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jeudi 1 mai 2025

Franca di Rienzo : la "Belle Marianne" des Troubadours

En parallèle d’une carrière soliste qui l’a notamment amenée à représenter la Suisse à l’Eurovision en 1961 ou à chanter le rôle de Marie-Antoinette dans la mythique comédie musicale La Révolution Française, Franca di Rienzo (parfois créditée sous son nom d’épouse, Franca Chevallier) est la voix féminine du superbe groupe folk Les Troubadours, dont le succès « Le vent et la jeunesse » tient une place importante dans le cœur de bien des amoureux de la chanson française des années 60. Mais pour les petits et grands enfants, elle reste la voix chantée de Belle Marianne dans la version française de Robin des Bois (1973) des studios Disney, ou l’interprète de plusieurs disques de berceuses, qu’elle a enregistrés avec ce timbre si doux et si particulier, mélange à la fois de force et de fragilité.
Avec beaucoup de gentillesse et de modestie, elle a accepté de répondre à mes questions lorsque je suis venu lui rendre visite chez elle à Rouen le 8/09/2024 (après quelques années de correspondance par mail et d’échanges téléphoniques), en compagnie de mes amis Rachel Pignot et Gilles Hané. Quelques questions supplémentaires ont été posées par mail en avril-mai 2025.
Remerciements à Grégoire Philibert pour la numérisation de plusieurs vinyles.



Dans l’ombre des studios : Franca, pouvez-vous nous parler de votre enfance et de vos parents ? Étaient-ils chanteurs ?

Je suis née le 11 décembre 1938 à Borgosesia, dans la vallée du Mont Rose, en Italie. Mes parents venaient d'autres régions : mon père du centre sud des Abruzzes, et ma mère de Lombardie. Ils se sont rencontrés dans cette petite ville du Piémont, car c’était un endroit plus industriel, qui attirait les gens pauvres, qui venaient y trouver du travail. Mon père travaillait dans une usine où on fabriquait des tapis qui étaient vendus dans le monde entier. Ma mère, pendant un certain temps, a travaillé dans cette usine, puis à la naissance de sa deuxième fille, elle est devenue femme au foyer. Ils aimaient écouter de la musique, on avait un poste de radio dans la cuisine. Mon père aimait chanter l'opéra et ma mère chantait de tout. C'était une voix magnifique, une voix de cuivre, une sonorité intense et lumineuse. J'ai toujours entendu chanter chez moi, ça a dû m'influencer, probablement. J'aimais chanter étant enfant mais ne faisais pas partie d'une école de chant, car on était dans une petite ville, il n'y avait pas de conservatoire ou d'école de musique, rien, seulement un cinéma où mes parents nous emmenaient. On chantait à l'église, et je chantais dans les anniversaires, les mariages, même petite on me mettait sur la table pour dire une poésie ou chanter une chanson.

DLODS : Comment êtes-vous devenue professionnelle ?

Autour de ces villes, il y a des fêtes champêtres, particulièrement en été, avec orchestre. Très souvent, après avoir fait un pique-nique avec mes parents, le soir je montais chanter avec l'orchestre, je devais avoir une dizaine d'années. On savait que la petite Franca di Rienzo chantait. De là à s'imaginer qu'un jour, alors que j'avais 14 ou 15 ans, quelqu’un arriverait chez moi en disant « Je suis contrebassiste, j'ai un orchestre à Turin, on m'a parlé d'une petite jeune fille qui chante bien, j'ai besoin d'une chanteuse ». Après je ne sais combien de conversations entre mon père et ma mère, on a décidé de me laisser partir à 15 ans. Je me revois partir avec une valise, et ma maman qui m'a accompagné à Turin. Comme l’avait promis le contrebassiste à mes parents pour les rassurer, on m’a mise en pension chez une dame, dans un appartement modeste. Dès le lendemain, je suis allée répéter, c'était un dancing qui s'appelait le Florida et je chantais beaucoup : deux heures dans l'après-midi et trois heures le soir. Toute une saison. Autrefois, dans les clubs de jazz on pouvait rester jouer trois mois. Maintenant ça n'existe plus.

DLODS : Qu’y chantiez-vous ?


C'étaient tous les succès qui pouvaient faire danser, du répertoire italien -il y avait déjà le festival de San Remo mais pas encore l'Eurovision-, et des chansons anglaises et américaines. J’adorais ça. J’y suis restée deux ans. Entre temps, pendant l'été on m'a proposé une saison d'été sur les collines de Turin, il y avait un night-club où il y avait un tour de chant. Je gagnais ma vie, j'avais grandi. Quand je rentrais chez mes parents pour un anniversaire, c'était difficile de repartir, car j'étais encore très jeune, mais je ne leur ai jamais dit que j'avais la nostalgie. Ensuite, quelqu'un m'a contactée pour me proposer un contrat de chanteuse à Milan dans un dancing. J'avais une vingtaine d'années, et quelqu'un, propriétaire d’un club de jazz à Genève, La Veille Tour, m’a vue et m’a proposé un contrat à Genève. J’ai dit oui, d’autant que chanter les standards de jazz américains était ce que je préférais.



Cantacronache (voix: Franca di Rienzo) : Ad un giovine pilota (1958)


DLODS : Avant de parler de votre départ à Genève, restons en Italie. Il me semble que vous y avez enregistré quelques disques, à commencer par un avec le groupe Cantacronache (1958).

C'était l'époque où on faisait des chansons engagées et on m'avait demandé de chanter deux chansons très engagées d'Italo Calvino, un très grand écrivain italien. C’était à Turin, dans des conditions pas possibles, je me souviens de la pièce dans laquelle on a enregistré ça. Je me demande comment ce grand écrivain a accepté d'écrire des textes pour un disque aussi confidentiel.



Alberto Pizzigoni et son quintette (voix: Franca di Rienzo) : 
Com'e bello (1960)


DLODS : Parmi les groupes suivants, on trouve I gentlemen en 1959 et Alberto Pizzigoni et son quintette en 1960.

I gentlemen, c’était un orchestre de trois amateurs avec qui je chantais à Turin. Il y avait une chanson soi-disant en anglais, mais ce n’était pas de l’anglais, c’était du yaourt. Et Alberto Pizzigoni était un super guitariste avec lequel j’ai travaillé à Milan. Le fils de ce guitariste m'a contacté il y a quelques années, il avait retrouvé mon nom et on a un petit peu communiqué pendant un certain temps. Son père est mort. Je déteste m'écouter, et ces enregistrements sont tellement datés.

DLODS : Revenons à votre départ pour Genève. Parliez-vous français avant de travailler là-bas ?

Je ne parlais pas français, j'avais eu juste quelques notions au collège, et j'aimais bien. J'étais mauvaise élève mais j'aimais beaucoup lire et j'avais déjà lu de la littérature française, des livres de poche avec papier gris, je les avais avec moi, notamment des nouvelles de Maupassant. Et lorsque j'étais à Milan, j'ai fait la connaissance d'un chanteur qui commençait à être connu, Sergio Endrigo, il m'a dit : « Il y a un chanteur en France qui est extraordinaire, il faut que je te le fasse écouter » et il m'a fait entendre Brassens, le disque des bancs publics. Il me traduisait les paroles. Je me suis dit « En France, on peut dire en chansons des choses comme ça, c'est passionnant ».

DLODS : Comment s’est passée cette période genevoise ?

Au cours de cette saison, j'arrivais avec mes partitions pour le piano et je chantais les yeux fermés, car si je voyais qu'on me regardait, ça me perturbait. Des gens de Radio Genève ont su qu'une chanteuse italienne chantait pas mal. On m'a fait faire des émissions publiques, et il y a eu un concours pour représenter la Suisse à l'Eurovision. On m'a demandé de représenter la Suisse romande à Lugano. Je suis allée chanter ma petite chanson qui était une petite valse qui s'appelait « Nous aurons demain ».

DLODS : Avez-vous choisi vous-même cette chanson, et si oui comment ?

Je ne m’en souviens plus, mais je suppose que pour trouver la chanson qui allait représenter la Suisse romande il y a peut-être eu un concours, et ils ont décidé que j’en serai l'interprète. Donc, je pars à Lugano. C'était la première fois que ma maman allait à l'hôtel. C'est un souvenir magnifique pour moi de lui avoir offert ça. À ce niveau de la compétition il s’agissait de choisir entre les trois chansons qui représentaient les trois cantons : l’allemand, l’italien et le romand. Et c’est « Nous aurons demain », celle que je chantais, qui a gagné. C’est ainsi que je suis allée à Cannes, sous les couleurs de la Suisse pour la « défendre » à l’Eurovision.


Franca di Rienzo : Nous aurons demain
(Eurovision 1961)


DLODS : Quels souvenirs gardez-vous de cet Eurovision 1961 ?

On me parle beaucoup de l'Eurovision, mais cette chanson, c'est tellement démodé... Elle est quand même arrivée troisième, ce qui était honorable. C'était l'année des « Nous les amoureux » de Jean-Claude Pascal, qui était très beau, très gentil et très élégant. Je ne me souviens pas des autres chanteurs, ni du chef d’orchestre de ma chanson (Fernando Paggi, ndlr). C’était au Palais du Festival de Cannes, et présenté par Jacqueline Joubert. Je me souviens d'avoir été très impressionnée qu'on me propose le wagon-lit pour aller à Cannes. Lorsque je suis arrivée à Cannes avec mes bagages, à l'époque il y avait des porteurs, et en écoutant le porteur, je me suis dit « Tiens, un italien » et en fait j'avais pris l'accent du midi pour de l’italien (rires). J'étais logée dans un grand hôtel, j’étais éblouie, pour la petite italienne du Piémont c’était une expérience incroyable. À Cannes, il y avait avec moi mon impresario en Suisse, Monsieur Guggenbühl, qui était très efficace. Mais cet Eurovision, c'est le trac de ma vie, épouvantable. C'est là que j'ai commencé à me dire « je commence à souffrir de chanter en public, il y a un problème ». Quand je revois ces images, parce que des amis ou de la famille me demandent de le regarder avec eux, moi je sais que j'ai un trac fou et que je ne chante pas bien, j'avais trop peur, j’étais dans un état second et n’étais pas fière. À partir de là, je commençais à faire des disques. Dès l'instant où je faisais des disques, il ne s'agissait plus de chanter les yeux fermés pour un public qui est dans le noir dans un club de jazz, mais de chanter pour un public qui est venu vous voir vous, et c’est devenu une souffrance.

DLODS : L’enregistrement studio a été fait avant ou après le concours ?

J'ai enregistré « Nous aurons demain » après le concours. C'est Vogue qui m'a proposé un contrat, peut-être par l'entremise de Radio Genève, et je suis venue à Paris pour l’enregistrer.

DLODS : À partir de là, vous commencez une carrière discographique en France.

J’ai fait des concerts, mais aussi quelques disques chez Vogue, puis je suis passée chez Pathé-Marconi (Columbia), pour quelques 45 tours. J’enregistrais en même temps que l’orchestre, c’étaient plutôt de bons souvenirs. Comme chefs, il y a eu notamment Hubert Degex au début, puis Christian Chevallier. Christian enregistrait énormément pour Pathé-Marconi, il faisait beaucoup d'arrangements de jazz, a eu le prix Stan Kenton, le prix de l'Académie du jazz, etc. À 26 ans, il avait tous les prix.

DLODS : Justement, comment avez-vous rencontré votre mari, le pianiste, compositeur et arrangeur Christian Chevallier ?

Je venais régulièrement à Paris pour enregistrer, et un éditeur qui était sur les Champs-Elysées, m'a dit un soir « Ma femme et moi sommes invités chez André Popp pour la soirée, on t'emmène avec nous ». J'étais assez timide. Chez André Popp, je vois qu'il y a des enfants, une balançoire, donc je vais avec les enfants Popp. Christian était là aussi. Il a dû trouver que la petite italienne était pas mal. A la fin de la soirée, au moment où il était temps de rentrer, l'éditeur dit « On raccompagne Franca », et Christian a dit « Je la raccompagne, j'habite dans le coin » alors qu'il n'habitait pas du tout dans le coin (rires). C'était la première fois que je voyais Christian. Il avait été très surpris de voir cette jeune fille sur la balançoire avec les enfants. Lorsque je l'ai rencontrée j'avais 23 ans. Christian était divorcé, avec un petit garçon, avant que je n'entre dans sa vie. Je partais en tournée, revenais, etc. et finalement on s’est mariés six ans après.

DLODS : Christian Chevallier faisait à l’époque partie des arrangeurs qui employaient beaucoup de chœurs. En avez-vous fait, pour lui ou pour d’autres arrangeurs ?


Non, je ne faisais pas de choeurs, je ne m’en sentais pas capable. J’avais l’oreille, mais je ne lisais pas la musique.

DLODS : Il y a une télévision où vous chantez « T’en vas pas comme ça » avec une perruque.


J’ai un très mauvais souvenir de cette perruque. J’ai chanté la chanson également en Suisse pour un tournage télé avec Sacha Distel, mais je n’en garde pas de bons souvenirs.



Christian Chevallier parle de Franca et des Troubadours
(Extrait de l'émission radiophonique Nouvelle vogue du 24 avril 1994)


DLODS : J’aimerais maintenant vous faire écouter un extrait d’interview de Christian, qui parle de vous et de la création des Troubadours.

Christian parle d’un Musicorama avec Lucien Morisse, mais je dois dire que la première fois qu’il m’a vue sur scène, avant même la rencontre chez André Popp, c’était dans la même situation, au Palais de Chaillot, pour l'émission Jazz aux Champs-Elysées, présentée par Jack Diéval, Christian dirigeait l'orchestre, moi je chantais quelques chansons, et il m’a vue pleurer dans les coulisses. Pour moi, chanter n'était plus du tout un plaisir, je n'étais pas contente de moi, je pleurais avant et après, un désastre. Donc, au bout de quelques années de carrière soliste, de concerts en Belgique, Hollande, etc. j'ai décidé d’arrêter. Pendant deux ans, j'ai fait tout à fait autre chose pour gagner ma vie.

DLODS : Qu’avez-vous fait ?

Vous voulez vraiment le savoir (rires) ? Je me suis inscrite à Berlitz pour apprendre l’anglais, car je chantais l’anglais depuis longtemps, mais sans maîtriser la langue. Et j’ai pris les offres d’emploi du journal. Un couple cherchait une nurse dans les beaux quartiers, et comme j’aimais bien les enfants, j’ai répondu à l’annonce, et j’ai été engagée. Je me suis occupée pendant deux ans (globalement de mi-1963 à mi-1965, ndlr) de deux enfants, dans un hôtel particulier, avenue Victor Hugo. Les parents se trompaient allègrement mais se vouvoyaient entre eux, et vouvoyaient les enfants.

DLODS : Comment êtes-vous revenue à la chanson ?

Cela devait me manquer. Christian m'a dit que c'était dommage de ne plus chanter, et il m'a dit « Et si tu ne chantais plus toute seule ? ». Il a eu l’idée de créer le groupe Les Troubadours, a demandé à deux choristes avec lesquels il travaillait, Jean-Claude Briodin et Bob Smart s’ils voulaient nous rejoindre. Jean-Claude faisait déjà un peu de guitare, il a donné des cours de guitare à Bob, et on a pris Pierre Urban, qui était un guitariste classique. C'était reparti. J'ai découvert que lorsque les regards n'étaient plus sur moi toute seule, ça changeait tout, on partageait les responsabilités, c'était du « bon » trac, qui stimule.

DLODS : Qui a eu l’idée du nom du groupe ?

Il a été choisi par Lucien Morisse, qui dirigeait notre maison de disque, AZ, et on n’a pas osé lui dire que le nom nous nous déplaisait. J'ai un très tendre souvenir de Lucien Morisse, il n’était pas beau mais avait beaucoup de charme, d’intelligence, de gentillesse, avec une très belle voix, calme et basse. Il a entendu une maquette et nous a engagés. Ça se faisait plus vite à l'époque.


Peter, Paul & Mary : In the early morning rain (1966)



DLODS : Est-ce qu’avant la création du groupe vous écoutiez ce type d’artistes folk, comme Peter, Paul & Mary ?

J'écoutais du jazz, de la pop, mais je ne pense pas que je connaissais Peter Paul & Mary. C’est ce groupe qui a inspiré Christian, il a voulu faire quelque chose dans ce style.

DLODS : Qui était décisionnaire du choix des chansons ?

On décidait du choix des chansons ensemble, selon les propositions des éditeurs, des auteurs, etc. Lucien Morisse nous laissait décider. Et Christian s'occupait des arrangements, parfois avec l’aide de Jean-Claude. C'est Christian qui nous faisait répéter. Les répétitions se faisaient chez moi ou chez Jean-Claude. Nous à Draveil et Jean-Claude à Savigny, puis finalement on a pris une maison à côté de Jean-Claude. J'avais déjà mon fils David que j'emmenais dans mon couffin pendant les répétitions.

DLODS : Dans quels studios étaient enregistrés vos disques ?

Les premiers, pour AZ, étaient faits à Davout. Ensuite, on a enregistré à CBE. Et les deux derniers albums (Rencontre et Noël) ont été enregistrés dans le studio de Christian, à Savigny.

DLODS : Votre époux, Christian Chevallier, était un grand arrangeur, qui a travaillé pour Claude Nougaro, Richard Anthony, Hugues Aufray, Claude François, Nana Mouskouri, Gilbert Bécaud, Henri Salvador, etc. et donc, Les Troubadours. Comment travaillait-il ? Faisait-il ses arrangements sans s’aider d’un instrument ?

J’ai toujours vu Christian avec sa table de travail, son crayon et sa gomme, et le piano à côté pour contrôler certains accords. Mais avant d’écrire l’arrangement il entendait déjà ce qu'il voulait faire pour les cordes, les cuivres, les percussions, etc. Beethoven composait alors qu'il était sourd. C'est un don, mais aussi un savoir-faire.


Les Troubadours (1er line-up du groupe, avec Bob Smart) :
C'est la fin de l'hiver (1965)


DLODS : J’ai écrit, comme je l’ai fait pour les Swingle Singers, les Double Six et les Blue Stars, une discographie complète des Troubadours, que je publierai prochainement. J’aimerais vous la lire, et que vous fassiez un commentaire quand vous le souhaitez…  Les premières apparitions du groupe à la télévision et à la radio, avec Bob Smart, datent de juin 1965, ce qui permet de dater la sortie du premier 45 tours.

Don Burke
Le premier disque était vraiment mauvais, pas terrible, mais il a eu le mérite d’exister et de lancer le groupe. Bob, je l'aimais bien, mais il n'était pas très à l'aise avec la guitare donc nous n'étions pas très à l'aise avec lui, il se demandait s'il allait rentrer aux Etats-Unis. Finalement, on a fini par rester à trois et Christian a senti le besoin d'avoir une voix de ténor, et nous a parlé d'un canadien qui chantait bien, Don Burke. Quelqu’un l’avait vu au Centre Américain (boulevard Raspail), où il y avait une fois par semaine un hootenanny où les chanteurs, souvent des étudiants, venaient avec leur guitare pour chanter. On nous l'a envoyé, et c'est la rencontre que je n'oublierai jamais. Don me manque toujours. Quand je pense que mon premier regard sur lui a été aussi catastrophé, ce n'était pas possible d'être aussi vaniteuse. Je ne me suis jamais trouvée jolie, mais j’avais une idée de ce que le groupe devait ressembler visuellement, il fallait une harmonie d’aspect, et je devais me figurer que ça comptait. Quand j'ouvre la porte, je me retrouve devant cet homme un peu rond -il n'avait pas encore la barbe- avec des chaussettes en laine dans des sandales, un short large et une chemise à carreaux. Avec Jean-Claude et Pierre, on va dans une autre pièce et Christian nous dit « Je vais auditionner Monsieur Burke » et il lui demande de chanter et de jouer de la guitare. Comme Don faisait du picking, j'avais l'impression qu'il avait deux guitares, c'est quelque chose de riche et puis j'ai reconnu ce que j'entendais avec Peter Paul & Mary. Christian lui faisait monter le capodastre de plus en plus pour voir jusqu'où il pouvait chanter, il avait une voix de plus en plus aigüe. On s'est dit « C'est lui, il n’y a pas de doute ».

DLODS : « Socatana », dans le deuxième 45 tours, fait partie des classiques du groupe, pouvez-vous nous en dire plus sur cette chanson ?

Elle a été recueillie par N. Sauvageot, mais c’est une chanson brésilienne d’influence noire dans le style des « emboladas », des mélodies et mots tournées en boule. Le texte est formé d’onomatopées.

DLODS : Parmi ses premières télés avec le groupe, en mars-avril 1966, Don chante en playback avec la voix de Bob « Je reviendrai à San Francisco » qui faisait partie du deuxième 45 tours.

Oui, et Don n’était pas content (rires).



Graeme Allwright et les Troubadours : C'était bien la dernière chose (1968)


DLODS : En mai 1966, vous enregistrez les chœurs d’ « Emmène-moi » de Graeme Allwright, qui était je crois un ami du groupe.

On l'adorait, il a écrit des adaptations pour nous, comme « Melinda » ou « Le jour de clarté » (45 tours de 1966). Graeme était très chaleureux et en même temps très mélancolique, il n’allait pas très bien. Je l'ai rencontrée alors qu'il était encore avec sa femme qui était actrice, Catherine Dasté. On l'a rencontré pour qu'il fasse des adaptations de quelques titres, et il nous est arrivé de chanter avec lui dans des galas, même si on n'a pas vraiment fait de vraie tournée avec lui. On ne s'est jamais vraiment quittés. C'est même lui qui nous a vendus notre première sono quand il a changé la sienne. Christian a travaillé un peu pour lui. Je l'ai perdu de vue en arrivant ici. Il était engagé, et se battait pour faire connaître l'association Partage pour les enfants du tiers-monde. Il avait convaincu Christian et moi de parrainer des enfants indiens, puis africains.

DLODS : Vous évoquez la sono qui vous a été vendue par Graeme Allwright. Parlons justement des concerts des Troubadours. Y avait-il, comme dans certaines télés que vous avez faites, un contrebassiste pour vous accompagner ?

Affiche de concert des Troubadours
(merci à Stéphane Birette)
Non, il n’y avait pas de contrebasse, on était juste tous les quatre. Et lorsque Christian était en vacances, il partait avec nous. Lorsqu'il cite ce concert à Royan où il pleuvait à verse, et les gens étaient sous leurs parapluies et restaient, ça nous est arrivé plus d'une fois. On a fait énormément de fêtes du Parti Communiste. Ce sont des souvenirs merveilleux, il y avait là quelque chose de l'ordre de la fraternité et je le dis sans rigoler, il y avait un accueil, une chaleur, une entente, une façon de se parler. On retrouvait Francesca Solleville, et on s'est très vite retrouvés à faire des tournées avec Jean Ferrat. Ce sont de très bons souvenirs.

DLODS : Étiez-vous considérés comme des artistes « engagés » ?

Les Troubadours en concert au
Pyré-Beach club du Canet-Plage
présentés par M. Drucker
(merci à Serge Llado)
Quelques chansons de notre répertoire pouvaient laisser penser ça. Jean-Claude, Christian et moi étions de gauche, en particulier Jean-Claude, qui était issu d’un milieu populaire comme moi. Christian venait d’une famille bourgeoise, mais de gauche aussi (rires). « Le jour de clarté », par exemple, est une chanson révolutionnaire. C’est peut-être à cause de ces quelques chansons qu’on nous a invités à des fêtes communistes. Mais à l’époque, il y avait beaucoup de fêtes du Parti Communiste en été, donc comme on tournait souvent l’été, on s’y retrouvait forcément. Et on a chanté une fois à la Fête de l'Huma à Vincennes, je m'en souviens.

DLODS : Lucien Morisse dirigeait, en plus des disques AZ, Europe n°1. Avez-vous fait des tournées, de types podiums estivaux, avec Europe n°1 ?

Non, on n’en a pas eu l'occasion.



Franca di Rienzo : Trop tard


DLODS : Quel est votre plus grand souvenir de tournée ?

On a fait pas mal de tournées, notamment en première partie de Moustaki, Adamo, etc. Mais mon souvenir le plus marquant de cette « longue » carrière est d’avoir participé à la dernière tournée de Jacques Brel, pendant près d'un mois, un temps où on pouvait partir un mois en tournée, c'est rare maintenant, je ne sais pas si ça se fait encore. Avant de chanter avec les Troubadours, j'avais enregistré une chanson qui s'appelait « Trop tard ». C'est une des seules télévisions en soliste que j'aime bien regarder, ma petite-fille me ressemble quand je revois cette archive. Et Brel m'a dit « Vous avez chanté une chanson que j'aime beaucoup, « Trop tard » ». Non seulement on fait la tournée avec lui, mais en plus il se souvient de cette chanson, c’est incroyable. C'était sa dernière tournée. Après avoir chanté quelques chansons avec Les Troubadours, tous les soirs, j’allais l’écouter. Quand on pense à tout ce qu'il donnait sur scène... Ce que j'avais constaté après le spectacle, où on dînait tous ensemble, c’est qu’il était très gentil et chaleureux mais pas très à l'aise. Ce n’était pas gênant, mais étant donné son charisme, sa présence, le côté « affirmé » qu'il avait sur scène, on aurait pu penser qu’il était dans la vie plus sûr que lui.




Les Troubadours : La Ballade de Polly Maggoo (1966)


DLOS : En octobre 1966, vous enregistrez la « Ballade de Polly Maggoo », chanson du film Qui êtes-vous, Polly Maggoo ? de William Klein. Cette chanson, composée par Michel Legrand, devient un titre phare de votre groupe, mais ce n’est pas cette version qu’on entend dans le film, mais une version chantée par Géraldine Gogly (je l’ai identifiée et elle me l’a confirmé) et des choristes.

C’est très étonnant, et triste que ce ne soit pas notre version dans le film. Pourquoi nous a-t-on alors demandé d’enregistrer une autre version pour le disque ? J'étais persuadée d'avoir vu le film avec notre version, mais la mémoire est fallacieuse. Dans la version de Géraldine Gogly, que vous me faites écouter, Michel Legrand a repris notre arrangement. C'était Christian qui l’avait fait, et on l'a enregistré sans Michel Legrand. Je reconnais l'arrangement des voix, toute la structure est la même.



Présentation des Troubadours par Anne Germain et Louis Aldebert (non crédités)


DLODS : Je vais vous faire écouter une petite surprise : en mars 1967, lors d’une émission de radio en public, deux choristes présentent Les Troubadours en chantant leur présentation sur la musique de « Melinda ». Il s’agit selon moi d’Anne Germain et Louis Aldebert.

C'est adorable, je ne m’en souvenais pas. J'aimais beaucoup Anne Germain. Et Monique Aldebert, femme de Louis, nous a écrit des chansons.

DLODS : En juin 1967 c’est « le » gros succès avec « Le vent et la jeunesse ». Comment a été conçue cette chanson ?

Il était question de présenter une chanson pour le Festival de la rose d'or d’Antibes. Est-ce qu'on a demandé à Christian de faire une chanson ou y a-t-il eu un concours préalable pour choisir la chanson, je n'en sais rien. Lorsque Christian a écrit cette très jolie mélodie, il l'a confiée à Vline Buggy (parolière de nombreux succès populaires, et première épouse de Christian Chevallier, ndlr). Vline était persuadée que nous n'avions pas le public que nous méritions, et que c'était à cause des textes de nos chansons, il fallait quelque chose de plus populaire et plus réaliste, plus ancré. Elle a proposé un texte très réaliste mais qui n'allait pas du tout avec la chanson. Je me souviens seulement des premières phrases (elle chante) « Je vais me marier sans amour, avec un homme respectable, je vais me marier sans amour, pour être une femme honorable ». Vous imaginez ? C'était franchement réaliste, étant donné que c'était moi qui devais chanter la chanson. On l'a échappé belle. Je pense que Buggy nous en a toujours voulu un peu, un petit peu à moi en particulier, d’avoir refusé son texte. C'est finalement Thomas et Rivat qui ont fait ce joli texte qui va très bien avec la mélodie. La chanson a pas mal été reprise, notamment par Esther Ofarim et par une chanteuse hollandaise.



Judith Durham : Your heart is free (just like the wind)


DLODS : Et sous le titre anglais de «Your heart is free (just like the wind) », elle a été enregistrée par les plus grandes « female vocalists » anglophones des années 60 : Petula Clark, Judith Durham, Vikki Carr, Cilla Black, Nana Mouskouri, etc. L’adaptation anglaise est de Joan Shakespeare. Savez-vous comment elle a été sollicitée, et l’avez-vous rencontrée ?

Non, je ne me souviens pas comment elle a été sollicitée.



Les Troubadours : Quando sei sola


DLODS : Vous avez, avec les Troubadours, enregistré une version italienne du « Vent et la jeunesse », sous le nom de « Come il vento », ainsi que la face B, « Ton cœur s’envole » (« Quando sei sola »). Gardez-vous des souvenirs de la séance ? Qui est la personne qui a signé l’adaptation sous le nom d’Annarita ? En tant qu’italienne, avez-vous apporté des changements de texte au moment de l’enregistrement ? Avez-vous enregistré la chanson dans d'autres langues?

N‘est-il pas incroyable que, moi, l’italienne, j’ai oublié cette version. Drôle de chose que la mémoire, d’autant que je me souvenais de l’adaptation en allemand (« Frühling, Wind und Liebe », ndlr), peut-être parce qu’elle nous avait donné bien plus de fil à retordre que celle dans ma langue maternelle. Quel plaisir, aussi, d’entendre mon cher Don avoir la voix de soliste dans la face B.




Les Troubadours : Le vent et la jeunesse
(1er passage à la Rose d'or d'Antibes, 1967)


DLODS : Quels souvenirs gardez-vous du Festival de la rose d’or d'Antibes ?


Je crois qu'il y avait trois soirs avec des sélections et une finale. Maxime Leforestier faisait partie du concours. Nous, on chante notre chanson, on sort, les garçons remettent les guitares dans leur étui, et là on vient nous dire « Venez vite, on vous appelle sur scène, vous avez gagné ! ». On ressort les guitares et on arrive en catastrophe. Au moment où on commence à chanter, on voit quelqu'un qui se lève dans le public et se rapproche de nous, c'était Charles Trénet, qui aimait la chanson. Ça nous a beaucoup touchés, d'autant que Trénet n'avait pas la réputation d'être facile.

DLODS : Durant l’été 1967, vous travaillez sur votre premier 33 tours.

Il y avait beaucoup d’airs de folklore dans ce disque. On a travaillé sur le disque sans Christian. On est parti un été, deux mois à travailler, avec Jean-Claude, Pierre et Don, du côté de Perpignan, et à camper. C’est un souvenir très joyeux. Jean-Claude avait sa caravane, et moi j’étais hébergée chez Pierre. C’est Jean-Claude qui a fait les arrangements, et en rentrant, Christian a fait des ajustements, et on a enregistré.




Les Troubadours : N'y pense plus tout est bien


DLODS : Lors d’un Palmarès des chansons (1er juin 1967) consacré à Hugues Aufray, vous chantez « N’y pense plus, tout est bien » (« Don’t think twice, it’s allright », adaptation de Pierre Delanoë et Pierre Dorsey), la chanson vous va très bien, mais vous avez attendu votre avant-dernier album pour l'enregistrer en studio.

On l’a chantée régulièrement sur scène. On aimait bien Hugues Aufray, Christian a beaucoup travaillé avec lui. Je l'ai entendu l'autre jour, je me suis dit que c’était remarquable, à son âge de chanter encore.

DLODS : Vous l’avez chantée également dans un Bienvenue. Il vous est souvent arrivé de chanter dans cette émission présentée par Guy Béart.

Christian a travaillé pour Guy Béart, c’était un personnage très particulier mais j'ai beaucoup aimé son émission, c'était l'occasion de rencontrer des gens très différents et tout le monde était très à l'écoute, très gai, très bien. Moi qui n'aimais pas du tout faire de la télévision, dans Bienvenue on n'avait pas l'impression d’en faire, on était tous ensemble, on s’écoutait les uns les autres, sans aucune crainte de passer à l’image.

DLODS : Après une dernière télévision en avril 1969, Pierre Urban semble quitter Les Troubadours. Que s’est-il passé ?

Depuis quelques temps, on avait l'impression qu'on était trois d'un côté et un de l'autre. Il avait des goûts différents, on n'arrivait plus à bien s'entendre et on s'est quittés pas forcément dans des termes aussi excellents qu'on l'aurait souhaité.

DLODS : On m’a raconté qu’il avait fait un procès au groupe.

Il nous a fait un procès, qu'il a perdu. Ça s'est mal passé, c'est dommage, car il devait bien sentir que ça n'allait plus, mais il ne l'a pas accepté et ça a duré un certain temps. Il a poursuivi son chemin de son côté, comme professeur de guitare, et nous avons perdu le contact avec lui (Pierre Urban est décédé le 27 février 2019, peu de temps avant Don Burke, ndlr).

DLODS : Pendant une très courte période (deux ou trois mois, à partir de mai 1969), Pierre Urban a été remplacé par le chanteur et guitariste Mark Sullivan. Il a notamment enregistré un 45 tours avec le groupe pendant cette période.

Après le départ de Pierre, Don nous a parlé de Mark et on a fait un essai. Mark était américain. Son père, qu’on a rencontré, était un réalisateur, qui avait fui le maccarthysme. Mark avait beaucoup de talent comme chanteur, guitariste et auteur mais il avait des problèmes psychologiques. On a appris plus tard qu'il avait fait un mauvais voyage avec du LSD et depuis il était resté très perturbé, à tel point qu'il nous est arrivé quelque chose que je n'oublierai jamais : en été, lorsque nous avions quelques spectacles, nous avions aussi nos familles, on alternait vacances et concerts. J'étais à La Baule avec David et Christian, Jean-Claude était dans le sud, et Don à Paris. On se retrouve à Bayonne pour un concert, et Mark n'est jamais arrivé. On devait chanter l’après-midi, sur les affiches nous étions quatre alors que là il en manquait un, et nous n’avions qu’une heure pour répéter. Jean-Claude a modifié les arrangements en catastrophe pour qu’on chante à trois. Mark était le plus jeune d’entre nous et avait tellement de talent, c’était triste, un petit garçon perdu. Finalement, on s’est dit qu’on allait rester à trois, Jean-Claude, Don et moi, et poursuivre notre route comme ça, c’est ce qu’il fallait pour continuer.



Les Troubadours : De l'autre côté des collines


DLODS : En 1970, premier single du groupe « à trois », avec « De l’autre côté des collines », une chanson que j’aime beaucoup.

Christian composait comme il respirait, c'est incroyable. C'est une des plus jolies, avec un texte un peu étrange, toujours de Thomas-Rivat.

DLODS : Viennent ensuite « La femme du mineur » et « Formez la ronde », dont la transition est très sympa…

Oui, la transition fait très Beatles, et la chanson a pas mal marché en radio. Quant à « La femme du mineur », c’est une chanson typique des fêtes du Parti Communiste.

DLODS : Il y a à cette époque une télé sympa, où vous déambulez dans un marché, discutez avec les commerçants, etc.

C’était rue Mouffetard, j'ai beaucoup aimé cette séquence. Un très joli film, on s'est bien amusés. On décide de faire un live, et il pleut, alors, on prend les parapluies et on y va. 


Les Troubadours : Le meilleur de la vie


DLODS : Vous chantez dans cette émission « Le meilleur de la vie », un peu « variétoche » mais très jolie et entraînante, avec une rythmique très typique de la période 1971-1973 (« L’amour ça fait passer le temps » de Marcel Amont, « L’amour en wagon-lit » de Michel Delpech, « Je vais me marier Marie » de Patrick Juvet, etc.).

Oui, j’aime bien cette chanson. Il me semble que c'est Don qui siffle.

DLODS : En juin 1972, vous enregistrez, dans un style « moyenâgeux », le générique de la série française Le secret des flamands.

Je ne l’ai pas, je crois qu’elle n’est jamais sortie en disque.




Les Troubadours : La ville d'or


DLODS : Ensuite vient la comédie musicale Les gens de la ville.

C’est un merveilleux souvenir. On a fait à la fois le spectacle de Jean Ferrat au Palais des sports, et l’album studio. La comédie musicale était très intéressante. On parlait de la vie dans les grands ensembles, il y avait un côté politique. Francis Lemarque a composé certaines chansons, et Christian d'autres. J’adore les chansons de cet album, elles me plaisent énormément, alors que je suis assez critique : « La ville d'or », « Dis-moi quand ». Avant ce spectacle, on avait déjà fait une tournée avec Ferrat. C'est une crème d'homme, un homme merveilleux.

DLODS : Toujours en 1972, « Un an c’est vite passé », extrait de la B.O. du film Ras le bol de Michel Huisman.

C’étaient des chansons sympas. Christian, qui avait composé la musique, me disait que c'était un bon film et il n'est jamais passé à la télévision.

DLODS : En 1977-1978, Les Troubadours deviennent… Don, Dan & Franca.

Ça, c'est les maisons de disques. Dès le départ on s'est dit Les Troubadours, c'est trop précis, on pense de suite au Moyen-Age, etc. mais c'était difficile de dire non à Lucien Morrisse qui nous accueille gentiment, donc on accepte. Il y avait Les trois ménestrels qui étaient complètement autre chose, et souvent on mélangeait les deux. À un moment donné, la maison de disque a dit « Vous ne passez plus assez à la radio, c'est le nom qui ne va pas, on suggère Don, Dan & Franca ». Jean-Claude était ulcéré qu’on le renomme Dan, et les disques suivants n’ont pas marché plus que ça. Il y avait notamment « Je t'aime Agapimu » et « Un océan d'ailes blanches » des chansons italiennes, qui étaient belles au départ. Puis « Harmonie » et « L’amour existera », qui étaient pas mal, mais le nom du groupe n’allait plus du tout.

DLODS : Le groupe change ensuite de nom presque à chaque disque : « Dan, Don & Franca», « Troubadour : J.C. Don Franca », « Troubadours : J.C. Don Franca » puis « Franca Di Rienzo, Don Burke et Jean-Claude Briodin alias « Les Troubadours » », puis enfin, retour aux sources avec « Les Troubadours » en 1981. Le groupe cesse son activité en 1984.

On a débuté chez AZ, donc nos disques passaient sur Europe n°1, et il y a eu le succès du « Vent et la jeunesse », où on nous a beaucoup entendus, on a fait énormément de concerts. C'était pas mal comme ventes mais petit à petit ça a diminué, on ne nous passait plus en radio, donc on ne nous engageait plus. On avait l'impression qu'on n’était plus professionnels parce qu'on ne gagnait pas assez bien notre vie, c'était de l'amateurisme. Quand il y a moins de spectacles, la motivation n'est plus la même au bout de 19 ans, même se retrouver pour répéter comme ça dans le vide...



Les Troubadours (duo Don & Franca) : Chanson pour gagner du temps (1973)


DLODS : Vous avez gardé, je crois, de bons liens avec Don Burke et Jean-Claude Briodin. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur vos anciens camarades?

Don était un très bon auteur-compositeur, et j’adorais sa superbe voix, et chanter avec lui, on pouvait chanter à l’unisson avec les mêmes nuances, on s’entendait tellement bien. Ce qui peut paraître étonnant, c’est que je l’ai toujours vouvoyé. Lui a fini par me tutoyer mais j’ai continué à le vouvoyer jusqu’au bout. Quand le groupe s’est arrêté, j’ai dit à Don qu’on allait essayer de faire quelque chose, je l'ai aidé à tenter une carrière de soliste. J’ai essayé de le placer pour des concerts, etc. et ça a un petit peu marché, il a fait des concerts, mais ça ne suffisait pas. Il a décidé de rentrer au pays et de reprendre son métier de prof. Sauf que le latin était un peu loin dans son histoire et qu'il parlait maintenant le français, même s’il avait un accent. Il a refait des études afin de passer un examen pour pouvoir enseigner le français. Il se morfondait au Canada, il nous envoyait des lettres pleines de nostalgie et de mélancolie, pour la France et le groupe. Le premier été après son installation, on est allé avec Christian et David passer des vacances vers chez lui, en Nouvelle-Écosse (Canada britannique).

Jean-Claude Briodin
Quant à Jean-Claude... Lorsque Christian a demandé à Jean-Claude de tenter l'aventure du groupe qu'il se proposait de former, il savait à quel musicien accompli il s'adressait. Premier prix de saxophone au conservatoire, Jean-Claude était un des Double Six et un des Swingle Singers. Il faisait aussi partie de tous les ensembles vocaux -entre autres les Angels, créés par Christian- qui accompagnaient les chanteurs lors des enregistrements studio. Donc, une « pointure » ! Mais Jean-Claude a accepté le défi et, en autodidacte doué, s'est mis à la guitare pour les besoins de ce groupe qui prenait forme. Après la période à quatre, d'abord avec Pierre Urban, et la brève aventure dramatique avec Mark Sullivan, nous avons réalisé que le format trio nous allait parfaitement. 
Avec toutes ses connaissances musicales, alors que Don et moi ne savions pas déchiffrer, Jean-Claude était au top et nous permettait d'avancer plus vite lors des répétitions. En outre, il s'est révélé comme « la tête pensante » du groupe. Don et moi étions un peu légers, et Jean-Claude était sérieux et tellement rassurant! Il organisait, entre autres, nos déplacements pour les galas, et tant d'autres choses importantes pour la vie du groupe. Sur scène, en plus de chanter et de jouer, il assurait la sono, car nous ne pouvions pas nous permettre d'avoir un technicien attitré. Si enfin je me suis sentie à nouveau si bien, si heureuse de chanter, c'est aussi grâce à sa présence rassurante.

Tout le long de ces 19 ans de carrière, nous nous sommes très bien entendus tous les trois. Nous avions autant de plaisir à travailler ensemble qu'à nous retrouver avec nos familles respectives. Hélas, Don nous a quittés trop tôt, mais par bonheur Jean-Claude va bien. Il est toujours beau, et notre affection réciproque est intacte. Il habite dans le Lot, loin de la Normandie, mais nous nous parlons régulièrement avec la même chaleur et une inévitable pointe de nostalgie. 




Franca di Rienzo : Au petit matin


DLODS : Je voudrais que nous évoquions maintenant quelques enregistrements solistes faits en parallèle ou après Les Troubadours, à commencer par la comédie musicale La Révolution française (1973).

C’est certainement Claude-Michel Schönberg ou Alain Boublil qui m’a contacté pour enregistrer « Au petit matin », la chanson de Marie-Antoinette, pour l’album, au studio Pathé-Marconi de Boulogne. Christian m'a accompagnée à l’enregistrement, mais souvent c'était moi qui l'accompagnais dans ses séances à lui. L’orchestre était dirigé par Jean-Claude Petit. Il fait répéter l’orchestre, et je réalise qu’on ne m’a jamais demandé dans quel ton je pouvais chanter. Je panique. Si ça avait été quelques années auparavant je me serais mise à pleurer. Je me dis que je ne vais jamais y arriver, je ne chante jamais aussi aigu, j’ai une voix plus grave. Finalement, je me dis qu’il n’y a rien d’autre à faire, donc autant y aller. Et j’y suis arrivée, même si je sais très bien quand je réécoute exceptionnellement cette chanson, qu’il y a un moment où je passe du médium à l’aigu, que j’aurais abordé autrement si j’avais pris un jour des cours de chant. J’avais un petit accent italien, et pas autrichien. Jean-Claude Petit était très content, Christian était fier de moi, et moi j’étais très soulagée.

DLODS : A la suite de l’album studio, le spectacle se monte au Palais des Sports, et vous êtes appelée pour jouer le rôle sur scène. Quels souvenirs gardez-vous de ces représentations ? Comment avez-vous pu mettre votre trac maladif de côté ?

Franca di Rienzo
dans La Révolution Française
Le trac ne m’a pas empêchée de chanter car je n'étais pas toute seule sur scène. Et il y avait un contexte dans le spectacle qui faisait que je n'étais plus la reine Marie-Antoinette, que je chantais dans un coin. Je suis cette femme qui va mourir, j'ai le vêtement de celle qu'on emmène pour se faire couper la tête, avec une coiffe blanche, j'étais un personnage, donc c’est très différent. Je pense vraiment que j'ai abordé ce rôle qui était principalement de la présence physique pendant le spectacle avec beaucoup de tristesse. Je suis retournée tous les soirs avec bonheur, ça a duré plus d'un mois, je prenais le train de Savigny, puis le métro et j’allais chanter au Palais des Sports et je rentrais chez moi, c’était du temps où on pouvait rentrer à minuit sans se faire de soucis. Il faut croire qu'on n'avait rien à faire avec les Troubadours à ce moment parce qu'ils m'ont donné la permission spéciale de faire ma Marie-Antoinette. Je me souviens dans la troupe de Michel Elias, qui m'avait offert le livre de Zweig sur Marie-Antoinette. Il y avait Daniel Balavoine qui n'était pas encore connu, les Martin Circus, les Charlots, etc. Si on me l'avait proposé, j'aurais fait d'autres comédies musicales.



Franca di Rienzo : Hier, deux enfants
(doublage français de Robin des bois)


DLODS : Quelques mois après, vous enregistrez la voix chantée de Belle Marianne dans le doublage français de Robin des Bois (1973) des studios Disney. La chanson, « Hier, deux enfants », est très belle.

Je ne sais pas comment j’ai été contactée pour Robin des bois, la séance était tranquille, j'aurais bien continué longtemps à faire ça, mais je n’ai pas eu d’autres propositions. On m’en parle souvent, notamment dans ma chorale, « C’est toi qui chantes ça ! » (rires). Ça ne me déplaît pas de la réécouter.

DLODS : J’ai un attachement particulier pour Robin des Bois, qui est l’un des deux premiers Disney que j’ai vus étant enfant. Quand on est enfant, on comprend parfois les paroles différemment, et c’est très compliqué, des années plus tard d’entendre autre chose que ce qu’on a en mémoire. Les retranscriptions des paroles indiquent « Deux cœurs neufs à leur printemps » mais j’entends toujours « Deux cœurs ne fallait au printemps ».

En l’écoutant avec vous, j’ai un doute, mais c’est certainement « Deux cœurs neufs à leur printemps », j’ai peut-être un peu « boulé » pour chanter la phrase.

DLODS : Au générique vous êtes créditée sous votre nom d’épouse, auquel on a oublié un « l ».

On fait souvent cette erreur. Quand ma petite-fille Colline est née, ses parents ont choisi de l’orthographier avec deux « l », pour que ce soit comme Chevallier.



Franca di Rienzo : Amore va
(B.O. du film Les Passagers)


DLODS : En 1977, vous chantez une chanson composée par Claude Bolling pour le film Les Passagers de Serge Leroy.

De temps en temps, on se souvenait de ma petite voix individuelle en dehors du groupe et on se disait « Pourquoi pas Franca? ». Je ne me souviens pas du tout de la chanson, mais je me rappelle être allée un soir enregistrer une chanson pour Claude Bolling, donc ça devait être celle-ci. C’est très italien, il se souvenait que j’étais italienne pour me demander de chanter ça.

DLODS : En 1978, vous avez enregistré un album avec Don Burke, Top of the 12.

L'éditeur de Donovan et de Roger Miller devait, pour garder les droits, justifier d'un enregistrement. Il a proposé à Christian de le faire, et Christian nous a demandé à Don et moi de chanter. J'adore chanter en anglais, c'est une langue dans laquelle il est plus facile de chanter. Ça swing, et il y a une façon d'étirer les sons qu'on peut se permettre en anglais. Maintenant, même en français on y arrive, on chante différemment.

DLODS : Vous avez été voix soliste d’accompagnement pour plusieurs artistes, comme Simone Langlois, ou Gilbert Laffaille…

Gilbert Laffaille a beaucoup travaillé avec Christian, et quand il y avait besoin d'une petite voix, j'étais là.

DLODS : Également un chanteur que je ne connais pas, Jean-Paul François…

Jean-Paul François était un instituteur, il a fait deux disques très jolis avec Christian. Il est mort d'un infarctus, très jeune. Ses disques sont très peu connus mais on les réécoute parce qu'il y a une qualité de texte, de musique, et un très joli timbre de voix.

DLODS : Vous avez également accompagné l’illusionniste israélien Uri Geller, connu pour tordre à distance des cuillères.

J'aime beaucoup ce que j'ai chanté pour ce disque. Dans le disque, il parle plus qu'il ne chante. Uri Geller était un peu ésotérique, il laissait croire qu'il venait d'ailleurs, comme s'il était un extraterrestre. Majax l’avait « démystifié » dans une émission de télévision.

DLODS : Il existe une cassette Mouloudji et Franca chantent six chansons.

Christian a fait un disque magnifique avec Mouloudji, Inconnus… Inconnues… Christian était le roi des samplers, il mettait un tel soin avec ses échantillonneurs qu'on aurait vraiment dit des orchestres, il a fait un disque comme ça et Mouloudji a voulu une voix qui ponctue quelques chansons, c'est tout, ça n’allait pas plus loin, je mettais ma petite voix de temps en temps pour apporter une couleur différente. Quand on me demandait d'ajouter quelque chose, je le faisais toujours avec plaisir, « même pas peur » (rires). J’ai une anecdote : dans notre petite maison de Savigny, dans les combles, Christian avait fait son studio d'enregistrement, il l'avait construit de ses mains, insonorisé lui-même, etc. Mouloudji contacte Christian, décide de faire un disque accompagné par les échantillonneurs. Là où nous habitions, c'était un petit village avec des maisons aux murs mitoyens. Notre maison était mitoyenne avec une famille pas très sympa. Lui était un ancien inspecteur des impôts d’Alger. J’étais accueillante, leur proposait de venir boire un pot, mais eux pas du tout. Mouloudji vient pour enregistrer, se gare. Il avait une voiture dans laquelle il y avait de tout, étant donné qu'il voyageait beaucoup. La rue n'était pas très large donc on se garait où on pouvait. Mouloudji se gare au mauvais endroit. Scandale, à haute voix. On sonne chez nous. Je m'excuse... « Je ne veux rien savoir ». Ils insultent Mouloudji. Catastrophe, le lendemain, Mouloudji revient et se remet presque au même endroit. Scandale total. Le type resonne, ignoble et crie avec une voix très forte, qu’on a entendue dans tout le quartier « Mouloudji croit peut-être avoir des privilèges, mais nous en France on a des droits ! ». Et Moulou, dont la mère était kabyle, lui répond : « Excusez-moi, Monsieur, je suis un peu distrait, mais ce n’est pas grave ». On aimait tendrement Mouloudji, c’était un homme tellement doux, intelligent, fin, comédien et écrivain de talent, et cette voix, cette personnalité, même à la fin quand il chevrotait un peu trop. C'est une des rencontres les plus extraordinaires que j’ai faites.

DLODS : En 1979, vous faites partie de l’enregistrement d’un conte pour enfants avec Georges Moustaki, La belle histoire de l'enfant qui possède tout.

Je pense que c’est Moustaki qui a parlé du projet à Christian. On l’a enregistré dans le studio de Christian, et comme il fallait un enfant, David a accepté de dire quelques phrases. L’œuvre était commandée par des moines bouddhistes, donc on les a vus arriver pendant les enregistrements, avec des colliers en jasmin. Je n’ai pas beaucoup chanté dans le disque, mais j’ai fait la cuisine pour l’équipe. Je leur cuisinais des pâtes, comme ils étaient végétariens. Ils acceptaient de manger des légumes, mais ils leur demandaient pardon. Ils venaient avec des petits fromages. Je ne vous dis pas le soir le ménage qu'il fallait faire. Vous vous imaginez l'inspecteur des impôts à côté (rires).



Franca di Rienzo : Dors mon bébé


DLODS : Restons dans l’enfance : vous avez chanté des disques de berceuses pour Adès.

A la fin des Troubadours, nous avons fait le disque de Noël avec un monsieur qui travaillait pour Unidisc, qui dépendait du groupe qui détenait notamment Astrapi et Okapi. Ce monsieur, Serge Letort, écrivait des textes de chansons pour enfants. Il nous a montré des textes qu’on a trouvés très jolis, poétiques, pas mièvres, ça a tout de suite inspiré Christian qui a fait des musiques dessus. On a enregistré dans le deuxième studio de Christian, on était plus dans les combles, Christian avait acheté un local dans notre résidence, un vrai studio, dans lequel Moustaki notamment est venu faire un disque. On a fait deux disques de 24 berceuses à chaque fois, et ces berceuses bercent toujours beaucoup d'enfants encore aujourd'hui et apparemment ça les calme beaucoup, ce qui me fait très plaisir. On a fait ça avec beaucoup de simplicité, comme si j'étais à côté d'un enfant pour l'endormir, on chantait une ou deux fois seulement. Christian les aimait beaucoup et moi je les aime toujours.

DLODS : Et puis, à un moment, vous avez arrêté de chanter.

Quand j'ai arrêté de chanter, que le groupe s'est dissous, je me suis demandé ce que j'allais faire de ma vie. Mon fils était en âge de préparer le bac, il avait toujours eu une maman qui partait et revenait, et je ne voulais pas être sur son dos. Et quand on a fait un métier qu'on aime, se dire qu’on va tranquillement rester au foyer, c’est compliqué. J’avais arrêté tôt mes études, alors pourquoi ne pas tenter quelque chose ? Je savais qu'il y avait quelque chose qui pouvait remplacer le bac classique, l'examen spécial d'entrée à l'université, je me suis inscrite par correspondance et je l'ai préparé. C’était le programme de français de terminale, histoire-géo et deux langues, anglais et italien. Je suis allée à la fac de Créteil pour passer cet examen et je l’ai eu. Je me suis inscrite à la fac de lettres et langues à la Sorbonne en première année avec des jeunes gens de l'âge de David, qui passait le bac en même temps. J’avais 48 ans. J'ai adoré mes études., que j’avais choisies. C’était une fac d'italien, mais il y avait d'autres matières comme la littérature. Je suis allée jusqu'à la licence, puis un décollement de rétine m'a empêché de continuer, mes problèmes aux yeux ont commencé là et ce n'est pas fini. J’ai commencé à donner des cours particuliers. J'ai été prof suppléant dans un lycée dans un beau quartier, le même que celui où j'avais été nurse. C’était une classe de seconde avec des enfants de diplomates, pourris-gâtés, peu sympathiques, et j'ai retrouvé tout mon trac. Christian m'a dit « Ce n'est pas possible, tu te lèves la nuit pour refaire tes cours », donc j'ai décidé au bout d'un an d'arrêter et j'ai repris l'année d'après dans le cadre de la formation permanente, pour enseigner l’italien à des adultes. Ils savaient pourquoi ils étaient là, que ce soit pour leur travail ou pour leur plaisir. J'ai retrouvé le plaisir de donner et de recevoir, comme le chant.

DLODS : On parlait tout à l'heure de votre fils David. Il est, je crois, musicien.


David Chevallier
(Photo: R. Carémel)
Christian était très fier de son fils, il n’a eu aucune crainte, aucun doute, lorsque, précocement, David a décidé de devenir musicien professionnel. Il a commencé par étudier la guitare classique jusqu’à un premier prix de conservatoire, mais il s’est très vite tourné vers le jazz (bon sang ne ment pas !) mais, même dans le jazz, il n’a jamais utilisé de médiator, il a continué à se servir de ses doigts, ce qui, dans le jazz, est assez rare ! Christian avait raison de faire confiance à son fils. Il a, à la fois les dons, la passion, des bases musicales solides, mais aussi une créativité qui n’a fait que se confirmer tout au long de sa carrière, autant en tant que guitariste, que de compositeur et arrangeur. Il y a une dizaine d’années il s’est mis au théorbe, un instrument baroque, qu’il a rapidement bien maitrisé, ce qui lui a aussi permis d’aborder un autre répertoire avec des ensembles de ce style. Il s’est constamment renouvelé, il va de l’avant, depuis ses dix-huit ans il trace sa route, il est fidèle à lui-même. Sa Compagnie, Le Son Art, a permis la création de beaucoup de projets autant divers qu'audacieux. Un exemple : j’ai assisté récemment à une répétition de sa nouvelle oeuvre, très intéressante et originale, The Time Machine, inspirée par le dernier roman de H. G. Wells. Avec des extraits de cette oeuvre, dits par un comédien, la composition sera jouée par quatre musiciens dont David au théorbe, une viole de gambe, un clavecin et une sacqueboute (l’ancêtre du trombone). La première aura lieu à Berlin le mois de juin. Oui, je crois que Christian continuerait d’être fier de son fils. Il va de soi que je le suis aussi !

DLODS : Est-ce que vos petits-enfants ont « repris le flambeau » ?

Pendant quelques années, il y a eu la flûte traversière pour Colline et le trombone pour Noé. Mais ils ont arrêté. Colline, elle, a fait du théâtre et de la danse tout le long de sa scolarité jusqu’au bac, puis trois ans dans une école de cinéma. Elle est en période de réflexion quant à la suite… le métier devient tellement difficile ! Reste le plus jeune, Mathurin, qui, du haut de ses neuf ans, en est à sa troisième année de viole de gambe. L’avenir nous dira s’il en fera son métier ou simplement une façon d’enrichir sa vie par la musique.

DLODS : Après le décès de votre mari (en 2008), vous avez éprouvé le besoin de chanter de nouveau, et vous avez intégré une chorale amateure qui chante des œuvres classiques dans votre ville, Rouen.

Lorsque je me suis retrouvée seule, c'était très dur à tout point de vue, j'ai cherché à faire quelque chose qui me demande de l'attention, qui soit une difficulté pour moi, qui m'engage. J'ai cherché une chorale, on m'a dit « Venez mardi », je n'ai pas passé d’audition, on m'a donné une partition au milieu de quarante personnes, les oreilles ouvertes comme je ne vous dis pas et voilà. Je savais qu'il y avait des fichiers de travail. J'ai commencé en janvier 2009, à force d'écouter en ayant la partition sous les yeux, on fait des progrès. J'ai toujours une petite voix, donc comme on est nombreux, je mets une petite pierre. Ce n'est pas la seule chose qui m'a sauvée, mais ça m'a beaucoup aidée. Lorsque Christian m'écrivait des choses un peu difficiles alors que j'avais de telles facilités en général je lui disais « Mais c'est trop difficile, Christian ». Maintenant, je peux le dire : je chante des choses difficiles (rires) !



BONUS


Lors de notre venue à Rouen, j’ai suggéré à mon amie Rachel Pignot (voix chantée, entre autres, de Blanche Neige dans le doublage de 2001 de Blanche Neige et les sept nains) de venir avec sa guitare. Elle a fait à Franca la surprise de lui chanter « Hier, deux enfants » de Robin des bois. Petite vidéo souvenir de ce doux moment, que je partage avec l’autorisation de Rachel et de Franca.





LIRE, ÉCOUTER ET REGARDER


Les arrangeurs de la chanson française de Serge Elhaïk (Textuel, 2018)
(Avec, entre autres, un entretien avec Christian Chevallier)

J'avais rêvé... Une amitié en musique d'Alain Boublil et Claude-Michel Schönberg en conversation avec Rémy Batteault (Éditions du Rocher, 2024)

"Jean-Claude Briodin: Entretien avec un Troubadour" par Rémi Carémel (Dans l'ombre des studios, 2020)
https://danslombredesstudios.blogspot.com/2020/03/jean-claude-briodin-entretien-avec-un_7.html

"Décès de Don Burke" par Rémi Carémel (Dans l'ombre des studios, 2019)
https://danslombredesstudios.blogspot.com/2019/03/deces-de-don-burke-1939-2019.html

"Fiches voxographiques Disney, 7ème partie: De Robin des Bois à Winnie l'ourson" par Rémi Carémel (Dans l'ombre des studios, 2018)
https://danslombredesstudios.blogspot.com/2018/04/fiches-voxographiques-disney-7eme.html

La page Facebook des Troubadours
https://www.facebook.com/GroupeLesTroubadours


À ce jour, Les Troubadours n'ont jamais connu de réédition CD ou digitale digne de ce nom (à part une compilation CD illégale (sortie chez Magic Records), prétendument remasterisation alors qu'il s'agit de repiquages de vinyles, d'assez médiocre qualité). Espérons qu'une maison de disque leur rendra un jour justice.



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lundi 10 février 2025

Décès de Bob Smart (1934-2024)

J'ai appris avec émotion la disparition de Bob Smart le 13 juin 2024 dans son domicile de Long Beach (Californie), quelques jours avant son 90ème anniversaire (il était né le 27 juin 1934 dans le Dakota du Sud).

Bob était un ami et correspondant plein d'humour et de charme, et prévenant. N'ayant pas eu de réponse à mes mails depuis quelques mois, ni réussi à le joindre par téléphone, j'ai réussi, après quelques recherches, à écrire en janvier à un petit-cousin de Bob, John Smart, qui a trouvé mon message hier et m'a appris la triste nouvelle.

Après un début de carrière comme acteur et choriste aux États-Unis (films de la MGM, groupe vocal The Modern Men de Stan Kenton, choeurs pour Frank Sinatra, etc.), Bob avait travaillé en France de 1963 à 1971, où il avait accompagné la plupart des chanteurs de l'époque (Gilbert Bécaud, Hugues Aufray, François Deguelt, Mireille Mathieu, Fernandel, Sheila, Petula Clark, etc.), fait partie des mythiques Double Six (albums Dizzy Gillespie et les Double Six et The Double Six of Paris sing Ray Charles), co-fondé le groupe folk Les Troubadours, et chanté dans bon nombre de musiques de film.

Pour se replonger dans la carrière de Bob, je vous invite à relire mon portrait / interview "Bob Smart : Un Américain à Paris":
https://danslombredesstudios.blogspot.com/2017/01/bob-smart-un-americain-paris.html

Mes pensées à son fils Antonio Smart, à toute sa famille, ainsi qu'à ses anciens camarades de micro.


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samedi 7 mars 2020

Jean-Claude Briodin : Entretien avec un Troubadour


En 1960, par les mots de Mimi Perrin et le son des Double Six, le « Boplicity » de Miles Davis et Gil Evans devient en France « La Légende du Troubadour ». Le soliste chante « Pardonnez-moi, dites, mon nom n’est que Briodin » certainement par modestie, lui qui préfère être « choriste de rang » plutôt qu’avoir à affronter l’angoisse du solo.
En soliste ou choriste, le talent de Jean-Claude Briodin n’est pas à prouver. On le retrouve dans une quinzaine de groupes vocaux, des Double Six aux Swingle Singers, des Angels aux Masques, en passant par le magnifique quatuor folk Les Troubadours. Sa belle voix de baryton-basse accompagne également plus d’une centaine de chanteurs, dans des milliers d’enregistrements studio, de « Count Basie » de Henri Salvador à « L’aigle noir » de Barbara, de la B.O. d’Un homme et une femme à celle de Moonraker.
Compagnon de route de Michel Legrand, Quincy Jones, Graeme Allwright, Jacques Brel et autres légendes, Jean-Claude Briodin revient pour nous sur sa carrière avec modestie et sincérité…
(Entretien réalisé le 28/02/2020)


Dans l’ombre des studios : Jean-Claude, peux-tu nous parler de ton enfance ? Tes parents étaient-ils musiciens ?

Je suis né le 6 mars 1932 à Paris, mais j’ai vécu toute mon enfance à Neuilly-sur-Marne. Mes parents étaient infirmiers dans un hôpital psychiatrique. On n’avait pas de poste de radio ni de phono donc on n’écoutait pas de musique à la maison. Cependant mon père avait une guitare, c’était sa passion, mais ça ennuyait ma mère donc au bout d’un moment il n’y a plus touché. A l’hôpital, pendant la guerre, ils avaient monté un orchestre qui était composé de malades et d’infirmiers.
Mon père m’a mis au banjo : on ne faisait pas de solfège, on apprenait les notes, je ne les chantais pas mais je les jouais. C’est comme ça que j’ai commencé la musique, à jouer du banjo dans cet orchestre. Dans l’orchestre, il y avait un gars qui jouait de la clarinette, je trouvais ça formidable. Alors mes parents ont voulu m’acheter une clarinette ; c’était pendant la guerre. Ils vont chez Beuscher, bien sûr il n’y avait pas de clarinette, donc on leur a vendu un saxophone soprano à la place. Et j’ai appris le sax comme ça.

DLODS : Comment as-tu perfectionné ton apprentissage du saxophone ?

Marcel Mule
Ma mère avait envie que je fasse de la musique. Elle va à la Garde Républicaine pour leur demander comment on intègre leur orchestre. Ils lui donnent le nom d’un professeur, Marcel Mule, qui était le professeur de saxophone du Conservatoire de Paris. On prend rendez-vous, et c’est un désastre, le son est dégueulasse, j’y pense maintenant, mais je ne m’en rendais pas compte à l’époque. Il m’a envoyé chez un professeur pour apprendre le saxophone et le solfège et préparer l’entrée au conservatoire.
Il n’y avait que douze places au Conservatoire, donc pour y entrer j’ai dû passer l’audition deux ou trois fois. S’il ne se libérait que deux places pour deux premiers prix, il n’y avait que deux places pour l’année d’après. J’ai eu la chance qu’il y ait eu trois places, j’ai été pris, j’y suis resté trois ans, et je suis entré dans le métier grâce à un ami élève comme moi dans la classe de sax, Roland Audefroy.

DLODS : Je crois qu’au conservatoire tu as rencontré Romuald Figuier, bien avant qu’il démarre sa carrière de chanteur ?

Oui, Romuald était beaucoup plus jeune que moi, donc quand j’étais au Conservatoire, il n’y était qu’en auditeur, puis il a eu son prix de saxophone quelques années après moi.

DLODS : Dans quels orchestres as-tu débuté ?

J’ai commencé dans un quatuor qui s’appelait Les Rickson, avec un accordéoniste très doué, Bellanger, qui avait quasiment appris à jouer en autodidacte. On faisait des petits bals dans une boîte à côté de chez nous, le dimanche après-midi c’était bal à Nogent-sur-Marne, et le dimanche soir un autre bal dans une boîte où l’orchestre étant au-dessus de la piste de danse, il nous était impossible de descendre avant la fermeture, même si on avait envie d’aller aux toilettes (rires).
Puis, en professionnel j’ai débuté chez Henri Rossotti en 1952-1953, on faisait des bals tous les samedis et on jouait des cha-chas, des tangos, etc. Avec cet orchestre on a joué au vieux Casino municipal de Cannes pendant le Festival de Cannes, je bavais car moi qui venais de ma banlieue je voyais défiler toutes ces stars que j’avais vues au cinéma, et notamment ces italiennes tellement belles, Sophia Loren et Gina Lollobrigida. Chez Rossotti la chanteuse était la superbe Anita Nubel et dans l’orchestre j’ai fait la connaissance de Roger Guérin (trompette), Claude Germain (piano) qui m’a présenté à sa femme (Anne Germain), André Paquinet et Benny Vasseur (trombones), etc.

Ensuite, j’ai eu mon prix de conservatoire en 1954, et je suis entré en 1955 chez Jacques Hélian. Michel Cassez qui a ensuite fait une carrière d’animateur et de chanteur (et membre des Compagnons de la Chanson, ndlr) sous le nom de Gaston était le premier sax alto, c’est lui qui m’a fait entrer dans l’orchestre. Il avait fait le tour de tous les orchestres de Paris et il m’avait trouvé un soir au dancing en-dessous du Moulin-Rouge, où je faisais un remplacement. Il m’a demandé si j’étais libre et m’a donné le numéro d’Hélian. J’ai été pris, et j’y suis resté une année. Chez Hélian c’était sympa, je n’avais jamais connu ça : d’abord on était payé au mois (pour moi ça n’existait pas, et ça ne s’est jamais reproduit), et c’était un orchestre de scène qui avait du succès, comme des vedettes. On tournait, tournait, tournait, on n’arrêtait pas ; on a fait trois tournées cette année-là.
Dans l’équipe, il y avait notamment Henri Tallourd, Jacques Hendrix, et les chanteuses, Les Hélianes: Rita Castel (femme du sax baryton) et Lou Darley.

DLODS : Comment sont nés les Cha-Cha Boys ?

Roland Audefroy (dit Roland Audy) est arrivé chez Hélian comme premier sax alto, quelques temps après moi. On se connaissait bien car on était entré et sorti en même temps de la classe de saxophone du conservatoire, on faisait du quatuor classique ensemble. Jacques Hélian se fichait de la danse, on ne faisait orchestre de danse que les samedis après le concert. Les Cha-Cha Boys était un pseudo de Jacques Hélian, Roland Audefroy a réussi à faire jouer l’orchestre entier pour la danse avec les arrangements des Cha-Cha Boys et de Paul Piot. Puis l’orchestre s’est arrêté et Hélian a revendu les Cha-Cha Boys à Roland. Roland m’a demandé de venir jouer dans son orchestre pour une saison au Canet Plage en 1963 et pour des bals un peu partout en France, c’était très sympa. Dans l’orchestre on a eu Jackye Castan au piano, et c’est moi qui l’ai poussée à chanter et à faire des séances de chœurs.

DLODS : Comment es-tu passé du saxophone au chant ?

Le groupe vocal Les Blue Stars existait depuis un an ou deux, ils avaient trouvé un très beau son, Michel Legrand les employait souvent dans ses séances. Tout le monde travaillait ensemble dans les studios d’enregistrement à l’époque (chanteur, orchestre, chœurs), on n’enregistrait pas les uns après les autres comme cela a été le cas plus tard et encore aujourd’hui. Les chanteurs avaient la réputation de ne pas très bien lire la musique donc Michel voulait des musiciens qui chantent. Michel a demandé à sa sœur Christiane de constituer Les Fontana avec des anciens Blue Stars et des nouveaux. Grâce à Jacques Hendrix qui jouait du saxophone avec moi chez Hélian, j’ai passé une audition devant Christiane et j’ai eu la chance d’être pris. Dans le groupe il y avait notamment, outre Christiane Legrand, Janine de Waleyne, Henri Tallourd, Jacky Cnudde et Jacques Hendrix.
Tous m’ont appris à chanter en groupe. Au début, au lieu de faire « ouh » je faisais des « uh », et Janine et Christiane me corrigeaient. Mais je n’avais pas de problèmes de lecture.
Ensuite, le groupe a évolué ainsi que la qualité du son, avec l’habitude de chanter ensemble et de s’écouter chanter de la même façon. On a enchaîné comme ça avec les Double Six.

DLODS : Quel était ton premier engagement avec les Fontana ?

En septembre 1956, pour la réouverture de l’Alhambra, rebaptisé Alhambra Maurice Chevalier, Michel Legrand avait constitué un grand orchestre et des choeurs, il dirigeait en première partie cinq de ses compositions, puis accompagnait Maurice Chevalier dans la deuxième partie. On a fait trois mois là-bas avec cet orchestre somptueux : quatre cors, six sax, cinq trompettes, quatre trombones, etc. Les morceaux que Michel avait composés et arrangés étaient formidables, c’était tellement beau… Tout le métier venait l’écouter.

DLODS : Michel Legrand raconte dans ses mémoires que ses compositions étaient « diversement » accueillies par le public traditionnel de Maurice Chevalier…

Je ne m’en rendais pas compte, j’étais absorbé par la musique de Michel…

DLODS : Avec Les Fontana, as-tu abandonné le saxophone ?

Pendant l’Alhambra, j’ai commencé les séances d’enregistrement comme choriste pour des chanteurs de variétés. J’en faisais deux ou trois par jour, ça n’arrêtait pas, donc le saxophone était un peu entre parenthèses.
Et puis en 1957, Michel Legrand partait l’été en Russie avec son orchestre et les Fontana. On ne m’a pas donné mon passeport car je n’avais pas fait mon service militaire, je devais le faire au mois de novembre, et on a eu peur que j’en profite pour m’éclipser. André Paquinet et Benny Vasseur, que j’avais connus chez Rossotti et chez Legrand (où Paquinet avait un solo magnifique), avaient monté un petit orchestre, Les Trombone Paraders, pour faire la saison au Palm Beach de Cannes, donc j’ai rejoint cette équipe, au saxophone. Dans l’orchestre il y avait, outre Paquinet et Vasseur (trombones), Georges Grenu (sax), Anne Germain (chanteuse d’orchestre), Claude Germain (piano), Henri Tallourd (contrebasse)…  A notre retour on a enregistré un disque de ce répertoire chez Festival. J’ai fait démarrer Claude dans les séances de chœurs, et Anne est entrée dans le métier grâce à Christiane.

Après j’ai rangé le saxophone, mais pas complètement car j’ai fait partie de l’orchestre du Lido, d’abord en remplaçant, puis j’ai eu la place.  En 1962, je devais partir au Canada pour le festival de jazz de Montréal avec les Double Six, Delvincourt qui s’occupait de l’orchestre m’a dit « Mon vieux Briodin, il faut choisir : le Lido ou les Double Six », j’ai choisi les Double Six. Mais j’ai continué à travailler au Lido, il me demandait de convoquer les chanteurs pour les enregistrements de chœurs pour les revues du Lido et du Moulin-Rouge, on était resté en très bon terme et je connaissais bien les musiciens.

DLODS : Je crois que tu as fait ton service militaire en même temps que le grand arrangeur Jean-Michel Defaye….

On s’est retrouvé dans la même caserne, à Courbevoie, en 1957. Lui était dans l’administration, et moi j’étais planqué dans la musique. Il avait laissé sa voiture, une belle Renault, devant la porte. Moi je laissais ma voiture dans un champ, et à la première occasion je partais en permission.  D’habitude, les musiciens s’engageaient dans la musique militaire pour faire leurs études à Paris, et être logés et nourris. Mais là, comme on était en pleine guerre d’Algérie, il n’y avait plus d’engagés car ils avaient peur d’être envoyés en Algérie. Du coup, nous, les prix de Paris, étions bien soignés et on ne nous emmerdait pas, du moment qu’on répétait et qu’on assurait le service.
S’il n’y avait pas de répétition le matin, les musiciens posaient une permission jour et nuit. C’était ça sans arrêt. J’ai eu de la chance, j’ai pu travailler, et ma femme qui avait été obligée de trouver un travail, a pu arrêter et s’occuper de nos deux jeunes enfants.
En journée, pendant mes permissions je faisais des séances et le soir je remplaçais au Lido.
Un soir on a téléphoné, c’était l’adjudant « Briodin, il faut revenir, le quartier est consigné à cause des événements ». Je suis resté en France, j’ai eu de la chance, mais dix-huit mois c’était long.


Les Double Six: "Sweets : Les quatre de l'opéra"
Solistes et choeur: Jean-Claude Briodin, Claude Germain, Mimi Perrin et Eddy Louiss

DLODS : Mimi Perrin crée fin 1959 le groupe vocal Les Double Six. En s’inspirant du groupe américain Lambert, Hendricks & Ross, elle reprend des instrumentaux de jazz en les faisant chanter par des chanteurs, avec des paroles qu’elle a écrites. Comment as-tu rejoint le groupe ?

Les Double Six avaient fait une première séance fin 1959 (trois titres : « Count’em », « Evening in Paris » et « Walkin’ »), j’étais un petit peu en froid avec Mimi à ce moment-là donc je n’y avais pas participé. Et puis Roger Guérin a quitté le groupe, je l’ai remplacé (début 1960). On s’est tapé des morceaux extraordinaires avec les Double Six, difficiles, rapides. Il y a un morceau, «Sweets / Les quatre de l’opéra »  qu’on chante à quatre avec Claude (Germain), Mimi (Perrin) et Eddy (Louiss). Un morceau d’une difficulté… Mais ça nous faisait plaisir. On ne gagnait pas un sou avec les Double Six mais on se régalait d’aller enregistrer, on y passait des nuits.

DLODS : L’histoire des Double Six est très liée à celle de Quincy Jones qui vivait à Paris à cette époque-là, et avait aidé Mimi à monter le groupe….

Quincy Jones avec W. Swingle, J.-C. Briodin,
C. Germain, J. Denjean et M.Perrin
Quincy avait fourni à Mimi pour le premier album (Les Double Six meet Quincy Jones) des arrangements instrumentaux qu’il avait écrits pour un disque enregistré en Suède, et il a continué de nous conseiller et de nous aider. On a fait des répétitions avec lui, mais il ne venait pas aux enregistrements, on faisait un peu ce qu’on voulait. C’est lui qui nous a dit de faire l’album avec Dizzy Gillespie (Dizzy Gillespie and The Double Six of Paris) et a choisi l’arrangeur (Lalo Schifrin). Pour l’album The Double Six of Paris sing Ray Charles, nous étions accompagnés par un très bon musicien, le saxophoniste Jerome Richardson, qui était un « requin de studio », il faisait toutes les séances pour Quincy, Basie, etc. Il nous avait invités chez lui à New York, il y avait dans chaque pièce de son appartement un casque et un petit ampli pour écouter sa musique.

DLODS : Les fans des Double Six peuvent à l’écoute entendre les noms de certains membres du groupe. Dans « Boplicity / La Légende du Troubadour » tu chantes en solo « Mon nom n’est que Briodin »…

Lorsque je réécoute mes soli maintenant je me dis que j’aurais dû les chanter d’une autre façon. J’ai toujours été freiné pour chanter tout seul, un peu angoissé. Lorsque je devais chanter seul une publicité ou autre je dormais mal la nuit d’avant, c’est curieux, non ? Il fallait qu’on me pousse, comme lorsque j’ai chanté dans Un homme et une femme (1967). J’avais le trac, alors qu’au milieu d’un groupe, je me sentais heureux, à l’aise, je vivais.
Pour ce qui est de « Boplicity », c’est un morceau formidable. Mimi trouvait les mots pour que ça swing, elle arrivait à faire swinguer le Français comme l’Américain. Les consones étaient au moment où il en faut. Ecoute « Faufile-toi voyou » dans « Tickle Toe », reprenant le son des sax. Ou « Folie d’une nuit d’été, etc . »  dans « Early Autumn » où le son des mots est doux. Elle avait le chic pour trouver tout ça, et elle y passait un temps fou.


Les Double Six: "Boplicity : La Légende du Troubadour"
Chant: Claude Germain, Monique Aldebert (soliste), Jean-Claude Briodin (soliste), Louis Aldebert, Mimi Perrin et Eddy Louiss 

DLODS : Te souviens-tu de l’enregistrement de « Fascinating rhythm » ?

Oui, dans celle-ci Monique Aldebert avait des difficultés avec un passage très aigu. On a fait des essais avec Gilles, le fils de Mimi, qui était tout petit. Et c’est finalement Anne Germain, qui venait rejoindre son mari Claude au studio, qui a enregistré le passage en question.

DLODS : A l’époque, la technique du re-recording était assez balbutiante. Comment se passaient les séances d’enregistrement ?

C’était difficile car on avait un micro pour trois, il fallait se doser par rapport au micro, et on faisait alors des re-recordings. On choisissait qui chantait quoi (trompette, trombone, sax), on enregistrait six voix et on rajoutait encore six voix car dans les arrangements de grandes formations que Quincy nous avait donnés, il y avait à peu près dix-huit musiciens, donc ça faisait déjà trois prises, plus après les soli de sax, trompette, etc.
Le problème est que le magnétophone était un deux pistes, donc à chaque re-re on faisait une copie de copie. A chaque fois que l’un d’entre nous se plantait, il fallait qu’on s’y remette tous les six, et qu’on refasse les deux ou trois prises de groupe, plus les soli, et la rythmique qui était enregistrée avant. Et parfois dans ces copies de copies, on perdait certaines voix ou instruments donc il fallait les réenregistrer. Je me souviens que pour un morceau de Stan Kenton dans le deuxième disque, on n’entendait plus la cymbale. Les musiciens qui avaient fait la rythmique étaient partis donc c’est Eddy Louiss qui s’est mis à la batterie et a refait la cymbale.

Je me souviens de séances dans un autre studio –je ne me souviens plus de son nom, mais ce n’était pas encore Charcot- monté par Jean-Michel Pou-Dubois et Yves Chamberland dans une maison près de la Place d’Italie ; ils avaient réussi à installer un trois pistes, mais la cabine, la batterie, les chanteurs et le piano étaient dans des pièces différentes, sur plusieurs étages, donc on ne se voyait pas.

DLODS : Que penses-tu des évolutions techniques dans la prise de son ?

Les Voice Messengers
A l’époque des Double Six, on avait sympathisé avec Caterina Valente et son frère, on était même allé chanter pour son anniversaire en Allemagne, un grand concert. Elle nous disait qu’aux Etats-Unis elle enregistrait sur un huit-pistes et pour nous, un huit-pistes, c’était de la science-fiction. Ce serait un bonheur de faire les Double Six dans les conditions techniques d’aujourd’hui, avec un 78 pistes virtuelles. Lorsque j’ai découvert sur scène grâce à toi les Voice Messsengers (groupe français créé par Thierry Lalo, ndlr), c’était un plaisir : chacun son micro, et le preneur de son avait réglé chaque voix. Et leurs albums studio, quel régal ! Nous, sur scène on avait deux micros, et on changeait de micro selon nos voix, s’il y avait un soliste on le laissait seul et on allait à cinq sur l’autre micro. C’était quelque chose. La technique nous a manqués.

DLODS : Quand on voit les Blue Stars chanter en 1959 pour une télévision à six devant un seul micro avec un son parfait, on se dit qu’il y a un savoir-faire dans le dosage des voix qui n’existe peut-être plus dans les groupes actuels, qui dépendent beaucoup de la technique…

Le fait de travailler avec à peu près la même équipe depuis des mois dans les studios pour des groupes vocaux, séances de variétés, musiques de film, etc. faisait qu’on avait l’habitude de se doser et on n’avait pas besoin de plus de micros : un micro pour trois ou quatre hommes et un pour les femmes, donc on arrivait à s’équilibrer. S’équilibrer c’était écouter les autres, et chanter par rapport aux autres. Dans le groupe on suivait la voix lead, on essayait de coller sans la dépasser, sans chercher à faire plus fort qu’elle.
J’ai eu l’occasion de travailler avec des gens qui écrasaient tout le groupe parce qu’ils chantaient pour eux, fort, pour s’entendre : là ça casse le groupe, il disparaît, il n’y a plus de cohésion. S’il y avait deux personnes comme ça dans une même séance, c’était fichu, il n’y avait pas le beau son, le son rond où tout le monde s’écoute et ne cherche pas à tirer la couverture. Surtout lorsque tu veux tirer la couverture et que tu as une troisième ou quatrième voix, ce n’est pas intéressant.

DLODS : Aujourd’hui les Double Six font figure de légendes pour les amateurs de jazz, mais comment étaient-ils accueillis à l’époque ?

On a eu quelques prix : Prix Downbeat, Prix Playboy, Charles Cros. Pour la sortie du premier disque, on avait eu un grand article avec photo pleine page dans France Soir, article que mon père avait gardé, j’ai découvert ça quand il est décédé.
Nous avions un public de spécialistes, et nous avions du succès lorsqu’on passait sur scène, mais le grand public ne nous connaissait pas. On a eu plus d’échos vingt ou trente après quand le CD est sorti. On a fait quelques télés en Italie, en Espagne, à Genève, et relativement peu de tournées : Etats-Unis, Canada…
Je me souviens d’une belle catastrophe technique à Montréal. On répète l’après-midi avec l’orchestre, sans se préoccuper du son car on n’était pas très techniciens à cette époque-là : aujourd’hui on aurait répété le son, préparé les lumières, etc. mais à l’époque on ne pensait qu’à notre son à nous. Le soir, avec le son, l’orchestre nous entendait par la salle car il n’y avait pas de retour, donc il y avait un décalage constant, pendant tout le concert on se courait après. C’était un désastre, on n’était plus avec l’orchestre.
Autre souvenir du Canada, mais cette fois-là positif, je me souviens d’un concert que nous avions fait pour la radio. Eddy Louiss et Monique Aldebert avaient fait des soli absolument extraordinaires, à tel point que j’avais récupéré les bandes et les avait ramenées en France. Je rêverais que tout ça sorte un jour en CD.

DLODS : Les Double Six ont aussi fait beaucoup de premières parties à l’Olympia…

Oui, c’était un arrangement avec Coquatrix. A l’époque il y avait un orchestre à l’Olympia pour accompagner les artistes, c’était formidable mais ça revenait cher. Du coup il nous engageait à chanter deux ou trois morceaux en première partie, à condition que dans la seconde partie on fasse les choristes de la vedette. On avait accepté, ça ne nous gênait pas car on les accompagnait tout le temps en studio : Richard Anthony, Gilbert Bécaud, Sacha Distel, etc.

DLODS : Les Double Six ont eu une durée de vie assez courte, avec quatre albums seulement, dont les deux derniers (le Dizzy Gillespie et le Ray Charles) ont eu moins de succès…

Le disque sur les musiques de Ray Charles n’a pas plu à Mimi, elle n’a pas voulu qu’il sorte en France. Il est sorti après. Quant au Dizzy Gillespie, je l’ai fait arriver par le Japon.

DLODS : En 1965, comment se sont terminés les Double Six ?

Mimi travaillait pas mal pour le groupe, mais c’était quelqu’un de plutôt tranquille et qui n’était pas stressée par des échéances financières car son mari travaillait et gagnait bien sa vie. Nous, à chaque fois qu’on répétait, on refusait une séance, donc il fallait que je fasse vivre ma femme et mes trois enfants. En 1965, en rentrant d’une série de concerts que nous venions de faire dans une boîte en Espagne, on avait la possibilité de travailler l’été. Mimi nous a dit « Oh non, l’été on prend des vacances ! », on lui a répondu sur un coup de tête qu’on arrêtait le groupe. Au moment de la séparation, on a eu une petite brouille avec Mimi, mais ça n’a pas duré, et on se voyait toujours avec plaisir. Mimi a essayé de reconstituer un groupe entièrement nouveau (avec au chant Bernard Lubat, Jef Gilson, Gaëtan Dupenher, Anne Vassiliu, Hélène Devos et Mimi, ndlr), mais le disque n’est pas sorti.

DLODS : A la même époque que les Double Six, dans la période 1959-1962, chaque arrangeur de chansons françaises voulait avoir son propre groupe vocal et faisait appel à la même équipe de choristes. Tu as fait partie d’à peu près tous ces groupes-là : Les Angels (Christian Chevallier), Les Barclay (Christiane Legrand), Les Scarlet (Caravelli alias James Ayward), Les Ventura (Ray Ventura & Caravelli), Le Groupe J.M.S. (Jo Moutet), Les Riff (Hubert Rostaing alias Jean-Michel Riff), Les Satellites (Paul Mauriat), Les Ambassadors (Jean Leccia)…

Pour Les Barclay, la chef de chœur était Christiane Legrand. L’effectif était important donc on grossissait les rangs avec des choristes lyriques ou des musiciens sachant chanter, comme Jean-Claude Casadesus, qui était percussionniste dans les séances.
Lorsque je revois ce scopitone des Barclay, « Un deux trois, je t’aime », c’est à pleurer de rire. Christiane et moi chantons tous les deux en soliste (ndlr : Jean-Claude chante à l’image avec la voix de Louis Aldebert) et on m’avait demandé de danser avec elle à la fin. Or je ne savais pas danser, je m’élance comme un fou et on arrive je ne sais pas où, l’image ne le montre pas…


Les Barclay : "Un, deux, trois, je t'aime"
Solistes à l'image: Christiane Legrand et Jean-Claude Briodin (avec la voix de Louis Aldebert)

Pour ce qui est des Riff, le chef d’orchestre et arrangeur était Hubert Rostaing. Quel musicien extraordinaire, et quelle gentillesse. Il était toujours effacé, et servait de nègre pour des compositeurs de musiques de film, son nom n’apparaissait pas au générique mais ça lui suffisait du moment qu’il gagnait sa vie. Christian Chevallier, lui, n’a pas supporté ça. Il était nègre pour un auteur-compositeur-interprète (qui composait également de grands spectacles musicaux pour enfants) qui lui donnait huit mesures, et à partir de ça Christian devait écrire 1h30 de musique sans que son nom apparaisse quelque part, il n’appréciait pas…

DLODS : Le premier disque des Riff d’Hubert Rostaing (les suivants ont changé de formule) et ceux des Ambassadors de Jean Leccia étaient très inspirés par ce que faisait Ray Conniff et son orchestre aux Etats-Unis…

Oui, on chantait en onomatopées en doublant les trompettes, trombones, etc. On a fait ça aussi à quatre femmes et quatre hommes avec l’orchestre d’Eddie Barclay, les arrangements étaient du saxophoniste américain Jimmy Mundy (qui avait pris le relais de Quincy Jones), puis nous avons eu Armand Migiani et Jean Bouchéty.

DLODS : Comment sont nés les Swingle Singers ?

Répétitions pour l'album Going Baroque
L’idée venait de moi, mais je n’en avais pas parlé à grand monde à l’époque. On cherchait une idée pour un nouveau groupe, et en entendant Jacques Loussier et son album Play Bach (interprétation jazz de compositions de Bach, ndlr), je me suis dit qu’on pourrait faire la même chose en vocal. J’ai soumis l’idée à Ward Swingle (membre des Double Six, ndlr), qui a trouvé ça formidable, il est allé chercher des arrangements originaux à la Bibliothèque Nationale, et les a recopiés. Il n’y avait qu’à suivre la partition d’orchestre en chantant des « babada » à la place des notes de chaque instrument, et ajouter une batterie et une contrebasse. Ward n’a jamais dit publiquement que c’était moi qui lui avais donné l’idée, il a nommé le groupe Swingle Singers et a vécu toute sa vie sur Bach.

DLODS : Tu as enregistré les deux premiers albums des Swingle, Jazz Sebastian Bach et Going Baroque qui ont eu un succès international, ont remporté des Grammy Awards, et pourtant tu as quitté le groupe assez rapidement. Pourquoi ?

Les Swingle Singers étaient à la base un groupe de studio. Comme les disques ont très bien marché, on nous a demandé de faire de la scène, et j’ai donc fait quelques télévisions en France et en Europe. Mais faire la grande tournée aux Etats-Unis (concert à la Maison-Blanche pour célébrer la fin du deuil du Président Kennedy, et campagne électorale de Llyndon Johnson) était impossible, car nous avions déjà quelques concerts de prévus avec les Double Six. Il fallait choisir entre les deux groupes, j’ai choisi les Double Six, et José Germain m’a remplacé définitivement chez les Swingle.
Je trouvais que chez les Swingle nous étions un peu trop nombreux et trop statiques, non pas que j’aime remuer, mais quand on me le demandait je le faisais…

The Swingle Singers : Badinerie (1964)
J.-C. Briodin, W. Swingle, C. Meunier, J. Cussac, C. Legrand, A. Germain, J. Baucomont et C. Germain

DLODS : En 1965, tu fais partie de la création des Troubadours, quatuor de chansons folk, très inspiré par le trio américain Peter, Paul & Mary…

Franca di Rienzo avait commencé une carrière de chanteuse soliste depuis quelques années, mais elle avait le trac, ça l’embêtait. Son mari Christian Chevallier et elle ont eu l’idée de monter un petit groupe et m’ont demandé d’en faire partie. Je faisais déjà partie de tellement de groupes que j’ai dit oui.
C’est Lucien Morisse, qui dirigeait Europe n°1 et Disc’AZ, qui a trouvé le nom, Les Troubadours, qui ne me plaisait pas trop. Au départ, nous n’avions pas trop notre mot à dire sur le répertoire, on nous imposait des chansons, donc on a enregistré beaucoup de conneries. D’ailleurs, il y a quelques mois ils ont sorti (chez Magic Records, ndlr) une compilation CD sans nous demander notre avis, les chansons sont celles de nos débuts, donc pas terribles et le son soit-disant « remasterisé » est un désastre car ils ont apparemment récupéré ça sur des vinyles.

Plus tard, on a fait de très belles chansons : « La Ballade de Polly Maggoo » (pour la musique du film Qui êtes-vous Polly Maggoo ? composée par Michel Legrand), « Le vent et la jeunesse », « L’enfant au cœur d’or », « De l’autre côté des collines », « N’y pense plus tout est bien »…

DLODS : Peux-tu nous dire un petit mot sur les autres membres des Troubadours ?

L’arrangeur était Christian Chevallier, qui était un ami proche depuis 1956, où j’avais rejoint son groupe vocal, Les Angels. Dans les années 70, il a créé chez lui dans son grenier un studio d’enregistrement, où nous avons fait quelques enregistrements pour les Troubadours, notamment des réenregistrements d’anciens titres. Franca, sa femme, était la chanteuse principale, avec une voix superbe. Il y a quelques mois, on s’est appelé, je lui avais envoyé des vidéos des Troubadours que tu m’avais retrouvées, et elle m’a dit : « Jean-Claude on va se revoir, si tu y tiens, car je ne ressemble plus aux vidéos que tu revois ». Je lui ai dit que moi non plus (rires). Nous avons fini par nous revoir, et elle est toujours aussi magnifique.
Bob Smart avait commencé avec nous mais la guitare l’embêtait donc il a décidé de partir, et nous avons trouvé Don Burke pour le remplacer. Don était l’élément extraordinaire du groupe, il avait la culture et le son qu’il fallait pour les Troubadours.
Quant à Pierre Urban, je ne sais pas ce qu’il est devenu, il a pendant longtemps été professeur de guitare à Oléron, et participait comme guitariste à quelques séances de studio.


Les Troubadours: "Qui êtes-vous, Polly Maggoo?"

DLODS : Il y a une télévision très drôle, où les Troubadours déambulent dans un marché parisien.

C’était un reportage sur les Troubadours, on faisait tous les trois la descente du marché Mouffetard. On commence à chanter et il se met à pleuvoir. On s’arrête pour parler avec les vendeurs du marché. On leur dit « -On va vous chanter « Le vent et la jeunesse », vous devez la connaître ? »  « -Ah, non. » « -Vous connaissez les troubadours ? » « -Ah non ». Le bide complet (rires). Par contre l’enregistrement était de grande qualité, on entendait parfaitement les guitares et nos voix.

DLODS : Vendiez-vous des disques ?

Les disques des Troubadours se vendaient très mal, on n’est jamais arrivé au vedettariat, toujours en second. Mais comme des gens comme Georges Moustaki, Jean Ferrat ou Jacques Brel nous aimaient bien, ils nous prenaient en première partie, et ce qu’on faisait sur scène était bien, du travail propre. On a fait tout un spectacle de Ferrat au Palais des Sports. Et puis des tournées en première partie de Jacques Brel, que j’avais connu à ses débuts alors qu’il faisait des premières parties de Zizi Jeanmaire à l’Olympia. Pendant cette tournée, j’ai toujours vu Brel angoissé, vomir. Dans les tournées de Georges Moustaki, après le spectacle on dînait tous ensemble, on partait aussitôt dans la ville d’après, et on se couchait à 2h ou 3h. On était réglé comme ça dans certaines tournées.

DLODS : Les Troubadours étaient aussi très proches de Graeme Allwright…

On a fait une très belle émission avec lui, « Eh bien chantez maintenant ». Il y avait une telle ambiance sur cette émission que nous étions restés à chanter tous ensemble sur le plateau alors que le tournage était fini.

DLODS : Il y a eu quelques évolutions dans le groupe : départ de Pierre Urban, changement de nom…

Comme Pierre était pas mal pris par ses cours à Oléron, Christian et Franca ne le sentaient pas assez disponibles. Pierre a quitté le groupe et de quatuor nous sommes devenus un trio. Moi je ne disais rien car je faisais beaucoup de séances, donc j’étais pas mal pris aussi. Lorsque je faisais un Olympia ça m’arrivait d’annuler un spectacle et de me faire remplacer par Jacques Hendrix.

Pour ce qui est du changement de nom, un producteur très connu trouvait que notre nom de « Troubadours » était ringard, et j’étais d’accord avec lui. Il nous a appelés « Don, Dan et Franca », j’étais devenu « Dan » car Jean-Claude ne sonnait pas bien. C’est de la cuisine…

DLODS : Comment le groupe s’est-il terminé ?

Franca en avait marre qu’on fasse toujours les mêmes morceaux, qu’on n’aille pas plus loin. En 1982 elle a dit qu’elle souhaitait arrêter. Moi ça ne me gênait pas, je travaillais, je gagnais ma vie ailleurs.

DLODS ; Fin des années 60, tu as fait partie de deux groupes vocaux qui se sont démarqués par leur originalité : Les Masques (bossa nova) et Les Jumping Jacques (compos un peu psychédéliques, très « flower power »).

Les Masques c’était sympa comme tout comme musique, Claude Germain avait fait de superbes arrangements, et l’ambiance était vraiment sympa, avec Alice (Herald), Nicole (Croisille), Anne (Germain), José (Germain), Pierre et Anne Vassiliu, etc.

Pour Les Jumping Jacques on n’a fait qu’un disque. Le groupe avait été créé par Jacques Hendrix.  Je travaillais tellement avec lui dans les séances que pour moi c’était une séance comme une autre, comme à l’époque où on faisait une séance de chœurs et on découvrait après qu’on nous avait nommés « Les Angels » ou « Les Scarlet ».
Dans Les Jumping Jacques il y avait Michelle Dornay dont le mari était musicien, il faisait beaucoup de bals car à l’époque il y en avait beaucoup.


Les Masques: "Dis-nous quel est le chemin" (1968)

DLODS : Tu as participé à énormément de groupes vocaux, mais le gros de ton activité était d’être choriste en studio pour des chanteurs de variétés. Pendant les années 60-70, vous n’étiez globalement que cinq basses (Jean Stout, José Germain, Jean Cussac, Jacques Hendrix et toi) dans les séances…

C’était une époque bénie pour les musiciens et choristes, nous faisions parfois trois séances de trois heures en journée, et un concert ou une télé en direct le soir. Lorsqu’une séance de variétés avait des chœurs, c’était généralement, à mes débuts, Christiane Legrand ou Janine de Waleyne qui les convoquait. On se retrouvait dans les studios, je me souviens à mes tous débuts des studios Jenner, faits en paille, qui appartenaient à Jean-Pierre Melville qui les louait à Pathé Marconi. Ou du Poste Parisien, sur les Champs, où j’ai fait beaucoup de séances pour Barclay qui avait importé le microsillon, avant de monter le studio Hoche.
On savait lire la musique donc le déchiffrage des partitions était rapide. Et comme nous étions une petite équipe de choristes, on se connaissait tous, donc nous avions l’habitude de travailler ensemble, ça nous faisait gagner du temps et on arrivait rapidement à un son homogène. C’est comme pour les instruments : si tu mets quatre nouvelles trompettes ensemble, il n’y a pas le son du pupitre. Alors que des mecs qui ont l’habitude de travailler ensemble en studio, ils répètent pour la cabine mais ils n’ont pas besoin de répéter pour leur son à eux. Dans notre équipe, le son était là tout de suite, on se dosait par rapport au micro, c’est un gain de temps fabuleux.

DLODS : Tu n’écoutais pas beaucoup de chansons françaises, mais tu as accompagné à peu près tous les chanteurs en activité de 1956 aux années 80, et tu as enregistré des milliers de titres dans ta carrière…

Ca ne me déplaisait pas d’accompagner les autres car il y avait des gens formidables et sympas comme Georges Moustaki, Gilbert Bécaud, Jean Ferrat… Ils n’avaient pas la grosse tête, ou l’avaient peut-être avec les autres mais pas avec nous, leurs musiciens et choristes.
Léo Ferré était très distant. Je me souviens aussi de Charles Aznavour au studio Hoche (Barclay), on venait d’enregistrer ses quatre chansons et il arrivait après en rolls pour enregistrer sa voix, passant devant nous à la pause en nous saluant à peine. Mais sinon beaucoup d’artistes ne se prenaient pas pour des grandes vedettes, s’ils l’étaient.

DLODS : Il y avait évidemment des chanteurs plus ou moins intéressants artistiquement.

Oui, mais je les respectais tous. D’ailleurs j’avais un ami choriste qui avait tendance, en séance, à se moquer un peu des chanteuses que nous accompagnions, et ça m’agaçait.

DLODS : Parmi toutes ces séances, as-tu le souvenir d’une en particulier ?

On déchiffrait si rapidement, quasiment sans répétition, et on travaillait tellement, que ma mémoire a conservé peu de souvenirs précis de ces séances. Une qui m’a marquée était « Count Basie » pour Henri Salvador. Henri Salvador sortait des disques tous les deux mois, et avait en plus son émission tous les dimanches, Salves d’or, pour laquelle nous enregistrions les playbacks avant (comme pour les émissions des Carpentier, où nous enregistrions les bandes la veille). Sa femme et productrice, Jacqueline, veillait à ce qu’il enregistre de futurs succès commerciaux. Lors d’une séance, il ne restait plus qu’un quart d’heure avant la fin, Henri voulait enregistrer « Count Basie » mais Jacqueline lui répondait avec son accent « Henrrri, arrête ! Tu vas coûter cher avec les quarts d’heure », car à l’époque chaque dépassement d’heure était payé en quarts d’heure supplémentaires.
Henri tenait à se faire plaisir avec ce « Count Basie », il l’a enregistré avec nous en une demi-heure. J’aime beaucoup ce morceau, et la version que nous avons faite quelques années après pour la télévision était belle aussi, avec Anne Germain et Danielle Licari, merveilleuses.


Henri Salvador & Les Angels : Count Basie

Dans les autres souvenirs de séances, je me souviens de la belle ambiance qui régnait sur les enregistrements de Pierre Perret, son chauffeur apportait aux musiciens et choristes des conserves à la pause et nous pique-niquions tous ensemble dans le studio Davout, c’étaient des moments très sympas.

DLODS : Tu as également fait beaucoup de chœurs ou de voix chantées pour des musiques de film.

Oui, je chante dans Un homme et une femme (1967) tout un duo avec Nicole Croisille, « L’amour est bien plus fort que nous » (et non pas « Samba Saravah » comme on peut parfois le lire sur internet), ça m’avait angoissé de le faire. On entend ma voix dans le film, par contre dans le disque c’est Pierre Barouh qui la chante. J’ai travaillé avec la plupart des compositeurs : Francis Lai, Claude Bolling, Michel Magne. Et bien sûr Vladimir Cosma qui a démarré comme assistant de Michel Legrand et qui a réussi, avec du génie et de belles musiques.
Je garde un bon souvenir du générique de la musique des Saisons du plaisir (1988), arrangée par Hubert Rostaing pour Gabriel Yared, et dirigée par Mimi Perrin.

DLODS : La collaboration la plus longue que tu aies eu était certainement avec Michel Legrand ?

Oui, puisque j’ai travaillé pour lui dès 1956 à l’Alhambra, j’ai enregistré Les Parapluies de Cherbourg (voix chantée de Jean), Les Demoiselles de Rochefort, Peau d’âne, etc. et j’ai fait ma dernière séance pour lui en 2008. C’était une berceuse dans le film Oscar et la dame rose (quatuor vocal avec Christiane Legrand, Claudie Chauvet et Michel Barouille). C’était dans un studio au-dessus d’Issy-les-Moulineaux, j’avais pris les transports au lieu de ma voiture et je m’étais planté, j’étais arrivé à la bourre. Je voyais de loin son secrétaire me faire des grands signes. Michel ne m’a pas dit qu’il était fâché, mais je l’ai compris (rires).


Michel Legrand: Berceuse d'Oscar et la dame rose (2008)
Voix: C. Legrand, C. Chauvet, M. Barouille et J.-C. Briodin

Avec Michel, j’ai un autre souvenir. Je suis presque sûr que c’était dans Les Demoiselles de Rochefort, mais comme la chanson n’est pas sortie, elle a peut-être été coupée. Il y avait des notes qui étaient chantées, un peu comme dans la chanson des Jumelles, par exemple « do ré mi fa sol ». Sauf que c’était en chœur, donc je devais prononcer « do ré mi fa sol » en les chantant « mi fa sol la si » et je n’y arrivais pas, il a fallu que je me concentre pour arriver à dire d’autres notes.
J’ai eu une autre mésaventure comme ça dans une séance dans le home-studio de Celmar Engel.
Il y avait une phrase à dire; comme j’avais chanté avec les Double Six, je savais comment on devait phraser. Et là, les mots ne rentraient pas dans ce schéma-là, au lieu d’avoir une consonne au moment où c’est fort et une voyelle au moment où c’est faible, c’était le contraire, et je n’ai jamais pu le faire. Ca ne swinguait pas, ce n’était pas possible.

DLODS : En dehors des musiques de film, tu as participé aussi à de nombreux chœurs pour des doublages de film (Les Aristochats, Aladdin, etc.)…

Oui, au début, c’était sous la direction des frères Tzipine, mais je ne les ai pas tellement en mémoire. Puis avec Jean Cussac, et enfin les Costa, avec qui on a fait tout un tas de redoublages de vieux Disney (Bambi, Peter Pan, La Belle et le clochard, Les Silly Symphonies, etc.). J’ai aussi dirigé un petit peu.

DLODS : A propos des Costa, tu fais partie des quelques choristes de ta génération à avoir bien accueilli la nouvelle génération (les Fléchettes, les Costa, puis plus tard Jacques Mercier, etc.) à leurs débuts.

Comme à leurs débuts ils ne lisaient pas la musique, les frères Costa étaient regardés de haut par certains choristes, mais moi j’ai immédiatement été séduit par leurs voix, que je trouvais intéressantes, on n’avait pas ce type de voix dans les séances à ce moment-là. Je leur ai fait faire leur première séance, ils avaient un trac fou, et s’en souviennent encore : alors qu’ils avaient un style très américain, un peu Beach Boys, on s’est retrouvé à enregistrer une musique de cirque (rires).

Ensuite ils m’ont beaucoup fait travailler, notamment pour tout ce qui était arrangé par Gabriel Yared, qui demandait une voix plus grave. Avec les Costa et les Fléchettes, j’ai fait beaucoup de chœurs de variétés, de doublages, d’Eurovision (« L’oiseau et l’enfant » avec Marie Myriam), et même un show avec Perry Como. Ce show Perry Como m’avait rendu malheureux car tout était chanté en anglais, et je suis nul en anglais, donc j’étais un peu coincé. On a enregistré ça en studio puis on a tourné le show en playback. Heureusement on était nombreux.


Perry Como : Show in Paris (1982)

En doublage, Georges a essayé de me faire chanter en soliste sur des Silly Symphonies (Noé, Le Roi Neptune, etc.) mais je ne sais pas si le résultat était terrible, ça m’angoissait tellement, j’étais toujours mieux dans les chœurs que soliste. « Musicien de rang », comme on dit chez les violonistes.
Ca ne me plaît pas de me réécouter, à part cette télé pour TF1.

DLODS : Justement, parlons-en. En 1982, tu participes en tant que comédien-chanteur à Télé Folies : tous en chaîne, une comédie musicale télévisée assez improbable destinée à expliquer au public les bienfaits de la privatisation de TF1…

On nous avait donné des textes à l’avance, mais pas la musique. Il y avait un problème de grève chez les comédiens, on ne l’a su qu’après et on a cassé la grève sans le savoir. Il y avait dans la comédie musicale un débat télévisé de type « C à vous » où nous jouions tous un personnage (Anne Germain, Christiane Legrand, Claude Lombard, José Germain, Henri Tallourd, Jean Salamero, Olivier Constantin, Michel Barouille, Christian Genevois (beau-frère d’Isabelle Aubret), etc.), et j’avais aussi toute une chanson en soliste. Je me suis poussé pour le faire, et finalement le résultat était pas mal.
Dans la troupe il y avait Florent Pagny, qui devait avoir vingt ans à l’époque, il avait toute une scène en haut d’une échelle.


Jean-Claude Briodin: complainte du réalisateur dans Télé Folies: tous en chaîne

DLODS : Dans les années 80, le nombre de séances de chœurs a diminué dans la variété…

Christiane Legrand m’a demandé de donner des cours au C.I.M., mais je n’étais pas un bon professeur de chant, je pouvais faire travailler un groupe mais je n’étais pas un bon pédagogue comme Christiane, Régis Leroy ou Laurence Saltiel. Puis en 1984 j’ai dû arrêter car Roland Audy qui avait eu la place de chef d’orchestre du Moulin-Rouge m’a proposé d’intégrer l’orchestre, et comme les cours du C.I.M. finissaient assez tard le soir je ne pouvais pas faire les deux. J’ai fini le Moulin-Rouge en 1992.

DLODS : Le 6 octobre 1989, avec l’orchestre du Moulin-Rouge, tu as accompagné Ray Charles, Ella Fitzgerald, Jerry Lewis, Charles Aznavour, Donald O’Connor, etc. pour une émission spéciale américaine (Le Gala du Siècle) célébrant les cent ans du Moulin-Rouge…

C’était une émission extraordinaire, avec des arrangements superbes, un régal. Mais ça fait partie de mes bides, car je me rappelle plus des mauvais moments que des bons.  On découvre à la répétition  les partitions qui sont horribles, Ray Charles ne pouvait pas s’en rendre compte, mais comme les partitions avaient tourné en Allemagne, en Italie, etc. chaque musicien avait mis des annotations donc il y avait des croix partout. On répète très rapidement, et le soir on tourne. A un moment il y a écrit « reprise » et me voilà tout seul à faire une note. L’horreur (rires) !

DLODS : Depuis quelques années, tu as arrêté de chanter mais tu fais ponctuellement des réductions ou adaptations d’enregistrements musicaux de big bands pour le groupe de jazz et latin jazz vocal Zazou’ira, constitué de chanteurs pro (Régis Leroy, Claude Chauvet) ou amateurs…

On faisait déjà des réductions d’orchestre pour les Double Six, chacun faisait ses propres réductions : Mimi, Aldebert, Ward… J’ai connu Régis Leroy quand il était élève au C.I.M. Je l’aime bien. Quand il a créé Zazou’ira il est venu chez moi pour retrouver des arrangements que j’avais faits pour le C.I.M.  Je lui ai donné des exercices, des partitions, etc. Et j’ai fait quelques réductions pour le groupe. Aujourd’hui, entre des ennuis de santé, et un moral un peu dans les chaussettes avec ce qu’il se passe dans le monde, j’ai du mal à me concentrer sur des projets comme les arrangements ou l’écriture de ma biographie, que mon fils m’a offert de faire réaliser.

DLODS : « Un « mot de la fin » ?

Mon métier de musicien et chanteur ne m’a apporté, tout au long de ma carrière, que du bonheur. Il m’a permis de croiser le chemin de femmes et d’hommes de talent, et de vivre des moments riches et passionnants.



DISCOGRAPHIE DE JEAN-CLAUDE BRIODIN


Au saxophone
Les Rickson
Orchestre Henri Rossotti
Orchestre Jacques Hélian
Les Cha-Cha Boys
Orchestre du Lido
Orchestre du Moulin-Rouge (pour le show TV des 100 ans : accompagnement de Ray Charles, Ella Fitzgerald, Jerry Lewis, etc.)

Chant dans des groupes vocaux
Les Fontana (Michel Legrand) : enregistrement de la plupart des titres, accompagnement d’artistes (Maurice Chevalier), scène, etc.
Les Angels (Christian Chevallier) : enregistrement de la plupart des titres, accompagnement d’artistes (Henri Salvador, Gilbert Bécaud, etc.)
Les Double Six (Mimi Perrin) : enregistrement de la totalité des titres (sauf 1ère séance : Evening in Paris/Count’em/Walkin’), concerts, radios, télévisions, accompagnement d’artistes à l’Olympia, etc.
Les Barclay (Christiane Legrand) : enregistrement de la plupart des titres, scopitones
Les Riff (Hubert Rostaing alias Jean-Michel Riff) : enregistrement de la plupart des titres
Les Satellites (Paul Mauriat) : enregistrement de la plupart des titres
Les Scarlet (Caravelli alias James Ayward) : enregistrement de la plupart des titres
Les Ventura (Ray Ventura et Caravelli) : enregistrement de la plupart des titres
Le Groupe J.M.S. (Jo Moutet) : enregistrement de la plupart des titres
Les Ambassadors (Jean Leccia) : enregistrement de la plupart des titres
The Swingle Singers (Ward Swingle) : enregistrement des deux premiers albums (Jazz Sebastian Bach et Going Baroque) lauréats de Grammy Awards, concerts, télévisions, etc.
Les Troubadours (Christian Chevallier) : enregistrement de l’intégralité des albums, tournées (premières parties de Jean Ferrat, Jacques Brel, Georges Moustaki), télévisions, etc.
Les Masques (Claude Germain) : enregistrement de la plupart des titres
Les Jumping Jacques (Jacques Hendrix) : enregistrement de la plupart des titres
Les Baroques (Ivan Jullien et Roger Guérin) : enregistrement de la totalité des titres
Quintette + 3 (Christiane Legrand) : émission TV

Arrangements ou réductions pour des groupes vocaux
Zazou’ira (Régis Leroy)

Choeurs en studio pour des artistes de variétés et des musiciens
Adamo
Aimable
Graeme Allwright (« Emmène-moi »)
Marcel Amont
Richard Anthony (« Nouvelle vague »)
Antoine
Hugues Aufray (« Dès que le printemps revient »)
Charles Aznavour
Marcel Azzola
Pierre Bachelet
Josephine Baker (album Josephine Baker à Bobino)
Eddie Barclay et son orchestre
Barbara (« L’aigle noir »)
Ricet Barrier
Alain Barrière
Alain Bashung
Guy Béart
Gilbert Bécaud (« Crois-moi ça durera », « Les croix », « L’orange », « Don Juan », « Quand il est mort le poète », « Monsieur Winter go home », « Charlie t’iras pas au paradis », « Le bain de minuit »)
Guy Bedos (« Le tube de l’hiver »)
Gérard Berliner
Lucky Blondo
Frida Boccara
Claude Bolling (album Claude Bolling joue Irving Berlin)
Jacques Brel
Eve Brenner
C Jérôme
Carlos
Jean-Roger Caussimon
Eric Charden
Georges Chelon
Maurice Chevalier
Petula Clark
Julien Clerc
Annie Cordy
Nicole Croisille
Dalida
Pascal Danel
Jean-Claude Darnal
Joe Dassin
Sophie Daumier (« Je pense donc j’essuie »)
Dave
Linda De Suza
Jean-Jacques Debout
Jacques Debronckart
François Deguelt
Michel Delpech
Sacha Distel
Gilles Dreu
Charles Dumont
Yves Duteil
Leny Escudero
Eva
Jean Ferrat
Léo Ferré (« L’affiche rouge », « Les poètes de sept ans », « Les assis », « Ni Dieu ni maître », « Monsieur Barclay », « La servante au grand cœur », « Madame la misère », « Les anarchistes », « C’est la vie »)
Claude François
Les Frères Ennemis
France Gall
Christian Gaubert
Stan Getz (album Communications '72)
Chantal Goya
Stéphane Grappelli
Juliette Greco
Georges Guetary
Daniel Guichard
Jean Guidoni
Johnny Hallyday (albums Hamlet et J'ai un problème)
Françoise Hardy
Jeanette
Zizi Jeanmaire
Georges Jouvin
Patrick Juvet
Francis Lai
Serge Lama
Jack Lantier
Gloria Lasso
Thierry Le Luron
Vicky Leandros
Raymond Lefèvre et son orchestre
Maxime Leforestier
Michel Legrand (« Où vont les ballons ? »)
Georgette Lemaire
Francis Lemarque (« Marjolaine »)
Gérard Lenorman
Herbert Leonard
Danielle Licari
Enrico Macias
Guy Marchand (« C’est une chanson d’amour », album Guy Marchand 1979)
Betty Mars
Mireille Mathieu
Paul Mauriat et son orchestre
Marcel Merkès
Marianne Mille et Maurice Dulac
Eddy Mitchell (« Dans une autre vie, un autre temps »)
Yves Montand (album Montand d’hier et d’aujourd’hui)
Monty
Nana Mouskouri (« Le toit de ma maison », « Qu’il fait beau ! Quel soleil ! », « Mon enfant », « Ruby garde ton cœur ici »)
Georges Moustaki ("Heureusement qu'il y a de l'herbe", albums Espace et temps et Méditerranéen)
Marie Myriam (« L’oiseau et l’enfant »)
Nicoletta
Claude Nougaro
Marc Ogeret
Herbert Pagani
Gérard Palaprat
Patachou
Pierre Perret (« Tondeur d’œuf », album Le Plaisir des Dieux)
Annie Philippe
Les Poppys (« Non, non, rien n’a changé »)
Régine
Colette Renard
Nicole Rieu
Tino Rossi
Demis Roussos
Henri Salvador (« Count Basie », « Juanita Banana », etc.)
Michel Sardou
Jean-Pierre Savelli
Gilles Servat
Sheila
Mort Shuman
Sim
Stella (« Pourquoi pas moi »)
Alan Stivell (« Eliz Iza »)
Les Surfs
Michèle Torr
Charles Trénet
Caterina Valente
Sylvie Vartan
Virginia Vee
Claude Vega
André Verchuren
Hervé Vilard
Dionne Warwick
Roger Whittaker
John William
David Alexandre Winter
Georghe Zamfir
Marcel Zanini
Rika Zaraï
et une centaine d’autres interprètes plus ou moins connus.

Choeurs en live (scène, télévision, radio) pour des artistes de variétés et des musiciens
La plupart des artistes précédemment cités, accompagnés sur les scènes parisiennes (Olympia, Bobino, Alhambra, etc.), en tournées, et pour les émissions de télévision (Eurovision, Palmarès des Chansons, Top à, Numéro un, Podium 70, etc.) et de radio (Musicorama, R.T.L. Non-Stop, etc.)

Chœurs en studio pour des comédies musicales
E = MC2 (Evariste, 1967)
Paris Populi (Francis Lemarque, 1975)
La Fugue (Alexis Weissenberg, 1978)
Les Misérables (Claude-Michel Schönberg, 1980)

Musique de films et films d’animation
Terrain Vague (Michel Legrand et Francis Lemarque, 1960)
Le cœur battant (Michel Legrand, 1960)
Réveille-toi chérie (Jean Leccia, 1960)
Me faire ça à moi (Michel Legrand, 1961)
De quoi tu te mêles Daniela ! (Georges Garvarentz, 1961)
Tout l’or du monde (Georges Van Parys, 1961)
Le Rendez-vous (Paul Misraki, 1961)
Napoléon II, l’aiglon (Paul Bonneau et Fred Freed, 1961)
Le Triomphe de Michel Strogoff (Hubert Giraud et Christian Chevallier, 1961)
Les Sept Péchés Capitaux (Michel Legrand, 1962) : choeurs
Vivre sa vie (Michel Legrand, 1962)
Mathias Sandorf (Joe Hajos, 1962)
Paris Champagne (Armand Migiani, 1962)
OSS 117 se déchaîne (Michel Magne, 1963) : choeurs
Les Parapluies de Cherbourg (Michel Legrand, 1963) : voix chantée de Jean et chœurs
La difficulté d’être infidèle (Armand Seggian, 1963)
La Ronde (Michel Magne, 1964)
Une fille et des fusils (Pierre Vassiliu et Ivan Jullien, 1964)
Les Gorilles (Raymond Lefèvre et Paul Mauriat, 1964)
La tête du client (Georges Garvarentz, 1965)
La 317ème section (Pierre Jansen, 1965)
Le Vampire de Düsseldorf (André Hossein, 1965)
Les fêtes galantes (Georges Van Parys, 1965)
Les Grandes Gueules (François de Roubaix, 1965)
Sous le signe de Monte-Christo (Michel Magne, 1965)
Viva Maria (Georges Delerue, 1965)
Le Gendarme à New York (Raymond Lefèvre, 1965)
Les Demoiselles de Rochefort (Michel Legrand, 1966) : voix chantées d’un policier et d’un passant et choeurs
Le facteur s’en va-t-en guerre (Georges Garvarentz, 1966)
Qui êtes-vous Polly Maggoo (Michel Legrand, 1966)
La grande sauterelle (Bernard Gérard, 1966)
Un homme et une femme (Francis Lai, 1966) : duo « L’amour est bien plus fort que nous » avec Nicole Croisille (film seulement ; la version disque est chantée par Pierre Barouh)
L’homme à la Buick (Michel Legrand et Francis Lemarque, 1967)
Un idiot à Paris (Bernard Gérard, 1967)
Mon amour, mon amour (Francis Lai, 1967)
Fleur d’oseille (Michel Magne, 1967)
L’écume des jours (André Hodeir, 1967)
Ces messieurs de la famille (Jean-Michel Defaye, 1968)
Le Rapace (François de Roubaix, 1968) : choeurs
Faites-donc plaisir aux amis (Bernard Gérard, 1969)
Cran d’arrêt (Michel Magne, 1969)
Le Grand Cérémonial (Jack Arel, 1969)
La Planète Sauvage (Alain Goraguer, 1970)
Le Voyou (Francis Lai, 1970) : chœurs
La ville bidon / La Décharge (Michel Legrand, 1970)
L’homme orchestre (François de Roubaix, 1970) : chœurs
Peau d’âne (Michel Legrand, 1970) : chœurs
Madly (Francis Lai, 1970) : chœurs
Doucement les basses (Claude Bolling, 1971) : chœurs
Boulevard du rhum (François de Roubaix, 1971) : chœurs
Le Mans (Michel Legrand, 1971) : chœurs
Un peu de soleil dans l’eau froide (Michel Legrand, 1971)
La folie des grandeurs (Michel Polnareff, 1971) : choeurs
Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil (Michel Magne et Claude Germain, 1972) : chœurs
Le Petit Poucet (Francis Lai, 1972) : chœurs
Moi y en a vouloir des sous (Michel Magne et Claude Germain, 1972) : chœurs
Les Aventures de Rabbi Jacob (Vladimir Cosma, 1973) : chœurs du générique
Toute une vie (Francis Lai, 1974)
La flûte à six schtroumpfs (Michel Legrand, 1974)
Comme un pot de fraises (Jo Moutet, 1974) : chant solo du générique et choeurs
Chobizenesse (Claude Germain, 1975)
Trop c’est trop (Jean Bouchety et Christian Chevallier, 1975)
Docteur Justice (Pierre Porte, 1975)
L’aile ou la cuisse (Vladimir Cosma, 1976)
La victoire en chantant (Pierre Bachelet, 1976)
Moonraker (John Barry, 1979)
A nous deux (Francis Lai, 1979)
Courage fuyons (Vladimir Cosma, 1979)
True confessions (Georges Delerue, 1980)
Les uns et les autres (Michel Legrand et Francis Lai, 1981)
La Père Noël est une ordure (Vladimir Cosma, 1982)
Edith et Marcel (Francis Lai, 1982)
La vie est un roman (Philippe-Gérard, 1983) : direction des choeurs
Viva la vie (Didier Barbelivien, 1983) : voix chantée de Jean-Louis Trintignant
Les cavaliers dans l’orage (Michel Portal, 1983)
Liberté, égalité, choucroute (Claude Germain, 1985)
Parking (Michel Legrand, 1985) : chœurs
Prunelle Blues (Hubert Rostaing et Ivan Jullien, 1986)
Les saisons du plaisir (Gabriel Yared et Hubert Rostaing, 1988) : quintet vocal (avec solo) du générique
Divine Enfant (Hubert Rostaing, 1988): choeurs
Astérix et le Coup du Menhir (Michel Colombier, 1988) : chœurs de la chanson « Zonked »
Divine enfant (Hubert Rostaing, 1988)
Cyrano de Bergerac (Jean-Claude Petit, 1990)
Mayrig (Jean-Claude Petit, 1991)
Pétain (Georges Garvarentz, 1993)
Oscar et la dame rose (Michel Legrand, 2008) : quatuor « La berceuse d’Oscar »

Musique de téléfilms
Verts pâturages (Jean-Claude Pelletier, 1964)
L’œuvre (Philippe Gérard, 1966)
Perrault 70 (Christian Gaubert, 1970) : voix chantées de plusieurs personnages et choeurs

Musique de séries
Les Compagnes de Jéhu (Yves Prin, 1965)
Souviens-tu ma jolie (Hubert Degex, 1965)
Les évasions célèbres (1971)
Le Secret des Flamands (1972)
Les Faucheurs de Marguerites (Michel Magne et Claude Germain, 1974)
Le loup blanc (Vladimir Cosma, 1977)
Gaston Phoebus (Jean-Pierre Bourtayre, 1978)
Le pape des escargots (1979)
Lucky Luke, deuxième série (Claude Bolling, 1991)

Doublage de films
La conquête de l’Ouest (1962) : chœurs
Gypsy, Venus de Broadway (1963) 
Les amours enchantées (1963)
Sur la piste de la grande caravane (1965) : chœurs
L’honorable Griffin (1966) : chœurs
Camelot (1967) : chœurs
Le plus heureux des milliardaires (1968) : chœurs
Oliver ! (1968) : chœurs
Chitty Chitty Bang Bang (1968) : chœurs
La Vallée du Bonheur (1968) : voix chantée de Howard et choeurs
Rachel (1969)
Pollyanna (1970)
Un violon sur le toit (1971) : chœurs
Mon « beau » légionnaire (1977) : chœurs
Peter et Elliott le Dragon (1978) : chœurs
Popeye (1981) : chœurs
La Petite Boutique des Horreurs (1987) : chœurs
Fidèle vagabond (1994)
L’île au trésor des Muppets (1997)

Doublage de séries
L’épouvantail : le justicier des campagnes (1964) : chœurs du générique
The Saga of Andy Burnett: Andy's Initation (1965)
Le Renard des Marais (1983)
Les Craquantes (1990)

Doublage de films ou vidéos d’animation
Pas de cowboy sans cheval (1968) : choeurs
Les Aristochats (1971) : chœurs
Raggeddy Ann & Andy : A Musical Adventure (1977)
Bambi (redoublage de 1979) : chœurs
Dumbo (redoublage de 1979) : chœurs
La Belle au Bois Dormant (redoublage de 1981) : choeurs
Le Noël de Mickey (1983) : chœurs du générique
Dot et le Kangourou (1985)
Basil détective privé (1986) : choeurs
Fievel et le Nouveau Monde (1986) : choeurs
Dot et Keeto (1987)
Dot et le Koala (1987)
The Tale of the Bunny Picnic (1988)
La Belle et le Clochard (redoublage de 1989) : chœurs et arrangements
Oliver et compagnie (redoublage de 1989) : chœurs et voix chantée de Francis
Cendrillon (redoublage de 1991) : chœurs
Fievel au Far West (1991) : chœurs
La Belle et la Bête (1991) : chœurs
Les Aventures de Zak et Crysta (1992) : chœurs
Peter Pan (redoublage de 1992) : chœurs
Le Noël de Mickey (redoublage de 1992) : chœurs du générique
Winnie l’Ourson (redoublage de 1992) : soli dans « Les éphélants et les nouifs » et choeurs
Coquin de printemps (redoublage de 1992) : chœurs
Bambi (redoublage de 1993) : chœurs
Aladdin (1993) : chœurs
Poucelina (1994) : chœurs
Le Roi Lion (1994) : chœurs
L’étrange Noël de Monsieur Jack (1994) : chœurs
Little Nemo (1994) : chœurs
La Princesse et la Forêt Magique (1994)
Pocahontas (1995) : chœurs
Aladdin et le Roi des Voleurs (1996) : chœurs
Le Bossu de Notre-Dame (1996) : chœurs
Micky loves Minnie (1996) : choeurs
La Belle et le Clochard (redoublage de 1997) : chœurs
Mélodie Cocktail (redoublage de 1999) : chœurs
Le Roi Lion 3 : Hakuna Matata (2003) : chœurs
La ferme se rebelle (2004) : choeurs

Doublage de séries d’animation
Disney Parade : Three Tall Tales (1966)
Disney Parade : Pacifically Peeking (1969)
Teddy Ruxpin (1988) : direction musicale et choeurs
Muppet Babies (1989)
SOS Polluards (1989)
Fraggle Rock (1989)
Alvin et les Chipmunks (1989)
Captain Zee and the Zee Zone (1991)
Winjin Pom (1991)
Silly Symphonies (à partir de 1992) : épisodes « L’atelier du Père Noël » (voix parlée et chantée du Père Noël, 1er doublage), « L’arche de Noé » (voix de Noé), « Le Roi Midas » (voix chantée du Roi), « Le carnaval des gâteaux » (voix chantées diverses), « Le Roi Neptune » (voix chantée de Neptune)
Le Diable de Tasmanie (1992) : chœurs du générique
Doug (1992)
Sesame Street (1994)
Le Bus Magique (1995) : soli et chœurs dans le générique
Sacrés Dragons (1996)



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