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dimanche 14 janvier 2024

Hommage à Laurence Badie (1928-2024)


Nous avons appris avec tristesse la disparition à 95 ans de la comédienne Laurence Badie jeudi 11 janvier 2024.
Le 16 décembre 2017, quelques semaines après l'avoir rencontrée au Salon des Séries et du Doublage où elle "emportait" le public par son humour et sa spontanéité, mon camarade Gilles Hané et moi avions eu la chance d’être reçus chez cette figure emblématique du théâtre, de la télévision, du cinéma, du doublage et du disque. Avec beaucoup de générosité, elle était revenue pour nous sur sa carrière.



« Ma vie, c’est la comédie ». Laurence Badie naît le 15 juin 1928 à Boulogne-Billancourt. Sa mère est danseuse classique à l’Opéra, et c’est tout naturellement que Laurence prend des cours de danse pendant ses années au lycée Victor Duruy (où elle est camarade en classe de seconde d'une certaine… Paule Emanuèle). « Je faisais ce que je pouvais avec mes pauvres jambelettes. Pas nullasse, mais presque. J'étais promise à un avenir sombre dans la danse classique (rires) ». Pendant les interviews, Laurence s’amuse parfois à parler en espagnol. A-t-elle des origines ibériques ? « On peut lire sur internet que mon nom complet est Badie-Lopes, Lopes étant un nom associé à ma famille, mais mon vrai nom, celui sur mes papiers, est Badie tout court. En revanche, j'ai été élevée par une nounou espagnole, donc à 5 ans je parlais couramment le français et l'espagnol. Quand on apprend tout petit, on n'oublie jamais. Ma nounou est restée à mes côtés jusqu'à mes 18 ans ».

Odette Joyeux
Par la découverte du théâtre et du cinéma, elle souhaite devenir comédienne : « On m’a dit « c’est une connerie », alors pour écouter ce qu’on m’a dit je suis entrée à HEC où j’ai été virée au bout d’un an, à ma plus grande joie ». Laurence suit des cours de diction dans des cours privés. Sa tante connaît très bien Odette Joyeux, qui vient d’écrire une pièce, Le château du carrefour. « Dans cette pièce il y avait des rôles pour des jeunes hommes et jeunes femmes, alors j’ai demandé à ma tante de me pistonner ». Laurence rencontre Odette Joyeux, qui la prend dans sa pièce, mise en scène par Marcel Herrand au Théâtre des Mathurins. « J’avais un petit rôle qui me plaisait bien, j’étais assez intimidée au début, puis très culottée et déchaînée lors des dernières représentations. Ça ne devait pas être terrible au début, mais c’est en regardant les autres qu’on apprend à jouer ».
L’un des rôles principaux est tenu par Lise Topart, sœur du comédien Jean Topart. « Elle avait beaucoup de talent. Malheureusement, peu de temps après la pièce, elle a été tuée dans un accident d’avion ».
Elle enchaîne avec une audition au Studio des Champs-Elysées : « Je me trompe dans les trois premiers mots et dis « merde ». Dans la salle, il y a Georges Wilson. Il dit « Il faut prendre celle qui a dit merde ». La pièce s’appelait Le village des miracles, je l’ai jouée un moment ».
En allant voir une pièce de théâtre, Laurence croise Bernard Blier, qui lui propose un rôle. « Je me rends le lendemain dans une salle de répétition rue de Courcelles, il y a là Geneviève Page, très chic, et ce salopard de Bernard Blier qui me dit « Vous n’avez pas lu la pièce ? » « Non… » et me traite avec le plus grand des mépris. Le lendemain, je reviens et il me dit « Mais qu’est-ce que vous venez faire ? Vous êtes renvoyée », je suis rentrée chez ma mère en pleurant ».
Des années plus tard, devenue une figure connue du théâtre de boulevard, Laurence a une occasion de se « venger » de Bernard Blier. « Un jour, Jean-Michel Rouzière, directeur du Théâtre du Palais-Royal m’appelle pour me dire « J’ai une pièce pour toi avec Bernard Blier ». Je lui réponds « J’ai déjà un contrat signé, je ne peux pas la jouer, cependant je veux bien faire la lecture de la pièce car ça me plairait de lui jeter la brochure à la gueule. » Rouzière m’engage à faire la lecture, il accepte de me faire revoir ce con. Et le jour de la lecture, Bernard Blier, qui avait été si infâme avec moi dix ans auparavant, arrive, délicieux, souriant comme si j’étais le bon dieu. « Comment allez-vous, Laurence ? ». C’était foutu, je n’ai rien pu dire, j’ai été très polie (rires) ».

Jean Vilar
Quatre jours après l’audition ratée avec Bernard Blier, Laurence reçoit un coup de fil de Jean Vilar, qui avait entendu parler d’elle par Georges Wilson. « J’ai cru que c'était une blague. Le lendemain j'arrive à Chaillot, et Vilar m’engage au TNP ». Laurence y reste une dizaine d’années. « J’ai vu jouer les plus grands, et le TNP est devenu une famille, il y avait une vraie camaraderie entre nous tous, ce sont des souvenirs grandioses. Gérard Philipe, Maria Casarès, Daniel Sorano, Philippe Noiret, Jean-Pierre Darras, Christiane Minazzoli (dont je suis restée très proche jusqu'à son décès), Julien Guiomar, Pierre Hatet, etc. J'avais des rôles plus ou moins grands. J’ai joué à Chaillot, en Avignon et dans des tournées magnifiques ».
Au TNP, les musiques de scène sont à l'époque composées par le grand Maurice Jarre. « Nous sommes tombés amoureux, Maurice a cassé son mariage pour moi. Puis il a eu l’Oscar pour la musique de Lawrence d’Arabie et c’est là qu’on s’est séparés, au moment où il a eu du succès. Il aurait fallu que je reste avec lui (rires). On ne s’est jamais vraiment quittés, on s’est toujours aimés et après que je me sois mariée avec mon mari, François (le 30/12/1969, ndlr), Maurice lui a dit qu’il le trouvait très sympathique et l’aimait beaucoup. C’était très harmonieux entre nous trois ».
Maurice Jarre et Roger Pillaudin adaptent en comédie musicale pour le TNP Loin de Rueil de Raymond Queneau, dans laquelle Laurence a l'un des rôles principaux.
Maurice Jarre
« (Elle chante : ) « On va on vient sur cette terre, de ville en ville, de port en port, de l'est à l'ouest, du sud au nord, on se demande pour quoi faire ». Il y avait plein de jolies chansons comme ça, je ne les ai jamais oubliées. Mon rôle était magnifique, j’ai fait un tabac à la première. Le lendemain, Vilar m'appelle : « Je n'aurais jamais cru ça de toi, c'est formidable, il ne faut pas que tu restes avec nous, il faut que tu fasses du boulevard ». Vilar avait raison, je n’avais rien à faire dans les classiques, je jouais des petits rôles de fofolles un peu à part, il me fallait autre chose, le boulevard me collait beaucoup mieux. Je lui ai dit « Envoyez-moi voir des gens » (rires) et il m'a écrit des lettres de recommandation extraordinaires ».


Adaptation TV de Loin de Rueil (1961) avec Laurence Badie


Laurence commence alors une longue carrière dans le théâtre de boulevard, en débutant notamment par des comédies de Marc Camoletti. Parmi ses plus beaux succès au théâtre, la pièce Oscar (1971) de Claude Magnier, mise en scène par Pierre Mondy, avec dans le rôle principal Louis de Funès. Le rôle de Bernadette lui colle à la peau encore bien des années après, puisque quelques jours après notre entrevue, une interview télé de Laurence est prévue sur ce sujet. « La pièce avait été créée des années plus tôt (en 1958, ndlr) avec notamment Dominique Page dans le rôle de Bernadette et Jean-Paul Belmondo, mais avait moins bien marché. Notre version a eu un énorme succès, c’était bourré tous les soirs. Nous avons joué six mois, puis fait une coupure, et repris avec quelques changements de distribution : Annick Alane remplaçant Maria Pacôme qui n’avait pas de bons rapports avec Louis de Funès -je les aimais tous les deux, je ne me suis pas mêlée de ça- et Olivier de Funès remplaçant Gérard Lartigau ».
A propos de Louis de Funès : « Il était très agréable et très sympathique, je me suis très bien entendue avec lui. Dans une scène, il était couché devant Mario David -un bon copain- et moi, et nous faisait des grimaces que personne ne voyait à part nous, alors on riait et après la pièce il nous demandait « Qu’est-ce que vous aviez à rire comme ça ? ». »
Le mari de Laurence, François, qui nous rejoint, se souvient : « Maria Pacôme n’a pas aimé réaliser que le public venait principalement pour voir Louis de Funès. Il faut dire que Louis de Funès se dépensait complètement dans la pièce. Je me souviens l’avoir vu des coulisses sortir de scène, enlever sa veste dont la doublure était à moitié trempée tellement il avait transpiré, et changer de veste. Il m’avait demandé de le raccompagner en voiture plusieurs soirs, car il avait la trouille de voir du monde. Une fois il s’était retrouvé seul dans un wagon où tout le monde le regardait et il s’était dit « Plus jamais ça » ».


Louis de Funès, Laurence Badie et Mario David dans Oscar (1971)


Laurence Badie devient une grande figure du théâtre de divertissement. Toujours remarquable car singulière, d'où sa longévité. De son départ du TNP au début des années 60 jusqu’en 2016, elle n’arrête pas, adoptée par plusieurs générations d’auteurs, notamment Pierre Palmade (Si c’était à refaire, en remplacement de Régine), Laurent Ruquier, Isabelle Mergault, Virginie Lemoine, etc. « La chienne qui est là dans le salon, c’est la chienne de Mergault. Quand j’arrivais au théâtre, elle venait comme une folle vers moi et entrait dans ma loge. Un jour, Isabelle me dit « Cette chienne t’adore, moi elle ne peut plus me voir, alors je te la donne ». J’adore les animaux. J’emmène toujours mes chiens en tournée ».
Cette vie de tournée lui plaît. « Cela ne me dérangerait pas d’en faire d’autres, mais ça dépend avec qui. Je garde un très mauvais souvenir de l'avant-dernière tournée que j'ai faite, à part de Corinne Le Poulain que j’aimais beaucoup, j'attendais que ça finisse ».
Elle joue également dans des opérettes et comédies musicales comme Pic et Pioche (1967) de Darry Cowl au Théâtre des Nouveautés avec Annie Cordy. « C’est un amour, Annie. Elle m’a emmenée en avion faire une balade en Bretagne et une thalasso chez Louison Bobet à Quiberon. Lorsque mon mari et moi avons fait notre voyage de noce à Megève en janvier 1970, on s’est retrouvé par hasard dans le même hôtel qu’Annie Cordy et son mari Bruno ». « Tu parles d’un voyage de noces » s’amuse François.



Laurence Badie et Jacques Balutin chantent "Ah c'que j'ai chaud"
(extrait de l'opérette Hourra papa (1984))


Et le cinéma, dans tout ça ? Beaucoup de seconds ou troisièmes rôles. « Je n'ai jamais eu la folie des grandeurs, je voulais continuer comme ça, tant mal que bien. Je n'étais pas une arriviste. J'étais bien à ma place. Mon grand film, c’est Jeux interdits (1952). L’ex d’un cousin était maintenant avec Claude Autant-Lara, je lui ai demandé de me présenter à René Clément, qui m’a engagé. C’est un très bon souvenir. Personne ne pensait qu’on aurait le grand prix de la critique. On tournait à la montagne avec Suzanne Courtal qui jouait la maman et Georges Poujouly, très touchant, adorable, qui avait une maman un peu handicapée. Brigitte Fossey était un peu plus gosse de riche ».
Quelques années après, Laurence Badie joue la serveuse dans La Traversée de Paris (1956) de Claude Autant-Lara. « Bourvil était très gentil. Je tremblais à l’idée de voir Jean Gabin, car il était terrible avec les gens qui l’emmerdaient, mais quand il était gentil il était formidable, et avec moi il a été adorable. Il criait « Avantage à la petite ! » ».

Laurence Badie tourne aussi pour le grand Vincente Minnelli dans La vie passionnée de Vincent Van Gogh (1956) avec Kirk Douglas. « Mon agent, Isabelle Kloucowsky, avait un amant américain et grâce à elle je suis allée aux États-Unis. Mais la rencontre avec Minnelli s’est faite à Paris, il m’a promis le rôle et m’a dit qu’on tournerait dans le midi de la France. Puis je n'ai plus eu de nouvelles, quand j’appelais ils me disaient « Wait, wait », j’insistais « What about the midi (sic)? Do you need me or not ? » et ils m’ont finalement demandé de venir à Hollywood. Je ne connaissais personne mais je me débrouillais en anglais. Je m'ennuyais à mourir. En plus j'étais amoureuse de Maurice Jarre, qui me manquait. C'était affreux. Un jour on me dit « C'est à vous ». Tout ce que je devais dire c'était « Vincent is dead », Vincent est mort. J'ai fini par le dire trois fois. En me disant au revoir, ils m'ont dit « On n'a jamais vu quelqu'un venir ici et s'ennuyer autant que vous, alors on vous offre trois jours à New York dans un grand hôtel » et j'ai passé trois jours merveilleux dans un palace et je suis rentrée au TNP. Finalement, il se sont aperçus qu'on voyait trop qu’il y avait des fausses fleurs dans le décor, elles n'étaient pas d'époque, et ils ont préféré couper la scène. Enfin c’est ce qu’ils m’ont dit, peut-être qu’ils m'ont trouvée à chier, mais je ne pense pas ».
Quand on lui fait remarquer qu’elle est peut-être passée à côté d’une carrière hollywoodienne : « A l'époque ça m'ennuyait. Maintenant ça m'affolerait, je signerais tout de suite. »
Laurence Badie joue également dans deux films d’Alain Resnais (« Un homme délicieux, que j’ai connu quand il venait au TNP. Il était également ami de Maurice Jarre »), La guerre est finie (1965) et Mon oncle d’Amérique (1980).
Elle joue aussi dans Les volets clos (1972) de Jean-Claude Brialy. « Il y avait une très belle distribution, notamment Marie Bell qui était extraordinaire. On a tourné dans le midi. J’avais connu Jean-Claude Brialy quand il était venu me féliciter dans ma loge quand je jouais Loin de Rueil au TNP».

Pour la télévision, Laurence Badie tourne dans de nombreuses séries populaires : Vive la vie, Allô police, Les Globe-totters, Les enquêtes du Commissaire Maigret, et plus récemment Le miel et les abeilles ou bien Scènes de ménages.
Parmi ses meilleurs souvenirs, le rôle de la mère dans Le monde enchanté d'Isabelle (1973) réalisée par Youri. « Michael Lonsdale a quitté la série en cours de route, je suis restée avec Jean Topart, très gentil garçon. Pour Youri, un garçon très discret, que j'aimais beaucoup, j’ai également tourné avec Michael Lonsdale dans Le jubilé de Tchekov, on a eu le prix de la critique. C’était une pièce plutôt triste et le rôle n’était pas dans mon emploi habituel. Michael Lonsdale était très sympathique mais il m'avait dit qu'il ne supportait pas qu'on tourne et qu'on lui dise « à ce moment tu fais ça » alors que je n’arrêtais pas de lui dire « Là tu vas à droite, etc. ». Il a dû se dire : « Celle-là quelle horreur, plus jamais! » (rires) ».
Elle joue dans de nombreuses pièces filmées et dans de nombreux dramatiques pour Claude Barma, Marcel Bluwal, etc. « J’ai joué Les Boulingrin avec Jacqueline Maillan, qui était charmante. C’était ma voisine, elle habitait au Trocadéro. Elle et De Funès acceptaient qu’on fasse nos effets, etc. il y avait un bon esprit de troupe ».
Elle joue dans Julie de Chaverny ou la double méprise (1967) l’un des rôles principaux avec Françoise Dorléac, dont c’est le dernier rôle télévisé. « Nous avons tourné chez une dame très chic, près de l’autoroute du sud. Françoise était extraordinaire, meilleure que Catherine. Elle était quelqu'un d'unique, je l'aimais beaucoup. J'ai appris sa mort par ma voisine, qui avait appris la nouvelle à la radio ».
Parmi les projets les plus étonnants, un Cendrillon avec Claude François : « Avec Arlette Didier on faisait les deux méchantes sœurs ».
Elle participe également à un projet assez unique de l’ORTF, Commedia (épisode Le Réveil de Rose), des dramatiques entièrement improvisés. « J’aimais bien improviser! Je serais prête à refaire de l’impro. On se laisse aller, et tout d’un coup on invente quelque chose qui désarçonne l’autre. »

"Bonne cliente" pour les jeux télévisés et radiophoniques (Les Jeux de 20 heures, L'Académie des Neuf, Les Grosses Têtes, etc.), elle garantit un bon moment par sa présence et sa bonne humeur. Sa voix et son image sont également beaucoup utilisées pour la publicité.


Publicité pour Braisor avec Laurence Badie


Le dessin hommage de David Gilson 
(Publié avec son autorisation)

C’est par la grande Lita Recio que Laurence Badie débute dans le doublage : « Je connaissais Lita car ma grand-mère connaissait très bien son frère. Lita était quelqu’un d’exceptionnel, même si sa vie était un peu gâchée par des parasites qui profitaient pas mal d’elle, y compris d’une partie de son appartement de la rue Ordener. Je lui ai dit que j'aimerais bien faire de la synchro, elle m'a emmenée dans des studios, et m’a présentée à Gérard et Martine Cohen (Record Film) ». Parmi les premiers rôles de Laurence Badie au doublage : Estelle Parsons (Blanche) dans Bonnie & Clyde (1967) : « Je doublais la belle-sœur de Bonnie qui devient aveugle et paniquée. Un rôle dramatique. »
Mais c’est dans les dessins animés que Laurence et sa voix haut perchée se déchaînent : Vera, la rouquine de Scooby-Doo à laquelle elle donne une vraie personnalité (elle refait pour nous: « Y a encore un indice ! »), Casper dans Casper le gentil fantôme (« Je l’ai souvent doublé, j’aimais bien »), la narratrice des séries d’animation Joë, la serveuse dans Kuzco l’empereur mégalo, Mme Placard dans Atlantide, l’empire perdu, Tchaou dans Tchaou et Grodo, etc. « J’ai travaillé avec plein de gens formidables que j'aimais beaucoup (Roger Carel, Philippe Dumat, etc.) mais n’ai pas forcément gardé d'amitiés liées au doublage. C'est un métier où on voit les gens seulement quand on travaille avec, on les voit peu en dehors ».
En dehors du doublage, Laurence Badie marque l’enfance de beaucoup d'entre nous par sa participation à de très nombreux livres-disques, notamment pour Adès / Le petit ménestrel. « J’ai connu Lucien Adès par Maurice Jarre, qui avait composé pas mal de musiques pour sa maison de disques ». La Belle au Bois dormant (seul film d'animation Disney dont le livre-disque n'a connu qu'une seule version), La belle histoire de la princesse Natte d'or, Valentine la baleine qui voulait chanter à l’opéra, Au clair de lune, Bécassine, Les contes du chat perché, etc.


Laurence Badie conte La belle histoire de la princesse Natte d'or (1970)


Elle fait en outre une petite carrière dans la chanson, enregistrant notamment les improbables « Pour qui c’est-y ? C’est pour les hommes » et « Pourquoi qu’un dimanche c’est toujours trop court alors qu’un lundi oh là là qu’c’est long à tirer » écrites par Michel Rivgauche et Christian Sarrel. La première bénéficie même d'un cover dans la collection Pop Hit Parade chante (Musidisc). Lorsque nous lui parlons de ces chansons, Laurence les chante par cœur, provoquant un grand moment d’hilarité. Je ne peux pas résister de vous partager le document audio de ce grand moment :


Laurence Badie chante, interviewée par Rémi Carémel et Gilles Hané (16/12/2017)
(Remerciements à Amélie W. pour le nettoyage du fichier audio)


A 89 ans au moment de notre interview, elle partage sa vie entre l’appartement qu’elle loue dans le XVIème et sa maison de Plougoulm en Bretagne. « Ça fait longtemps que je vis dans cet immeuble. Au début j'étais avec Maurice Jarre, au 1er étage. Puis j'ai changé de mari et changé d'étage (rires). J'aimerais quitter ce quartier, où il n'y a que des bureaux, et retourner aux Ternes, où je vivais dans ma jeunesse. »
Elle se sent un peu oubliée du métier : « Vous croyez que j'existe encore dans la tête des gens ? Le public, oui. Les professionnels, non, ça a changé. J'ai débuté avec des gens magnifiques comme Gérard Philipe. C'était la chance… »
Laurence conclut : « C'est terrible quand on voit disparaître une génération entière. De mon côté, je ne crains pas du tout de mourir. J’ai un espoir immense que nous allons nous retrouver ailleurs tous les quatre et rencontrer Victor Hugo, Mozart, etc. ».


Publicité radio Bonduelle pour Europe 1 avec Laurence Badie
(Remerciements à Yan Mercoeur)



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mercredi 7 décembre 2022

Hommage à Jacques Ciron (1928-2022)

J'ai appris avec une immense tristesse, par sa famille, la disparition ce matin à Paris (20ème arrdt) de mon proche ami Jacques Ciron, figure incontournable du théâtre, mais également très présent au cinéma, à la télévision et au doublage. 

"Voilà comment on écrit l'histoire" : les amis de Jacques Ciron reconnaîtront facilement cette phrase prononcée par Jacques à chaque fois qu'il ponctuait une anecdote, c'est à dire très souvent. L'histoire de Jacques commence le 17 mai 1928 à Paris. Né dans une famille bourgeoise, le petit Jacques assiste à une foule de spectacles étant enfant, tandis que son père prend des cours de piano avec Marguerite Monnot. Dans le billard tenu par son oncle en Champagne, il conçoit des petits spectacles pour les clients et sa famille, et quand on lui demande ce qu'il veut faire comme métier il répond "des déguisements".

Recalé à l'entrée de son cours par René Simon qui le trouve trop jeune et trop chétif, Jacques s'inscrit au Cours Bauer-Thérond, puis suit les cours de Beatrix Dussane et de Maurice Escande, son mentor, dont il arborera souvent le chapeau après la disparition de celui-ci. Il débute alors une carrière longue et immense dans le théâtre, que ce soit du classique, du contemporain, ou du boulevard, où son sens comique (rythme, rupture de tons, expressions du visage, voix inimitable, etc.) et les personnages décalés qu'il interprète (personnages distingués à la Jacques François, et homos extravertis) font merveille.

Jacques dévore les planches aux côtés de Jean Le Poulain, Marthe Mercadier, Jean Marais, Jean-Paul Belmondo, Suzy Delair, Pierre Fresnay et Francis Blanche, avec talent, gentillesse et beaucoup d'humour. Les metteurs en scène dont il garde le meilleur souvenir ont pour nom Christian-Gérard, Raymond Rouleau et Jacques Charon. Jacques assistera ce dernier à la Comédie-Française, et participera en tant que comédien à des tournées de la troupe à l'étranger, mais Charon s'oppose à l'entrée de Ciron comme pensionnaire du Français. Une blessure pour cet amoureux de la maison de Molière.

Jacques chante dans "Attention, je pique" (1959)

A la télévision, il est "bon client" des émissions comme Alors, raconte ou Eh bien, raconte! qui invitent des gens du métier à raconter des anecdotes de tournages et tournées. Il joue dans d'innombrables téléfilms et dramatiques, mais aussi des seconds rôles au cinéma, comme dans Le Cerveau (1969) de Gérard Oury ou Les Ripoux (1984) de Claude Zidi. Son anglais parfait (lorsque James Ivory lui demande où il l'a appris, Jacques répond "In bed, sir!") le fait participer à des tournages en anglais comme Gigi (1958), Sept fois femme (1967), Mayerling (1968) ou Frantic (1988). Il garde un très bon souvenir de Harrison Ford, Peter Ustinov et Omar Sharif.

C'est en jouant au théâtre avec Serge Nadaud que ce dernier lui propose de faire du doublage. Jacques fait ses débuts dans l'un des innombrables films russes doublés à l'époque à la S.P.S. et devient vite un habitué de la synchro, avec sa voix haut perchée, abonnée aux aristocrates et maîtres d'hôtel distingués: Alfred dans les Batman (films et série d'animation des années 90), le Chapelier Toqué dans Alice au Pays des Merveilles (redoublage de 1974), Pompadour dans Babar, Pélinore dans Merlin l'enchanteur (1963), Tim Curry (l'inquiétant clown Grippe-Sou) dans Ca, etc. Ses meilleurs souvenirs de doublage? Meurtre au soleil avec son ami Peter Ustinov, et Zoobilee Zoo, série (introuvable en VF) qu'il a doublée avec Henri Salvador.

Mais Jacques ne vit que par et pour le théâtre, que ce soit sur scène ou dans le public (lorsqu'il ne joue pas, il sort tout le temps applaudir ses camarades, et j'ai la chance, à mes "débuts" à Paris, d'être invité par lui deux ou trois fois par mois au théâtre). Sa mémoire encyclopédique des distributions artistiques et de l'histoire du théâtre, sa passion pour les textes, sa bienveillance pour les acteurs, sont aimés de tous.


Jacques Ciron avec Claude Rollet, Sophie Faguin et Mathieu Serradell (piano) à ma soirée "Dans l'ombre des studios fête son non-anniversaire" (2016)

En 2015 et 2016, il accepte par amitié pour moi de monter une dernière fois sur scène, pour interpréter le Chapelier Toqué (la chanson du "Non-anniversaire" qu'il n'avait alors jamais chantée en public) lors de mes soirées hommages aux voix des doublages Disney. Les représentations sont un pur régal, quant aux répétitions, où le personnage déteint sur l'acteur, n'en parlons pas.

Partout où Jacques passe, il met de l'humour (les nombreux dîners que nous faisons occasionnent toujours un petit sketch qu'il improvise auprès de nos voisins de table), de la poésie, de la classe et sa grande gentillesse.
J'ai une très tendre pensée pour lui, ainsi que pour ses trois fils adoptifs (Denis Laustriat, Jacques Bachelier et Sébastien Saulnier).


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mardi 1 mars 2022

Décès de Dominique Paturel (1931-2022)

C'est avec une profonde tristesse que j'ai appris cet après-midi par son épouse Marie la disparition hier soir (28 février 2022) à Saint-Brieuc de notre ami Dominique Paturel, merveilleux comédien. 


Né le 3 avril 1931 au Havre d'une famille de notables aux origines havraises et bretonnes, Dominique se passionne au collège pour le théâtre et entre à Paris au Centre d'art dramatique (rue Blanche) où il suit une formation complète de comédien (qui comprend des cours d'escrime, dont on comprendra l'importance dans la suite de sa carrière).

Par son talent, mais aussi une bonne étoile qui lui fait faire les bons choix et lui fait rencontrer les bonnes personnes au bon moment, Dominique fait ses débuts au théâtre dans la troupe du plus grand metteur en scène de l'époque, Jean Vilar, où il côtoie sur scène les plus grands, et devient même ami et traducteur de Duke Ellington (venu spécialement des États-Unis composer pour Turcaret une musique de scène inspirée des inflexions de voix de la troupe. Avoir une voix qui sert d'inspiration à Duke Ellington, n'est-ce pas "la" classe?).

Petite parenthèse avec son service militaire en Algérie. Dominique assure l'organisation de spectacles de music-hall pour l'armée, participe aux émissions radiophoniques de Radio Alger (il y rencontre un certain Jacques Loussier. Impressionné par une improvisation de Bach qu'il vient de lui jouer sur un piano d'une salle de répétition, Dominique a l'idée de le présenter à un ami à lui, producteur chez Decca, qui fait signer aussitôt à Loussier sur un coin de table... le contrat de Play Bach), présente le premier direct d'Alger le 27 septembre 1958: c'est a priori sa première télévision, associée en plus à une performance technique (un avion survole la ville pour assurer la retransmission) Dominique a du mal à se déplacer dans ce marché algérois avec on l'imagine une machinerie assez lourde qui le suit, mais il est malgré tout plein d'entrain (les images d'archives que j'avais retrouvées et qu'il n'avait jamais vues l'avaient fait beaucoup rire).

Première télévision en direct d'Alger (27/09/1958)


C'est aussi à cette occasion qu'il rencontre Pierre Sabbagh, lui donne l'idée de retransmettre une pièce de théâtre en public, ce qui donnera quelques années après Au théâtre ce soir. Cette petite "parenthèse" algérienne était importante dans la vie de Dominique, qui faisait partie d'une association de comédiens vétérans, et ne manquait pas d'être présent aux commémorations de comédiens et techniciens du spectacle morts au combat.

Sa vie sur les planches se poursuit au T.N.P. de Vilar puis dans la prestigieuse Compagnie Renaud-Barrault, mais aussi au boulevard.
Dominique alterne les lieux et les genres, du classique au contemporain, en passant par le théâtre de divertissement; des théâtres parisiens, tournées internationales, centres dramatiques régionaux, en passant par l'accompagnement de petites compagnies amateurs (dans les Côtes d'Armor) ou des lectures gratuites dans des conservatoires (à Antony ces dernières années, avec ses vieux amis de cours Michel Paulin et Jacqueline Lhorca (veuve de Serge)).
A la fois bel homme et pétillant d'humour, il est aussi à l'aise pour jouer les jeunes premiers que les "valets de comédie".

La télévision ne tarde pas à s'intéresser à lui. Avec Michel Le Royer (disparu trois jours avant lui), il forme le duo de héros du feuilleton Le Chevalier de Maison Rouge (1963). La série, regardée dans presque tous les foyers français, est un immense succès, et Dominique devient un grande figure populaire du jour au lendemain, et un habitué des feuilletons de capes et d'épée, comme Lagardère (1967), D'Artagnan (1969), etc.
Sans compter les innombrables participations à des séries, téléfilms, sketchs (notamment avec ses amis et complices Roger Pierre et Jean-Marc Thibault), émissions de théâtre télévisées (une dizaine d'Au théâtre ce soir), etc.

Au cinéma, sa carrière est un peu plus discrète, il l'expliquait selon lui par son succès à la télévision (les producteurs raisonnant ainsi: pourquoi les gens paieraient pour voir des acteurs qu'ils peuvent voir gratuitement à la télévision?).

En doublage, il prête sa voix à la fois élégante et pleine d'humour à Michael Caine (dans une quinzaine de films dont Le Limier), Terrence Hill (dans la plupart des Terrence Hill & Bud Spencer), Robert Wagner (Pour l'amour du risque), Dean Jones (la saga des Coccinelle), Lee Majors (L'homme qui valait trois milliards), Roy Thinnes (Les Envahisseurs) et ponctuellement à Anthony Hopkins (Elephant Man), Omar Sharif (La Nuit des Généraux), Hardy Krüger (Barry Lyndon), etc. 
Pour doubler George Peppard (Hannibal dans Agence tous risques), il se mordille le doigt pour simuler le mâchouillement du cigare au moment de prononcer "J'adore quand un plan se déroule sans accros". 
Évidemment, de tous, le rôle le plus connu est peut-être celui de Larry Hagman (J.R. Ewing dans Dallas). Dominique prenait un très grand plaisir à doubler cet odieux personnage, qui avait marqué le public à tel point que quand il montait sur une scène de théâtre on entendait chuchoter dans le public des "C'est J.R.!"

Mais pour votre serviteur, Dominique était tout simplement "le" héros de son enfance en ayant prêté sa voix au Robin des Bois de Walt Disney (1973). Dominique gardait d'excellents souvenirs de toute cette bande de joyeux copains qu'il retrouvait à la S.P.S. Il avait doublé relativement peu d'autres films d'animation, mais gardait une certaine fierté d'avoir doublé Les Fabuleuses Aventures du légendaire Baron de Münchhausen (1978) et enregistré le générique avec Michel Legrand.

Il y a parfois des doublages moins glorieux. Je lui retrouve un extrait de doublage de film pornographique des années 70 très prisé des amateurs de nanards comiques: "Je me souviens très bien de cette séance. On m'avait appelé pour ce doublage sans me dire ce que ce serait. Depuis ce jour, j'ai toujours demandé quel était le film que j'allais doubler avant de me déplacer (rires)."

Son activité était aussi très prolifique au disque (on lui doit notamment la narration des disques Star Wars) et à la radio (Les Maîtres du Mystère, dont le speaker annonçant les voix "par ordre d'entrée en ondes" était souvent, m'avait-il dit, son ami Jean Gastaut).

J'ai rencontré Dominique lorsque j'étais bénévole au Salon des Séries et du Doublage, puis l'avais convié à monter sur scène avec Paule Emanuèle lors de ma soirée Dans l'ombre des studios fête son non-anniversaire au Vingtième Théâtre (avril 2016). A partir de sa venue à cette soirée nous sommes devenus très amis et vus très régulièrement pendant un peu plus de trois ans, avant qu'il ne s'éloigne de Paris pour retrouver ses terres bretonnes.

Jean-Claude Casadesus, votre serviteur,
Jean-Jacques Debout et Dominique Paturel
(PHONO Museum, avril 2019)
Pour l'anecdote, je me souviens d'un concert de Jean-Jacques Debout au PHONO Museum où j'avais emmené Dominique et Marie. (Dominique était ravi de retrouver Jean-Jacques Debout qu'il avait connu à l'époque où ce dernier faisait du cabaret et passait juste avant Hubert Deschamps. Dominique jouait tous les soirs une pièce avec Hubert, véhiculait son copain (trop alcoolisé pour avoir une voiture) à son cabaret après la pièce, arrivait au moment du passage de Jean-Jacques et restait avec Jean-Jacques voir le numéro de Hubert).
Cinq minutes avant le début du concert, Jean-Jacques Debout apprend par mon ami Jalal (conservateur du PHONO Museum) que Dominique va assister au spectacle, s'absente, et retarde un peu le début du concert. Pendant la soirée, Jean-Jacques Debout dit au public qu'il a un vieil ami dans la salle, Dominique Paturel, et qu'apprenant sa venue il a réécrit une chanson pour lui ("Pauvre Georges-André" de Charles Trénet). Il demande au public de chanter ensemble le refrain "Dominique Paturel, comédien exceptionnel". Pendant toute la chanson, complètement délirante, Dominique est en larmes de rires, de joie et d'émotion.


Jean-Jacques Debout au PHONO Museum (avril 2019)

En septembre 2020, il était exceptionnellement revenu à Paris pour enregistrer cette très belle émission dont j'avais soufflé l'idée à France Musique et arrangé l'organisation:
https://www.radiofrance.fr/francemusique/podcasts/etonnez-moi-benoit/le-comedien-dominique-paturel-grande-figure-de-la-television-l-une-des-voix-les-plus-connues-du-cinema-3532589

Dominique avait tous les talents, et il était l'élégance, l'humour, la gentillesse et le charme incarnés. Veuf de la comédienne Nelly Benedetti, Dominique s'était remarié il y a quelques années avec sa compagne, Marie. Je pense très affectueusement à elle, ainsi qu'à toute la famille de Dominique.

Ses obsèques auront lieu vendredi à 14h30 à Pordic, village qui lui était très cher.



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mardi 20 avril 2021

Hommage à Fred Taïeb (1957-2021)

C’est avec une très grande tristesse que nous avons appris hier matin la disparition, dimanche 18 avril 2021, de Fred Taïeb, mixeur, superviseur de doublages, directeur de sociétés de doublage et co-fondateur des studios Dubbing Brothers.
Ayant travaillé sous sa direction, chez Deluxe Media Paris, d’avril 2017 à octobre 2019 (dont plus d’un an à partager le même bureau), Fred me racontait souvent des anecdotes, et nous avions même commencé un entretien enregistré, que j’avais provisoirement suspendu, préférant éviter de mélanger vie professionnelle et blog, tant que nous travaillions ensemble. Je comptais lui proposer de reprendre ces entretiens après son départ de Deluxe pour Netflix, mais le confinement, puis la rapidité avec laquelle la maladie l’a emporté, ne me l’ont pas permis. J’ai donc rédigé cet hommage à partir de ces trop courtes trente minutes d’entretien, et de quelques souvenirs d'histoires qu'il m'avait racontées.



Fred Taïeb naît le 21 décembre 1957, dans une famille originaire de Tunis. Dans la fratrie Taïeb, Michel, l’aîné, fait une carrière de chanteur sous le nom de Michel Laurent et figure d’ailleurs sur la mythique photo de groupe du magazine Salut les copains. Le plus jeune frère, Patrick, deviendra par la suite un directeur musical et adaptateur de doublages respecté. Mais c’est dans le sillage de l’un de ses autres frères, Philippe, l’homme d’affaires de la famille, que Fred fait ses débuts professionnels, au gré des entreprises montées par son frère : vendeur de jeans à Saint-Germain-des-Prés, installateur de matériel Hi-Fi haut de gamme (expérience qui lui donne l’occasion de se rendre chez de nombreuses personnalités, de Sheila à Dalida, en passant par le tennisman Guillermo Vilas, etc.), vendeur de matériel informatique, etc.
Lorsque Philippe ouvre une société de distribution de vidéocassettes, Cocktail Video, Fred, nommé chef de fabrication, doit faire doubler un vieux film musical avec Frank Sinatra et Judy Garland. Conscient que le doublage tardif risque de desservir l’œuvre, il propose plutôt de le sous-titrer, et contacte l’une de ses amies, Patricia Angot, qui a travaillé pour du doublage au Québec et vit maintenant à Paris. Patricia l’aiguille vers Télétota (qui ne fait alors que du sous-titrage) et écrit les sous-titres. Grâce à cette expérience, lancée comme adaptatrice de sous-titres chez Télétota, elle propose un jour à Fred, au chômage après la fermeture de Cocktail Video, de travailler chez Télétota.

Chez Télétota, Fred commence comme magasinier, il répertorie et range les bandes. Très familier avec l’informatique et notamment avec les premiers Mac, il propose que les devis, assez compliqués en doublage (comprenant de nombreuses étapes, et comptés en bobines de 9 minutes au lieu de 10, Télétota ne travaillant que pour la télévision et la vidéo), soient faits sur Excel. Il prend de plus en plus de responsabilités, jusqu’à devenir directeur de production de l’entité « doublage » naissante de Télétota (sise au 35 boulevard Berthier, dans les studios où la maison de disque CBS faisait jadis enregistrer Joe Dassin, etc.) sous la direction de Marie-Christine Chevalier. « Je dois beaucoup à Marie-Christine, qui m’a appris à faire ce métier avec rigueur, intégrité et honnêteté ».
Parmi les clients de Télétota, Disney Television, dont le représentant londonien, Horace Bishop, se lie avec Fred, et lui confie de plus en plus de travail. Télétota double alors toutes les séries d’animation Disney passant sur Disney Channel ou sur TF1 le dimanche (La Bande à Picsou, Myster Mask, Super Baloo, etc.) et double ou redouble de multiples court-métrage d’animation. « Je me suis tapé l’inventaire de tous les Silly Symphonies et autres cartoons Disney –je me souviens même du nombre, il y en avait 492- pour vérifier l’état du son, des inserts image, etc. J’ai confié ce travail à une amie, Nicole Raucher, qui était hallucinée d’être payée à visionner des cartoons (rires) » m’avait-il raconté.

Ne connaissant pas le milieu des choristes, Fred engage pour l’un de ses premiers doublages musicaux les Chœurs de l’Armée Française. Le swing n’est pas au rendez-vous, et c’est finalement son directeur technique qui lui recommande les frères Georges et Michel Costa (que Fred, plus jeune, avait vus faire des choeurs pour son frère Michel Laurent), « stars » des choristes de l’époque. « Pour moi, travailler avec les Costa, c’était un rêve inaccessible. Ils ont accepté que nous travaillions ensemble et leur travail était très précis, et remarquable ».
Les Costa entrent ainsi dans le doublage, avec les Davy Crockett (dont même la narration est chantée). Fred, qui a appris le piano classique à partir de six ans et a une excellente oreille, se régale d'assister aux séances d'enregistrement des chansons. Parmi les choristes de Georges Costa, le grand Jean-Claude Briodin (membre fondateur des Double Six et des Swingle Singers): « Jean-Claude a aussi ponctuellement dirigé des chansons de Silly Symphonies et d'autres cartoons pour moi. Je me souviens que pour des raisons techniques, il avait dû en enregistrer certains sans l'image, et au moment de les mixer on s'est rendu compte que tout était parfaitement synchrone, tellement le travail de Jean-Claude était précis ».

Autre personnage important à faire son entrée dans le doublage grâce à Fred : le parolier Luc Aulivier. « Je l’avais également connu par mon frère Michel, il lui écrivait des chansons. Luc était formidable, il avait beaucoup d’esprit et de poésie, c’était une sorte de Raymond Devos, il connaissait le dictionnaire des synonymes par cœur. Je me souviens d’un texte de chanson très imagé qu’il avait écrit pour un album de mon frère : « A l’encre de Chine, je dessine Saint-Lazare, à la peinture Réaumur en vert Prévert sur les trottoirs, j’écris S.O.S. P.A.R.IS. et je signe mon tableau avec la plume d’un oiseau qui vole vers Paris ». »
Chez Télétota, Fred rencontre également deux ingénieurs du son qui deviendront de proches amis : Fred Echelard et Frédéric Drey.

L’installation technique chez Télétota est alors assez... artisanale. « Nous n’avions pas de matériel pour la synchro, on ne pouvait pas faire défiler l’image avec la rythmo, donc on filmait l’image et la rythmo avec une caméra et un éclairage stroboscopique qui envoyait 25 éclairs par seconde. Cela donnait une cassette figée avec rythmo incrustée, à partir de laquelle on ne pouvait pas faire grand-chose. La détection était faite au timecode. »
Début 1991, on lui confie chez Télétota le truquage des voix parlées et chantées des souris pour le redoublage de Cendrillon. « C’était du bidouillage, mais j’ai trouvé le moyen d’enregistrer les rythmos des souris avec des pourcentages de ralentissement, qu’il fallait ré-accélérer à la bonne vitesse ».
Michel Berdah, adaptateur de doublages, qui était alors assistant de plateau à Télétota, m'a raconté que Fred avait en outre impressionné Disney en créant de fausses stéréos pour les sorties VHS d'anciens films Disney (notamment la saga de La Coccinelle) dont le son d'origine était en mono.

Insatisfait de l’équipement du studio, Fred quitte Télétota, pour devenir en mai 1991, grâce à Horace Bishop, superviseur créatif Disney (l’entité Disney Character Voices, chargée de superviser les voix Disney dans le monde, venant tout juste d’être créée) pour la France et l’Europe. « On n’avait pas de bureaux attitrés, j’allais dans les locaux de Walt Disney Records, sur les Champs-Elysées, mais je n’avais le droit d’utiliser le bureau que le matin, car l’après-midi la chanteuse officielle Disney de l’époque venait signer des autographes. Alors, je partais travailler sur un banc du Parc Monceau ». Le premier film d’animation que Fred supervise pour Disney, La Belle et la Bête (novembre 1991), se fait dans la douleur, avec un planning serré (dû à une date de sortie avancée au Canada), besoin du prendre du temps pour certains interprètes expérimentant le doublage pour la première fois, et de petites tensions avec la S.I.S. (studio où ont été doublés les films Disney des années 80) et les équipes en place, qui n’avaient pas de superviseurs auparavant. Fred décide de faire doubler les chansons dans un studio d’enregistrement (Studios Plus Trente) au lieu d'un studio de doublage, afin qu’elles soient enregistrées par des ingénieurs du son sachant enregistrer la musique, et dans de bonnes conditions techniques. « Il fallait que ce soit exploitable pour le cinéma, et donc veiller à ce qu’il n’y ait pas trop de réverbe. Nous avons mis des tapis par terre, et réarrangé le studio ».

Fred confie le doublage des suivants, Peter Pan (2ème doublage, mai 1992), Bambi (3ème doublage, février 1993) et Aladdin (mai 1993), à la société naissante montée par son frère Philippe (Dubbing Brothers, qui n’est alors pas encore basée à La Plaine Saint-Denis: le siège social est à Montmorency et le studio (devenu depuis un magasin de meubles) à Epinay-sur-Seine), à Jean-Pierre Dorat (Alphabet Productions) et à ses anciens amis de Télétota. Il s’entoure de ses fidèles collaborateurs : le directeur musical Georges Costa, le dialoguiste et directeur artistique Philippe Videcoq (« Philippe est un geek de Disney, il connaît tout de A à Z, écrit remarquablement bien et synchrone, et s’est éclaté à diriger Peter Pan ») et le parolier Luc Aulivier.
« Peter Pan ressortait en salles, mais en mono. C’était un projet très difficile, mais nous étions tous très motivés. On enregistrait dans une cave, nous n’avions pas de rythmo directement visible, il fallait ouvrir une porte et elle était projetée par des miroirs. Les chœurs étaient très compliqués, il y avait seize choristes à faire chanter ensemble, avec des changements de tempo fréquents, pour lesquels nous devions préenregistrer des clics. J’enregistrais les séances sur des D.A.T., en réécoutant les bandes on entend tout, de la première répétition jusqu’à la fin. Le film étant distribué par Warner, la superviseure Warner, Lori Rault, nous attendait au tournant, mais je crois qu’on a fait du bon boulot. Ce n’était pas évident car il fallait aussi qu’on change le texte du premier doublage, « Nous suivons le guide » devenant « A la file indienne », etc. Nous avons eu de nombreux échanges avec la SACEM et depuis ce jour, quand on réadapte un film, l’ancien adaptateur garde 10% sur les droits, car il y a forcément des bouts de dialogues qui restent identiques d’une adaptation à l’autre. »
Autre souvenir à propos des chœurs de Peter Pan : « Il y avait dans le groupe les Fléchettes (quatuor vocal constitué de deux sœurs et de leurs deux cousines, NDLR). Je me souviens d’un jour où nous étions allés déjeuner ensemble. Il y avait dans le restaurant un accordéoniste qui jouait des airs qu’elles avaient connus dans les balloches de leur enfance, et elles se sont toutes mises à chanter ensemble, parfaitement harmonisées, c’était magique ».

Tout en continuant à superviser les doublages Disney, Fred s’investit de plus en plus au côté de son frère Philippe dans la création des studios Dubbing Brothers à La Plaine Saint-Denis. Le premier film à essuyer les plâtres de l’auditorium chansons est Le Roi Lion (mai 1994). Avec Aladdin et d’autres Disney doublés un peu plus tard, Le Roi Lion est certainement l’un des meilleurs souvenirs professionnels de Fred, qui gardera longtemps la nostalgie des Disney de cette époque-là. Pour ce film, Claude Rigal-Ansous, avec qui Fred avait eu des échanges compliqués sur La Belle et la Bête, écrit les dialogues, et Luc Aulivier les chansons.
Les adaptations de chansons de Luc Aulivier sont un cas d’école, préférant trouver de nouvelles images poétiques respectant l’esprit de la version originale, plutôt que de chercher scrupuleusement à traduire les paroles (comme le font les versions françaises québécoises). Par la plume de Luc Aulivier, « A whole new world » devient ainsi « Ce rêve bleu » dans Aladdin, et « Colors of the wind » « L’air du vent » dans Pocahontas. « Je prends souvent l’exemple de « Can you feel the love tonight » que Luc a adapté dans Le Roi Lion en « L’amour brille sous les étoiles ». Le traduire en « Est-ce que tu sens l’amour ce soir ? » aurait été laid, voire… quelque peu inapproprié (rires) ».
Fred aimait beaucoup les jeux de mots et autres trouvailles de Luc. Je me souviens de Fred corrigeant les interlocuteurs qui faisaient l'erreur de chantonner « Moi j'ai du poil au menton 
» au lieu de « Moi j’ai du voile au menton » (chanté dans "Prince Ali" d'Aladdin par le génie, apparaissant voilé à l'image).

Pour Pocahontas (juin 1995), Fred fait passer un essai à Michèle Morgan pour doubler Grand-Mère Feuillage. C’est finalement Annie Cordy qui est choisie. Anecdote que Fred m’avait racontée : « Annie Cordy avait l’habitude, en parcourant les routes pour faire des galas, de laisser un pourboire aux ingénieurs du son des villages où elle chantait. Après l’enregistrement de sa chanson de Pocahontas, l’ingénieur-du-son a découvert une enveloppe avec un billet sur sa console (rires) ».
Dans Le Bossu de Notre-Dame (février 1996), doublage remarquable, Fred supervise un Francis Lalanne complètement habité par son personnage (Quasimodo). « Lors d’un enregistrement, Francis enregistrait dans la cabane et tout d’un coup on ne le voit plus. Je m’approche et je le vois par terre, en larmes tellement il était touché par le personnage. Le Bossu de Notre-Dame est un grand souvenir de doublage. Mon mentor, Blake Todd (vice-président de Disney Character Voices International, NDLR), était très pointilleux, mais il a bien fait car ses remarques étaient toujours très pertinentes ». Fred retrouvera Francis Lalanne par hasard quelques années plus tard, vivant aux Etats-Unis dans le même quartier, et leurs familles deviendront amies.

Fred supervise également les doublages du Noël de Mickey (2ème doublage, mars 1992), Coquin de printemps (2ème doublage, décembre 1992), Noël chez les Muppets (septembre 1993; il adorait le générique de fin), L'étrange Noël de Monsieur Jack (juin 1994), Toy Story (1996), La Belle et le Clochard (3ème doublage, mars 1997; pour lequel il fait "réapparaître" l'accompagnement orchestral des choeurs de "Bella Notte" qui avait été curieusement enlevé lors du doublage de 1989), Hercule (1997), sans compter les voix et chansons des attractions et spectacles d'Euro Disney et des spectacles Disney sur glace, les VHS de sing-along, etc.
Pour Hercule, Fred se rend aux Etats-Unis, où il assiste à l’enregistrement de la musique originale (chœurs des muses, etc.), et en gardera un souvenir extraordinaire.
Son travail pour Disney ne se borne pas à la France, et il doit parfois faire doubler pour la première fois en Europe de l’Est des films comme Le Livre de la Jungle : « J’ai pendant longtemps conservé et écouté la piste orchestrale du Livre de la Jungle, qui était incroyable ».

En juillet 1998, Fred quitte Disney pour devenir directeur de production (et également superviseur et mixeur "maison") de Dubbing Brothers, où il travaille sur de nombreux grands films (dont les Star Wars I et II, Shrek, Mulan, etc.) jusqu’en 2003. Après un court passage à la supervision de DreamWorks, il s’installe à Los Angeles (il m’avait d’ailleurs raconté que le livre de mon confrère François Justamand, Rencontres autour du doublage des films et des séries télé, dans lequel il est brièvement interviewé, lui avait servi de « carte de visite » pour l’obtention de son visa) pour l’antenne américaine de Dubbing Brothers. Il y travaille jusqu’en juin 2011, mixant de nombreux films.

De retour en France, Fred Taïeb crée pour le groupe Technicolor des studios de doublage à Saint-Cloud, dans un pâté d’immeubles qui a toujours été historiquement rattaché au cinéma (laboratoires L.T.C.) et au doublage (M.P.S., etc.). Le studio ferme en janvier 2014 en raison des problèmes rencontrés par Technicolor, mais il est repris par le groupe Deluxe en juillet 2014, avec de nouveau Fred à sa tête, privilégiant la qualité du travail, le respect des conventions collectives et le bien-être au travail.
La gestion d’une entreprise ne lui octroyant que peu de temps pour toucher aux aspects les plus créatifs du doublage, c’est avec enthousiasme qu’il accepte en octobre 2019 la proposition de Netflix (ouvrant des bureaux à Paris) de devenir leur premier superviseur doublage en France (Over the moon, Ratched, etc.).

Autodidacte complet, Fred touchait à tous les domaines du doublage avec une grande expertise. Son professionnalisme, son écoute, son sens de l'accueil, sa bienveillance, en faisaient un professionnel respecté et aimé aussi bien des comédiens, que des techniciens et des clients. Dans Le Roi Lion, Med Hondo étant en tournage à l'étranger au moment de la réception de l'image finale du film, Fred avait dû enregistrer lui-même la dernière réplique de Rafiki, désignant à Simba le rocher des lions, où celui-ci doit devenir roi, d’un magnifique et dramatique : « C’est l’heure... ». L’heure de Fred est hélas venue bien trop tôt, et je pense très affectueusement à Anouch, Noé, Angela, Patrick et toute sa famille.


Fred Taïeb faisant visiter les studios Technicolor en 2012


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mardi 16 mars 2021

Hommage à Sylvie Feit (1949-2021)

Nous avons appris avec une très grande tristesse la disparition de la comédienne Sylvie Feit, mercredi 3 mars 2021 à Cannes. Très active au théâtre et passionnée par son art, Sylvie était également l’une des plus belles voix du doublage français, et une militante très impliquée pour la cause des artistes interprètes.
Un après-midi de juillet 2017, mon ami Gilles Hané et moi-même l’avions retrouvée pour un café-entretien, qui a duré près de trois heures. Par manque de temps, je n’avais pas encore retranscrit cette interview et ne pensais jamais que Sylvie, avec qui j’ai eu depuis le bonheur de partager plusieurs sorties spectacles et autres bons moments, nous quitterait si tôt.

(Remerciements à Béatrice Delfe, Bernard et Raphaël Bétrémieux, Bernard Métraux, David Gential et Gilles Hané)



Tandis qu’attablés dans un café bruyant, nous commençons à évoquer quelques noms de comédiens, pour certains disparus depuis longtemps, Sylvie Feit sourit : « Ça me fait plaisir de parler de toutes ces personnes avec vous. D’habitude je n’ose pas, ça fait vieux combattant. Je suis un dinosaure. »
Sylvie Feit naît le 29 juillet 1949 à Argenteuil. « Ma vie est un destin. Je suis née dans une famille avec beaucoup d’amour, mais qui était très pauvre. Mon père était mécanicien dans un petit garage. Nous vivions à cinq dans une pièce. »

A l’âge de cinq ans, Sylvie rêve de devenir danseuse étoile.
« Chez moi, il n’y avait ni radio, ni téléviseur, et nous ne sortions pas au spectacle ou au cinéma. Je n’avais jamais vu un ballet, alors comment cela m’est-il venu ? Je crois que c’est en allant chez une copine de classe qui vivait dans l’un des rares immeubles un peu chic d’Argenteuil, immeuble dans lequel mon mari et moi avons par la suite acheté notre premier appartement. Il y avait chez elle une photo ou une affiche de danseuse en tutu, et ça m’a fascinée ».
Sylvie danseuse
Sylvie mène la vie dure à ses parents, leur demandant tous les jours de l’inscrire à un cours de danse classique. Un couple de champions du monde de danse de salon vient justement d’ouvrir une école de danse, avec une classe classique. « Ma mère est allée voir ce professeur pour lui demander de me prendre à l’essai pendant un cours, en espérant que je m’en désintéresse au bout de quelques minutes. Et quand elle est venue me récupérer après le cours, le professeur a dit à ma mère que j’étais douée, et que comme nous n’avions pas d’argent il acceptait de ne pas me faire payer les cours ». Un ballet se forme et enchaîne les petits galas (Rotary, etc.) pour lesquels la mère de Sylvie coud les costumes. Très douée, Sylvie s’y épanouit complètement.

« Un jour, nous dansons pour les attractions de la Samaritaine, il y a là un magicien très connu et je discute avec sa fille et assistante. C’était un ange avec des paillettes, qui avait le même âge que moi : dix ans. Elle me raconte qu’elle va dans une école gratuite pour les enfants du spectacle. Et là, un nouveau combat avec mes parents s’annonce (rires) ».

Après que la mère de Sylvie se soit renseignée, Sylvie intègre l’École des enfants du spectacle (fondée par le comédien Raymond Rognoni), qui propose aux enfants des cours de théâtre, danse et musique le matin, des cours « normaux » l’après-midi, et la possibilité de préparer le concours d’entrée à l’Opéra.
« C’était gratuit, mais il fallait quand même aller à Paris seule, payer le métro. Levée à 6h, cours artistiques à 8h, école de 13h à 17h, puis cours de danse le soir, et retour à Argenteuil ».
L'École des Enfants du Spectacle
 aujourd'hui

A l’école, Sylvie se retrouve en même temps que les enfants Boda (fratrie de six enfants artistes ; deux d’entre eux, Benjamin et Elisabeth, ont doublé les enfants Banks dans Mary Poppins), les sœurs Dominique ("Mino") et Véronique Mucret (danseuses, d’origine antillaise), Catherine Demongeot (future « Zazie dans le métro »), Patrick Lemaître (futur compositeur, et trésorier de la SACEM), Gérard Palaprat (premier amoureux de Sylvie, qui deviendra célèbre dix ans après en chantant « Pour la fin du monde » et « Fais-moi un signe » composés par... Patrick Lemaître), François Leccia et Sylviane Margollé (comédiens et futures « grandes voix » du doublage). Cette dernière prend une place à part dans la vie de Sylvie. « Sylviane Margollé était comme ma sœur. A l’École des enfants du spectacle, c’était la star, elle avait joué la fille de Belmondo dans « Un singe en hiver », Cosette pour la télévision, et avait même tourné une petite française dans une série américaine, qui traitait du débarquement en Normandie. Nous n’avons pas été très longtemps en classe ensemble, mais nous sommes restées très amies. Elle trouvait que j’étais une « grande personne » car je me mettais du vernis en douce (rires). »

A l’école, Sylvie suit des cours de théâtre et reçoit des accessits. La plupart des metteurs en scène de théâtre et réalisateurs pour le cinéma ou la télévision font à l’époque leur choix d’enfants parmi ceux de l’École des enfants du spectacle. Sylvie joue dans plusieurs séries, pour le film Les Vierges (1963) de Jean-Pierre Mocky, et est choisie à douze ans par Jean Mercure pour jouer un rôle important dans la pièce Le Paria (1963) aux côtés de Gaby Morlay, Daniel Gélin et Jean-Roger Caussimon, l’un de ses meilleurs souvenirs.
« C’était un grand démarrage. A côté de ça, je me rendais compte que ça devenait compliqué financièrement pour mes parents de me payer les cours pour entrer au ballet de l’Opéra. J’adorais le théâtre et les tournages, et en plus je gagnais un peu d’argent. Je me suis donc imposé le choix de poursuivre la comédie et d’abandonner ma carrière de danseuse, même si j’ai continué à danser pour le plaisir avec un ballet, la compagnie de Cluny »
Sylvie dans Le Paria
.

Gaby Morlay va jouer un rôle décisif dans le parcours de Sylvie. Tout d’abord, au théâtre, après les représentations, Sylvie croise souvent la meilleure amie de Gaby Morlay, Nicole. Quelques temps après, Sylvie croise la Nicole en question à des obsèques familiales et se rend compte qu’elles font partie de la même famille. Cette cousine est mariée au bruiteur de Lingua-Synchrone (la société de doublage de Richard Heinz, à une époque où les bruitages étaient faits en même temps que le doublage). « Il m’a invitée à une séance dirigée par Richard Heinz. Je n’allais jamais au cinéma, donc je ne savais pas ce que c’était, je suis même allée voir derrière l’écran pour voir s’il y avait des gens qui parlaient (rires). Richard m’a fait passer un essai, qu’il a trouvé très bien, en croyant que j’en avais déjà fait. Les enfants comprennent vite. Puis il m’a appelée pour doubler une fille dans « Les Anges aux poings serrés » (1967) avec Sidney Poitier. Parmi les premières comédiennes que j’ai rencontrées au doublage, Claire Guibert, qui était une femme d’une élégance et d’une gentillesse ! J’étais très impressionnée, elle m’a pris ma main en me disant « Tout va très bien » avec son si joli regard et sa voix magnifique. J’aimais aussi énormément Martine Sarcey, qui était gentille, élégante, avec des convictions et du caractère ».

Par ailleurs, Gaby Morlay conseille à Sylvie de prendre des cours de théâtre plus professionnels. « Gaby m’a envoyée chez Teddy Bilis, qui donnait des cours à la Mairie du Xème. J’y ai rencontré Denis Llorca (fils de Serge Lhorca) qui est devenu comme un frère jumeau. Nous voulions tous les deux jouer la tragédie, moi Médée et lui Caligula 
». Pendant deux ans et demi, Sylvie reste chez Teddy Bilis tout en continuant les tournages et l’École des enfants du spectacle. Son professeur lui conseille de suivre les cours de Raymond Girard. Elle a quinze ans, Denis Llorca et elle se retrouvent en cours avec Jacques Frantz, Jean Barney et Bernard Menez, et passent le concours d’entrée au Conservatoire ensemble. « On était en-dessous de l’âge autorisé pour intégrer le Conservatoire, mais on a été pris grâce à une dérogation, comme auditeurs pendant trois mois, avant d’entrer au Conservatoire comme élèves. J’avais seize ans et demi ».
Sylvie se retrouve dans la classe de Robert Manuel, tandis que Denis Llorca entre dans celle de Fernand Ledoux. « J’adorais Fernand Ledoux mais il ne m’a pas pris dans sa classe, à mon grand regret ». Elle sympathise avec Catherine Salviat (fille de Robert Manuel et future sociétaire de la Comédie-Française), avec qui elle prend des cours de théâtre espagnol et part pour un mois de tournée à jouer du Garcia Lorca en espagnol. « Il y a quelques temps, Catherine a acheté une vieille malle du Conservatoire dans laquelle il y avait des dossiers et elle a retrouvé ma fiche. Elle me l‘a remise après une représentation ».

Magali Noël

Au bout d’un an, Sylvie reçoit simultanément des engagements pour trois projets, un au théâtre, un à la télévision et un au cinéma. « On ne pouvait pas prendre une année sabbatique au Conservatoire. Je suis allée pleurer dans le bureau de Roger Ferdinand, le directeur de l’époque, qui était un vrai papa gâteau pour les élèves. Il a été magnifique et m’a accordé mon année sabbatique ». Parmi ces trois projets, Jacques Charon l’engage pour une tournée de cinq mois de La Dame de chez Maxim (de Feydeau) avec la Comédie-Française (que Sylvie ne souhaitait pas intégrer). « Il y avait Denise Gence, Jacques Dumesnil, Jean-Jacques, Maurice Risch et Magali Noël qui revenait de tourner avec Fellini, et était avec moi un amour de femme, elle m’a pris sous son aile 
».

En même temps, pour la télévision, elle joue une championne de natation dans le feuilleton Nanou, avec dans la distribution Paula Dehelly, que Sylvie retrouvera souvent au doublage plus tard (notamment dans les Arabesque), et qui invitera régulièrement Béatrice Delfe et elle à des goûters petits gâteaux-champagne chez elle. Pendant le tournage de Nanou, l'agent de Sylvie l'envoie passer une audition pour jouer sous la direction de Jean Renoir dans Le petit théâtre de Jean Renoir (1970) avec Fernand Sardou. « Jean Renoir je ne savais pas qui c’était, je trouvais que c’était un vieux monsieur, mais comme mes parents étaient très impressionnés à l’idée que je le rencontre, je me disais que ça devait être important. J'ai réussi mon audition, mais malheureusement, Fernand Sardou ayant fait un infarctus pendant le tournage, le plan de travail a été modifié et on m’a demandé de venir en urgence dans le midi tourner mes scènes. Il me restait deux jours de tournage avec « Nanou », et le réalisateur de "Nanou" a refusé de modifier son plan de travail. Je l’ai su plus tard, mais Paula Dehelly, qui avait un cœur en or et un sacré tempérament, l’a traité plus bas que terre. Quant à moi, en colère de son arrogance, j’ai fait par vengeance quelque chose qui n’était pas du tout professionnel : je me suis coupé les cheveux le matin du dernier jour de tournage! Comme ma coupe de cheveux n’était pas raccord avec celle du reste de l’épisode, ils m’ont mis un bonnet de bain pendant toute la journée».


Françoise Laurent (Nanou, à gauche) et Sylvie Feit (Katty, à droite) et l'entraînement sévère de Paula Dehelly (l'entraîneuse) dans le feuilleton Nanou

Pendant cette année 1968, Sylvie tourne également un film franco-hispano-tunisien, Le Dernier Mercenaire (titre original : Gallos de Pelea). « C’était un film de série Z, je jouais la petite-amie d’un rebelle tunisien. Le metteur en scène espagnol est tombé (platoniquement) amoureux de moi, et m’a fait tourner pendant deux mois et demi au lieu d’un mois. A l’époque il n’y avait pas de portable, je ne pouvais pas prévenir mes parents. Mon agent, Claude Briac, qui était le Artmédia de l’époque, les rassurait en leur disant qu’il réécrivait mes scènes, et que du coup le tournage prenait plus de temps ».

Sylvie rentre à Paris… en mai 1968. « J’ai découvert la politique et démissionné avec pertes et fracas du Conservatoire. « Tous des traîtres ! » ». Elle se lance alors pleinement dans le théâtre et le doublage. Parmi ses premiers grands souvenirs de synchro, quelques années après Les anges aux poings serrés, toujours pour Richard Heinz (société de doublage Lingua-Synchrone, qui doublait la plupart des films distribués par Columbia Pictures) : Cinq pièces faciles (1970) avec Jack Nicholson. « Richard Heinz adorait diriger les acteurs. C’était un prince, un homme gentil, élégant, cultivé, et très protecteur envers les jeunes. Il nous invitait toujours à déjeuner chez Germain, rue Mermoz. Je l’adorais, et je le faisais rire car lui était très policé, avec une femme anglaise qui s’appelait Cherie alors que moi j’étais très nature, fille de banlieue. Il était venu à mon mariage. Il faisait du travail d’artisan, il ne vendait pas des sardines. Des gens comme Jacques Barclay et lui prenaient le temps : huit boucles par demi-journée, deux heures pour déjeuner. On ne pouvait pas revenir en arrière, donc quand on se trompait, on refaisait la boucle tous ensemble. »

Farrah Fawcett et Lee Majors dans
L'homme qui valait trois milliards
Sylvie commence à travailler énormément, outre Richard Heinz, pour Gérard Cohen (Record Film), Roger Rudel (S.P.S.), Jacques Willemetz (Les Films Jacques Willemetz) et Jacques Deschamps et Jacques Thébault (Synchro Mondiale / Interfilms). « Jacques Deschamps me considérait comme un « mec », j’étais un peu le fils qu’il aurait voulu avoir.
Quant à Jacques Willemetz, je n’ai eu quasiment que des rôles importants chez lui, c’est dans ce studio que Béatrice Delfe et moi nous sommes connues, et que nous avons plus tard repéré Patrick Poivey et l’avons lancé dans le doublage. A nos débuts, Béatrice et moi étions convoquées sur les mêmes essais. J’ai par exemple doublé, sous la direction de Jean-Henri Chambois (Synchro Mondiale) plusieurs guests dont Farrah Fawcett dans « L’homme qui valait trois milliards » avant que Béatrice ne la double dans « Drôles de Dames ». Béatrice et moi avons eu plus tard un emploi bien défini, elle la brune mystérieuse et rigoriste et moi la blonde insupportable qui se fait violer ou torturer. C’est ce schéma-là dans « Officier et Gentleman » (1982) (Béatrice double Debra Winger et Sylvie double Lisa Blount) et « Octopussy » (1983) (Béatrice double Maud Adams et Sylvie double Kristina Wayborn) »
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Béatrice Delfe se souvient de sa rencontre avec Sylvie Feit : « J’avais tourné « Le Paria » de Claude Carliez en 1968-1969 avec Jean Marais et Horst Frank. Je suis allée me post-synchroniser chez Richard Heinz, qui a aimé mon travail et m’a proposé de faire du doublage. J’ai été formée au doublage par Richard, et j’ai rencontré très rapidement Sylvie chez Willemetz. Ce qu’elle dit à propos de nos emplois est vrai. On nous distribuait souvent sur deux bonnes copines. Dans « Officier et Gentleman », chez Heinz, nous enregistrions avec François Leccia -Sylvie l’avait connu à l’École des enfants du spectacle, il était adorable et on l’aimait beaucoup- et Joël Martineau. On avait aussi doublé toutes les deux « Les aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin» (1986) sous la direction de Jean-Claude Michel.
Je me souviens aussi du doublage du film d’horreur « La dernière maison sur la gauche » (1972). Certaines scènes étaient assez insoutenables, le film avait d’ailleurs été censuré dans certains pays. Comme Sylvie était enceinte, je lui ai proposé de sortir du studio et d’enregistrer ses cris à sa place dans les scènes d’horreur. Ce film d’horreur, nous l’avons doublé chez Jacques Willemetz, c’est là où nous avons le plus travaillé ensemble et où nous avons eu nos plus grands fous rires, Sylvie et moi. C’était la belle époque. Jacques était particulier, il disait beaucoup de bêtises et refaisait complètement le film. Il avait des indications de jeu comme «Tu peux crier sans parler fort ? » ou « Sur-articule mou ! ». Quand il se mettait en colère, on claquait la porte du studio. Un jour, Bernard Murat lui a dit « Ne me re-convoque plus jamais ! » et il lui a répondu « Je te re-convoquerai si je veux ! » (rires) et il l’a re-convoqué illico presto.
Il y a eu une époque, vers 1976, où c’était la mode des pornos -pornos soft, mais quand même du porno-, on les doublait chez Willemetz, Record Film, CELTEC, etc. Une fois, on arrive à 9h30 du matin en studio et Sylvie, voyant ce qu’on va doubler, dit « Je crois que je vais manger une petite tarte pour me donner du courage » (rires) et elle va au bar commander une tarte. »


Parmi les actrices que Sylvie double à cette époque, la belle Geneviève Bujold dans Obsession (1976) et Morts suspectes (1978). « On m’a dit que c’était Geneviève Bujold elle-même qui m’avait choisie pour « Morts suspectes ». On était très proche physiquement. Marion Loran l’a également doublée une fois où je n’étais pas libre ».

Pour Bo Derek, la "rencontre" se fait autrement. Sylvie croise dans les studios de La Garenne (où s’enregistrent les doublages S.I.S. et Sonorinter (Didier Breitburd)) Fyana Narwa, canadienne anglophone, à l’accent anglais très prononcé, qui fut assistante de plusieurs patrons de doublage. Elle lui dit qu’elle fait passer des essais pour une nouvelle star blonde magnifique et lui demande des idées : « Comme elle connaissait bien son métier, je me suis dit que si elle ne pensait pas à moi c’est qu’elle avait ses raisons. Je lui propose toutes les jolies voix enjôleuses de l’époque : Evelyn Selena, etc. Puis nous nous recroisons plusieurs fois, et à chaque fois Fyana me dit « Ma chérie, c’est infernal, ils me renvoient tous mes essais à la gueule ». »
Fyana Narwa demande à Sylvie comme un service personnel de passer les essais, pour mettre en valeur d’autres choix qui lui paraissaient plus pertinents. « Jacques De Lane Lea, nouveau patron de la S.I.S., m’a vue arriver, je pense que je jouais la pièce 
« S.O.S.» à l’époque et pesais 45 kg, quand je disais que je doublais Ornella Mutti, on me prenait pour une mythomane. Le lendemain, Fyana m’appelle : « Tu es choisie ! Tu es my chef d’œuvre !». Des années après, on s’est croisées à une manifestation pour les intermittents et elle s’est exclamée « Tu es là, my chef d’œuvre !» (rires). »
Le jeu de Bo Derek étant assez limité, le doublage est parfois compliqué. « Dans « Elle » de Blake Edwards, je souffrais, et Pierre Arditi, avec qui j’avais déjà travaillé sur « L’homme de l’Atlantide », se moquait de moi. Mais le pire était pour « Tarzan, l’homme singe » où là le directeur artistique m’a demandé d’être mauvaise et de ne pas chercher à l’améliorer, c’est un très mauvais souvenir. L’histoire a une suite : un jour, Martine Cohen (Record Film), que j’aimais beaucoup me dit « On a un film avec Bo Derek qui arrive, mais la comédienne que j’ai entendue dans « Tarzan », je ne sais pas qui c’est mais c’est catastrophique, il va falloir que je trouve quelqu’un d’autre. » Je lui ai dit « Tu vas être très déçue mais la comédienne… c’est moi. Mais je suis contente que tu ne m’aies pas reconnue ! ».»

Le directeur artistique qui avait dirigé Sylvie dans Tarzan, l’homme singe la convoque un jour pour doubler Karen Allen (que Sylvie avait déjà doublée par le passé) dans Terminus (1987) de Pierre-William Glenn, avec Johnny Hallyday. La première projection avait fait un tel flop que le film avait été complètement remonté et devait être entièrement post-synchronisé dans un studio au Perray-en-Yvelines.
« Je n’avais pas compris que je devais enregistrer en même temps que Johnny. Il arrive en retard avec toute une cour qui lui tend des chewing-gums, ne comprend pas les indications du directeur artistique (le réalisateur, lui, n’était pas présent sur le plateau), et ça devient très compliqué. A un moment, j’ai une scène typique de celles que je sais le mieux faire, où je me fais torturer, violer, etc. Johnny est sur le cul et me demande « Comment vous avez fait ça ? » « Je joue, tout simplement ». A partir de là, il m’a demandé que je le dirige dans ses scènes, le directeur artistique s’est fait discret, et nous avons eu une relation professionnelle très jolie pendant trois jours, où il arrivait seul et à l’heure. »

Sylvie double aussi Sally Field dans Jamais sans ma fille (1991). « C’était Sylviane Margollé qui l’avait doublée au début de sa carrière. Après l’École des enfants du spectacle, Sylviane et moi nous sommes un peu perdues de vue, nous avons fait notre vie, puis on s’est retrouvées à la synchro et nous ne nous sommes plus quittées jusque sa mort. On s’est demandé comment on avait vécu l’une sans l’autre. Après, elle a vécu aux Etats-Unis, j’y allais souvent, et elle venait en France, nos maris étaient tous deux batteurs dans des groupes de rock donc nous nous entendions bien. Elle est décédée en 2005 suite à une opération chirurgicale qui devait être bégnine. L’histoire incroyable est qu’elle est morte quand je jouais Madame Thénardier (Théâtre XIII et théâtre de Vaison-la-Romaine), alors que quand je l’ai connue elle jouait Cosette. Au téléphone elle me disait « Tu ne pourras jamais jouer Thénardier, tu es un cœur d’artichaut, tu n’es pas assez méchante !»».

Avant que l’actrice ne se double elle-même en français, Sylvie double régulièrement Ornella Muti. « Mon préféré, c’était « Wait until spring, Bandini » (1989) ». Un jour, lors d’un dîner à Cannes, un client lui dit se désoler qu’elle n’ait pas pu doubler Ornella Muti dans un film : « La société de doublage nous a dit que vous n’étiez pas libre ». Sylvie était bien libre, mais cette histoire est symptomatique de certaines sociétés ayant une écurie de comédiens « maison » qu’elles casent à tout prix, quitte à mentir sur la disponibilité des voix habituelles. Autre anecdote : « Pendant la grève de 1994, j’ai été interviewée par Arthur qui m’a demandé si je pouvais « lui faire la voix d’Ornella Mutti ». J’étais un peu consternée par sa question, mais j’ai compris ce qu’il voulait, j’ai fait un « ha » très évaporé ».

En série, Sylvie enregistre la série Playboy à Dubbing Brothers sous la direction de Jacques Deschamps avec François Leccia, Emmanuelle Bondeville, Pauline Larrieu, Joël Martineau, etc. « On a gagné énormément d’argent car on était payé royalement et on faisait ça rapidement. L’ingé-son de Dubbing Brothers enregistrait tout ce qu’on disait entre les prises et un jour il avait fait un bêtisier, mais malheureusement il avait laissé une phrase de Deschamps qui nous disait « On va trop vite, vous êtes trop bons » et les patrons n’ont retenu que ça de notre boulot (rires). Ils nous disaient « vous nous avez volés » (rires) ».

Parmi les autres actrices régulièrement ou occasionnellement doublées par Sylvie : Britt Ekland (L’homme au pistolet d’or (1974)), Teri Garr (Rencontres du troisième type (1977)), Melinda Dillon (F.I.S.T. (1978)), Mia Farrow (L’Ouragan (1979)), Belinda Montgomery (série L’homme de l’Atlantide (1979)), Jamie Lee Curtis (Fog (1980)), Frances Conroy (Broken Flowers (2005)), etc. « Je me souviens aussi d’un film qui s’appelait « Piranhas ». Je venais de tourner avec Pierre Santini à Argenteuil une série dans laquelle il jouait un juge, et on s’est retrouvé juste après dans ce doublage ».

Claude Bertand (Roger Moore), Jacques Thebault (Christopher Lee) et Sylvie Feit (Britt Ekland) dans 
L'homme au pistolet d'or (1974)

En dessins animés, Sylvie double notamment la douce amie Joan et divers autres personnages féminins dans Capitaine Flam, à la SOFI, aux côtés de Philippe Ogouz. « On se connaissait tous par cœur à la SOFI, il y avait beaucoup de talent, avec des comédiens comme Arditi, Hernandez, Carel, Pradier, Selena, etc. Quand Evelyn parle de « cocheurs de boucles » en évoquant les directeurs artistiques qui dirigeaient là-bas, il faut préciser que les comédiens étaient tellement talentueux que les directeurs artistiques n’avaient souvent pas grand-chose à dire. Ca marchait bien, mais on a commencé à se rebeller sur les textes qui étaient de plus en plus mal écrits. Et puis il y a eu des guerres d’ego, une course entre les directeurs de plateau qui faisaient des paris en disant « Moi, ce film, je te le fais en trois jours », « Eh bien moi, qui suis plus fort que toi, je te le fais en deux jours et demi », ce qui fait que les temps d’enregistrement se sont réduits de plus en plus. Les directeurs artistiques, qui aussi écrivaient et s’attribuaient parfois le rôle principal, ont été responsables de cette baisse de qualité ».

Sylvie dirige aussi ponctuellement des doublages, notamment pour CELTEC ou bien encore pour la société de Jean-Pierre Dorat.

Béatrice Delfe
Dans les grandes années d’activité de Sylvie, Béatrice et elle travaillent beaucoup. «Il n’y avait pas vraiment de concurrence, car nous étions sur des emplois différents, qui évoluaient avec nos âges, je n’étais par exemple pas sur le même créneau que Francine Lainé. Avant nous, les voix à la mode étaient Perrette Pradier et Evelyn Selena, puis Danielle Volle et Tanya Torrens, puis Béatrice et moi. Et quand Catherine Lafond et Maïk Darah sont arrivées, nous les avons encouragées. Maintenant, ce sont des filles comme Laura Blanc et Laura Préjean. Je trouve les voix actuelles moins timbrées qu’auparavant, et j’ai beaucoup plus de mal à les identifier.»
Un jour, Sylvie entend une comédienne se plaindre « De toute façon, avec Delfe, Pradier et Selena, y a rien à faire, elles bouffent tout le marché ! ». Ne s’étant jamais sentie en compétition, et bouleversée par ce qu’elle vient d’entendre, Sylvie décide de créer un groupe de solidarité féminine vers 1979, avec notamment les trois "Drôles de Dames" (Béatrice Delfe, Perrette Pradier, Evelyn Selena), Sylviane Margollé, Dominique Macavoy, Marion Loran, Marion Game, Francine Lainé (que Sylvie adorait), Jacqueline Porel, rejointes plus tard par Jacqueline Cohen, Paule Emanuèle et d’autres. « Le jour de notre première réunion, je leur ai dit « L’une d’entre vous, qui est présente ici, a dit ça l’autre jour, et ça m’a bouleversée. Vous êtes toutes très talentueuses et sympas, nous devons être solidaires les unes des autres, discuter ensemble ». On a fait ce groupe pendant des années, surnommé par les hommes « le groupe des salopes » parce qu’évidemment ils se demandaient de quoi on parlait, car tout ce qui se disait dans nos réunions touchait à nos vies intimes, nos vies de femmes, et on n’en parlait pas à l’extérieur. Alors on mentait, car comme on s’était rendues compte en discutant que nous avions eu des amants en commun, on leur disait « On ne parle que de vous et on vous met des notes ». Perrette était la reine pour leur instiller des inquiétudes, elle leur disait « On ne t’a pas mis une bonne note hier » (rires). C’était une aventure magnifique, qui n’existe plus. »
Béatrice se souvient également de ces réunions : « C’était bien arrosé, on s’échangeait nos vêtements, on se faisait des ventes aux enchères. Dans le groupe, il y avait Perrette, qui m’avait remplacée sur Farrah Fawcett sur un téléfilm que je ne pouvais pas doubler, vivant alors un drame personnel. Perrette avait signé en mon nom et demandé qu’on m’envoie le chèque. C’était formidable. Quand, il y a quelques jours, Sylvie est décédée, je les ai toutes appelées pour leur apprendre la nouvelle. Elles sont tristes de voir partir notre petite benjamine. Seule Martine Maximin, dans notre groupe, est plus jeune. Sylvie l’a connue à la Compagnie Je Tu Il. Sylvie et elle s’aimaient beaucoup, et c’est moi qui l’ai mise au doublage. »


En parallèle du doublage, Sylvie continue le théâtre, où elle retrouve une partie de ses amies du doublage. Le metteur en scène Bernard Bétrémieux, mari de Béatrice Delfe, crée en 1981 la Compagnie Je Tu Il, qui présente principalement des spectacles éducatifs et des films à destination des enfants et adolescents. Sylvie fait partie de nombreuses aventures avec cette compagnie, aux côtés de Béatrice, Bernard Métraux, Martine Maximin et Didier Riey (compositeur):
S. Feit, D. Riey et B. Métraux
« Dans « S.O.S. », pièce de prévention contre la drogue, je jouais une jeune adolescente, leader d’un groupe de rock, dont personne ne se rendait compte qu’elle sombrait dans la drogue. Mon personnage volait de l’argent pour acheter sa drogue, les mômes dans le public ne le supportaient pas et je me prenais des boulons dans la tête. C’était le début où on parlait de ça ; on a fait tout un travail avec la police, les médecins, les services sociaux. Mon rôle était difficile, et les parents m’envoyaient des courriers en s’identifiant à leurs enfants toxicomanes « Vous avez peut-être connu mon fils, etc. ».
Je jouais une ado sur scène, mais j’avais 38 ans, et deux enfants. Un jour, deux ados sont venus me complimenter après le spectacle, en me disant que je jouais trop bien de la guitare, etc. et se sont rendus compte que je n’avais pas 16 ans. L’un dit « Mais vous êtes vieille !» « Vous me donnez quel âge ? » «Vous ne serez pas fâchée si je vous le dis? » « Non » « Au moins 23 ans !» (rires) »
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Béatrice s’en souvient de son côté : « On avait commencé par « Défense d’en parler » qui était un spectacle formidable sur la sexualité, à destination des enfants de 6 à 12 ans. C’était un spectacle interactif, on prenait les enfants avec nous sur scène et les parents étaient dans les gradins. On ne prenait jamais d’adultes seuls, pour éviter le voyeurisme. C’était une adaptation de mon mari d’un spectacle allemand que j’avais traduit, étant germaniste. On abordait tous les sujets de sexualité « Qu’est-ce que c’est qu’un garçon, une fille, etc. » et les enfants posaient toutes les questions qu’ils voulaient. Il y avait une énorme poupée pour montrer l’accouchement, je faisais la maman et Sylvie le bébé. Quand Sylvie arrivait, tout le monde se précipitait sur elle, c’était un spectacle magique. La presse venait, et les journalistes étaient obligés de venir avec un enfant. Ca a été formidable. Après on a continué avec « C’est quoi l’amour ?» sur la sexualité des adolescents, au Théâtre de la Plaine (dans le XIVème).C’était avant le sida, si on l’avait fait après il y aurait eu des scènes qu’on aurait présentées autrement. Sylvie disait que j’avais un gros cul, tapait sur son cul et je lui répondais, on parlait de masturbation, etc. Les jeunes ne nous chahutaient pas, ils étaient fascinés. Et dans « S.O.S . », sur la toxicomanie, elle était magnifique. On en a fait un film. Sylvie a également tourné pour nous dans « Histoires d’en parler». »

Hommage à Sylvie
(Participations de Sylvie aux spectacles et films de la Compagnie Je Tu Il. Montage réalisé par Raphaël Bétrémieux pour Dans l'ombre des studios. Archives : Compagnie Je Tu Il / Bernard Bétrémieux et Béatrice Delfe)


Sylvie se retrouve aussi dans des pièces de café-théâtre écrites ou mises en scène par Gérard Hernandez (Areu = Mc2) ou Francis Lax, et elle est mise en scène par Michèle Montel (célèbre voix de Diana Rigg dans la série Chapeau melon et bottes de cuir) dans Les portes claquent avec Gérard Darmon et Gérard Hernandez. « Michèle Montel était une femme impressionnante et énergique, qui savait ce qu’elle voulait. »

Lita Recio
Sylvie fait également toute une tournée théâtrale (une pièce de Labiche et des poèmes d’Eluard, etc.) en Afrique (dix pays, en 1974) avec Lita Recio, Pierre Leproux, Arlette Thomas et Joseph Falcucci.
« Lita était une pétroleuse, bonne vivante, très marrante. Elle aimait boire, manger, et les hommes. Elle avait déjà 70 ans, et voulait nous suivre tout le temps quand la nuit avec Joseph on faisait le mur pour aller dans des endroits un peu borderline sur le plan de la sécurité ou de l’hygiène… ce qui nous obligeait à faire le mur encore plus discrètement. Le lendemain elle nous disait « Mais je ne suis pas vieille ! ». Alors on faisait des parties de gin rami avec elle pour lui faire plaisir, car elle adorait ça. »

Autre souvenir, le Gala de l’Union des Artistes en 1978. « Suite à un pari stupide, Gérard Hernandez nous avait mis en scène. Evelyn Selena était habillée en chanteuse de saloon et chantait « I’m a poor lonesome cowboy » accompagnée à la guitare par Jerry, le futur mari de Sylviane Margollé, américain, qui ne parlait pas un mot de français. Anie Ballestra, Sylviane Margollé, Béatrice Delfe et moi étions déguisées en Dalton, et Perrette Pradier était déguisée en Ma Dalton. On se bagarrait avec les cascadeurs de Claude Carliez ».
La séquence a été diffusée complètement remontée avec une grosse coupe, une bande son orchestrale ajoutée, etc. Si l’intérêt artistique du numéro est limité, le plaisir de retrouver réunies sur scène ces six grandes voix du doublage est grand, avec même un petit clin d’œil amusant : quelques années après l’avoir interprétée « en chair et en os », Perrette Pradier deviendra la voix de Ma Dalton dans les dessins animés Lucky Luke. Autre coïncidence, celui qui a eu l’idée de réunir les six comédiennes n’est autre que le comédien Jean Berger, voix de Charlie dans la série Drôles de dames. Béatrice s’en souvient : « Chaque année, le Gala de l’Union, demandait aux jeunes comédiennes de faire les hôtesses et placer les spectateurs. Avec Sylvie, on l’a fait l’année précédente, et en voyant un numéro un peu tarte, on s’est dit « Pourquoi pas nous ? ». Jean Berger, qui nous aimait beaucoup, a organisé ça, relayé par Guy Marly, qui était l’organisateur de la soirée. Sylvie et moi faisions les acrobaties, et Anie et Sylviane s’étaient entraînées au fouet. Par ordre de sortie, à la fin du numéro, on peut reconnaître dans la vidéo Anie, Sylviane, Sylvie (blonde), moi, Perrette et Evelyn. On était plutôt pas mal, je trouve ! ».

Numéro du Gala de l'Union des Artistes (1978)
avec Anie Ballestra, Sylviane Margollé, Sylvie Feit, Béatrice Delfe, Perrette Pradier et Evelyn Selena


Sylvie (à droite)
sur les barricades
en mai 68
Sylvie Feit, c’est aussi un militantisme passionné pour les droits des interprètes. Elle crée au S.F.A. (syndicat des acteurs, dépendant de la C.G.T.) une section doublage avec Bernard Murat, Béatrice Delfe, et le soutien de quelques anciens comme Jacques Deschamps, Jacques Thébault et Georges Atlas, qui voulaient du sang neuf pour relancer la machine syndicale. Ils sont rejoints par Daniel Gall et Jimmy Shuman, « le seul américain cégétiste de la terre entière » plaisante Sylvie.
Elle participe à plusieurs grèves, et mène avec Daniel Gall et d’autres la grande grève du doublage de 1994, en présidant 75 assemblées générales. « Les patrons de sociétés de doublage vendaient notre travail sans demander de contrepartie pour les acteurs. Or, nos droits d’interprète ne peuvent pas être vendus. Nous les avons menacés de nombreuses fois d’une grève, sans être entendus. Les patrons ont dit qu’ils allaient rester neutres, et ont finalement dénoncé notre convention collective et monté les techniciens contre nous ».
Au milieu de ce séisme, où les comportements de certains (lettres de dénonciation, arrangements financiers, etc.) ne font pas honneur à la nature humaine, Sylvie reste droite dans ses bottes et fidèle à ses convictions. « J’étais certainement excessive et peut-être manipulée par la C.G.T. et le Parti Communiste, etc. comme le prétendaient certains, mais j’étais honnête, et dans ma conscience d’obtenir une reconnaissance de nos droits ».
Sylvie, grève de 1994

Un soir, Sylvie est invitée sur le plateau du journal de FR3 pour parler de la grève. Face à la diffusion d’une interview d’un patron de doublage connu pour ses multiples faillites organisées et déclarant qu'il risque d'être 
« ruiné par la grève », Sylvie réagit en disant « qu'il remontera une autre société, comme cela se fait depuis trente ans ». Erreur fatale, comme elle l'admet elle-même. Dès le lendemain, elle apprend que ce patron, président du conglomérat de doubleurs, a demandé sa tête, et qu’elle est en tête d’une liste noire de 150 comédiens. En 1995, à la sortie de la grève qui est un demi-échec (la convention DADR permet aux comédiens de recevoir un complément sur leur cachet correspondant à un rachat de droits, mais ils ne touchent rien sur les diffusions), Sylvie passe de 200 cachets par an à zéro, moment où elle arrête également sa compagnie théâtrale et son activité syndicale.
« Je ne voulais pas pleurer pour aller enregistrer deux lignes. Ceux qui, comme Daniel Gall, ont essayé de continuer à travailler alors qu’ils étaient sur liste noire, ça leur a détruit leur moral et leur santé. L’INA ouvrait des stages de doublage pour les comédiens, j’ai postulé comme formatrice et j’ai été prise. Je suis également entrée à l’ADAMI. J’ai été remplacée sur la plupart des actrices que je doublais.»
A l’ADAMI, Sylvie s’investit énormément pour les artistes, crée les Talents ADAMI Cannes qui récompensent de jeunes comédiens. Elle continue également de soutenir les jeunes metteurs en scène, en participant à un nombre incalculable de lectures théâtrales et d’ateliers, et en allant voir les spectacles des autres. Au Festival d’Avignon, ses comptes-rendus de spectacles permettent chaque année de partager ses coups de cœur et soutenir de petites compagnies.
A propos de l’engagement de Sylvie, Béatrice témoigne : « Au syndicat, nous étions les deux « soldates » de Bernard Murat –encore un Bernard dans nos vies ! On a bien défendu le secteur du doublage, gagné des grèves et préservé le prix de la ligne. Puis nous avons fait celle de 1994 avec Daniel Gall, qui a fait un travail énorme, et Jimmy Shuman. Sylvie a été d’un courage extraordinaire, mais parfois excessif, qui lui a coûté cher. Elle avait gardé la fougue de sa jeunesse, comme quand elle avait démissionné du Conservatoire. A l’ADAMI, elle ne lâchait rien mais était devenue plus raisonnable et plus diplomate. »

Elle continue très ponctuellement le doublage (une dizaine de cachets par an). « Je viens d’enregistrer chez VF Productions (Yann Le Madic) rue Lincoln une guest russe dans la série « The Americans ». Et je vais faire, pour le dessin animé « Ariol » (une famille d’ânes), la chanson de la grand-mère d’Ariol avec Patrick Préjean qui interprète le grand-père paternel et Christine Delaroche. On doit enregistrer le générique, qui sera dirigé par Luq Hamett. C’est de la création de voix, ils réalisent le dessin animé à partir de nos enregistrements ».

Taquinée par ses amis à propos du « repos forcé » que le confinement imposait à cette insatiable spectatrice, celui-ci a malheureusement été de trop courte durée pour Sylvie. D’une brève maladie, qu’elle a affrontée avec courage et discrétion, elle s’est éteinte le 3 mars 2021 à Cannes, où elle avait rejoint son fils, David. Nous pensons très affectueusement à lui ainsi qu’à tous ses proches. Sylvie va énormément nous manquer.



Sylvie Feit (Syria) et Philippe Ogouz (Capitaine Flam) dans Capitaine Flam


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