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lundi 26 janvier 2026

Décès de Jean Cussac (1922-2026)

J'ai appris aujourd'hui avec tristesse, par un appel de son fils Laurent, le décès hier (dimanche 25 janvier 2026, à La Teste-de-Buch) de Jean Cussac à l'âge vénérable de 103 ans.

Né le 31 mai 1922 à Paris, il suit une formation de chimiste avant de devenir chanteur lyrique.
Avec un parcours "classique" qui lui permet quand même d'adapter son timbre de voix à la variété, Jean Cussac accompagne la plupart des chanteurs des années 50-60-70 (Luis Mariano, Gilbert Bécaud, Guy Béart (voix solo dans la première version de "Suez"), Léo Ferré ("L'affiche rouge"), Barbara ("L'aigle noir"), etc.). Il aimait me raconter les séances du matin, où les copistes avaient travaillé toute la nuit et l'encre n'était pas encore sèche sur les partitions. 

Jean fait partie des Swingle Singers (comme voix de basse) pendant toute la durée du groupe en France (1962-1973, comprenant la victoire de plusieurs Grammy Awards, tournées internationales, concert à la Maison-Blanche, etc.) et dans une partie des groupes vocaux de l'époque comme Les Barclay, Les JMS (Jo Moutet), Les Hommes, etc.

Il avait notamment prêté sa voix au joailler dans Les Parapluies de Cherbourg (1964) et chanté le générique de Moi y en a vouloir des sous (1973). 

En doublage, on le retrouve en voix chantée de Roger dans Les 101 Dalmatiens (1961), en Prince dans Blanche-Neige et les Sept Nains (redoublage de 1962), en chanteur soliste dans Merlin l'enchanteur (1963), etc.

Il prend le relais de Georges Tzipine à la tête des directions musicales des doublages Disney de la fin des années 70 à la fin des années 80 (La Belle et le Clochard (redoublage de 1989), Basil détective privé (1986), Oliver et Compagnie (1988), film Popeye (1980), etc.) et dirige également pour d'autres majors, comme par exemple Annie (1982), Fievel et le Nouveau Monde (1986), Les Aventures de Zak et Crysta (1992), etc.

Jean Cussac est le tout premier choriste que j'ai interviewé, en 2006. Très disponible et chaleureux, il m'a beaucoup aidé au début de mes recherches (identification de voix qui n'avaient jamais été faites auparavant, etc.), et m'a permis quelques jolies rencontres ou interviews téléphoniques, comme Huguette Boulangeot (voix chantée d'Aurore dans le premier doublage de La Belle au Bois dormant), Jean-Christophe Benoît, Jean Stout ou José Germain.

J'ai eu le bonheur de visiter deux fois (chez lui, puis dans sa maison de repos) à Gujan-Mustras, celui qu'on surnommait chez les Swingle "le Baron".

J'essaierai prochainement de travailler sur un hommage plus conséquent et de partager ici quelques archives vidéo et photo récoltées au fil du temps.


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lundi 10 février 2025

Décès de Bob Smart (1934-2024)

J'ai appris avec émotion la disparition de Bob Smart le 13 juin 2024 dans son domicile de Long Beach (Californie), quelques jours avant son 90ème anniversaire (il était né le 27 juin 1934 dans le Dakota du Sud).

Bob était un ami et correspondant plein d'humour et de charme, et prévenant. N'ayant pas eu de réponse à mes mails depuis quelques mois, ni réussi à le joindre par téléphone, j'ai réussi, après quelques recherches, à écrire en janvier à un petit-cousin de Bob, John Smart, qui a trouvé mon message hier et m'a appris la triste nouvelle.

Après un début de carrière comme acteur et choriste aux États-Unis (films de la MGM, groupe vocal The Modern Men de Stan Kenton, choeurs pour Frank Sinatra, etc.), Bob avait travaillé en France de 1963 à 1971, où il avait accompagné la plupart des chanteurs de l'époque (Gilbert Bécaud, Hugues Aufray, François Deguelt, Mireille Mathieu, Fernandel, Sheila, Petula Clark, etc.), fait partie des mythiques Double Six (albums Dizzy Gillespie et les Double Six et The Double Six of Paris sing Ray Charles), co-fondé le groupe folk Les Troubadours, et chanté dans bon nombre de musiques de film.

Pour se replonger dans la carrière de Bob, je vous invite à relire mon portrait / interview "Bob Smart : Un Américain à Paris":
https://danslombredesstudios.blogspot.com/2017/01/bob-smart-un-americain-paris.html

Mes pensées à son fils Antonio Smart, à toute sa famille, ainsi qu'à ses anciens camarades de micro.


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vendredi 22 juillet 2022

Hommage à Bénédicte Lécroart (1954-2022)

Nous avons appris avant-hier avec une très grande tristesse, par l'un de ses proches, le musicien Philippe Gibrat, la disparition de Bénédicte Lécroart ce 19 juillet 2022 à Bobigny, des suites d'une longue maladie. Chanteuse et comédienne, voix entre autres de Belle dans La Belle et la Bête, Bénédicte était une magnifique interprète et une belle et lumineuse personne, professionnelle, humble, discrète, pleine de gentillesse et de douceur. Elle avait participé plusieurs fois, avec une grande générosité, à des événements que j'avais organisés. Le 14 octobre 2016, de passage dans mon quartier, nous avions fait un petit entretien. 



Bénédicte Lécroart naît le 5 novembre 1954 à Paris. "Ma mère chantait tout le temps, c'était un robinet à musique. Elle avait été guide scout, une jeannette. Avec mon père, elle a découvert le chant choral, l'un commençait à chanter, et l'autre chantait l'harmonie. J'ai appris à chanter dans le ventre de ma mère."
Bénédicte chante des couplets en soliste à l'âge de sept ou huit ans, apprend la guitare pour s'accompagner, puis chante chez les scouts. "J'étais une grande timide, ce n'était pas évident, mais je maîtrisais ce que je faisais car c'était naturel, je ne me posais pas de questions."
Parallèlement, elle prend des cours de piano au conservatoire de Bourg-la-Reine.
Elle se passionne pour le répertoire folk: Joan Baez, Bob Dylan, Peter, Paul & Mary, etc. "A la guitare c'était facile à reproduire".


Bénédicte Lécroart et Phil Fromont en 1977

Après son bac, passé tardivement, en 1974, elle étudie la musicologie à la fac de Vincennes, et fait partie de nombreux groupes folk français (Pichtogorn, Plumes & Goudron, Fiddlededee, Morrigane, etc.), et devient progressivement professionnelle. Sa première télévision date du 27 décembre 1977, un spécial Folk et Folklore français, en duo avec Phil Fromont.  

Elle enchaîne ensuite, dans les années 80, les groupes de rock, de bals, et de jazz, chantant avec de nombreux big bands et remportant en 1989 le prix de la meilleure soliste au festival de jazz de La Défense. "A chaque fois qu'on me proposait d'apprendre de nouvelles choses, j'étais toujours partante." 


Bénédicte Lécroart en répétition au Festival de jazz de Creil en 1988

Les choeurs pour des chanteurs de variétés, sur scène et en studio, sont en revanche arrivés plus tard. "Je chantais au Club Twenty-One, un restaurant avec une salle de spectacle, où il y avait une formation piano, basse, batterie, et chanteuses. Comme c'était en face de l'Olympia, les musiciens qui jouaient à l'Olympia venaient souvent y boire un coup. Léonard Raponi (bassiste et arrangeur, ndlr) m'y a repérée et m'a dit qu'il faisait un groupe de reprises de Toto, Huey Lewis, etc. avec une section de cuivres super. Ils avaient une chanteuse qui ne pouvait pas faire toutes leurs dates et qu'ils devaient remplacer. J'ai appris tout le répertoire, et c'était un vrai bonheur. On a joué dans quelques endroits. Comme Léonard a été chef d'orchestre de plusieurs chanteurs, il m'a demandé d'être choriste, d'abord pour Sheila, avec Sophie Walter. J'ai commencé à faire du studio, des pubs, des maquettes de pubs et de chansons, c'était un très bon exercice, et on rencontre beaucoup de gens."

Bénédicte Lécroart (perruque brune) accompagne Gilbert Bécaud 
"Charlie t'iras pas au paradis"


Ayant "repéré" Bénédicte dans un "Charlie t'iras pas au paradis" de Gilbert Bécaud, où elle porte une perruque improbable, je lui demande d'évoquer cette télévision: "Un jour, Léonard Raponi m'appelle. Les musiciens de Gilbert Bécaud venaient de répéter pendant un mois, la choriste noire qui devait chanter le solo de "Charlie t'iras pas au paradis" était partie et il me demandait de la remplacer pour ce solo et d'apprendre tout le reste du répertoire, huit jours avant la première de ces trois semaines de concerts à l'Olympia, avec deux spectacles en alternance: le rouge et le bleu. Je connaissais la chanson, que j'avais entendue étant gamine, mais j'arrive tremblante et intimidée à la répétition, car ça ne faisait pas longtemps que je faisais des choeurs. On m'avait dit "Ce n'est pas compliqué, il faut hurler" (rires). Je l'ai fait, Bécaud s'est retourné vers les musiciens avec le pouce en l'air, et deux jours avant l'Olympia, on est allé faire cette télé, j'étais morte de trac. Il m'avait payé une perruque, je ne sais pas comment tu as fait pour me reconnaître (rires). Il m'avait demandé de saluer, il était très directif, savait ce qu'il voulait. On apprend énormément avec quelqu'un comme ça. Un compositeur, interprète, homme de scène. Il a l'oeil sur tout, l'éclairage, la mise en scène. Il avait énormément de recul et de présence, et la salle le suivait en un claquement de doigt. Un homme impressionnant. Un guerrier, avec une main de fer, mais un peu à l'ancienne. Le premier soir de l'Olympia on avait chacune un petit bouquet dans notre loge "avec tous mes compliments". J'ai fait d'autres choeurs avant ou après, je n'ai jamais eu ça. Vraiment sympa. Il savait s'effacer pour mettre en valeur ses choristes et musiciens. Alors que pour accompagner Elsa, j'avais une chemise blanche, on m'a dit que je bougeais trop, et on m'a mis dans l'ombre."

Bénédicte accompagne Sheila pendant vingt ans (plusieurs albums et tous les Olympia, jusqu'en 2009), Elsa, Patricia Kaas (plusieurs télés, promo de l'album Entrer dans la lumière en France et en Europe), plusieurs Taratata avec Fred Blondin, Sylvie Vartan, Native, etc. 


Sheila accompagnée par Bénédicte Lécroart, Gilles Morvan (choeurs) et Manu Chambo (piano) dans "L'écuyère" en 2008

Parallèlement à ses débuts de choriste, elle enregistre beaucoup de covers (disques de reprises), principalement pour Pat Benesta (pseudonyme de Patrick Oliver): "J'ai notamment chanté un titre de Céline Dion en duo avec Olivier Constantin. Ces covers, c'était plus ou moins illégal, ça se vendait dans les stations services. Il fallait imiter les voix originales, c'était quelque chose que je savais faire lorsque je chantais pour les bals, les mariages juifs, etc. C'est par ce biais là que Jean-Claude Corbel m'a proposé de passer l'audition pour La Belle et la Bête (1991)."

"Pour La Belle et la Bête, à l'époque, il n'y avait pas cette politique de prendre des gens connus. L'audition s'est passée en trois fois sur le chant -Laurence Saltiel et moi étions finalistes-, puis sur le "speak" comme on dit en doublage. J'adorais jouer la comédie, mais en amateur complet. Je n'avais jamais fait de doublage parlé. On a trouvé que je jouais la comédie suffisamment, mais les pauvres ont dû ramer au montage d'autant qu'à l'époque on découpait les bandes aux ciseaux. C'était une super expérience, mais ce qui m'a le plus plu, c'était le jeu. J'étais très bien dirigée par Bruno Lais, ça s'est bien passé entre nous, j'en garde un bon souvenir. Par contre j'enregistrais seule, j'étais frustrée, mais c'était peut-être mieux comme j'étais débutante. C'était assez perturbant d'entendre la voix anglaise de la Bête dans le casque pour vous répondre. On a eu droit à une projection privée à la fin du doublage, et c'est comme ça que j'ai rencontré Emmanuel Jacomy (voix de la Bête). Pour les chansons, j'avais travaillé ça avant, je n'avais que trois chansons, et on a fait ça en une journée. Par contre les dialogues, on a fait ça sur plusieurs jours, j'ai eu le temps de m'améliorer un peu entre le début et la fin."


Bénédicte Lécroart chante un medley La Belle et la Bête le 16/03/2015
avec Julien Mior, Vincent Gilliéron, Lauren Taylor Berkman, Lauren Van Kempen, Quentin Bruno (voix et choeurs), Mathieu Serradell (arrangement et piano).
Production et présentation: Rémi Carémel / Dans l'ombre des studios
(soirée "Dans l'ombre des studios : Mélodie Cocktail" à L'Auguste Théâtre)

Bénédicte Lécroart est ensuite appelée pour doubler les suites, jeux vidéos, etc. "Cette fois-là, je croisais mes partenaires. Les dessins animés c'est toujours jouissif, amusant. Pour un enregistrement de Holiday on Ice, vingt ans après, on m'a demandé de refaire Belle. Avec l'âge c'est compliqué de conserver son timbre de voix, chez les femmes, et même chez les hommes -le seul dont la voix n'a pas bougé depuis ses débuts, c'est Cabrel. Alors, pour retrouver la voix de Belle, j'ai trouvé un moyen de rajeunir ma voix, en la prenant par le haut. A part à ton spectacle (soirée "Dans l'ombre des studios: Mélodie Cocktail" en mars 2015, ndlr) je n'ai jamais chanté Belle sur scène. On m'a proposé de participer au spectacle à EuroDisney, mais j'habitais trop loin, c'était trop compliqué."

Le timbre de Bénédicte, doux et naturel (je lui disais qu'elle était le "trait d'union" générationnel entre Anne Germain et Rachel Pignot), sans "tic" de chant, presque intemporel, fait qu'elle est souvent appelée pour participer à des redoublages de vieux Disney. Dès ses débuts, Georges Costa la fait chanter dans les nouvelles versions françaises de Peter Pan (voix chantée de Wendy et soliste générique, 1992), Coquin de printemps (voix chantée de la harpe enchantée, 1992), Bambi (voix chantée de Féline, 1993), etc. "Dans Peter Pan, c'était assez court. Par contre, pour les suivants, les films d'animation Clochette (dirigés par Claude Lombard), je me suis régalée. Je fais de la musique irlandaise et les chansons étaient interprétées en V.O. par des chanteuses spécialisées dans la musique celtique, et c'était très agréable pour moi, car dans l'esprit irlandais."

Bénédicte Lécroart chante "Je chante pour toi" de Bambi le 16/03/2015
avec Mathieu Becquerelle, accompagnée au piano par Mathieu Serradell.
Production et présentation: Rémi Carémel / Dans l'ombre des studios
(soirée "Dans l'ombre des studios : Mélodie Cocktail" à L'Auguste Théâtre)

A partir du début des années 90 jusqu'en 2012, on l'entend assez régulièrement dans des doublages: la saga Le Cygne et la Princesse (voix chantée de Juliette, dont elle avait également fait un titre pop religieux), Joseph le roi des rêves (voix chantée d'Asenath), Excalibur l'épée magique (voix chantée de Kayley), Winnie l'ourson (soliste du film d'animation de 2011), La Belle et le Clochard 2 (voix chantée de Lady), etc.

Un bon souvenir: Sacré Robin des Bois (1993). "C'est une comédie de Mel Brooks. Lady Marianne prend son bain et chante une chanson. Les frères Costa me l'avaient fait enregistrer chez eux dans leur home studio. C'est un écrin pour les chanteurs, avec un son super dans le casque, on voit que c'est un studio qui a été fait par des chanteurs. J'ai adoré, j'ai un souvenir très sympa pour ça. J'ai fait par la suite beaucoup de doublages avec Georges et Michel Costa, c'est un vrai plaisir de travailler avec eux."

Autre bon souvenir: "Sur Happy Feet 2, au moment de l'enregistrement des choeurs, l'un des animateurs de La Belle et la Bête est venu en studio. C'était très émouvant de le rencontrer."

En dehors de son personnage de Belle, on ne propose pas à Bénédicte d'autres personnages parlés, le doublage parlé et le doublage chanté étant assez cloisonnés. Expérience à rapprocher d'Olivier Constantin et de L'Étrange Noël de Monsieur Jack. A propos de ce film (pour lequel elle est créditée par erreur au générique de la VHS): "J'avais passé les essais pour le rôle de Sally mais je n'ai pas été prise, ils cherchaient des gens un peu connus, et avaient pris une chanteuse, Nina Morato, qui chantait "Je suis la mieux". J'avais aussi passé les essais pour Pocahontas. C'est Laura Mayne de Native, qui a été prise. Je l'avais accompagnée comme choriste sur des télés pour une chanson, "Tu planes sur moi", elles avaient fait les choeurs en studio mais on était six choristes lors de télés et c'était super sympa." 


Bénédicte Lécroart et Faolan en 2011

Ces vingt dernières années, Bénédicte est principalement active au sein de formations jazz (principalement le Five O'Clock Jazz Group) et de groupes de musique traditionnelle irlandaise (notamment Faolan) co-créés avec son compagnon, le guitariste et bouzoukiste Philippe Hunsinger. 

Si elle est flattée par l'attention que lui portent les fans, répond toujours avec beaucoup de gentillesse aux sollicitations, etc. elle reste très discrète, "dans l'ombre des studios", éloignée de la lumière et des réseaux sociaux, fidèle à l'esprit artisanal de la musicienne folk de ses débuts.

Envolés "dans le bleu de l'espace", sa voix, son regard, son sourire, pleins de douceur et de lumière, vont énormément nous manquer.


"Plus loin que dans mes rêves" du film Le Cygne et la Princesse (1993)
chanté par Bénédicte Lécroart et Michel Chevalier


Message reçu de Georges Costa (directeur musical): "Bénédicte restera dans nos têtes et nos coeurs à jamais. C'est le plus joli timbre de voix que je connaisse et je ne suis pas le seul: pendant les enregistrements pour Disneyland Paris, le directeur artistique américain avait été surpris et enchanté dès qu'il l'avait entendue et m'avait dit "This is the prettiest voice I've ever heard". Repose en paix, Bénédicte. Et merci pour elle, Rémi. Très bel hommage, très complet, j'ai appris plein de choses."


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dimanche 16 janvier 2022

Décès de Michel Ruhl (1934-2022)

Nous avons appris avec tristesse ce midi par nos amis Jean-Louis Faure (comédien) et Jean-François Guyot (AFP), le décès du comédien Michel Ruhl hier soir à Guérande. Né en 1934, Michel Ruhl (de son vrai nom Michel Petit) était très actif au théâtre où il a joué sous la direction des plus grands (Jean Vilar, Gérard Philipe, Jean-Louis Barrault, Jacques Charon), mais aussi à la télévision et au cinéma (Le Jouet, Mort d'un pourri, Police Python 357). 

Le doublage était venu à lui au début de sa carrière (il m'avait raconté avoir doublé Sean Flynn, fils d'Errol Flynn, certainement dans Le train de Berlin est arrêté (1963)), puis après une longue pause due à une intense vie théâtrale, était revenu de manière beaucoup plus soutenue à partir de la fin des années 80: James Cromwell (L.A. Confidential, Space Cowboys), Terence Stamp (Walkyrie), Ian Holm (Le Cinquième Elément), Norman Lloyd (Le Cercle des Poètes Disparus), les personnages Fa-Zhou (Mulan), Nestor et un grand nombre de méchants (Les Aventures de Tintin), etc.

Cet excellent, élégant, discret et courtois comédien va nous manquer. Nos pensées vont à son épouse, et à son fils Olivier.


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samedi 4 décembre 2021

Décès de Jackye Castan (1938-2021)

J'ai appris avec tristesse cet après-midi, par sa compagne Danielle Licari, le décès ce midi de Jackye Castan.

Sous la houlette de Jacques Denjean, Jackye avait créé avec Danielle Licari et Nadine Doukhan le groupe vocal Les Fizz, qui fit peu de disques en tant que groupe, mais dont le "son" est reconnaissable dans les choeurs de plusieurs centaines d'enregistrements (pour Henri Salvador, Christophe, François Deguelt, Hervé Vilard, Sacha Distel, etc. Un exemple typique (que j'aime beaucoup) de ce "son": https://www.youtube.com/watch?v=23fSE9kkY6c).

Jackye était également pianiste, arrangeuse et compositrice de talent (pour Charles Aznavour, Mort Shuman, les émissions de Gérard Majax, etc.) dans le milieu des musiciens de studio qui était alors (à part pour la harpe, les ondes Martenot et les choeurs) exclusivement masculin.

Métisse, victime du racisme dans son enfance, puis du machisme dans son métier, Jackye était à la fois une femme très sensible, à fleur de peau, et une forte personnalité, portée à la fois par Danielle Licari, l'amour de sa vie, et par sa passion pour la musique.

Après avoir passé un week-end chez Danielle et Jackye durant l'été 2018 (où les nombreux messages que je lui transmettais de ses anciens élèves du Studio des Variétés l'ont convaincue de s'inscrire sur Facebook, où elle était devenue assez active), j'avais réalisé et publié sur mon blog "Dans l'ombre des studios" cette interview en trois parties, que je vous invite à lire pour mieux connaître sa carrière:

1ère partie: https://danslombredesstudios.blogspot.com/2018/12/danielle-licari-et-jackye-castan.html
2ème partie: https://danslombredesstudios.blogspot.com/2018/12/danielle-licari-et-jackye-castan_20.html
3ème partie: http://danslombredesstudios.blogspot.com/2018/12/danielle-licari-et-jackye-castan_23.html

Mes plus amicales pensées vont à Danielle...


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vendredi 10 avril 2020

Décès de Lucie Dolène (1931-2020)

C'est avec une immense tristesse que j'ai appris ce matin, par sa fille Virginie, le décès de Lucie Dolène cette nuit (chez elle, à Noisy-le-Grand) à l'âge de 88 ans.
Lucie était une merveilleuse comédienne-chanteuse. En prêtant sa voix notamment à Blanche Neige (dans sa version française la plus connue, en 1962) et à Madame Samovar (doublage original de La Belle et la Bête), elle avait touché le coeur de plusieurs générations d'enfants.
A titre personnel, je perds une délicieuse amie,  particulièrement attentive et attentionnée.

Lucie Dolène, de son vrai nom Lucienne Chiaroni, est née le 17 juin 1931 à Damas (Syrie). Son père est un jeune officier de renseignement corse, en poste à Damas (alors sous mandat français), et sa mère une belle auvergnate, répétitrice en école de sourds-muets. Lucie passe une partie de son enfance à Damas, Saïgon et Poulo Condore. L'entendre évoquer cette époque, c'était comme se plonger dans un album de Tintin complètement hors du temps, dans un monde qui n'existe plus...

Puis, départ définitif pour la métropole, dans le village familial corse de son père, Aullène (qui lui donnera son pseudonyme, Lucie Daullène, puis Lucie Dolène), puis Toulon (où elle s'inscrit au conservatoire, en classe de solfège et de diction) et Saint-Amand-Montrond, où elle travaille sa voix. Après s'être installée à Paris, c'est grâce à sa professeure de Saint-Amand-Montrond qu'elle rencontre le grand compositeur Joseph Canteloube. Le vieux maître lui fait enregistrer en chanteuse soliste ses Chants de France (1950) qui obtiennent le Grand Prix du Disque Charles Cros (qu'elle reçoit des mains de Colette) et Chants d'Auvergne et d'Angoumois (1952). A ce propos, il y a quelques années, Hugues Aufray avait évoqué Joseph Canteloube lors d'une émission de télévision. Très émue d'entendre ces mots, Lucie m'avait demandé d'essayer de la mettre en contact avec Hugues Aufray afin de le remercier, et de lui parler de Canteloube. J'y étais arrivé, et Hugues Aufray avait téléphoné à Lucie pendant une bonne heure pour parler de tous ces magnifiques enregistrements.  


Lucie Dolène: Chants de France (1950) de Joseph Canteloube

Après une assez courte période, où tentée par la voie lyrique, elle chante comme choriste dans les enregistrements classiques de l'O.R.T.F., elle devient chanteuse fantaisiste de music-hall dans les cabarets parisiens, et côtoie des personnages aussi extraordinaires qu'Orson Welles (qui lui fait la cour), William Holden, le Shah d'Iran ou Aristote Onassis. Elle emmène son tour de chant à l'étranger, et notamment aux Etats-Unis, où elle côtoie notamment Nat King Cole (elle chante en première partie de son programme, à Las Vegas), Walt Disney (inauguration de l'Hôtel Hilton de Los Angeles), etc. 
En parallèle, elle commence une carrière discographique chez Philips grâce à Jacques Canetti, avec des arrangements du tandem Michel Legrand et Jean-Michel Defaye. Et elle se lance dans l'opérette, jouant les jeunes premières dans de nombreux spectacles comme La Belle Arabelle avec Les Frères Jacques, Schnock avec Jean Rigaux ou Chevalier du ciel avec Luis Mariano. C'est parce qu'elle était sous contrat pour cette opérette qu'elle dût refuser un contrat à Hollywood.
Au cours des années 50, elle rencontre et épouse Jean Constantin, génial auteur-compositeur-interprète ("Mon manège à moi" (Edith Piaf), "Ma gigolette" (Yves Montand), "Mon truc en plumes" (Zizi Jeanmaire), Les 400 coups (B.O. du film de François Truffaut), etc.).


Lucie Dolène: "C'était hier" (1960)

L'arrivée de la vague yéyé met un terme à la carrière discographique de Lucie et de sa voix délicieusement rétro. Lucie continue alors le théâtre et la télévision, en partie grâce à Jean Le Poulain, vieil ami d'enfance (qu'elle a connu à Toulon), qui la fait notamment engager dans Le noir te va si bien, l'une des pièces les plus mémorables de l'émission Au théâtre ce soir. Elle sera plus tard, sous la direction de Guy Kayat, une superbe Mère Courage, l'un de ses meilleurs souvenirs de scène.

Mais c'est surtout grâce au doublage que le talent de Lucie touche le grand public. A partir du début des années 50, elle participe à quelques doublages chantés français comme Chantons sous la pluie (voix chantée de Debbie Reynolds, aux côtés de Pierre Laurent (premier mari de sa grande amie Christiane Legrand) et d'Yves Furet). En 1962, elle est choisie par Disney pour doubler Blanche Neige (paroles et chant) dans le redoublage de Blanche Neige et les Sept Nains, version utilisée au cinéma, en VHS et à la télévision de 1962 à 2001. 


Lucie Dolène en plein doublage de Blanche Neige et les Sept Nains (été 1962)

On la retrouve dans de nombreux autres films ou séries d'animation, où elle assure à la fois les dialogues et le chant de ses personnages: La Belle et la Bête (Madame Samovar, interprétation sublime d'"Histoire éternelle", où elle arrive à faire tout passer dans la chanson), Le Livre de la Jungle (la petite fille), La Maison de Toutou (Mademoiselle Zouzou, personnage qui enchante son voisin et ami Michel Simon, qui surnomme désormais Lucie "Mademoiselle Zouzou" quand il lui parle au téléphone), Tintin et le Temple du Soleil (Zorrino, avec les superbes "Ode à la Nuit" et "Chanson de Zorrino" sous la direction de François Rauber, Jacques Brel et Hergé), Anastasia (L'Impératrice), Le Petit Lion (Titus et Bérénice, après le départ de Micheline Dax), etc.


Lucie Dolène: Ode à la nuit (du film Tintin et le Temple du Soleil, 1969)

Dans les années 80, elle participe aussi à de nombreux doublages pour la SOFI, comme le personnage de Sally Spectra dans Amour, gloire et beauté, et s'essaie à la présentation d'émissions comme "Les petits creux de Loula" (dans l'émission jeunesse Vitamine) ou "Chanson Puzzle" (dans laquelle elle reçoit toutes les vedettes de la chanson des années 80, comme Patrick Bruel).

En 1994, inspirée par l'affaire opposant Peggy Lee à Disney, elle demande des droits sur les disques et VHS de Blanche Neige et les Sept Nains, n'ayant eu qu'un cachet de chanteuse et aucun droit depuis 1962. Face à une fin de non-recevoir pour Disney, elle porte plainte, gagne son procès au bout de deux ans de lutte courageuse (et devient un symbole de la grande grève du doublage), mais y laisse une partie de sa santé et de son énergie. Pour ne plus lui reverser aucun droit, Disney fait redoubler entièrement Blanche Neige et les sept Nains (en 2001) et fait redoubler ses rôles par d'autres comédiennes ou chanteuses dans La Belle et la Bête (ses prestations sont, par négligence de Disney, heureusement toujours présentes dans les CD exploités dans le commerce, mais plus dans les DVD) et Le Livre de la JungleDes directeurs artistiques comme Nathalie Raimbault continuent de la faire travailler sur des produits Disney, mais de façon clandestine, sous son nom de jeune fille (notamment dans James et la Pêche Géante, où elle double une vieille luciole déjantée, et pour des ambiances dans le redoublage de 1997 de La Belle et le Clochard).


Lucie Dolène: "Histoire éternelle" dans La Belle et la Bête 
(doublage d'origine de 1992)

Durant l'été 2009, j'ai eu le bonheur d'interviewer Lucie (vous pouvez relire mon entretien en quatre parties ici) et de vivre ce qu'on pourrait appeler un vrai coup de foudre amical. Lucie est devenue l'une de mes amies les plus proches dans le métier, la "marraine" de mon blog, et j'ai eu le bonheur de partager avec elle bon nombre de délicieux moments. Parmi ces moments, deux "publics": lorsqu'elle était montée sur la scène du petit théâtre que j'administrais (L'Auguste Théâtre) pour chanter avec son fils François et sa famille "Mon manège à moi", et lorsqu'elle avait bouleversé tout le public de l'Européen en reprenant "Les 400 Coups" avec tellement de talent et d'émotion. 


Lucie Dolène : Chanson des 400 Coups
(Concert de François Constantin au Théâtre l'Européen, 2014)
Lucie et ses "Trois Mousquetaires"

Lucie Dolène avait surnommé Gilles Hané, Greg Philip et moi ses "trois mousquetaires". Très affaiblie depuis quelques mois, elle nous avait réunis une dernière fois tous les trois il y a deux mois, le 5 février. Elle nous a quittés cette nuit, dans son domicile de Noisy-le-Grand. Les mousquetaires pleurent leur Reine, et pensent évidemment à ses trois enfants (Olivier, François et Virginie), dont elle était très fière, et à toute sa famille. 

Avec l'aide active et passionnée de notre ami Greg Philip (auteur de l'excellent blog "Film perdu"), Lucie Dolène a pu rédiger durant ces trois dernières années son autobiographie, qui sera bientôt publiée aux éditions L'Harmattan, et vous permettra d'en savoir plus sur cette magnifique artiste.

En 2017, Lucie avait été nommée Chevalier des Arts et des Lettres, distinction tardive, mais qui l'avait émue.


Dessin de David Gilson (reproduit avec son autorisation)

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mercredi 18 décembre 2019

Décès de Jeanette Baucomont (1926-2019)

Je viens tout juste d'apprendre avec tristesse, par sa famille, la disparition de Jeanette Baucomont (membre fondatrice des Swingle Singers).

Jeanette Baucomont naît Jeanne Duclaux le 28 septembre 1926 à Clermont-Ferrand, mais grandit dans le sud de la France. Elle obtient des premiers prix en chant, piano et solfège au Conservatoire de Montpellier, et monte à Paris.
Les renseignements sur ses débuts sont rares, mais on sait que, soprano soliste, elle chante à l'Opéra et à l'Opéra-Comique, enregistre quelques disques lyriques et fait partie de la Société de Musique Ancienne de la Comtesse de Chambure.

Au milieu des années 50, Jeanette Baucomont intègre les équipes de choristes de variétés qui viennent de se constituer autour de Janine de Waleyne, Mimi Perrin et Christiane Legrand, participation au départ épisodique (car elle est étiquetée "lyrique") puis de plus en plus régulière. Sans avoir la position de soprano soliste et lead de Christiane Legrand ou Janine de Waleyne (ou plus tard Danielle Licari et Françoise Walle), elle devient néanmoins, avec talent, l'une des choristes les plus actives dans la période 1956-1968, et encourage les débuts de plusieurs choristes comme Jean Stout ou Jackye Castan. "Jeanette faisait partie de mes amies préférées parmi notre groupe de chanteurs" se souvient Bob Smart. "Elle était douce, gentille, et avait une voix magnifique."


Jean Leccia et son orchestre (1960)
Choristes: Claude Germain, Inconnu, Jean-Claude Briodin, Jacques Hendrix
Christiane Legrand, Jeanette Baucomont, Janine de Waleyne, Mimi Perrin

Jeanette Baucomont accompagne en studio la plupart des chanteurs de l'époque (Léo Ferré, Eddy Mitchell, Johnny Hallyday, Fernandel, John William, etc.). On la retrouve aussi dans bon nombre de groupes vocaux (Les Fontana, Les Barclay, Les Riff, etc.), musiques de film (Ginny dans Les Parapluies de Cherbourg (M. Legrand), Le Gendarme de Saint-Tropez (R. Lefebvre), etc.), disques orchestraux (vocalise solo de "Oui, devant Dieu" dans Douce ambiance rêve et danse de Jean-Michel Defaye (merci Serge Elhaïk)) et doublages de films musicaux (choeurs de Mary Poppins, Shirley Temple's Storybook, etc.) de cette époque, ainsi que dans quelques créations contemporaines (Laborintus II de Luciano Berio, avec Christiane Legrand et Claudine Meunier).
En soliste, elle chante dans plusieurs titres de l'orchestre Jacques Hélian dans la période 1961-1963.


Jeanette Baucomont (voix de Ginny) dans Les Parapluies de Cherbourg (1964)

En 1963, elle fait partie (comme soprano) de la création des Swingle Singers aux côtés de Christiane Legrand (soprano soliste), Anne Germain et Claudine Meunier (altos), Ward Swingle et Claude Germain (ténors) et Jean Cussac et Jean-Claude Briodin (basses).
Séance d'enregistrement
des Swingle Singers (c.1964)
Jusqu'en 1968, elle enregistre avec le groupe 11 albums (de Jazz Sebastian Bach à Noëls sans passeport) et participe à toutes les tournées (concert à la Maison-Blanche, campagne électorale de Lyndon Johnson à travers les Etats-Unis, création du Sinfonia de Luciano Berio avec Leonard Bernstein). Des ennuis de santé au cours desquels elle perd partiellement ses aigus, lui font quitter le groupe en 1969 (elle est remplacée par Nicole Darde).


The Swingle Singers: Suite anglaise n°2 de Bach (c. 1963)
J.-C. Briodin, J. Baucomont, C. Germain, C. Meunier, 
J. Cussac, C. Legrand, W. Swingle, A. Germain



Enregistrement de Boulevard du Rhum
F. de Roubaix (banjo), M. Barouille,
H. Czarniak, C. Germain, J. Baucomont,
M. Dornay (cachée),
H. Tallourd et J. Stout
(c) Archives François de Roubaix
(Remerciements: Gilles Loison)

Après les Swingle Singers, elle continue pendant quelques années les séances (on la retrouve comme choriste dans les B.O. de Boulevard du Rhum (François de Roubaix), Doucement les basses (Claude Bolling), etc.). Claude Chauvet, qui débute dans les choeurs à ce moment-là, en garde le souvenir d'une "grande pro, un peu intimidante". Mais elle fait partie des choristes progressivement mises sur la touche en raison de l'évolution de la façon de chanter (les voix timbrées laissent la place à des voix beaucoup plus éthérées) et l'arrivée d'une nouvelle génération de choristes pouvant répondre à ce changement.

Son amie Michèle Conti et elle deviennent professeures de piano dans le même conservatoire (Soisy-sur-Seine). En dehors de Claudine Meunier et Alice Herald, elle garde assez peu de contacts dans le "métier". Il y a une dizaine d'années, je partage un échange téléphonique très sympathique avec elle mais elle refusera quelques années plus tard de m'accorder un entretien complet, ayant définitivement tiré un trait sur ses années de studio.

Jeanette Beaucomont s'est éteinte le 1er juillet 2019 à Paris (la nouvelle n'a pas été communiquée à ses amis du métier, je ne l'ai apprise que le week-end dernier, par son petit-fils). Elle était veuve du footballeur Robert Baucomont, et laisse dans la peine trois enfants et plusieurs petits-enfants. Mes pensées vont vers eux.


Jeanette Baucomont interviewée avec les autres Swingle Singers sur ses loisirs
(Le temps des loisirs, 1968)


Jacques Hélian et son nouvel orchestre: Les filles du midi (avril 1961)
Solistes: Jeanette Baucomont et a priori Hubert Giraud et Vasso Marco
(4CD Festival Jacques Hélian et son nouvel orchestre : intégrale 1960-1969, Marianne Mélodie)


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mercredi 4 décembre 2019

Décès de Francette Vernillat (1937-2019)


J'ai appris avec tristesse (par Jean-François Guyot (AFP) et par Vincent Vernillat, qui m'a apporté des informations complémentaires) la disparition de la comédienne Francette Vernillat (mythique voix française de Tom Sawyer) lundi 2 décembre 2019 à Fontenay-lès-Briis. 

Francette Vernillat (de son vrai nom France Benitte) naît le 16 avril 1937 d'une mère harpiste, musicologue et future directrice de production 
(France Vernillat) et d'un père médecin des armées. Encouragée par ses parents, la petite Francette brûle les planches dès l'âge de sept ans. En véritable enfant de la balle, elle touche à plusieurs aspects de la comédie: cinéma (Monsieur Vincent de Maurice Cloche, qui reçoit un Oscar d'honneur ou Thérèse Raquin de Marcel Carné), théâtre (deux ans au Théâtre de l'Odéon (Louison dans Le Malade Imaginaire, etc.) et des grandes créations dans des théâtres privés, comme Les Sorcières de Salem avec Yves Montand), radio (participation au Club d'essai de la R.T.F., des dizaines d'enregistrements de pièces radiophoniques où elle côtoie Pierre Brasseur, Marcel Aymé, etc.) et doublage (Autant en emporte le vent et Bambi à la Libération)... 
En 1955, à 18 ans, Francette met au monde son fils aîné, Vincent, et aura dans les années qui suivent neuf autres enfants. Pendant cette période, sa carrière artistique est en pointillés, même si elle participe occasionnellement à des doublages et à des tournées théâtrales. A la mort de son mari en 1980, ses amis du doublage la soutiennent, et font appel à son talent. Elle devient l'une des voix de petits garçons les plus célèbres dans les années 80, notamment dans les dessins animés doublés à la SOFI: Bouba le petit ourson (Bouba), Tom Sawyer (Tom Sawyer), Petit Boy (Clémentine), etc.
Au début des années 2000, elle est heureuse d'avoir l'opportunité de doubler enfin un rôle important correspondant à son âge, la mère de Tony Soprano dans la série Les Soprano, mais quelques années après elle s'éloigne définitivement des plateaux de doublage.
Lundi 2 décembre 2019, elle s'éteint à Fontenay-lès-Briis, laissant une grande famille et toute une génération de "fans" dans la tristesse.
Ses obsèques auront lieu lundi 9 décembre 219 à 10h, Eglise Sainte-Trinité, à Montlhéry (91310).

Evelyn Selena m'a écrit ce mot, que je reproduis ici avec son accord: "Il y a quelques jours j'ai repensé à elle et à nous en regardant à la télévision "Les Sorcières de Salem", elle ne jouait pas dans le film mais avait participé à la création de la pièce avec la même troupe, quand elle avait 15 ans. Francette était la générosité même, toujours disponible pour ceux qui avaient besoin d'aide. Elle a été pour moi une amie comme on n'en fait plus, jusqu'au jour où elle a quitté sa maison pour une autre, dans une banlieue plus lointaine. Je l'ai remerciée et la remercie encore pour tout ce qu'elle a fait pour moi.Je l'ai connue sur le doublage de "Dallas" à la SOFI où elle faisait la voix de mon fils. Les sociétés du doublage lui confiaient uniquement des voix de petits garçons ; seul Jean-Pierre Steimer (Synchro Mondiale) lui faisait aussi doubler des actrices de son âge..."


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