dimanche 9 février 2020

Mémoires de José Bartel (Partie 7)

Musicien, chef d'orchestre, directeur artistique, comédien, chanteur, etc. José Bartel (voix de Guy dans Les Parapluies de Cherbourg et du Roi Louie dans Le Livre de la Jungle) était un artiste à multiples facettes. 
Quelques mois avant sa disparition en 2010, il avait fini d'écrire ses souvenirs (intitulés: Faire comme si... Ou l'enrichissante mais peu lucrative balade d'un mec qui avait les dents trop courtes), que je vous propose de découvrir ici en exclusivité sous la forme d'un "feuilleton", publié avec l'aimable autorisation de sa veuve, Norma, et de son fils, David.

Dans le précédent épisode (Partie 6), José raconte son travail de directeur artistique au sein de la maison de disque La Compagnie, et la création de Grenadine Music.


« LE FRANÇAIS » 

Un matin de l’hiver 75 j’ai au bout du fil, un certain Jean-Baptiste Poquelin « dit Molière » qui me contacte sur la recommandation d’un nommé Lully, compositeur de son état… Non, soyons sérieux ! «  Je galège » comme on dit à Marseille !
En réalité, il s’agit de mon ami Michel Colombier, un grand parmi les grands compositeurs et arrangeurs du moment, qui m’apprend que la Comédie Française a pour projet de monter une version nouvelle et plus « musicalisée » du Bourgeois Gentilhomme
Pour imaginer la musique additionnelle à inclure dans ce spectacle conçu et mis en scène par Jean-Louis Barrault, celui-ci a fait appel à Michel qui peu après, me contacte à son tour.  Résultat ? Je me retrouve sur le plateau du Théâtre Français en compagnie de quelques camarades choristes, revêtu d’un caftan de soie, barbu et super enturbanné. Et ce n’est pas fini. 
A l’occasion de chaque représentation, en ma qualité d’envoyé du Grand Turc,  j’élève le Bourgeois Gentilhomme (Jacques Charron) à la dignité de « Grand Mamamouchi » ! Quant au choix des comédiens, la distribution (si j’ose dire) ne sera pas non plus « piquée des hannetons  ». Jugez plutôt : Jacques Charron  (le Doyen du Français) entouré de brillants sociétaires parmi lesquels Robert Hirsch, Louise Seigner, Georges Descrières ainsi que deux « petits jeunes » qui à juste titre, sauront bientôt faire parler d’eux. Comme par exemple Francis Perrin et Isabelle Adjani. Excusez du peu !  
Il est improbable que ma prestation ait laissé une trace notable dans les annales de la Comédie-Française, mais je dois avouer qu’en ce qui me concerne, elle s’affirmera comme une parenthèse inoubliable dans ma carrière de Saltimbanque !

Voilà pour une partie de ce que j’appellerai mes tribulations extra-musicales ! Mais que dire encore de la diversité de mes activités? Elles m’auront en tout cas mené au doublage de nombreux films musicaux américains comme le personnage du Roi des singes dans la version française du Livre de la Jungle réalisée par les studios Walt Disney! Il y eut aussi, La Vallée du Bonheur, Le Shérif est en prison et bien d’autres. Finalement, une modeste co-animation d’émission avec « Hubert » sur Europe 1, additionnée à une flatteuse mais brève incursion dans l’univers du théâtre auront finalement constitué un apport appréciable dans ma connaissance de l’univers du spectacle sous toutes ses formes. Avec en prime, la précieuse opportunité de mettre un peu de beurre dans les épinards !
De toute façon, le métier de  producteur indépendant n’enrichit pas toujours son homme.
Je mettrai donc en veilleuse pour un temps, mon envie de retrouver la jubilation que procure le travail de préparation d’un album en compagnie de copains compositeurs, d’auteurs, d’artistes ainsi que les espoirs et les angoisses suscités par la naissance d’une nouvelle production! A moins bien sûr d’avoir découvert et pris sous contrat une ou deux nouvelles stars susceptibles d’apparaître dans les hit-parades. Ce qui hélas, ne sera pas le cas.

A propos de « stars » et pour clore ce chapitre,  j’aimerais  au passage,  tordre le cou à certaines idées toutes faites généralement répandues dans le public. Des clichés injustes et néfastes pour cette catégorie de professionnels que sont les Artistes et Musiciens qui à l’égal d’autres professions, ont eux aussi étudié et travaillé dur pour gagner leur droit de vivre d’un métier qui les passionne. Tout autant qu’un pro du foot, un architecte, un cuisinier, un comptable, un vétérinaire ou un fleuriste... Et pourtant, qui n’a pas, au moins une fois, entendu un soi-disant « branché » du show-biz balancer avec assurance des conneries du genre :  Célèbre ou pas, la particularité d’un artiste c’est d’être avant tout un  privilégié, d’avoir la réussite facile et de se faire un maximum de pognon. Tout en baignant comme il se doit, dans « le strass et les paillettes ? ».
Faut-il rire ou pleurer de tout ça ?

Après le bref succès de NEMO se succéderont une série de réussites très moyennes pour les productions « Grenadine Music ». Pour finalement en arriver au « bide » associé à la sortie de Spermula. Un film qui de par son titre, a dû  laisser sur leur faim les affolés du film « cochon » tout en décevant les amateurs d’esthétique érotique. Pour ma part, étant impliqué musicalement comme compositeur et financièrement, comme éditeur de la bande originale, mon enthousiasme d’entrepreneur indépendant se refroidit à vue d’œil. De même d’ailleurs que mes relations avec mon conseiller fiscal et associé en affaires! Serait-ce les nuages à nouveau ?  Pas tout à fait, car dans ma vie professionnelle (et même, ma vie tout court) un changement radical est sur le point de se produire. 
Sur la recommandation de mon cher et respecté ami Henry Astric, directeur artistique en instance de retraite, la Société des Bains de Mer (S.B.M.) en Principauté de Monaco, me propose de prendre la succession d’Henry à partir d’avril 1976. Arrivant à point nommé, une opportunité de cette dimension ne peut bien entendu que me redonner confiance en l’avenir alors que tout semblait sur le point de s’écrouler. En effet, la  fréquence de nos affrontements ayant fini  par nous mener « droit dans le mur », Lola et moi avons d’un commun accord, pris la décision de nous séparer. Comment expliquer cette grave décision ? 
Par la crainte qu’un jour, nos différences de caractère et de tempérament ne se transforment en une haine rampante, injuste et difficile à supporter pour notre fils. Le comportement d’amants si opposés de caractère qui pour s’affirmer, éprouvent le besoin de constamment se chamailler ou même se déchirer à plaisir peut paraître pittoresque. Toutefois, s’il advient que ces susceptibles et volcaniques tourtereaux s’avisent de fonder un foyer, il est raisonnable de souhaiter que sur le plan relationnel, un certain équilibre dans leurs rapports soit préservé.  
Sinon, le soi-disant « pittoresque » disparaîtra très vite pour laisser place à la tristesse, à l’irresponsabilité, la laideur, et quelque fois même, au désespoir. Ce qui explique qu’en fonction de l’état de nos relations d’alors, Lola et moi nous avons été forcés d’admettre que nos fréquents affrontements risquaient d’installer en permanence, une atmosphère détestable pour David. D’où la rupture devenue à présent inévitable et même, souhaitable.  
Il serait faux bien sûr de penser que David n’ait pas été touché par notre séparation, mais ce dont je suis par contre absolument certain, c’est que malgré les épreuves, il a toujours eu conscience que jamais nous ne cesserions d’être là pour lui. Par le cœur, par la pensée, par les actes …

                                                                 
MONTE-CARLO  /  La  S.B.M

Ma nouvelle vie en tant que Directeur Artistique de la Société des Bains de Mer démarre un beau matin d’avril 1976  Une fois encore je débarque en Principauté mais cette fois, ce sera pour occuper des fonctions dont je suis loin d’appréhender la complexité. C’est pourquoi, afin d’éviter d’éventuels impairs, il me faudra pour un temps me plier à une seule contrainte :  Durant les premiers mois qui suivront mon arrivée, je serai tenu de travailler sous la supervision de  mon « adjoint » Henry Astric. Celui-ci, ayant bien voulu retarder son départ effectif à la retraite pour m’initier au fonctionnement administratif du service, me conseiller sur le type d’animation artistique efficace et caractéristique des établissements de la Société et enfin, me former à la gestion d’un budget annuel particulièrement conséquent. Une aubaine pour moi ?  Sans aucun doute et pour la raison suivante : Bien que bénéficiant d’une formation musicale relativement poussée ajoutée à une certaine expérience du Show business national et international, je n’étais pas tout à fait ce qu’il est convenu d’appeler un foudre de guerre en matière de management d’entreprise.  
C’est pourquoi je tiens à te le dire Ricky : sans ton « coaching » et tes inestimables conseils, je n’aurais certainement pas été capable de combler un nombre incalculable de lacunes et mériter - du moins je l’espère – la confiance dont tu m’a honoré en suggérant que je te succède lorsque sera venu le moment de la retraite. Ne rigole pas.
L’occasion m’est donnée de te remercier.  Alors j’en profite !   

Situés à l’arrière du Casino de Monte Carlo, face à la mer, les bureaux de la direction artistique donnent sur une immense terrasse surplombant ce que l’on peut probablement considérer comme la plus longue ligne droite du circuit du Grand Prix de Monaco. Un espace qui très probablement, porte toujours le même nom : Le Tir au pigeons. 
Nous sommes Henry Astric et moi en pleine analyse des programmes établis par ses soins pour l’année en cours et je dois avouer que le doute et parfois même l’angoisse, m’envahissent au fur et à mesure que se précisent les problèmes auxquels j’aurai à faire face dans peu de temps. 
Eh oui, je commence à me rendre compte qu’à la même époque l’année prochaine, je serai SEUL cette fois, pour assumer la responsabilité du choix et surtout, garantir la qualité et le succès des programmes artistiques prévus annuellement  pour les établissements de la Société des Bains de Mer. 
Au fait, ça correspond à quoi le job de directeur des Programmes de la S.B.M. ?  A cette question mille fois posée, la réponse qui de mon point de vue s’impose sans hésitation tient en une seule phrase : Etre celui qui assume l’engagement le plus total dans l’élaboration et la production de spectacles confirmant la qualité des grandes soirées de Monte-Carlo. Qu’il s’agisse du Bal de la Rose ou de la manifestation clôturant le Grand Prix de Monaco en passant par les réceptions données au Palais Princier à l’occasion d’événements exceptionnels. 
Enfin et surtout, il me faut mentionner l’agréable mais aussi, la plus délicate des missions : Concevoir  puis réaliser - sous la supervision constante de la personne d’exception qu’était S.A.S. la radieuse Princesse Grace de Monaco -  le Gala le plus prestigieux de tous : Le Gala de la Croix-Rouge Monégasque.  
En complément de cette liste, il y avait bien sûr l’établissement du calendrier de la programmation d’hiver du Cabaret du Casino incluant les Fêtes de fin d’Année et pour l’été, la préparation des futurs galas du vendredi au Monte-Carlo Sporting Club. Cette tâche n’étant pas exactement une partie de plaisir car chaque vendredi de la saison estivale, l’usage a toujours voulu qu’à cette occasion (tradition exige) se produisent certaines parmi les plus grandes vedettes du show business. De surcroît, est-il besoin de préciser que le public auquel nous nous adressions était pour le moins difficile ou pourquoi ne pas le dire …insupportablement blasé.
Ce qui peut paraître surprenant lorsqu’on sait qu’à l’époque,  peu de Casinos dans le Monde pouvaient se targuer d’aligner en huit semaines d’été, des super-stars d’un calibre correspondant aux Grands du moment : Harry Belafonte , Dionne Warwick, Nana Mouskouri, Shirley McLaine, Domenico Modugno, Sylvie Vartan, Frank Sinatra, Sammy Davis Jr, Gloria Gaynor, Charles Aznavour, Gilbert Bécaud, José Féliciano, Mort Schuman, Mina, Sacha Distel. De même que Paul Mc Cartney qui lui par contre, ne s’est pas produit mais souhaitait saluer ses amis les Mills Brothers,  vedettes d’un de ces Galas.
Malgré l’attitude pour le moins « réservée » d’une partie du public en début de soirée, la salle finissait généralement par se réchauffer au fur et à mesure que se succédaient les chansons. Ce qui fait que pratiquement tous les Galas d’été du Monte-Carlo Sporting Club se sont heureusement terminés dans les meilleures conditions possibles !  
Ajoutons pour être honnête, un élément qui sans aucun doute, a fortement contribué au succès de ces manifestations. Cet avantage résidant dans le fait qu’automatiquement repéré par les maîtres d’hôtel, le contingent des « coincés » habituels se retrouvait dès l’arrivée, mystérieusement disséminé par les chefs de rangs aux quatre coins de la salle. 


Parlant de public difficile, je ne peux résister au plaisir de rapporter ici une anecdote assez « rigolote » ayant pour héroïne l’explosive Gloria Gaynor :
Un soir d’été au Monte-Carlo Sporting Club, alors qu’en plein Gala de la Croix Rouge Monégasque elle s’apprête à interpréter son tube mondial « I will survive », Miss Gaynor, prise d’une inspiration subite, s’interrompt, marche résolument sur la table Princière et à la stupéfaction générale et des services du protocole en particulier, demande au Prince Rainier s’il consentirait à reprendre avec elle, le refrain de sa chanson ! 
Léger malaise dans l’assistance, tout le monde sur scène se regarde, abasourdi. Quant au Directeur artistique - votre serviteur - il s’enfonce tout doucement dans le sol ! 
Heureusement, la situation sera sauvée par l’humour et la courtoise fermeté de S.A.S . le Prince Souverain qui rapidement, fait comprendre à la super- star, que «de multiples obligations ne lui ont pas laissé le temps de se familiariser avec le répertoire de Ms Gaynor. Désolé. Dans le futur peut être, mais certainement pas ce soir »… Tout rentre alors dans l’ordre. La Reine du Disco reprend son tour de chant comme initialement prévu,  et la soirée se termine dans la bonne humeur au grand dépit bien entendu, de la « brigade des coincés » …
                                                                     
Pour en revenir à la définition des fonctions propres à un Directeur des spectacles, peut-être est-il utile de mettre l’accent sur les problèmes liés à l’impérative nécessité d’avoir à concevoir puis concrétiser chaque programmation une bonne année à l’avance. Sans oublier un détail qui a son importance :  En homme très au fait des questions traitant de la musique et du spectacle, le Prince Rainier tenait tout particulièrement, à ce que lui soit soumis  l’ébauche des projets entrepris au cours de fréquentes séances de travail informelles et privées. C’est-à-dire seuls, et dans son bureau, Son Altesse Sérénissime, considérant à juste titre ces réunions comme étant le garant indispensable à la qualité des spectacles donnés en  Principauté, avant d’accorder son aval pour les manifestations artistiques à venir . 

Une politique logique et positive en soi mais qui impliquera de ma part non seulement un minutieux travail de préparation, une multiplication des contacts les plus variés, d’incessants déplacements mais aussi, une constance dans le travail ayant pour conséquence,  une vie familiale des plus chaotique. Auquel cas il devient pratiquement impossible de maintenir dans de telles conditions, un équilibre personnel raisonnable. Les problèmes professionnels passant en priorité, le refuge de la vie privée n’existe plus. 

Un exemple de ce genre d’obsessions ?  Essayer inconsciemment, 24h sur 24,  de prévoir d’où viendra le prochain « pépin » ?  Sera-t-il d’ordre artistique ou logistique ? Comment, dans le but de s’assurer une exclusivité, être en mesure de se soumettre avec le sourire, aux caprices d’une star avant et après la signature du contrat ? Comment quelques mois plus tard, gérer l’accueil de cette même vedette à sa descente d’avion sans révéler l’appréhension qui va vous nouer les tripes tout au long de son séjour? Une tension qui se manifestera dès les répétitions,  pour ne se dissiper uniquement qu’à la toute fin du Gala. Sans oublier toutefois que le processus se renouvellera la semaine suivante... avec une autre star ! 


1978

L’avion survole l’Atlantique, en route pour New York.  Après le succulent plateau repas qui vient de nous être servi , voici venu le moment café. Ce qui pour certains passagers, donne le signal de la reprise de leur dossiers et pour d’autres, l’occasion de faire une petite sieste. Et puis, il y a ceux qui profitent de l’occasion qui leur est donnée d’être vraiment seuls, entre ciel et terre, pour se plonger dans leurs pensées et faire le bilan. 
Le naturel et la convivialité restant des valeurs tout à fait indispensables à ma façon de fonctionner, la morosité n’est certainement pas ma tasse de thé (ou de café ) mais tout comme mes compagnons de vol il m’arrive aussi quelques fois (entre ciel et terre ou pas) d’être préoccupé par mes problèmes 1978  Et aussi, de réfléchir à ce que j’ai pu accomplir de valable  après plus de deux ans passées à la S.B.M. 
Verdict ?  Ma première impression est que ce bilan peut être considéré comme relativement positif et d’une certaine façon, encourageant pour l’avenir. Si ce n’est que mon fils me manque terriblement. La solitude me pèse et ce que j’aurais aimé voir s’épanouir comme une « famille » s’est irrémédiablement désintégré. Depuis notre séparation, je me doutais bien que la mélancolie me taperait un jour ou l’autre sur l’épaule, mais force est de constater que mis à part la période des fêtes de fin d’année ou celle des vacances scolaires, David et moi ne nous voyons que trop rarement. Ce qui pour un père et son fils, n’est pas le meilleur moyen de communiquer.   
Bien sûr, nous nous parlons le plus souvent possible au téléphone mais peu à peu, je sens qu’inexorablement, je suis devenu pour David « Celui qui est loin et vit à Monte Carlo pour son travail » alors que lui, il est : « Celui qui est à Paris dans la vraie maison, avec Maman.».
Une déstabilisation affective qui Dieu merci, fut en partie atténuée pour notre fils. Car aussi bien pour sa mère que pour moi, l’essentiel a toujours été d’être « là ». Disponibles. Et prêts à lui apporter en toutes circonstances, le réconfort, la tendresse et l’amour inconditionnel dont il pourrait avoir un jour besoin… La séparation ? Une épreuve assez pénible pour un couple qui par bonheur a eu la chance de préserver - en plus du respect que nous avons toujours eu l’un pour l’autre Lola et moi – une sincère et constante amitié. Aujourd’hui encore, alors que David va sur ses 41 ans, est marié, et s’est maintenant établi aux Etats-Unis! 
   
Mais voilà que je me rend compte que mon bla-bla devient particulièrement soporifique! Aussi, plutôt que de poursuivre dans ces considérations nostalgico-lyrico–moraliso-emmerdatoires (qui excusez-moi m’ont échappé) je propose de revenir au night club du Casino…
Pour ma première soirée à Monte Carlo en tant que directeur artistique de la S.B.M.,  je me souviens, après le dîner au restaurant privé de la salle des jeux du Casino, avoir emprunté l’ascenseur qui mène au sous-sol afin d’assister au spectacle du Cabaret. Je suis sur le point d’atteindre l’entrée du club, lorsque subitement, j’entends une voix amicale et familière inviter les dîneurs à danser, avant que ne commence le Show.  « And now Ladies and Gentlemen, everybody dance ! Tout le monde danse ! ».  
Cette voix, je la reconnaîtrais entre mille. D’autant plus que durant bien des années,  j’ai si souvent entendu cette même annonce de l’estrade où nous étions installés avec les copains de l’orchestre. Sans aucun doute, il s’agit bien du toujours exceptionnel trompettiste et chef d’orchestre : Aimé Barelli !  

Aimé … Une rencontre grâce à laquelle non seulement le gosse de 14 ans que j’étais eut l’exceptionnel avantage de découvrir la diversité magique des musiques mais de surcroît, celui d’apprendre les règles et la rigueur indispensables  à l’épanouissement  que procure la pratique d’un métier que l’on aime… Plus qu’un patron, Aimé s’est  toujours comporté comme un grand frère qui, de mon adolescence à l’âge de raison, s’est constamment avéré d’un précieux conseil. M’évitant souvent de justesse, des « coups de tête » susceptibles d’avoir plus tard, des répercussions fâcheuses sur ma vie d’homme autant que sur l’évolution de ma carrière professionnelle. Une carrière ou au fur et à mesure que passent les années, il devient de plus en plus difficile de survivre, de se faire une place et de réussir …

Concernant l’animation du Cabaret durant les années 76/80, l’excellence et l’efficacité de la formule Dîners dansants cabaret adoptée dès sa création se trouve une fois de plus confirmée. Chaque soir, tout au long du Variety Show qui lui est présenté, le public découvre (accompagnés « live » par la grande formation d’Aimé), une variété de numéros visuels de très haut niveau. Ces artistes - venant de Paris, Londres, Las Vegas ou New York- étant de surcroît magnifiquement entourés et mis en valeur par la troupe de danseuses et danseurs du chorégraphe Ben Tyber : Les fameux Monte Carlo Dancers. 

Pour la petite histoire, le soir de mon arrivée, ce fut véritablement la fête car des éléments féminins de la compagnie Ben Tyber ayant eu l’excellente idée de se joindre à nous quand avec Aimé et les « anciens » de l’orchestre  nous avons, en fin de soirée,  décidé de fêter nos retrouvailles au Tip Top ! 

L’inévitable Tip Top. Rendez-vous nocturne des artistes et musiciens de passage à Monaco, ce bar de nuit a de tous temps été réputé comme le lieu de transit obligé avant le retour aux pénates.  Que ce soit pour y  boire le dernier ou y déguster un super-plat de « spaghettis-maison » à vous filer des larmes aux yeux !


Partie 1 (enfance, Marseille), Partie 2 (débuts avec Aimé Barelli, caves de jazz à Saint-Germain-des-Prés), Partie 3 (Monte-Carlo), Partie 4 (Algérie, retour à Paris, Istamboul), Partie 5 (Parapluies de Cherbourg, Jupiter Sunset), Partie 6 (La Compagnie, voyage à Cuba, Grenadine Music), Partie 7 (La Comédie-Française, Monte-Carlo / S.B.M.)... (A suivre)

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