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dimanche 28 septembre 2014

Unreleased recording: "Pavane for a dead Princess" (Ravel) by The Swingle Singers (1967) / Enregistrement inédit: "Pavane pour une infante défunte" (Ravel) par les Swingle Singers (1967)


In 1967, in a Parisian studio, The Swingle Singers recorded their album "Spanish Masters" ("Sounds of Spain/Concerto d'Aranjuez" in France) paying tribute to great spanish composers. Among the tracks recorded there is a wonderful arrangement of Maurice Ravel's "Pavane for a dead Princess" (Ravel was a French composer very inspired by Spain, in which he had some roots).

Unfortunately, Maurice Ravel's heir (his brother Edouard's driver) opposed to the release of this track. Ward Swingle then decided to replace the "Pavane" by Rodrigo's "Concerto d'Aranjuez" who will eventually gave its name to the album. The Swingle Singers incorporated the "Pavane for a dead Princess" in their tour list, but it was never put on records, neither in the 60s, nor in Philips CD releases.  


With permission and support from four of my friends in the "Swingle Singers" (Claudine Meunier, Hélène Devos, Jean Cussac and José Germain), I am glad to give you this wonderfully harmonized and absolutely unreleased recording on my page "Dans l'ombre des studios".

Composed by Maurice Ravel /Arrangements by Ward Swingle

Sopranos: Christiane Legrand (solist) and Jeanette Baucomont
Alti: Claudine Meunier and Hélène Devos
Tenors: Ward Swingle and Jo Noves
Bass: Jean Cussac and José Germain
Drums: Daniel Humair/ Double bass: Guy Pedersen

I invite you also to read my interviews (with rare pictures and videos of The Swingle Singers) of Swingle Singers Anne Germain and Claudine Meunier.

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En 1967, les Swingle Singers enregistrent dans un studio parisien l'album "Sounds of Spain/Concerto d'Aranjuez" ("Spanish Masters" aux Etats-Unis), rendant hommage aux grands compositeurs espagnols. Parmi les titres enregistrés figure un arrangement de la superbe "Pavane pour une infante défunte" de Maurice Ravel, compositeur français très inspiré par l'Espagne dont il avait quelques origines.

Programme tournée 1971
Malheureusement, l'héritier de Maurice Ravel (le chauffeur de son frère Edouard) s'oppose à la sortie de ce titre. Ward Swingle décide alors de remplacer la "Pavane" par le "Concerto d'Aranjuez" de Rodrigo, qui donnera finalement son nom au disque.
Les Swingle Singers incluront la "Pavane pour une infante défunte" dans leur répertoire de tournée, mais elle ne sera jamais gravée sur disque, ni à l'époque, ni lors des éditions CD Philips.

Avec l'autorisation et le soutien de quatre de mes amis "Swingle Singers" (Claudine Meunier, Hélène Devos, Jean Cussac et José Germain), j'ai le plaisir de vous offrir sur "Dans l'ombre des studios" cet enregistrement superbement harmonisé et totalement inédit.

Composé par Maurice Ravel / Arrangements: Ward Swingle

Sopranos: Christiane Legrand (soliste) et Jeanette Baucomont
Alti: Claudine Meunier et Hélène Devos
Ténors: Ward Swingle et Jo Noves
Basses: Jean Cussac et José Germain
Batterie: Daniel Humair / Contrebasse: Guy Pedersen

Je vous invite à lire également mes interviews des Swingle Singers Anne Germain et Claudine Meunier  (avec de rares photos et vidéos).

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mardi 19 mars 2013

Le premier doublage de Blanche-Neige enfin retrouvé !


« Bonjour, je vous signale que je possède une copie  de la version Française de 1938 de « Blanche Neige et les sept Nains » en 16mm ». J’ai eu la chance de recevoir en décembre 2012 ce message que tant de passionnés de doublage rêveraient de recevoir au moins une fois dans leur vie, et d’entreprendre avec la formidable aide technique de mon correspondant Greg P. (rédacteur de l’excellent blog « Film perdu ») une numérisation de ce doublage perdu depuis le redoublage de 1962… Blanche-Neige et les Sept Nains est le premier film d’animation qui soit à la fois sonore et en couleurs, il a été vu par des millions d’enfants dans le monde. Un film mythique sur lequel bon nombre de livres très exhaustifs ont été écrits, et pour lequel persistent pourtant de nombreux mystères sur sa ou ses premières versions françaises. Je vous propose avant d’évoquer cette dernière découverte un petit historique de l’évolution des théories sur le sujet …

I) Blanche-Neige et ses trois doublages…

En 2001, Blanche-Neige et les sept nains sort enfin en DVD, avec un nouveau doublage. François Justamand, passionné de doublage, fondateur de La Gazette du Doublage (magazine papier qui deviendra un site internet hébergé par le site Objectif Cinéma),  se penche sur le sujet  et écrit un article pour le magazine DVD Vision n°15, qu’il reprendra  ensuite dans La Gazette du Doublage en 2005 sous le titre de « Blanche-Neige et les 7 Nains : ses trois doublages »  avec quelques compléments.

Dans cet article, il nous révèle :

-Qu’Eliane Celys a connu beaucoup de succès en France avec son disque d’« Un jour mon prince viendra », mais qu’elle n’a pas, contrairement à ce que beaucoup pensent, participé au premier doublage (1938). D’après Lucie Dolène, c’est Lucienne Dugard qui prêtait sa voix à Blanche-Neige. Affirmation basée, comme me le racontera Lucie en 2009, sur une anecdote qui lui avait été rapportée par Colette Brosset, et que la découverte d’un disque de l’histoire de Blanche-Neige contée par Lucienne Dugard semble confirmer. 

-Que le deuxième doublage (avec Lucie Dolène) que beaucoup d’entre nous connaissent date de 1962 (date trouvée grâce aux archives de l’INA). François détaille la distribution (que chacun peut retrouver dans le générique de la VHS). Pour ce 2ème doublage, François identifiera des années plus tard André Valmy sur le chasseur et Serge Nadaud sur le miroir magique (non crédités au générique), et j’apporterai quant à moi grâce aux souvenirs des chanteurs Jean Cussac et Anne Germain le nom d’André Theurer (directeur musical) et plusieurs noms de choristes doublant les nains dans les chansons.

-Que le troisième doublage (avec Valérie Siclay et Rachel Pignot) a certainement été réalisé en 2001 pour des problèmes de droits, en raison du procès intenté par Lucie Dolène à Disney. L’information, donnée par plusieurs professionnels (qui tiendront à rester anonymes) et suggérée par Lucie Dolène elle-même, sera suivie d’un démenti catégorique de Disney, invoquant un simple souhait de rajeunissement des voix. Un démenti peu convaincant car ce troisième doublage est très fidèle au deuxième.

Lucie Dolène
-Que pour ce troisième doublage, Disney a pensé pendant un moment à des « people » pour prêter leurs voix aux personnages de ce film éternel avant de se rabattre sur une distribution plus "classique". François y évoque un sondage lancé par Disney pour savoir quelle personnalité doublerait idéalement Blanche-Neige (résultats : Laetitia Casta, Alizée, etc.). De mon côté, plusieurs acteurs ayant participé à ce troisième doublage m’apprendront que le marketing Disney a songé le plus sérieusement du monde à faire doubler les nains… par l’Equipe de France de football !


II) Deux premiers doublages : un réalisé à Paris, et l’autre aux Etats-Unis ?

Les années passent et les informations publiées par François sont copiées sur de nombreux sites internet et même dans l’excellent ouvrage de Pierre Lambert sans jamais être contredites. En 2009, Olikos, webmaster du site « Grandsclassiques.fr » consacré à l’époque exclusivement aux films Disney, déniche une bobine super 8 contenant un extrait de Blanche-Neige dans un doublage inconnu. Les voix sont datées, ce qui nous laisse penser qu’il s’agit du premier doublage. Seul problème : les comédiens ont un petit accent étrange, peut-être québécois.
François effectue de nouvelles recherches qui l’amènent en novembre 2009 à publier un deuxième article : « Le Mystère Blanche-Neige : La VF de 1938 » . Il nous dévoile :

-Que des salaires ont été versés par Disney en 1938 à des acteurs français vivant aux Etats-Unis pour doubler Blanche-Neige à Hollywood, notamment à Christiane Tourneur (voix parlée de Blanche-Neige), Beatrice Hagen (voix chantée), et plusieurs comédiens français connus pour jouer principalement des maîtres d’hôtel et serveurs français dans les films hollywoodiens des années 30. Il s’agirait donc de la version dont nous avons trouvé un extrait super 8 (scène du bain), et dont il existe aussi un autre extrait (scène de la danse) diffusé dans des émissions de Noël Disney des années 70.

Irène Hilda
-Que la revue Pour vous du 29 juin 1938 indique que la chanteuse Irène Hilda a doublé Blanche-Neige à Hollywood. La chanteuse, née en 1920 confirme avoir doublé Blanche-Neige, mais à Paris.

-Que Lita Recio se souvenait avoir doublé la Reine en tandem avec Marcelle Praince sur la sorcière.

-Qu’à la mort de la comédienne Claude Marcy, la presse avait annoncé qu’elle avait doublé Blanche-Neige.

-Autre élément non révélé : la famille de l’adaptateur Louis Sauvat a déclaré à mon correspondant Gilles Hané qu’en plus du doublage de 1962, celui-ci aurait participé au doublage original.

A partir de ces nouveaux faits, François Justamand propose deux scénarios :
    
    1) Un doublage a bien été fait dans l’urgence à Hollywood pour la sortie du film au Quebec, et un deuxième a été réalisé rapidement après en France (avec Irène Hilda en voix chantée de Blanche-Neige, et peut-être Claude Marcy, Lita Recio, Marcelle Praince, etc.).

    2) Les archives de Disney  (Burbank) se trompent sur la date de 1938 pour les salaires des expatriés français. Le premier doublage a bien été fait en France, et il y aurait eu un doublage hollywoodien fait non pas en 1938 mais pendant la guerre, alors que les copies de la VF originale de Blanche-Neige étaient inaccessibles ou détruites.

Le fait que les rares extraits dont nous disposons soient visiblement issus de la VF d’Hollywood nous laisse alors penser que celle-ci a été faite après le doublage réalisé en France, et que la deuxième hypothèse est certainement la bonne


III) Un seul premier doublage : le doublage hollywoodien ?

En octobre 2012, JB Kaufman publie The fairest one of all, livre très documenté sur la réalisation de Blanche-Neige. Il écrit que malgré la loi française obligeant les majors à effectuer leurs doublages en France, Disney avait pu obtenir une dérogation spéciale pour doubler Blanche-Neige dans l’urgence en février/mars en 1938 à Hollywood, sous la direction du producteur et comédien multilingue Marcel Ventura (qui doublait selon lui le Prince) et la supervision de Stuart Buchanan (qui doublait le Chasseur dans la Version Originale). C’est cette version qui a été projetée au Cinéma Marignan pour la sortie officielle de Blanche-Neige. J.B Kaufman révèle par ailleurs que si le public était très content du doublage, David Hand et les distributeurs étaient en revanche déçus par les voix chantées.
 
En plus des révélations de J.B Kaufman, Greg P., rédacteur de l’excellent blog « Film perdu » (consacré aux films perdus, scènes coupées, etc.) et grand passionné de Blanche-Neige, retrouve un entrefilet (« Notules de la colonie française », 1938) : « Christiane Tourneur , qui n’est pas inconnue dans le cinéma français, mais qui s’est bornée, depuis sa venue à Hollywood, à être Madame Jacques Tourneur, espère qu’à la suite de Blanche Neige, où elle a doublé, avec le talent que l’on sait, le personnage principal, elle arrivera à percer dans les films américains. » et un article (magazine Pour vous, 11 mai 1938) indiquant que le doublage a bien été fait dans les studios de Walt Disney. Il mentionne ses découvertes dans deux articles, « Blanche Neige dans la presse française » et « Blanche Neige et sa première de gala parisienne » .

Ces nouveaux éléments mettent donc à mal l’hypothèse d’un doublage effectué aux Etats-Unis pendant la guerre. Le premier doublage a bien eu lieu aux Etats-Unis mais en 1938, avec Christiane Tourneur.

Qu’en est-il alors de l’idée d’un doublage réalisé en France ?  A-t-il vraiment eu lieu, et si oui quand ? Lita Recio et Irène Hilda, nonagénaires au moment de leur interview, ont-elles confondu avec un enregistrement de disque ? Peut-être ont-elles seulement passé des essais pour un éventuel redoublage ? Le mystère demeure encore sur ce point…

IV) La découverte du premier doublage

Début décembre 2012, je suis contacté par un collectionneur, Jean-Pierre P., qui m’annonce avoir en sa possession depuis quelques mois une bobine 16 mm contenant l’intégralité du premier doublage de Blanche-Neige, une copie qu’il a restaurée et qui aurait appartenu à une époque à un présentateur et réalisateur bien connu qui avait déjà effectué un premier travail de restauration. Plutôt sceptique, je lui demande de m’en faire écouter un extrait par téléphone… Surprise, il s’agit bien du doublage hollywoodien, complètement disparu depuis le redoublage de 1962 ! Passionné par les vieilles bobines et opposé au numérique, Jean-Pierre refuse de confier cette bobine à un laboratoire, mais m’autorise en revanche à venir chez lui pour la numériser avec les moyens du bord. Greg (du blog « Film perdu ») répond à mon appel à l’aide lancé sur Facebok et me propose son aide technique : filmer l’écran avec une caméra HD, et prélever le son en reliant la sortie son du projecteur à son ordinateur.

C’est avec une immense émotion que Greg et moi découvrons ce trésor, qui commence par un générique contenant les noms de Marcel Ventura (directeur artistique), « assisté d’Alfred A. Fatio » (quelle était sa fonction ? Adaptateur des dialogues ? Opérateur-son ? A-t-il également, comme Ventura, prêté sa voix à l’un des personnages ?), sous la supervision de Stuart Buchanan… La bobine étant en très bon état, nous découvrons dans d’excellentes conditions les voix du film (dont celle de la Reine, très théâtrale et impressionnante), ainsi que des inserts français qui ne se sont ensuite pas retrouvés dans la VHS du doublage de 62 (notamment la scène où Blanche-Neige inscrit « Grincheux » sur le gâteau qu’elle prépare).

Greg effectue chez lui une restauration minutieuse du film : il utilise l’image du DVD américain (en 24 images/secondes) y intègre les inserts de la première version. Pour ce qui est du son, il enlève le "souffle" commun aux bandes sonores de l'époque. Le film ayant quelques micro-coupures (principalement pendant les chansons) à cause de précédentes cassures de pellicule, il effectue des repiquages discrets sur d’autres supports et se paye même le luxe de mettre le tout en 5.1.

Après de longues recherches pour retrouver des extraits de films dans lesquels apparaissent les comédiens de la première version (tâche ardue, car ces comédiens avaient des tous petits rôles, et parlaient peu), il compare leurs voix et arrive à identifier avec plus ou moins de certitude « qui double qui ».
Ces recherches sont détaillées dans son article "Blanche Neige et les sept nains, la version française de 1938" (publié simultanément au mien), dans lequel il évoque également les différences visuelles et sonores de ce premier doublage par rapport aux autres versions qui ont suivi.

Avec l’autorisation de Jean-Pierre P., qui a eu la générosité de nous offrir l’accès à cette fameuse bobine (alors que tant d'autres collectionneurs gardent leurs trésors pour eux), nous avons le plaisir de vous proposer un visionnage du film (dans un format compressé, en plusieurs parties), qui sera retiré rapidement pour des raisons de droit. Disney ayant définitivement mis au placard les anciens doublages de ses films (cela fait maintenant des années que nous espérons les retrouver dans des sorties DVD), cette diffusion non commerciale n’a pour but que de vous faire découvrir un trésor perdu depuis cinquante ans :
Partie 1, Partie 2, Partie 3, Partie 4, Partie 5, Partie 6
(Ces vidéos seront retirées jeudi 21 mars à 18h et ne seront pas remises en ligne. Aucune copie ne sera faite)

Vous trouverez également ci-dessous le carton actualisé du premier doublage (pour les redoublages, cliquez ici). Un immense remerciement et bravo à tous les « acteurs » de cette enquête, principalement Jean-Pierre P., François Justamand (La Gazette du Doublage), Greg P. (Film perdu) et Olikos (Grandsclassiques). 
Je rappelle par ailleurs que d'autres doublages sont encore introuvables: Pinocchio (doublage hollywoodien ou québécois d'époque, et doublage français d'après-guerre), Bambi (premier doublage), La Belle au Bois Dormant (premier doublage)... Vous possédez des bobines ou autres supports pouvant contenir l'intégralité ou des extraits de ces doublages? N'hésitez pas à me contacter (danslombredesstudios@gmail.com)


Doublage français d'origine (février-mars 1938) :
Société : Studios Disney (Hollywood) 2
Direction artistique : Marcel Ventura 2
Assistant : Alfred A. Fatio 2
Superviseur : Stuart Buchanan 2

Blanche-Neige : Christiane Tourneur 3 (Dialogues)
Blanche-Neige : Béatrice Hagen 3 (Chant)
Le prince : Marcel Ventura 3 (Dialogues et/ou chant ?)
Le chasseur: André Cheron 4

Le miroir magique ?: Jean de Briac 4
La Reine : Adrienne d'Ambricourt 3
La sorcière : Adrienne d'Ambricourt 3
Prof : Eugène Borden 4
Grincheux : André Cheron 4
Joyeux : Charles de Ravenne 4
Dormeur ? : Roger Valmy 4
Timide ? : Louis Mercier 4
Atchoum ? : Roger Valmy 4
 
Fiches voxographiques de Blanche-Neige et les Sept Nains réalisées par Olivier Kosinski (Les Grands Classiques), François Justamand (La Gazette du Doublage) et Rémi C. (Dans l’ombre des studios). Ces fiches ont été vérifiées par plusieurs spécialistes mais peuvent contenir des erreurs. Pour toute reprise de ces informations, veuillez noter en source ce lien ou celui-ci.  

Sources:
1Chrisis2001 / Disney Central Plaza
2Crédits bobine 16 mm (numérisée par Greg P. et Rémi C.),
3F. Justamand / La gazette du doublage  (Remerciements à François Senesi, Gérard Roig, Marcel Colin, Olivier Kosinski, Daniel Sicard, Irène Hilda et Disney Consumer Products), 
4Greg P./Film perdu (Grâce aux noms donnés par François Justamand)
5Carton VHS/DVD/Blu-Ray (Remerciements à Philippe Copin et Laurent Girard/Voxofilm),
6Rémi / Dans l'ombre des studios  (Remerciements à Anne Germain, Jean Cussac et Gilles Hané)



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samedi 2 avril 2011

Doc Savage arrive! Nom d'un chat!

J'ai pu découvrir il y a peu le film Doc Savage arrive (1975), film d'aventures de Michael Anderson dans lequel on peut voir évoluer l'acteur Ron Ely en Doc Savage, chirurgien-justicier, et son équipe. Ce film est référencé sur Nanarland avec une critique qui tend à considérer le film au premier degré, alors que pour moi il ne s'agit pas d'un nanar mais plutôt d'un hommage plus ou moins réussi aux justiciers des comics des années 40, une parodie comme peuvent l'être les OSS117 de Michel Hazanavicius ou dans une moindre mesure la série cinématographique des Indiana Jones.

L'esprit du film est volontairement caricatural: personnages stéréotypés (avec une mention spéciale pour le ridicule Señor Gorro), choeurs à la Mighty Mouse, applaudissements en plein milieu du film, sous-titrage d'un combat d'arts martiaux, musique de La Cucaracha à plusieurs moments du film, etc.

Ce qui est le plus étonnant et qui nous intéresse, nous, voxophiles, c'est le ton encore plus parodique donné par la Version Française. Le film commence par un choeur dans un style rappelant celui des génériques des séries d'aventures de l'ORTF (Thierry La Fronde). Il s'ensuit une voix-off surprenante: Jacques Thébault, en tant que narrateur, prend la voix nasillarde à la fois sérieuse et joviale des présentateurs des actualités des années 40 pour présenter Doc Savage avec une chute comique inattendue: "Il étudie l'astronomie, les planètes, les étoiles... L'univers, quoi!". En effet, "L'univers, quoi!" est inexistant et nullement suggéré dans la version originale. ("He studies astronomy, the planets, the stars, the universe"). Autre texte "décalé", ce dialogue entre Mona (avec un accent hispanique peu réaliste) et Doc Savage "-Vous pouvez croire ça? -Oui... - Vous pouvez le croire? - Oui... - Il peut le croire!" en référence au sketch Le Sar Rabindranath Duval de Pierre Dac et Francis Blanche, ou encore cette réplique "Vous êtes bath!" qui tombe comme un cheveu sur la soupe dans une scène romantique... Le monologue du grand méchant de l'histoire, le Capitaine Seas, vaut lui aussi son pesant de cacahuètes: "J'ai bourlingué sur toutes les mers alors j'ai préféré adopter ce surnom, Seas, c'est de l'anglais cher Monsieur... Oui, j'ai bien essayé "Capitaine Mers" mais ça prêtait un peu trop au quiproquo (rires)".


Mais le plus drôle dans la Version Française est le zézaiement employé par Georges Aminel, honorable Sociétaire de la Comédie-Française (et première voix de Grosminet!), pour doubler Ron Ely, alias Doc Savage. Car dans la Version Originale, Ron Ely a une voix tout ce qui a de plus "raccord" avec l'imaginaire des héros, à savoir une belle voix virile sans défaut de prononciation, comme en attestent les différents extraits que l'on peut dénicher sur Youtube. Ce zézaiement était-il une "fantaisie" de Georges Aminel? Pour mon amie Christine Maline, fille du comédien, il n'en est pas question: "J'avais été étonnée de ce zézaiement en découvrant ce film à la télévision et j'en avais parlé à mon père... Il ne se souvenait plus très bien de ce doublage, mais je peux affirmer que jamais il n'aurait pris l'initiative de prendre cette voix sans qu'on le lui demande".
S'agissait-il d'une demande du client, ou d'une décision délirante du directeur artistique? Un mystère dont on n'aura certainement jamais la réponse, la plupart des comédiens n'étant plus de ce monde ou ne se souvenant plus de ce doublage... Ce choix "artistique" était-il justifié? Je vous invite à découvrir un extrait du film en VF:





Distribution des voix:

GEORGES AMINEL: Ron Ely... (Clark "Doc Savage" Junior) 
CLAUDE NICOT: Paul Gleason... (Thomas J. "Long Tom" Roberts)
JACQUES RICHARD: William Lucking... (John "Renny" Renwick)
ANTOINE MARIN: Michael Miller... (Lt Colonel Andrew Blodgett "Monk" Mayfair)
SERGE LHORCA: Edon Quick... (William Harper "Johnny" Littlejohn) 
JACQUES CIRON: Darrell Zwerling... (Theodore Marley "Ham" Brooks)
DENIS SAVIGNAT: Paul Wexler... (Capitaine Seas)
BEATRICE DELFE: Janice Heiden... (Adriana)*
GERARD HERNANDEZ: Bob Corso... (Don Rubio Gorro)*
PIERRE GARIN: Carlos Rivas... (Kulkan, l'Indien)
ROGER LUMONT: Jorge Cervera Jr... (Colonel Ramirez)*
JACQUES THEBAULT: Michael Berryman... (Le légiste)
JACQUES THEBAULT': Paul Frees... (Voix du narrateur) 
et la voix de MICHEL GUDIN
Choeurs: José GERMAIN*, Jean CUSSAC*, Laurent CUSSAC*, etc.

Doublé chez LINGUA-SYNCHRONE

Source: Diaboc et Dans l'ombre des studios*

(Remerciements à Christine M. pour son aide précieuse)


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mercredi 2 février 2011

Direction musicale: lalala, ouhouhou et autres pompompom

Pour le doublage d'un film comprenant des chansons, on fait généralement appel à un directeur musical chargé de choisir les solistes, de constituer une équipe de choristes et de superviser l'enregistrement.*

Il arrive parfois que les directeurs musicaux ne reçoivent pas les partitions et doivent eux-mêmes relever les notes en regardant la version originale. Est-ce ce qui s'est passé pour la chanson "Golden Afternoon" ("Par un beau matin de mai fleuri") du doublage du chef d'oeuvre de Walt Disney Alice au Pays des Merveilles (1951)? Ou s'agit-il d'un problème de mixage?
Il semble que les directeurs musicaux des différents pays aient chacun brodé les choeurs à leur manière, ce qui est d'autant plus surprenant qu'il s'agit pour la plupart de "choeurs neutres" ("lalala" et autres "ouhouh") présents normalement sur la Version Internationale (bande comprenant les bruitages, la musique) donc rarement refaits lors d'un doublage.

Je vous laisse découvrir en vidéos ces petites curiosités.

Sont communs à toutes les versions dès la réplique "Ulysse, donne-nous le La!": les vocalises des fleurs, les "pompom" chantés par une voix de basse, un choeur neutre mixte en fond (qui fait les "ouhouh"), et un choeur chanté dans la langue du pays concerné.

Version originale (à partir de 1'01): version basique, avec en plus par rapport aux autres versions des "pampam" chantés par un choeur féminin (dès 1'13), un "douliloulou" à 1'45 qui rappelle le style des années 50 (Chordettes aux US, Soeurs Etienne en France), une absence de "ouhouh" et de voix aiguës à 1'55 et lors du solo d'Alice (à 3'05)



Version française (2nd doublage de 1974): alors que dans la version originale la basse n'est pas du tout mise en valeur, on l'entend ici mieux, avec le soutien de deux voix masculines supplémentaires (peut-être une différence de mixage?), des bruitages de fleurs qui disparaissent (0'53), des fins de phrases remplacés par des "ouhou" peut-être pour des raisons de synchronisme (0'55)



Version russe: c'est un choeur mixte de "palam pam pam" (mélodie différente des "pampam" féminins anglais) qui a été rajouté dès le début (0'09), une voix d'alto "double" la soliste à 1'16



Il y a de quoi devenir... toc toc!


(*: J'aurai l'occasion de vous faire découvrir ce métier dans les prochains mois avec une belle interview de Michel et Georges Costa et un article sur l'histoire du "doublage chanté" des années 50 à nos jours illustré par de nombreux témoignages de professionnels. En attendant, vous pouvez (re)lire mon portrait de Jean Cussac (directeur musical des Disney des années 80) ici.)

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