Affichage des articles dont le libellé est Chanson rétro. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Chanson rétro. Afficher tous les articles

mercredi 25 janvier 2017

Hommage à Paulette Rollin

Une bien triste nouvelle, j'ai appris par sa famille le décès de mon amie Paulette Rollin ce matin à l'âge de 96 ans. Elle était la voix chantée de Cendrillon dans le premier doublage du mythique film d'animation Disney, et l'une des plus belles chanteuses des années 50. Avec mon confrère et ami Gilles Hané, nous l'avions interviewée par téléphone fin 2012, puis nous lui avions rendu visite au cours de l'été 2014 dans sa maison de repos du côté de Royan.

Nous sommes en 2012. En faisant des recherches sur internet sur Paulette Rollin (dont on ne trouve aucune photo ou trace d'activité depuis le début des années 60) je trouve, grâce à Google Images, le profil Facebook d'une coquette octo- ou nonagénaire ressemblant à ce que pourrait être Paulette aujourd'hui si elle était encore parmi nous. Comme le nom de sa ville est précisé, je trouve ses coordonnées dans l'annuaire et l'appelle au culot. Par chance, il s'agit bien de "notre" Paulette, qui a alors 92 ans, et répond à mes questions avec beaucoup d'humour.

"Vous avez vu? Sur internet, ils demandent notre date de naissance partout. Parfois je mets 1940, 1950... Mais c'est ridicule de tricher, car quand on est vieille, on est vieille! (rires)". Paulette Rollin naît le 23 mars 1920. "Mon père, Louis Rollin, était un très bon chanteur et comique. Il a fait beaucoup de films de l’époque, en noir et blanc bien sûr."
A ce moment, Louis Rollin a pour danseuse Bagatelle, dont la jeune fille, Jackie, dix-huit ans, les accompagne en tournée. Paulette, qui n'en a que dix-sept, et elle deviennent très amies.
"Mon père qui était un chaud lapin, est parti avec Jackie sans se soucier de son âge. A son retour à Paris, la mère de Jackie lui a ordonné de ne plus voir mon père, et l'a menacée de l'envoyer en maison de correction -ça se faisait encore à l'époque! Jackie s’est jetée de la fenêtre du sixième étage, a atterri sur une verrière, et a gardé toute sa vie des séquelles physiques de cette tentative de suicide". Jackie prendra, en souvenir de Louis Rollin, le nom de scène de Jackie Rollin puis, à la mort de son mari Fernand Sardou, le nom de Jackie Sardou.

Mannequin dans une grande maison de couture (Madame Grès), Paulette chante pour le plaisir mais ne pense pas forcément à faire carrière. "J’étais mariée à un monsieur qui possédait un bar américain rue Vignon, à la Madeleine. Tous les mannequins venaient y déjeuner à midi. Des Américains m'apportaient régulièrement des disques et des partitions, que je reprenais au piano, et j'apprenais l'anglais avec eux. Un jour, ils m'ont embarqué au club du Ranelagh où jouait l'orchestre de jazz d'Hubert Rostaing. C'était un clarinettiste extraordinaire, meilleur encore que Benny Goodman. Il était beaucoup plus chaud dans l'aigu. Hubert Rostaing cherchait une chanteuse d'orchestre, mes amis lui ont parlé de moi et il m'a engagée. J'ai divorcé de mon mari, et j'ai suivi Hubert pendant sept ans comme chanteuse vedette... et dans sa vie . De magnifiques tournées au Brésil, au Liban, en Israël, etc. Et des enregistrements de disques. Quand on enregistrait, c'était en direct. Maintenant il faut je ne sais pas combien de prises pour faire un disque, c’est incroyable… A chaque fois que je finissais de chanter on me disait « On va essayer de faire un double au cas où mais on ne s’en servira pas car la prise est très bonne » et les musiciens m’applaudissaient, alors là je n’étais pas peu fière !"

Repérée pour des doublages de film, elle prête sa voix aux chansons de la harpe enchantée dans Coquin de printemps (1950) et à celles de Cendrillon (doublée pour les dialogues par Paule Marsay) dans Cendrillon (1950). "A ce moment, la France était en grève. Disney a retardé le doublage car ils voulaient vraiment avoir ma voix pour Cendrillon. Ce film est superbe. Je me souviens de la scène où Cendrillon lave le sol alors que le chat salit tout au fur et à mesure, et qu'elle chante "Chante, doux rossignol". J'avais enregistré en re-recording toutes les autres voix de Cendrillon, à la tierce, la quinte, etc. J’ai fait aussi la voix chantée de l’une des souris, c’est là où je me suis amusée le plus. C’était avec le mari de Micheline Dax, Jacques Bodoin. Qu’est-ce que c’était joli, ces souris. On enregistrait avec un rythme normal puis c’était ensuite passé en vitesse accélérée". Quand je lui demande si elle a reçu à l'époque un cadeau de Disney comme d'autres en ont reçu plus tard dans les années 60: "Non, ils m’ont payé mon cachet et c’est tout. C’était vraiment mal payé à l’époque."
Le film sera redoublé au début des années 90.


Paulette Rollin chante "Chante, doux rossignol" de Cendrillon (1950)

Eddie Barclay la félicite pour Cendrillon; "Dans le bar de mon premier mari j’avais pour pianistes Eddie Barclay et Louis de Funès. J'étais leur patronne (rires). Louis était vendeur dans un magasin de chaussures. Eddie et lui aimaient la musique mais jouaient plutôt d'oreille. Et puis Eddie a commencé à monter sa maison de disques. Grâce à Cendrillon, il m'a fait signer un contrat."

Paulette Rollin enregistre alors, dans les années 50, beaucoup de disques chez Mercury et Barclay. Sa belle voix chaude est très moderne pour l'époque, car sans "effets de voix".
"Moi je chantais de façon naturelle, comme beaucoup d’italiens, car mon père était napolitain. Je n'étais pas très travailleuse. Quand on allait dans une ville je chantais sans avoir répété. J’ai retrouvé des critiques notamment une qui dit « voilà une chanteuse qui sait chanter ». Ca me fait plaisir. Il fait froid alors je me réchauffe un peu (rires)."


Paulette Rollin chante "Prenez l'amour qui vient" (1958)

Elle fait partie des premières interprètes de Charles Aznavour, enregistre des duos avec Eddie Constantine, et reçoit un Grand Prix de la Chanson à Deauville, le même jour qu'Annie Cordy.
Quand on évoque notre amie Lucie Dolène: "Son mari, Jean Constantin, était venu chez moi à Paris et m’avait fait écouter « Mon manège à moi » qu'il était en train de composer. Je lui ai dit que ce n'était pas mon style. Et finalement, c'est Edith Piaf qui l'a chantée".

Paulette enregistre "Le loup, la biche et le chevalier" (plus connue sous le nom d'"Une chanson douce"). "J'ai été interviewé récemment pour une radio locale. On m'a fait une surprise en me faisant parler en direct par téléphone avec Maurice Pon qui a écrit « Une chanson douce » et d’autres chansons que j’ai enregistrées. Il a plusieurs belles villas. Il a bien gagné sa vie grâce à ses succès. Moi ça ne m’a jamais intéressé l’argent, c’est bête hein ? Je suis toujours bien où je me trouve !"


Paulette Rollin chante "Une chanson douce"

Parmi ses chansons préférées: « Où vont les étoiles ? » et « Tous les matins quand je m’éveille ». Tous ces titres sont réédités chez Marianne Mélodie. "C’est meilleur comme ça. Avant, en analogique, c’était affreux. Le numérique a amélioré le son de ces anciens disques, même si ça n'égale pas la qualité des enregistrements qu’on fait aujourd’hui."

Paulette Rollin se spécialise aussi dans les chansons pour enfants (elle enregistre entre autres plusieurs livres-disques pour Disney), les chants de Noël, etc. "Je reçois des mails comme ça : "il n’y a pas un Noël où on ne passe pas vos disques chez nous". C’est gentil !"

Elle joue dans le film La Fille de l'ambassadeur (1956) le rôle d'une chanteuse de cabaret (faisant danser sur "L'âme des poètes" Olivia de Havilland), et continue le doublage de chansons: Danielle Godet dans Nous irons à Monte-Carlo (1951), Lana Turner dans Voyage au-delà des vivants (1954), Julie Newmar dans Les Sept femmes de Barbe-Rousse (1954), etc.

Puis après une tentative de duo avec la chanteuse Denise Varene (sous les pseudonymes de "Betty et Suzy"), la vague yéyé met un terme à sa carrière. "Je n’étais plus dans le coup avec mes chansonnettes. Maintenant elles chantent, elles dansent, elles font tout. On ne comprend pas toujours ce qu’elles disent mais enfin, ça c’est autre chose !"

Elle se reconvertit en tenant une discothèque à Eze dans une somptueuse propriété. "J’avais une cinquantaine d’années, je dansais tous les rocks avec les italiens qui venaient tous les samedis soirs. J'étais heureuse dans le sud de la France. Je faisais de la gymnastique avec le Prince Albert qui devait avoir une quinzaine d’années."

Les dernières années de sa vie, Paulette se retire auprès de sa fille, d'abord dans le Var puis à Saujon, dans la région de Royan, où elle avait chanté au casino pendant sa jeunesse. « A Saujon il y a plein de centenaires. Ce doit être une bonne ville pour vivre une retraite tranquille ».

Femme indépendante et ouverte d'esprit depuis toujours, à 90 ans passés elle est sensible à l'écologie, défend le droit au mariage pour tous, et s'inscrit toute seule sur Facebook. "Je reçois une notification, "trois hommes ont flashé sur votre photo", c'est super drôle!"

Son rire et son franc-parler vont nous manquer. Je pense bien affectueusement à sa fille, Chantal, et à toute sa famille.

Suivez toute l'actualité de "Dans l'ombre des studios" en cliquant sur "j'aime" sur la page Facebook.




jeudi 28 juillet 2016

Raoul Curet : rencontre au soleil

A bientôt 96 ans, Raoul Curet fait partie des doyens du cinéma, de la chanson et du doublage. Je l’ai interviewé l’été dernier à côté d’Aix-en-Provence où il est retiré avec son épouse depuis quelques années.  Rencontre avec un très sympathique comédien aux souvenirs vifs, qui fut la voix française de Glenn Ford et le soliste principal et arrangeur du quatuor Les Quat’ Jeudis…

« Je suis né en 1920. La Deuxième Guerre Mondiale a touché de plein fouet ma génération». Fils d’avocat, Raoul Curet habite à Manosque chez ses parents. Il se passionne pour le théâtre. « Les dernières années de collège, j’avais  en permanence dans mon sous-main le supplément théâtral de La Petite Illustration ou des bouquins comme les lettres de Musset, les pièces de théâtre en un acte de Guitry, etc. Je rêvais de monter un spectacle, ce que j’ai fini par faire avec les copains. »
Il joue alors en amateur l’un des grands succès de l’époque, Les Jours Heureux de Claude-André Puget, en reprenant le rôle créé par François Périer.  « Cette pièce avait un avantage : tous les rôles étaient faits pour des gens de notre âge ».

Il commence une carrière d’officier pilote dans l’Armée de l’air, avant de la quitter. « L’aviation était une passion, mais pas l’armée ». Menacé d’intégrer le STO et de partir pour l’Allemagne, il passe sur les conseils du grand résistant Max Juvenal, ami de son père, le concours pour être moniteur de culture physique pour des chantiers de jeunes travailleurs.
« Affecté au camp de bûcheronnage des Sauvas (Hautes-Alpes), un jour je vois arriver deux taxis avec des garçons qui ont pratiquement mon âge. Ils me disent qu’ils sont une équipe de cinéma appartenant au Centre artistique et technique des jeunes du cinéma (Nice) et qu’ils recherchent des décors pour tourner un film qui s’appelle « On demande des hommes ». Je leur fais visiter le camp, ils le trouvent à leur goût, et me proposent de tourner mon propre rôle, sous réserve d’être disponible pour aller à Nice tourner les raccords en studio. C’est ce qui s’est produit. Cette équipe était formée d’un jeune metteur en scène, René Clément, qui est devenu brillant, de Henri Alekan, grand directeur de la photographie  qui révolutionnait l’éclairage du cinéma par ses recherches, la façon d’utiliser les projecteurs, etc. et de Claude Renoir à la caméra. »
Après ce tournage, Raoul Curet laisse tomber le bûcheronnage et s’inscrit au Centre artistique et technique des jeunes du cinéma, où il se retrouve en classe avec le jeune Gérard Philipe. «Gérard Philipe était doué d’un talent et d’un charme immédiats, insolents. Il était comme il me l’a dédicacé sur une photo « mon meilleur ami de théâtre » ».  

Glenn Ford
Bien que retourné dans l’aviation après la guerre, une amie à lui, Catherine Dotoro, devenue adaptatrice de dialogues pour les doublages de la Columbia, lui propose de passer des essais pour du doublage.
« Je suis allé à Gennevilliers en uniforme d’aviateur pour passer le test, j’ai été accueilli par Serge Plaute qui était un homme charmant, responsable des doublages de la Columbia.
Il me demande « Avez-vous déjà fait de la synchro ? » et au culot je réponds « Oui » (rires). Je voyais sur l’écran défiler un acteur, Glenn Ford, que je voyais pour la première fois et sur lequel on essayait les voix de tous les comédiens présents ici, dont certains étaient parmi les voix les plus connues de l’époque. Toute la fleur des jeunes premiers était là. Après avoir passé plusieurs boucles où nous étions de moins en moins de comédiens présents, il me dit « J’ai une bonne nouvelle pour vous, c’est vous qui êtes choisi », je lui demande « -Je tourne quel jour ?» « -Comment, quel jour ? C’est toute la semaine !» ». C’est ainsi que mon premier doublage a été le western « Les Desperados ». Et Serge Plaute n’a pas attendu de voir « Les Desperados » monté pour me confier un autre Glenn Ford, « Gilda » (1946).  J’entrais par la porte royale dans la synchro, qui était un milieu très fermé. »

A part quelques autres films avec Glenn Ford, et une poignée d’autres acteurs intéressants (dont Martin Balsam dans Le Crime de l’Orient-Express (1974), Richard Attenborough dans Brannigan (1975), etc.), Raoul Curet n’aura en doublage principalement que des petits rôles. Parmi ses bons souvenirs, le doublage de My fair lady (1964) où avec Jacques Balutin il doublait en texte et en chansons l’un des copains du père d’Eliza (doublé par Jean Clarieux).
« Moi qui suis méridional avec « la pointe d’ail » comme disait Plaute, je m’étais fait une spécialité des voix à accents. Je doublais les indiens, mexicains, tout ce genre de personnages. J’en ai fait à la pelle. C’était plutôt du tout-venant, alimentaire, mais ça m’amusait et ça me permettait de rester dans le milieu et de fréquenter de bons comédiens dans leur genre ».

Contrairement à la plupart de ses camarades qui ont commencé le métier par le théâtre avant de passer par la synchro, c’est donc l’inverse qui s’est produit pour Raoul Curet. « Grâce à la synchro, j’ai rencontré de nombreux comédiens qui m’ont fait passer des auditions pour le théâtre et le cinéma. C’est en intégrant la Compagnie théâtrale Grenier Hussenot que j’ai rencontré mon vieux Carel. Je n’ai pas beaucoup de grands amis parmi les comédiens. Parmi ceux qui comptent, Roger a probablement été le plus proche. Il a découvert très jeune sa faculté à imiter, à faire des voix. Il en a fait sa spécialité, mais il est en dehors de ça un grand comédien »

Chez Grenier Hussenot, Raoul Curet reprend pour Les Gaîtés de l’Escadron le rôle tenu au cinéma par Fernandel. Il se marie en 1952,  son épouse est toujours à ses côtés après plus de soixante ans de mariage. « Nous nous sommes mariés un jour de relâche des "Gaîtés de l’Escadron". Tous les copains, Georges Wilson, Roger Carel, etc. nous ont fait la surprise de nous attendre sur le parvis de l’Eglise Saint-Roch dans les costumes du spectacle. Nous avons fait la une de France Soir le lendemain ! ».

Les Gaîtés de l’Escadron sont à l’origine d’un autre tournant décisif dans la vie de Raoul : « Trois fois pendant le spectacle il y avait des changements de décors, un taps tombait sur l’avant-scène, on changeait le décor derrière, et pendant ce temps, devant le taps les Frères Jacques chantaient une chanson. »
Les Frères Jacques connaissent alors un énorme succès. Très demandés par les maisons de la culture et diverses salles, ils finissent par quitter le spectacle. Un jour Jean-Pierre Grenier demande quatre volontaires pour les remplacer. « Moi qui rêvais alors de comédies musicales, je lève la main. Nous nous réunissons avec les trois autres, et Grenier nous dit « On vous donne les partitions et les textes, vous vous démerdez ». J’étais le seul à avoir appris le piano et le violon. Et c’est sur mon violon, dans ma chambre de bonne, que j’ai écrit les arrangements, qui étaient différents de ceux des Jacques. »

Ce quatuor prend pour nom « Les Quat’ Jeudis ». « Nous avons fait une carrière relativement importante dans le music-hall, au détriment pour moi de ma carrière de comédien. Les onze ans que j’ai passés avec Les Quat’ jeudis, si je les avais passés à faire Raoul Curet, je serais certainement sensiblement plus haut que là où je suis resté. »
Le quatuor est constitué de Raoul Curet, André Fuma, George Denis et Henri Labussière, remplacé un an et demi plus tard par Roger Lagier, qui leur avait été recommandé par Odette Laure.

Les Quat’ Jeudis enregistrent quelques inédits mais aussi pas mal de reprises, comme « Les Croquants » et « La Marine » de Georges Brassens,  qui était un ami et voisin. « Ma femme et moi habitions rue Didot, voisins de la « Jeanne » de Brassens, et Brassens habitait pas loin, impasse Florimont. Il était adorable, et m’a aidé à acheter ma première voiture, avec laquelle nous avons fait la première tournée des Quat’ Jeudis. »

Autre titre, « Alors raconte » de Bécaud. « Quand j’ai entendu la version de Bécaud et celle des Compagnons de la Chanson, j’ai trouvé que tous deux étaient passés à côté de la chanson, qui est un sketch qu’il faut traiter comme un sketch, en rajoutant des paroles sur des fins de phrase. Nous avons fait notre version qu’on a traînée pendant onze ans. »


Les Quat' Jeudis (soliste: Raoul Curet) chantent "Alors raconte" (1956)

Les Quat’ Jeudis reçoivent un grand prix du disque de l’Académie Charles Cros pour Les Chantefables, poèmes de Robert Denos mis en musique par Jean Wiener et arrangés par Raoul, illustration de Jean Effel et présentation de Jean Cocteau. « Nous avons eu ce prix mais c’était très spécial car ça s’adressait à un public particulier et nous n’avons pas eu le succès qu’on aurait pu avoir. Par la suite nous avons enregistré Les Chantefleurs qui est d’ailleurs musicalement plus réussi que le premier. »

Les Quat’ Jeudis continuent le théâtre et sont même engagés… aux Etats-Unis ! « Nous avons fait une carrière internationale car nous avons terminé par « Show Girl », une comédie musicale qu’on a jouée pendant trois ans aux Etats-Unis, d’abord au Eugene O’Neill Theatre de New York, puis dans quarante-cinq villes réparties en trente-sept états américains. La vedette du spectacle était Carol Channing qui était une énorme star de Broadway. C’est elle qui avait créé Lorelei dans « Les hommes préfèrent les blondes ». Elle ne faisait pas beaucoup de cinéma car elle avait un regard globuleux, on l’appelait "Popeye".  C’était une superbe vedette. »

Considérés plus comme des comédiens que comme des chanteurs (ils sont surnommés « Les Comédiens de la Chanson ») au grand regret de Raoul pour qui l’aspect musical prend une grande place, Raoul dissout le groupe en rentrant des Etats-Unis, convaincu que c’est le moment ou jamais de revenir au théâtre, n’étant pas encore oublié dans le métier.
C’est grâce aux amis du doublage qu’il reprend du service peu à peu dans le théâtre et le cinéma.

Puisque nous parlons ensemble de comédie musicale et de doublage, je lui demande s’il ne serait pas par hasard la voix chantée (non-créditée) d’Aubin, le garagiste des Parapluies de Cherbourg (1964). A cette question, il chantonne, comme s’il l’avait enregistrée la veille « Ah le petit con depuis qu’il a quitté l’armée, il se conduit comme le dernier des voyous ».
« Je connaissais Michel Legrand et je trouvais son travail fantastique. La comédie musicale n’était pas la tasse de thé des français, alors que j’en rêvais, je me voyais en Gene Kelly ! J’étais aussi un ami intime de Claire Leclerc (voix de Tante Elise). Ah, « la voix claire de Claire Leclerc »... Mais c’est surtout Jacques Demy que je connaissais et qui m’aimait beaucoup. Il m’avait même engagé pour une publicité pour les shampoings Dop, j’avais mis une perruque car je perdais déjà mes cheveux (rires). »

Pour la télévision, on peut voir Raoul Curet dans tous les grands feuilletons de l’époque : Rocambole, Le temps des copains, L’homme de Picardie, Le chevalier de Maison Rouge, etc.

Avec Les Quat’ Jeudis, Raoul Curet tourne dans Nous irons à Monte-Carlo (1951) avec Ray Ventura. « On jouait dans les scènes, on chantait, et je jouais du violon avec l’orchestre. Ray Ventura était adorable. Il avait l’élégance d’un grand homme d’affaires. C’est à cette époque que j’ai fait connaissance de son neveu, Sacha Distel, qui est devenu une relation amicale. »


Raoul Curet (chant/saxophone) aux côtés de Max Elloy, Henri Genès, Philippe Lemaire, etc. 
dans Nous irons à Monte-Carlo (1951)


Raoul Curet dans "Rocambole"
Il joue « en solo » dans pas mal de films pour Chabrol, Deville, Molinaro. Quelques rôles marquants : le projectionniste du Viager (1971) de Pierre Tchernia, Monsieur Vincent dans La Gloire de mon père et Le Château de ma mère (1989) d’Yves Robert (qui lui avait proposé initialement le rôle du curé), le commissaire dans L’homme à la Buick (1968) de Gilles Grangier, avec Fernandel. A propos, de l’acteur, il se souvient : «  Avec moi, Fernandel était charmant. Je l’ai fréquenté semaine après semaine pendant des mois car il faisait partie d’une émission de radio patronnée par Ricard, « Les contes de Provence » sur Radio Luxembourg. Toutes les semaines il jouait dans un conte de Provence sélectionné ou dans ses souvenirs personnels réécrits par Yvan Audouard. Quand on distribuait les rôles au début de chaque séance, il demandait « -Qui joue ce personnage ? –Raoul, - Vé, le comique ! ».  L’émission était parrainée par Ricard, mais comme il n’aimait que le Pernod il avait son verre de Pernod et la bouteille de Ricard à côté. »
A propos des rôles « méridionaux » dans lesquels il a souvent été « casé », comment ne pas évoquer un autre spécialiste du genre, l’acteur Marco Perrin. « Marco était un très bon copain. Quand je pense que je suis allé le chercher sur un tabouret de bar pour lui proposer de  faire de la radio avec moi. Je l’avais vu la veille dans une télé dans laquelle il était très bon ».


Raoul Curet et votre serviteur
Parmi les derniers films dans lesquels il a joués, L’enquête corse (2004) et le téléfilm Les filles du calendrier sur scène (2004) : « Je jouais un très vieux monsieur sur un fauteuil roulant. Ils ont tourné ici… »

Il coule depuis une retraite bien méritée, dans la région qui l'a vu naître, avec "le soleil pour témoin"...


Suivez toute l'actualité de "Dans l'ombre des studios" en cliquant sur "j'aime" sur la page Facebook.


dimanche 9 janvier 2011

Lucie Dolène : Un sourire en chantant (Partie 4/4)

Pour lire la précédente partie de l'interview (partie 3/4), veuillez cliquer ici


Dans l'ombre des studios: Nous allons aborder maintenant la grève de 1994 et votre procès contre Disney.

C'était la première fois de ma vie que je faisais grève (rires). J’y ai beaucoup cru, on y a tous beaucoup cru. C’était au commencement de mon procès avec Walt Disney, j’étais le porte-drapeau de plein de choses, tout le monde espérait que l’issue de ce procès serait fatale pour Walt Disney et victorieuse pour moi et, en l’occurrence, que cela ferait jurisprudence pour beaucoup d’autres cas que le mien.

DLODS: A l’époque de Blanche-Neige, comment aviez-vous été payée?

Au cachet. Je ne sais pas combien, mais cela m’avait quand même demandé 8 jours d’enregistrement à peu près, donc j’avais dû toucher à peu près 3000 francs.

Procès "Blanche Neige" au journal télévisé (1er novembre 1996)

DLODS: Et comment vous est venue l’idée de cette réclamation de droits?

C’est un auteur de livres sur les films d’animation qui était venu me voir quand j’enregistrais à La Plaine St Denis, chez AB. Il avait aussi travaillé pour Disney aux Etats-Unis, et il m’a dit « Qu’est-ce que vous allez faire maintenant que vous avez donné votre voix, maintenant qu’on ressort le film en DVD, vous savez qu’en Amérique Peggy Lee (voix de Peg dans « La Belle et le Clochard », ndlr) a fait un procès qu’elle a gagné. Vous vous rendez compte l’argent qu’ils vont se faire avec votre voix !». Cela a pas mal trotté dans ma tête, et j’ai décidé de réclamer mes droits.

DLODS: Est-ce que vous avez eu des soutiens de chanteurs ou comédiens ?

Non, je n’ai eu aucun soutien. Tout le monde attendait que je gagne mais personne ne m’a dit « On va créer un petit comité de soutien », etc. D’ailleurs, cela aurait pu venir de moi, mais je n’y ai même pas pensé.

DLODS: Comment s’est déroulé le procès ?

C’est un mauvais souvenir, que je n’ai pas vraiment envie de raviver. J’ai eu un avocat qui a bien travaillé mais il est parti à la retraite au cours du procès, et la transition ne s’est pas très bien passée.

DLODS: Qu’est-ce que vous avez gagné à l’issue de ce procès ?

Rien, enfin si, j’ai gagné une certaine somme, mais avec tout ce que je devais à mon avocat je ne suis pas allée bien loin.

DLODS: Et est-ce qu’ils vous ont proposé, à l’issue du procès, de toucher des droits sur les sorties de disques et de DVD ?

Nullement. J’ai reçu uniquement une compensation sur ce qui avait déjà été édité. Et de toute façon, ils ont remplacé ma voix alors comme ça, le problème est réglé de leur côté.

DLODS: Donc le procès ne concernait pas les autres films?
Non. Ils auraient très bien pu les ressortir avec ma voix...

DLODS: A ce propos, dans « Le Livre de la Jungle », ils ont remplacé votre voix par celle de Claire Guyot. Et il y a peu, pour la sortie d’un DVD collector ils se sont trompés en mettant votre voix… et le nom de Claire Guyot au générique.

C’est dingue, je ne savais pas ! Je pourrais les embêter pour ça.

DLODS: Dans tous les cas, vous ne devez pas toucher de droit sur les diffusions comme le film est américain et ne rentre pas dans le cadre de l’Adami.

Ces droits Adami, c’est une plaisanterie. Ils nous envoient des listes, il faut cocher ce qu’on a fait. Mais on ne sait pas toujours ce qu’on a fait, on ne connaît pas les titres originaux, comment ils ont été adaptés en français, etc. Je n’ai jamais rien fait de ces listes.

DLODS: Pour quelles raisons ont-ils redoublé intégralement Blanche-Neige ? Est-ce que vous l’avez écouté ?

C’est en raison de l’histoire du procès. Mais je n’ai pas vu le DVD.

DLODS: Disney évoque de son côté un rajeunissement nécessaire des dialogues et des voix.

Mais justement, c’est le côté un petit peu intemporel et un peu désuet des dessins animés qui fait tout le charme des contes de fées. « Il était une fois » et « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants », c’est ça qui est rigolo et mignon… Qu’est-ce que vous voulez rajeunir ? Après, pourquoi pas si certains y trouvent leur compte. Vous savez ça peut toujours plaire à d’autres gens aussi, donc toutes les options sont bonnes à prendre.

DLODS: Quelle place a pris le doublage dans votre carrière de comédienne et chanteuse?

Au début c’était un supplément très gratifiant, très honorifique, parce que d’avoir fait Blanche-Neige, L’arbre de Noël, Oliver !, c’étaient des choses magnifiques et cela me plaisait beaucoup. Et puis, un jour, je n’en ai plus fait car on m’a moins appelée et quand j’ai refait du doublage à partir de l’année 1986, à l’époque où mon mari est tombé très malade, ça m’a fait beaucoup de bien. Ça a été une bouffée d’oxygène extraordinaire, ça m’a redonné une raison d’exister formidable parce que je ne faisais plus grand-chose à cette époque-là. Je trouve que cette seconde période de doublage a été très bénéfique pour mon moral et ma santé. Rien n’était plus merveilleux, gratifiant, que de me lever à 6h du matin pour être à 9h à Saint-Denis, Neuilly, ou Boulogne. J’étais contente de partir, de faire une heure et demie de bagnole dans les embouteillages  (rires) ! Ravie !

DLODS: Faites-vous encore du doublage actuellement ?

Depuis un an, on ne m’appelle plus. Je n’ai dit à personne que je me retirais. On doit penser qu’il est temps que je prenne ma retraite (rires)

DLODS: Peut-être suffit-il de faire un appel du pied à certains directeurs artistiques ?

Oui mais, d’un autre côté, je me dis que pas mal de gens me connaissent et savent que je suis toujours là. C’est un petit peu frustrant. Et c’est curieux parce que, dans le doublage, on vous distribue selon votre âge, et moi, on commençait à me donner des rôles de grabataires, de grand-mères complètement folles, j’avais déjà un pied dans la tombe. Alors je veux bien qu’on ne me donne plus de jeunes premières, évidemment mais c’est la voix qui compte dans le doublage, ce n’est quand même pas le physique, non ? Du coup vous avez 70 ans et quelques poussières et on se dit « Comment on va faire ? Dans quoi va-t-on la mettre ? Il n’y a plus de grand-mère dans les séries !», donc plus rien ! Alors qu’on pourrait très bien doubler une mère, une femme de 50 ou 60 ans… Où est le problème ? Et puis d’un autre côté on se dit qu’il faut laisser la place aussi, laisser d’autres comédiennes s’exprimer.

DLODS: Et quels sont les derniers doublages que vous ayez faits?

La dernière synchro que j’ai faite était il y a plus d’un an, chez Dubbing. J’ai eu un rôle assez intéressant dans une série anglaise dans 3 ou 4 épisodes. J’ai remplacé une comédienne que j’adore, Nadine Alari, qui venait de se casser le col du fémur et c’est mon amie Anne Jolivet qui est une comédienne adorable et une grande amie, qui a parlé de moi à la directrice artistique.

DLODS: Est-ce que vous avez la nostalgie d’une certaine époque du doublage ?

Oui, j’ai la nostalgie de cette époque où on était en « classe affaires » comme je vous disais tout à l’heure, où on était bien traité, on avait le temps de peaufiner. Il y avait un climat et une courtoisie tout à fait différents. Ce n’est pas qu’on ne soit pas courtois et que les climats soient détestables à l’heure actuelle, mais il y a un tel changement surtout dans la vitesse où les choses doivent se faire, qu’évidemment on vous passe la boucle une fois et puis si on a envie de la réentendre deux ou trois fois on vous le fait, mais si ça ne passe qu’une fois et qu’on a tout de suite pigé, c’est bien. Mais en même temps, maintenant d’aller vite ça vous oblige à devenir performant et à travailler. Ce n’est pas mal non plus. Et cela doit être un signe des temps.

DLODS: Dans quel milieu vous sentez-vous le plus à l’aise et le plus en phase ? Celui des chanteurs ou celui des comédiens ?

Avec les comédiens. Parce que le milieu des chanteurs actuels, je ne le suis plus beaucoup. Je ne sais pas de quoi on parle quand on parle de « chant » à l’heure actuelle, je suis un petit peu consternée par ce que j’entends ou ce que je n’entends pas. Alors qu’avec les comédiens, il suffit de parler. Et encore, il m’arrive de voir des films français dont je perds certaines phrases, certains mots, de gens qui n’articulent pas, qui parlent vraiment comme s’ils étaient en train de chuchoter dans leur cuisine et je me dis « Est-ce que c’est une mauvaise prise de son ? ». C’est bien, le naturel, mais, à un moment donné, il y a quand même un juste milieu, c’est du spectacle, c’est de la fiction. On joue un rôle, on est en train de dire un texte, on n’est pas en train de parler : « Ah tiens j’suis allé au supermarché ce matin j’ai acheté des pâtes machin, j’ai ach’té des cerises elles étaient pourries ». On doit défendre un texte ! Alors que dans beaucoup de films français, je ne comprends pas la moitié des dialogues, et les chansons n’en parlons pas !

DLODS: Vous n’êtes pas branchée « Star Ac » (rires)?

Ne parlons pas d’horreur ! Cette année, j’ai un peu suivi La Nouvelle Star, surtout les éliminatoires. J’ai entendu des gens qui chantaient très bien et qu’on a éliminés ! Notamment un jeune chanteur de couleur, très sympathique, beau garçon, bien fait de sa personne. Mais pour eux, c’était épouvantable car il avait 33 ans ! Trop « vieux » !

DLODS: Il y a eu le contre-exemple Susan Boyle, dont vous avez du voir les images…

Oui, bien sûr (rires). Et il y avait cette andouille de journaliste de rock’n roll, Philippe Manœuvre, qui disait « On s’croirait dans les années 60 ! Oh, mais, qu’est-c’ que j’entends ! ». Et ce n’est pas le seul, j’ai entendu plusieurs jeunes filles et garçons que j’ai trouvés pas mal et qui ont été balayés ! Quand on voit ce qu’ils ont gardé !

DLODS: Il faut de tout, de toute façon ?

Mais non, il ne faut pas de tout. Il ne faut pas du n’importe quoi quand même, parce que c’est dangereux. Quand je vois une des membres du jury qui n’a pas eu une carrière particulièrement brillante et qui se permet de donner des conseils aux chanteurs, la pauvre ! Mais de quoi elle parle ! Qu’est-ce qu’elle représente, elle, comme technique vocale ? A un moment donné elle a voulu chanter du Prévert, mais elle n’a pas l’air d’avoir accroché beaucoup de monde avec ça ! Tout ça pour vous dire que je ne comprends plus vraiment la chanson française. Par contre, il y a une fille que j’admire beaucoup, qui est extraordinaire, c’est Camille. Alors ça, c’est une « show woman » extraordinaire, elle a des possibilités vocales magnifiques. Il n’y a rien à dire, c’est parfait. Franchement, à part elle, je ne sais pas qui vous citer qui m’enchante, qui m’ait épaté.

DLODS: Vous-même, avez-vous donné des cours de chant ?

Oui, j’en ai donné entre autres pour le conservatoire de Noisy, notamment à un jeune professeur qui était un peu dépassé par les événements, et manquait de confiance.

Lucie Dolène chante "Comment voulez-vous?" 
(paroles et musique Jean Constantin, du film Les 400 coups (1959))
au concert de son fils François Constantin (Théâtre de l'Européen, 21 octobre 2014)

DLODS: Quel regard portez-vous sur la carrière de vos enfants qui sont tous les trois artistes (Olivier et Virginie chanteurs, François percussionniste) ? Êtes-vous confiante pour leur avenir professionnel ?

Je porte un regard plein d’admiration et d'un peu d’anxiété parce que je les admire de se bagarrer comme ils font pour subsister et survivre dans un métier qui est de plus en plus difficile et de plus en plus déjanté. Je m’inquiète pour eux parce que ce sont de très bons musiciens et je trouve qu’ils ne sont pas assez reconnus pour ce qu’ils sont. Mais ils ont quand même le privilège de vivre, encore et toujours, de leur métier, ce qui n'est pas mal non plus ! Mais je pense que moi j’ai fait ce métier à une époque quand même très privilégiée, où les choses étaient plus limpides, plus classiques, plus conventionnelles, on va dire. Ce n’est pas parce qu’on faisait un disque qu’on devenait une star. Un disque, à mon époque, cela ne signifiait rien du tout. J’étais chez Philips pendant des années, je n’ai jamais vendu beaucoup de disques. Un disque, c’était bien quand ça venait ponctuer quelques années de succès avec des chansons qu’on avait défendues sur scène et qui avaient fait leur chemin déjà toutes seules. On nous disait « Tenez, puisque vous les chantez si bien depuis longtemps, on va en faire un disque ! » (rires). Il me semble que c’est comme ça qu’avec le recul je vois ce que j’ai vécu. Donc, c’était formidable, on faisait ses petites classes tranquillement. Moi, j’ai eu beaucoup de chance car j’ai démarré tout de suite très vite après mes deux ou trois cachets de choriste à l’ORTF. J’ai eu la chance de faire de belles rencontres et je n’ai jamais eu de second rôle. Quand Guy Lafarge m’a donné un rôle dans son opérette, c’était le premier rôle, donc c’était formidable. Et ça a été comme ça dans les deux ou trois opérettes que j’ai jouées.

DLODS: Quel regard portez-vous sur votre carrière en tant que chanteuse ? Si tout devait recommencer, est-ce que vous suivriez la même voie ?

C’est difficile à dire. Je pense que j’ai eu beaucoup de chance de faire cette petite carrière-là, tranquille. Vous savez, je ne me considère pas comme ayant fait une grande carrière, j’ai fait une carrière honnête et modeste. J’ai fait de mon mieux, mais « aurait pu mieux faire »  comme c’est écrit dans les bulletins scolaires. Au fond, les choses sont allées tellement naturellement vite et bien. Je ne me suis jamais trouvée avant la fin d’un contrat sans savoir ce que j’allais faire, j’avais toujours des choses qui s’enchaînaient normalement. Je suis allée chanter partout, grâce à l’agence formidable dans laquelle j’ai été, Tavel et Marouani. J’ai chanté en Angleterre, en Suède, en Norvège, en Italie, en Espagne, au Liban. Encore un beau souvenir, le Liban...

 (Depuis cette interview, Lucie a participé à plusieurs doublages intéressants : le court-métrage d’animation « Citrouilles et vieilles dentelles » (avec Jacques Ciron et Brigitte Lecordier), les séries « The Middle » et « Nurse Jackie », les films « Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu » (rôle de la voyante) et « Very bad cops » (rôle de Mama Ramos))

Suivez toute l'actualité de "Dans l'ombre des studios" en cliquant sur "j'aime" sur la page Facebook.

Lucie Dolène : Un sourire en chantant (Partie 3/4)

Pour lire la précédente partie de l'interview (partie 2/4), veuillez cliquer ici 

Dans l'ombre des studios: Quelle a été votre première « rencontre » avec Blanche-Neige ?

Ma première rencontre avec Blanche-Neige a eu lieu quand j’avais une dizaine d’années et que Blanche-Neige et les sept nains est sorti pour la première fois en France en 1938, ça a été un enchantement. Il faut bien reconnaître que c’est un film dont la musique est une beauté du commencement à la fin, c’est génial. Il n’y a que de belles chansons dans Blanche-Neige, aussi bien celles du prince que celles de Blanche-Neige. Il m’est même arrivé de chanter « Un chant, je n’ai qu’un seul chant » chantée par le prince dans le film, tellement c’est beau. Comme je vous l’ai expliqué, je chantais beaucoup étant petite fille. Évidemment je chantais « Un jour mon prince viendra » quand j’avais une dizaine d’années, et je l’ai interprétée à la fête de fin d’année de mon école. J’ai toujours le programme de mon école avec une Blanche-Neige dessinée dessus !

DLODS: Savez-vous qui interprétait Blanche-Neige dans le premier doublage ?

Lucienne Dugard a fait le doublage et Elyane Célis a enregistré les disques, et elle a tout raflé !  D’où la confusion. Lucienne Dugard, personne ne connaît. Il m’a été raconté, je ne sais pas si c’est vrai, une histoire assez étonnante. C’est Colette Brosset, la femme de Robert Dhéry, qui m’avait raconté ça, parce qu’on avait fait un spectacle ensemble, qu’elle chorégraphiait, L’amour masqué. Apparemment, Lucienne Dugard –c’était une visionnaire cette femme à l’époque- avait refusé qu’on lui paie un cachet, elle avait demandé un pourcentage sur la recette du film (rires). C’est extraordinaire !

(Ndlr: Quelques mois après cet entretien, des recherches effectuées par François Justamand (La Gazette du Doublage) puis Greg Philip et moi-même, ont prouvé que Lucienne Dugard n'avait fait que le disque. Le doublage de 1938 a été fait à Hollywood par Christiane Tourneur (dialogues) et Beatrice Hagen (chanteuse)).

DLODS: Est-ce que vous savez pourquoi ils ont décidé de faire ce redoublage en 62 ?

Je pense que c’était pour améliorer le son. Le côté technique de la chose je ne pourrai pas vous l’expliquer mais je pense que c’est ça. Et le fait de trouver de nouvelles voix. C’est là où je dois dire que j’ai eu vraiment de la chance.


Reportage sur le redoublage de Blanche Neige et les sept nains (1962) 
avec Lucie Dolène et le reste de la distribution

DLODS: Dans quelles circonstances avez-vous été contactée ?

On m’a appelée un matin pour me dire « Est-ce que vous voulez faire des essais pour la voix chantée de Blanche-Neige ? ». Alors, j’ai dit oui, bien sûr, et je suis allée au studio où j’ai passé un essai sur « Un jour mon prince viendra ». J’allais quitter le studio quand j’ai entendu l’ingénieur du son dans la cabine dire à son camarade « Bon, ben c’était bien, Dolène, mais on a toujours personne pour la voix parlée !». Alors je suis vite revenue dans le studio, j’ai refermé la porte derrière moi et j’ai dit « Ecoutez, faites-moi faire un essai pour la voix parlée, car je suis aussi comédienne. On ne sait jamais ! ». Ils m’ont répondu que c’était une bonne idée et on a monté une boucle de Blanche-Neige quand elle fait le ménage dans la maison des nains. Le lendemain, vers 9h du matin, on m’appelle « C’est vous, Lucie ! Monsieur Ketting, le représentant de Walt Disney, est fou de joie d’avoir trouvé la même voix pour chanter et parler, c’est génial. C’est vous qui le faites ! »

DLODS: Vous rappelez-vous les autres comédiennes ou chanteuses qui avaient passé les essais ?

Pas du tout. Je n’ai jamais su qui les avait passés. Ce que l’on m’a raconté, pour ce qui me concerne, c’est qu’une cantatrice de l’Opéra qui s’appelait Jeanine Micheau et qui était professeur au conservatoire avait présenté une ou deux de ses élèves pour Blanche-Neige. Et elle a dit à la production « Mais est-ce que vous avez contacté une jeune femme qui s’appelle Lucie Dolène qui a une très jolie voix, très fraîche, vous devriez la contacter !». J’avais trouvé cela extrêmement gentil et j’étais très flattée que Madame Jeanine Micheau qui était une cantatrice renommée, merveilleuse, et professeur au conservatoire me connaisse.

DLODS: En 1997 vous avez tourné dans Blanche Neige Lucie, un court-métrage de Pierre Huyghe à propos de ce doublage, qu’en avez-vous pensé ?

Ah, vous avez vu ça ? Je crois qu’il a eu un prix pour ce film mais je n’ai jamais vu le résultat final. Je n’ai plus jamais eu de nouvelles de ce garçon, et j’ai trouvé ça un petit peu cavalier car on devait se revoir, et il se devait de me revoir et il n’a jamais plus donné signe de vie, mais bon, ce sont des choses qui arrivent. 

Blanche Neige Lucie (1997) de Pierre Huyghe

DLODS: Dans le même registre que Blanche-Neige, est-ce que vous avez passé une audition pour Mary Poppins, et savez-vous ce qu’est devenue son interprète, Eliane Thibault?

Non je n’ai pas été contactée pour Mary Poppins. Et concernant Eliane Thibault, je connais son nom mais je ne l’ai jamais rencontrée.

(Ndlr: Nous l'avons retrouvée et rencontrée entre temps. Parution de l'entretien à venir...)

DLODS: A vos débuts dans le doublage, vous est-il arrivé d’être engagée comme simple choriste ?

Non, à cette époque là, j’étais toujours engagée comme soliste. Par contre, je ne vous ai pas encore dit qu’à mes tous débuts j’étais choriste à l’ORTF, et j’en ai fait des chœurs ! J’ai fait plein d’émissions et je gagnais ma vie comme ça quand j’avais 16-17 ans. J’ai fait plein de choses formidables avec des grands maîtres, de grandes émissions, comme la 9ème de Beethoven avec Serge Koussevitzky. Je me souviens de ce maître qui était si féroce avec les chanteurs !

DLODS: Est-ce que vous vous souvenez du Livre de la Jungle dans lequel vous doubliez la petite fille ?

J’avais trouvé cela adorable à faire, ça s’était très bien passé, sans problème, sans histoires.

DLODS: C’était l’une de vos premières participations sous la direction musicale de Georges Tzipine.

J’ai fait tellement de choses avec les Tzipine. J’adorais Joseph surtout. C’était un homme délicieux, qui adorait les artistes.

DLODS: Que faisait-il justement ?

Il a fait de la direction artistique, (alors que son frère Georges était directeur musical, ndlr) mais il était aussi très bon musicien, il savait de quoi il parlait, et nous avons fait avec mon fils aîné Olivier et lui le long-métrage de Snoopy. Moi je faisais la voix de Linus.

DLODS: A propos des chansons Disney, est-ce que l’enregistrement que vous faites pour le film est le même que celui qu’on retrouve ensuite en CD, car parfois, peut-être en raison de différences dans le mixage, on a l’impression qu’il s’agit d’une version légèrement différente ?

A moi cela ne m’est jamais arrivé. A une exception : en 1966 on avait refait un enregistrement de Blanche-Neige pour « Holiday on Ice » avec un homme charmant, un producteur, qui s’appelait Claude Giraud (à ne pas confondre avec le comédien Claude Giraud, ndlr), qui était un « gentleman » lui aussi. Cette année-là j’ai eu un terrible accident de voiture et j’ai reçu une très jolie lettre de la petite qui jouait Blanche-Neige dans Holiday on Ice et qui avait appris mon accident. C’était une lettre absolument adorable.

"Ode à la nuit" (du film Tintin et le Temple du soleil (1969)) chantée par Lucie Dolène

DLODS: Vous avez aussi doublé Zorrino dans le film d'animation Tintin et le Temple du Soleil . Est-ce François Rauber, le compositeur, qui vous dirigeait en personne ?

Oui, absolument. Et Jacques Brel assistait aux séances. Il avait écrit certaines chansons avec François Rauber et ce film lui tenait à cœur car à l’époque il commençait le tournage de Mon Oncle Benjamin et je me souviens qu’il avait annulé tous ses rendez-vous ce jour-là pour rester avec nous jusqu’à la fin de l’enregistrement.

DLODS: Avez-vous rencontré Hergé ?

Oui, il y avait Hergé qui était là aussi, qui assistait à l’enregistrement de Tintin et qui était la crème des hommes. Il était très content de notre travail. Quel homme délicieux, gentil. Vous savez, en général, tous les grands personnages, tous les créateurs, sont tous tellement gentils et humbles, et pleins d’humilité et de naturel. Ce sont souvent les m’as-tu vu, les gens qui n’ont pas prouvé grand-chose, qui font beaucoup d’esbroufe. C’est classique. 

DLODS: Dans les années 60 vous avez aussi participé à des post-synchro de films français.

J’ai doublé le petit garçon dans L’arbre de Noël, avec Bourvil et William Holden. Le metteur en scène, Terence Young, avait dit « Je ne veux surtout pas d’une femme qui fasse une voix de petit garçon ». On lui a proposé deux ou trois essais qui n’étaient pas concluants, et, en fin de compte, on m’a fait faire un essai sans rien lui dire. Et quand on lui a fait écouter mon essai il a dit « Ah ben vous voyez, ça c’est un petit garçon ! » (rires). Après on m’a collé dans la salle pour que je regarde le film et je suis sortie en larmes tellement c’était triste. Un très beau film. Bourvil avait tourné en anglais et il était éblouissant !

J’ai aussi chanté une chanson dans Les Mystères de Paris avec Jean Marais, j’ai doublé une petite anglaise qui jouait là-dedans une sorte de petite Cosette.

J’ai chanté aussi deux jolies chansons dans Frou Frou, un film avec Dany Robin. Elle faisait croire que c’est elle qui chantait (rires). J’avais lu des articles de presse « On a découvert la jolie voix de Dany Robin ». Ce n’est pas très fair-play. Il y a aussi un comédien qui depuis m’a vraiment déçue, c’est Gérard Lanvin. Mon fils aîné (Olivier Constantin, ndlr) a une voix magnifique et c’est lui qui double Gérard Lanvin dans Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine dans la chanson du « Chevalier blanc » (elle chantonne l’air). Et Monsieur Lanvin, depuis quelques temps, se produit dans des émissions en disant « Oui, c’est moi qui ai chanté « Je suis le chevalier blanc » ». Alors je me demande à quoi ça l’avance, qu’est-ce que ça lui rapporte de bluffer sur une chanson comme ça. J’avais beaucoup d’admiration et une certaine estime pour l’homme autant que le comédien que je trouve très bon, mais depuis ce temps-là il m’a déçue.

DLODS: De nombreuses actrices célèbres étaient doublées pour les chansons comme Catherine Deneuve et Françoise Dorléac dans les films de Jacques Demy. Dans les années 50 il y avait aussi Françoise Arnoul qui était doublée par Paulette Rollin. Vous avez dû la connaître ?

Ah oui, j’ai bien connu Paulette Rollin. Et Françoise Arnoul fait partie, avec nous deux, des « amis de Pierrot » (l’association des amis de Pierre Trabaud, ndlr).

DLODS: Je crois que vous aviez beaucoup d’affection pour Pierre Trabaud.

J’aimais beaucoup Pierre, il est là (elle désigne une photo de lui sur sa bibliothèque). Je ne me rappelle plus dans quelles circonstances je l’ai connu, mais on s’est bien connus à une époque et on s’est retrouvés un jour à ma grande surprise sur un doublage où il était chef de plateau. Il n’était pas commode comme directeur artistique, d’ailleurs. Depuis je l’ai revu de nombreuses fois. Et son épouse et lui sont venus tous les deux à Noisy quand on a donné notre spectacle en souvenir de Constantin, qui était une belle soirée, vous savez. De ces soirées qu’on ne recommence pas deux fois car il y a tout d’un coup un état de grâce, il y a des choses qui se passent. Pierre est venu me prendre par les épaules en plein spectacle en me disant « Ah, Lucie c’est formidable, c’est formidable ».

DLODS: Dans les années 60 vous avez eu surtout des rôles chantés, principalement des enfants, puis vous avez commencé à avoir des rôles « parlés » et de femmes de votre âge dans les années 70…

Oui, j’ai fait notamment Amour, gloire et beauté , Rituels, Jeune docteur, deux ou trois séries qui m’ont bien nourrie, comme on dit. Avec de jolis rôles.

DLODS: Il semble que vous en ayez beaucoup moins fait pendant une période.

Oui j’ai recommencé en 1986 à refaire un petit peu de doublage et c’était très difficile parce que ça allait très vite et il fallait s’accrocher, je restais des journées entières à écouter les autres et à lire en même temps que tout le monde pour me remettre à flot.

DLODS: Pour quelles raisons avez-vous fait cette pause ?

Parce que j’ai fait plein d’autres choses autour et qu’on ne m’en a plus proposé à un moment. Et puis ce n’était pas la même façon de travailler, je me souviens que quand on a fait « Oliver ! » par exemple on était en « première classe », on avait tout notre temps. « Lucie est-ce que vous allez bien ? Est-ce que vous voulez boire quelque chose ? Voulez-vous sortir cinq minutes pour respirer ? ». C’était l’âge d’or, c’était formidable, on avait des directeurs de plateaux qui étaient des gentlemen. Ça a complètement changé, complètement évolué et donc ça m’a fait plaisir de refaire du doublage mais ça m’a coûté beaucoup d’efforts pour m’y remettre et avoir cette vitesse de lecture pendant que la bande passe et de remonter à l’image à la fin pour ne pas dépasser. C’est très difficile le doublage, vous savez ! Vous avez dû assister à des séances, vous savez comment cela fonctionne.


"Histoire éternelle" (du film La Belle et la Bête (1991)) chantée par Lucie Dolène
(version d'époque)

DLODS: Après cette petite pause, vous avez doublé Madame Samovar dans « La Belle et la Bête » en 1991. Vous aviez passé un essai ?

Non, je ne crois pas.

DLODS: La voix originale (Angela Lansbury) est beaucoup plus âgée que votre voix, ce qu’ils ont tenté de « rectifier » en faisant redoubler vos chansons par Christiane Legrand, mais cela a attiré les foudres des fans du film.

Ils ont refait une nouvelle version ? Je ne savais pas.

DLODS: Ils ont enlevé votre voix du DVD suite au procès Disney.

Ah oui, c’est vrai que « La Belle et la Bête » est un Disney. Ils m’ont enlevée de partout. Je ne savais pas que c’était Christiane, que je connais bien. La chanson ne collait peut-être pas avec sa voix, je ne sais pas.

DLODS: En 1997, vous doublez la poule Babette dans Chicken Run . Est-ce que vous aviez enregistré avec Gérard Depardieu et Valérie Lemercier ?

Non, je ne les ai pas rencontrés, on a enregistré à part. Mais je n’avais pas grand-chose à faire.

DLODS: Et à ce propos, qu’est-ce que vous pensez des stars qui font du doublage ?

Écoutez, je pense que c’est bien, si ce qu’elles font correspond à ce qu’on leur demande et qu’au final ce soit époustouflant et bien fait… et je ne vois pas pourquoi ça ne serait pas bon ! Si ce sont des stars, il y a des raisons.

DLODS: Quand je dis « star » je veux dire aussi « people » non comédiens, des sportifs, des animateurs de télévision ou des gens issus de la télé-réalité par exemple.

Oui, ça c’est le grand malentendu. Quand Depardieu fait du doublage, je trouve ça très bien, et il y en a d’autres comme lui. Ils en font tous maintenant plus ou moins. Évidemment, quand ce sont des gens qu’on distribue comme ça, parce que ce sont des « people » comme on dit, c’est un peu injuste pour les personnes dont c’est vraiment le métier et qui ont besoin de travailler et d’en vivre. Ça c’est dur !

DLODS: Avez-vous « introduit » des personnalités de la chanson dans le doublage ?

J’étais très amie de Catherine Sauvage (pour qui Jean Constantin avait écrit « Mets deux thunes dans l’bastringue », ndlr). A la fin de sa vie, elle n’avait plus trop de travail et m’avait demandé si je pouvais essayer de la caser sur un doublage. J’en avais parlé à une directrice artistique qui m’avait répondu « Ah bon ? Catherine Sauvage ? ». Elle qui fut une si grande comédienne et chanteuse, elle aurait très bien pu en faire, mais elle n’était plus connue, c’est malheureux.

DLODS: Dans Anastasia vous doublez l’impératrice Marie, et vous avez ainsi retrouvé Angela Lansbury que vous doubliez dans La Belle et la Bête. Est-ce pour cela qu’on vous avait choisie ?

Non, pas du tout. Je ne pense pas qu’ils aient pensé à ça. Anastasia, encore une belle histoire…

DLODS: En 2003 vous avez participé au doublage du film d'animation musical Piccolo et saxo, est-ce que vous avez connu Jean Broussolle des Compagnons de la Chanson ?

Oui, il est venu dîner ici, Jean, un soir, on a passé une très belle soirée. Mais celui que j’ai bien connu, c’est André Popp (le compositeur de Piccolo et saxo, ndlr). C’était un grand ami de mon mari et j’avais fait un beau spectacle avec lui qui s’appelait Cache toi vilain dans un joli petit théâtre, dans un programme qui était produit par Jean-Christophe Averty et Jacques Florent avec le comédien Michel Roux qui était un homme adorable.


Chanson du film Oliver! (1968) chantée par Lucie Dolène (Dodger) et les choeurs

DLODS: Quel est votre plus beau souvenir de doublage ?

J’en ai eu plusieurs dont je vous ai parlé. Par contre, je crois que j’ai oublié de mentionner Oliver ! le film musical avec Oliver Reed qui jouait l’escroc. J’ai même doublé les deux garçons, Oliver et Dodger, parce que le petit Oliver avait fait ses essais avant les vacances, et quand on est rentré en octobre pour commencer le doublage, il avait mué (elle imite la mue en parlant), donc on était un peu pris de court.

DLODS: Vous arriviez à prendre deux voix différentes ?

Oui, alors quand j’avais des scènes avec les deux garçons ensemble ce n’était pas toujours évident, mais je m’en suis quand même bien tirée, ça s’est bien passé.


 Pour lire la suite de l'interview (partie 4/4), veuillez cliquer ici


Suivez toute l'actualité de "Dans l'ombre des studios" en cliquant sur "j'aime" sur la page Facebook.