublages de films, publicités, etc.

Mardi 11 décembre 2012 à 21h
à L'Auguste Théâtre, 6 impasse Lamier, 75011 Paris (métro Philippe-Auguste)

Durée : 1h10
Tarif plein : 16 €
Tarif réduit : 12 € (- de 18 ans, étudiants, habitants du XIème, demandeurs d'emploi, intermittents du spectacle... et spectateurs déguisés en personnages de dessins animés)


Réservations au 01.48.78.06.68 ou augustetheatre@gmail.com 


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dimanche 28 octobre 2012

Programme du 9ème Salon des Séries et du Doublage (Samedi 17 novembre 2012)




Voici le programme du 9ème Salon des Séries et du Doublage,  où j'aurai le plaisir d'animer une rencontre "Batman : les voix de Gotham City" à 16h.

Le 9ème Salon des Séries et du Doublage (anciennement Salon des Séries TV et Cinéma), rendez-vous incontournable des passionnés de séries télévisées et cinématographiques et de doublage, aura lieu le samedi 17 novembre 2012 à la Maison des Mines, 270 rue Saint-Jacques (Paris Vème) !

Comme chaque année, les fans clubs (Friends, Les Mystères de l’Ouest, Star Trek, etc.) se réuniront en nombre pour présenter sur leurs stands ou lors de rencontres exceptionnelles leurs séries préférées au grand public.

Au programme de cette 9ème édition, de belles rencontres avec des invités de prestige, parmi lesquels Michel Le Royer pour une rencontre autour des grandes séries de capes et d’épées et Philippe Ogouz pour sa participation à la série Rouletabille. Pour fêter la fin de la série Desperate Housewives et celle de la trilogie The Dark Knight de Christopher Nolan, des rencontres seront organisées avec les grandes voix françaises des plus célèbres « femmes au foyer » du petit écran et des personnages de Batman (de 1989 à aujourd’hui). Légendes du doublage, Marc Cassot et Dominique Paturel évoqueront quant à eux leur riche carrière au théâtre, au cinéma et au doublage.

INFOS PRATIQUES :

Lieu : Maison des mines, 270 rue Saint-Jacques, 75005 Paris
Accès : RER Luxembourg ou Port-Royal, lignes de bus 21, 27 (arrêt Feuillantines) et 38 (arrêt Val de Grâce)
Horaires d’ouverture : Samedi 17 novembre 2012, de 10h à 18h
Droit d’entrée (donnant accès au salon et à une rencontre au choix) : 2€.
2€ par rencontre supplémentaire.
Renseignements : 06 33 69 35 45 ou www.serialement-votre.fr



PROGRAMME DES RENCONTRES :

-Légendes du doublage (11h-12h30) avec Marc Cassot et Dominique Paturel (comédiens)

- Les séries d’aventure : d’épées en capes (14h-15h30) avec Michel Le Royer et Dominique Paturel (comédiens), Michelle Sapori (historienne)

-Desperate Housewives : les voix françaises des stars de la série (14h-15h30) avec Caroline Beaune (voix de Felicity Huffman/Lynette), Marie-Martine Bisson (voix de Nicollette Sheridan/Edie), Françoise Cadol (voix de Brenda Strong/Mary Alice), Claire Guyot (voix de Teri Hatcher/Susan), Isabelle Leprince (Vanessa Williams/Renee) et Odile Schmitt (voix de Eva Longoria/Gabrielle)

-Rouletabille : un Sherlock Holmes à la française (16h-17h30) avec  Philippe Ogouz (comédien), Brigitte Berg (éditrice) et Isabelle Casta (spécialiste de la littérature policière)

-Batman : les voix de Gotham City (16h-17h30) avec Jacques Ciron (voix d’Alfred dans les films Batman avec Michael Gough et dans les dessins animés), Patrick Osmond (voix de Michael Keaton/Batman dans Batman et Batman, le défi), Constantin Pappas (voix de Aaron Eckhart/Harvey Dent dans The Dark Knight), Stéphane Ronchewski (voix d’Heath Ledger/Le Joker dans The Dark Knight), Alexis Victor (voix de Joseph Gordon-Levitt/John Blake dans The Dark Knight rises) et Vincent Violette (voix de Jim Carrey/L’homme-mystère dans Batman Forever et de Gary Oldman/Gordon dans la trilogie Dark Knight)

… et une rencontre surprise à 11h !

Invités présents sous réserve. Accès aux rencontres dans la limite des places disponibles.
Chaque rencontre sera suivie d’une séance de dédicaces d’une vingtaine de minutes.


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