Samedi 7/03/2020 de 11h à 12h30, je serai invité par Benoît Duteurtre dans son émission "Etonnez-moi Benoît" sur France Musique. Fier et heureux de pouvoir "défendre" ma passion dans cette émission que je suis maintenant depuis dix ans. Nous parlerons de groupes vocaux et choeurs, aux côtés de mes amis Claudine Meunier et Jean-Claude Briodin, qui ont participé à un nombre incalculable de groupes vocaux du milieu des années 50 au début des années 80.
Vous pourrez ensuite réécouter l'émission en podcast ici:
https://www.francemusique.fr/emissions/etonnez-moi-benoit/groupes-vocaux-francais-d-hier-et-d-aujourd-hui-avec-remi-caremel-claudine-meunier-jean-claude-briodin-81374
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La mémoire des comédiens, chanteurs et musiciens "dans l'ombre des studios"
samedi 29 février 2020
Emission "Etonnez-moi Benoît" sur France Musique samedi 7/03/2020
dimanche 9 février 2020
Mémoires de José Bartel (Partie 7)
Musicien, chef d'orchestre, directeur artistique, comédien, chanteur, etc. José Bartel (voix de Guy dans Les Parapluies de Cherbourg et du Roi Louie dans Le Livre de la Jungle) était un artiste à multiples facettes.
Quelques mois avant sa disparition en 2010, il avait fini d'écrire ses souvenirs (intitulés: Faire comme si... Ou l'enrichissante mais peu lucrative balade d'un mec qui avait les dents trop courtes), que je vous propose de découvrir ici en exclusivité sous la forme d'un "feuilleton", publié avec l'aimable autorisation de sa veuve, Norma, et de son fils, David.
Dans le précédent épisode (Partie 6), José raconte son travail de directeur artistique au sein de la maison de disque La Compagnie, et la création de Grenadine Music.
« LE FRANÇAIS »
Un matin de l’hiver 75 j’ai au bout du fil, un certain Jean-Baptiste Poquelin « dit Molière » qui me contacte sur la recommandation d’un nommé Lully, compositeur de son état… Non, soyons sérieux ! « Je galège » comme on dit à Marseille !
En réalité, il s’agit de mon ami Michel Colombier, un grand parmi les grands compositeurs et arrangeurs du moment, qui m’apprend que la Comédie Française a pour projet de monter une version nouvelle et plus « musicalisée » du Bourgeois Gentilhomme.
Pour imaginer la musique additionnelle à inclure dans ce spectacle conçu et mis en scène par Jean-Louis Barrault, celui-ci a fait appel à Michel qui peu après, me contacte à son tour. Résultat ? Je me retrouve sur le plateau du Théâtre Français en compagnie de quelques camarades choristes, revêtu d’un caftan de soie, barbu et super enturbanné. Et ce n’est pas fini.
A l’occasion de chaque représentation, en ma qualité d’envoyé du Grand Turc, j’élève le Bourgeois Gentilhomme (Jacques Charron) à la dignité de « Grand Mamamouchi » ! Quant au choix des comédiens, la distribution (si j’ose dire) ne sera pas non plus « piquée des hannetons ». Jugez plutôt : Jacques Charron (le Doyen du Français) entouré de brillants sociétaires parmi lesquels Robert Hirsch, Louise Seigner, Georges Descrières ainsi que deux « petits jeunes » qui à juste titre, sauront bientôt faire parler d’eux. Comme par exemple Francis Perrin et Isabelle Adjani. Excusez du peu !
Il est improbable que ma prestation ait laissé une trace notable dans les annales de la Comédie-Française, mais je dois avouer qu’en ce qui me concerne, elle s’affirmera comme une parenthèse inoubliable dans ma carrière de Saltimbanque !
Voilà pour une partie de ce que j’appellerai mes tribulations extra-musicales ! Mais que dire encore de la diversité de mes activités? Elles m’auront en tout cas mené au doublage de nombreux films musicaux américains comme le personnage du Roi des singes dans la version française du Livre de la Jungle réalisée par les studios Walt Disney! Il y eut aussi, La Vallée du Bonheur, Le Shérif est en prison et bien d’autres. Finalement, une modeste co-animation d’émission avec « Hubert » sur Europe 1, additionnée à une flatteuse mais brève incursion dans l’univers du théâtre auront finalement constitué un apport appréciable dans ma connaissance de l’univers du spectacle sous toutes ses formes. Avec en prime, la précieuse opportunité de mettre un peu de beurre dans les épinards !
De toute façon, le métier de producteur indépendant n’enrichit pas toujours son homme.
Je mettrai donc en veilleuse pour un temps, mon envie de retrouver la jubilation que procure le travail de préparation d’un album en compagnie de copains compositeurs, d’auteurs, d’artistes ainsi que les espoirs et les angoisses suscités par la naissance d’une nouvelle production! A moins bien sûr d’avoir découvert et pris sous contrat une ou deux nouvelles stars susceptibles d’apparaître dans les hit-parades. Ce qui hélas, ne sera pas le cas.
A propos de « stars » et pour clore ce chapitre, j’aimerais au passage, tordre le cou à certaines idées toutes faites généralement répandues dans le public. Des clichés injustes et néfastes pour cette catégorie de professionnels que sont les Artistes et Musiciens qui à l’égal d’autres professions, ont eux aussi étudié et travaillé dur pour gagner leur droit de vivre d’un métier qui les passionne. Tout autant qu’un pro du foot, un architecte, un cuisinier, un comptable, un vétérinaire ou un fleuriste... Et pourtant, qui n’a pas, au moins une fois, entendu un soi-disant « branché » du show-biz balancer avec assurance des conneries du genre : Célèbre ou pas, la particularité d’un artiste c’est d’être avant tout un privilégié, d’avoir la réussite facile et de se faire un maximum de pognon. Tout en baignant comme il se doit, dans « le strass et les paillettes ? ».
Faut-il rire ou pleurer de tout ça ?
Après le bref succès de NEMO se succéderont une série de réussites très moyennes pour les productions « Grenadine Music ». Pour finalement en arriver au « bide » associé à la sortie de Spermula. Un film qui de par son titre, a dû laisser sur leur faim les affolés du film « cochon » tout en décevant les amateurs d’esthétique érotique. Pour ma part, étant impliqué musicalement comme compositeur et financièrement, comme éditeur de la bande originale, mon enthousiasme d’entrepreneur indépendant se refroidit à vue d’œil. De même d’ailleurs que mes relations avec mon conseiller fiscal et associé en affaires! Serait-ce les nuages à nouveau ? Pas tout à fait, car dans ma vie professionnelle (et même, ma vie tout court) un changement radical est sur le point de se produire.
Sur la recommandation de mon cher et respecté ami Henry Astric, directeur artistique en instance de retraite, la Société des Bains de Mer (S.B.M.) en Principauté de Monaco, me propose de prendre la succession d’Henry à partir d’avril 1976. Arrivant à point nommé, une opportunité de cette dimension ne peut bien entendu que me redonner confiance en l’avenir alors que tout semblait sur le point de s’écrouler. En effet, la fréquence de nos affrontements ayant fini par nous mener « droit dans le mur », Lola et moi avons d’un commun accord, pris la décision de nous séparer. Comment expliquer cette grave décision ?
Par la crainte qu’un jour, nos différences de caractère et de tempérament ne se transforment en une haine rampante, injuste et difficile à supporter pour notre fils. Le comportement d’amants si opposés de caractère qui pour s’affirmer, éprouvent le besoin de constamment se chamailler ou même se déchirer à plaisir peut paraître pittoresque. Toutefois, s’il advient que ces susceptibles et volcaniques tourtereaux s’avisent de fonder un foyer, il est raisonnable de souhaiter que sur le plan relationnel, un certain équilibre dans leurs rapports soit préservé.
Sinon, le soi-disant « pittoresque » disparaîtra très vite pour laisser place à la tristesse, à l’irresponsabilité, la laideur, et quelque fois même, au désespoir. Ce qui explique qu’en fonction de l’état de nos relations d’alors, Lola et moi nous avons été forcés d’admettre que nos fréquents affrontements risquaient d’installer en permanence, une atmosphère détestable pour David. D’où la rupture devenue à présent inévitable et même, souhaitable.
Il serait faux bien sûr de penser que David n’ait pas été touché par notre séparation, mais ce dont je suis par contre absolument certain, c’est que malgré les épreuves, il a toujours eu conscience que jamais nous ne cesserions d’être là pour lui. Par le cœur, par la pensée, par les actes …
MONTE-CARLO / La S.B.M
Ma nouvelle vie en tant que Directeur Artistique de la Société des Bains de Mer démarre un beau matin d’avril 1976 Une fois encore je débarque en Principauté mais cette fois, ce sera pour occuper des fonctions dont je suis loin d’appréhender la complexité. C’est pourquoi, afin d’éviter d’éventuels impairs, il me faudra pour un temps me plier à une seule contrainte : Durant les premiers mois qui suivront mon arrivée, je serai tenu de travailler sous la supervision de mon « adjoint » Henry Astric. Celui-ci, ayant bien voulu retarder son départ effectif à la retraite pour m’initier au fonctionnement administratif du service, me conseiller sur le type d’animation artistique efficace et caractéristique des établissements de la Société et enfin, me former à la gestion d’un budget annuel particulièrement conséquent. Une aubaine pour moi ? Sans aucun doute et pour la raison suivante : Bien que bénéficiant d’une formation musicale relativement poussée ajoutée à une certaine expérience du Show business national et international, je n’étais pas tout à fait ce qu’il est convenu d’appeler un foudre de guerre en matière de management d’entreprise.
C’est pourquoi je tiens à te le dire Ricky : sans ton « coaching » et tes inestimables conseils, je n’aurais certainement pas été capable de combler un nombre incalculable de lacunes et mériter - du moins je l’espère – la confiance dont tu m’a honoré en suggérant que je te succède lorsque sera venu le moment de la retraite. Ne rigole pas.
L’occasion m’est donnée de te remercier. Alors j’en profite !
Situés à l’arrière du Casino de Monte Carlo, face à la mer, les bureaux de la direction artistique donnent sur une immense terrasse surplombant ce que l’on peut probablement considérer comme la plus longue ligne droite du circuit du Grand Prix de Monaco. Un espace qui très probablement, porte toujours le même nom : Le Tir au pigeons.
Nous sommes Henry Astric et moi en pleine analyse des programmes établis par ses soins pour l’année en cours et je dois avouer que le doute et parfois même l’angoisse, m’envahissent au fur et à mesure que se précisent les problèmes auxquels j’aurai à faire face dans peu de temps.
Eh oui, je commence à me rendre compte qu’à la même époque l’année prochaine, je serai SEUL cette fois, pour assumer la responsabilité du choix et surtout, garantir la qualité et le succès des programmes artistiques prévus annuellement pour les établissements de la Société des Bains de Mer.
Au fait, ça correspond à quoi le job de directeur des Programmes de la S.B.M. ? A cette question mille fois posée, la réponse qui de mon point de vue s’impose sans hésitation tient en une seule phrase : Etre celui qui assume l’engagement le plus total dans l’élaboration et la production de spectacles confirmant la qualité des grandes soirées de Monte-Carlo. Qu’il s’agisse du Bal de la Rose ou de la manifestation clôturant le Grand Prix de Monaco en passant par les réceptions données au Palais Princier à l’occasion d’événements exceptionnels.
Enfin et surtout, il me faut mentionner l’agréable mais aussi, la plus délicate des missions : Concevoir puis réaliser - sous la supervision constante de la personne d’exception qu’était S.A.S. la radieuse Princesse Grace de Monaco - le Gala le plus prestigieux de tous : Le Gala de la Croix-Rouge Monégasque.
En complément de cette liste, il y avait bien sûr l’établissement du calendrier de la programmation d’hiver du Cabaret du Casino incluant les Fêtes de fin d’Année et pour l’été, la préparation des futurs galas du vendredi au Monte-Carlo Sporting Club. Cette tâche n’étant pas exactement une partie de plaisir car chaque vendredi de la saison estivale, l’usage a toujours voulu qu’à cette occasion (tradition exige) se produisent certaines parmi les plus grandes vedettes du show business. De surcroît, est-il besoin de préciser que le public auquel nous nous adressions était pour le moins difficile ou pourquoi ne pas le dire …insupportablement blasé.
Ce qui peut paraître surprenant lorsqu’on sait qu’à l’époque, peu de Casinos dans le Monde pouvaient se targuer d’aligner en huit semaines d’été, des super-stars d’un calibre correspondant aux Grands du moment : Harry Belafonte , Dionne Warwick, Nana Mouskouri, Shirley McLaine, Domenico Modugno, Sylvie Vartan, Frank Sinatra, Sammy Davis Jr, Gloria Gaynor, Charles Aznavour, Gilbert Bécaud, José Féliciano, Mort Schuman, Mina, Sacha Distel. De même que Paul Mc Cartney qui lui par contre, ne s’est pas produit mais souhaitait saluer ses amis les Mills Brothers, vedettes d’un de ces Galas.
Malgré l’attitude pour le moins « réservée » d’une partie du public en début de soirée, la salle finissait généralement par se réchauffer au fur et à mesure que se succédaient les chansons. Ce qui fait que pratiquement tous les Galas d’été du Monte-Carlo Sporting Club se sont heureusement terminés dans les meilleures conditions possibles !
Ajoutons pour être honnête, un élément qui sans aucun doute, a fortement contribué au succès de ces manifestations. Cet avantage résidant dans le fait qu’automatiquement repéré par les maîtres d’hôtel, le contingent des « coincés » habituels se retrouvait dès l’arrivée, mystérieusement disséminé par les chefs de rangs aux quatre coins de la salle.
Parlant de public difficile, je ne peux résister au plaisir de rapporter ici une anecdote assez « rigolote » ayant pour héroïne l’explosive Gloria Gaynor :
Un soir d’été au Monte-Carlo Sporting Club, alors qu’en plein Gala de la Croix Rouge Monégasque elle s’apprête à interpréter son tube mondial « I will survive », Miss Gaynor, prise d’une inspiration subite, s’interrompt, marche résolument sur la table Princière et à la stupéfaction générale et des services du protocole en particulier, demande au Prince Rainier s’il consentirait à reprendre avec elle, le refrain de sa chanson !
Léger malaise dans l’assistance, tout le monde sur scène se regarde, abasourdi. Quant au Directeur artistique - votre serviteur - il s’enfonce tout doucement dans le sol !
Heureusement, la situation sera sauvée par l’humour et la courtoise fermeté de S.A.S . le Prince Souverain qui rapidement, fait comprendre à la super- star, que «de multiples obligations ne lui ont pas laissé le temps de se familiariser avec le répertoire de Ms Gaynor. Désolé. Dans le futur peut être, mais certainement pas ce soir »… Tout rentre alors dans l’ordre. La Reine du Disco reprend son tour de chant comme initialement prévu, et la soirée se termine dans la bonne humeur au grand dépit bien entendu, de la « brigade des coincés » …
Pour en revenir à la définition des fonctions propres à un Directeur des spectacles, peut-être est-il utile de mettre l’accent sur les problèmes liés à l’impérative nécessité d’avoir à concevoir puis concrétiser chaque programmation une bonne année à l’avance. Sans oublier un détail qui a son importance : En homme très au fait des questions traitant de la musique et du spectacle, le Prince Rainier tenait tout particulièrement, à ce que lui soit soumis l’ébauche des projets entrepris au cours de fréquentes séances de travail informelles et privées. C’est-à-dire seuls, et dans son bureau, Son Altesse Sérénissime, considérant à juste titre ces réunions comme étant le garant indispensable à la qualité des spectacles donnés en Principauté, avant d’accorder son aval pour les manifestations artistiques à venir .
Une politique logique et positive en soi mais qui impliquera de ma part non seulement un minutieux travail de préparation, une multiplication des contacts les plus variés, d’incessants déplacements mais aussi, une constance dans le travail ayant pour conséquence, une vie familiale des plus chaotique. Auquel cas il devient pratiquement impossible de maintenir dans de telles conditions, un équilibre personnel raisonnable. Les problèmes professionnels passant en priorité, le refuge de la vie privée n’existe plus.
Un exemple de ce genre d’obsessions ? Essayer inconsciemment, 24h sur 24, de prévoir d’où viendra le prochain « pépin » ? Sera-t-il d’ordre artistique ou logistique ? Comment, dans le but de s’assurer une exclusivité, être en mesure de se soumettre avec le sourire, aux caprices d’une star avant et après la signature du contrat ? Comment quelques mois plus tard, gérer l’accueil de cette même vedette à sa descente d’avion sans révéler l’appréhension qui va vous nouer les tripes tout au long de son séjour? Une tension qui se manifestera dès les répétitions, pour ne se dissiper uniquement qu’à la toute fin du Gala. Sans oublier toutefois que le processus se renouvellera la semaine suivante... avec une autre star !
1978
L’avion survole l’Atlantique, en route pour New York. Après le succulent plateau repas qui vient de nous être servi , voici venu le moment café. Ce qui pour certains passagers, donne le signal de la reprise de leur dossiers et pour d’autres, l’occasion de faire une petite sieste. Et puis, il y a ceux qui profitent de l’occasion qui leur est donnée d’être vraiment seuls, entre ciel et terre, pour se plonger dans leurs pensées et faire le bilan.
Le naturel et la convivialité restant des valeurs tout à fait indispensables à ma façon de fonctionner, la morosité n’est certainement pas ma tasse de thé (ou de café ) mais tout comme mes compagnons de vol il m’arrive aussi quelques fois (entre ciel et terre ou pas) d’être préoccupé par mes problèmes 1978 Et aussi, de réfléchir à ce que j’ai pu accomplir de valable après plus de deux ans passées à la S.B.M.
Verdict ? Ma première impression est que ce bilan peut être considéré comme relativement positif et d’une certaine façon, encourageant pour l’avenir. Si ce n’est que mon fils me manque terriblement. La solitude me pèse et ce que j’aurais aimé voir s’épanouir comme une « famille » s’est irrémédiablement désintégré. Depuis notre séparation, je me doutais bien que la mélancolie me taperait un jour ou l’autre sur l’épaule, mais force est de constater que mis à part la période des fêtes de fin d’année ou celle des vacances scolaires, David et moi ne nous voyons que trop rarement. Ce qui pour un père et son fils, n’est pas le meilleur moyen de communiquer.
Bien sûr, nous nous parlons le plus souvent possible au téléphone mais peu à peu, je sens qu’inexorablement, je suis devenu pour David « Celui qui est loin et vit à Monte Carlo pour son travail » alors que lui, il est : « Celui qui est à Paris dans la vraie maison, avec Maman.».
Une déstabilisation affective qui Dieu merci, fut en partie atténuée pour notre fils. Car aussi bien pour sa mère que pour moi, l’essentiel a toujours été d’être « là ». Disponibles. Et prêts à lui apporter en toutes circonstances, le réconfort, la tendresse et l’amour inconditionnel dont il pourrait avoir un jour besoin… La séparation ? Une épreuve assez pénible pour un couple qui par bonheur a eu la chance de préserver - en plus du respect que nous avons toujours eu l’un pour l’autre Lola et moi – une sincère et constante amitié. Aujourd’hui encore, alors que David va sur ses 41 ans, est marié, et s’est maintenant établi aux Etats-Unis!
Mais voilà que je me rend compte que mon bla-bla devient particulièrement soporifique! Aussi, plutôt que de poursuivre dans ces considérations nostalgico-lyrico–moraliso-emmerdatoires (qui excusez-moi m’ont échappé) je propose de revenir au night club du Casino…
Pour ma première soirée à Monte Carlo en tant que directeur artistique de la S.B.M., je me souviens, après le dîner au restaurant privé de la salle des jeux du Casino, avoir emprunté l’ascenseur qui mène au sous-sol afin d’assister au spectacle du Cabaret. Je suis sur le point d’atteindre l’entrée du club, lorsque subitement, j’entends une voix amicale et familière inviter les dîneurs à danser, avant que ne commence le Show. « And now Ladies and Gentlemen, everybody dance ! Tout le monde danse ! ».
Cette voix, je la reconnaîtrais entre mille. D’autant plus que durant bien des années, j’ai si souvent entendu cette même annonce de l’estrade où nous étions installés avec les copains de l’orchestre. Sans aucun doute, il s’agit bien du toujours exceptionnel trompettiste et chef d’orchestre : Aimé Barelli !
Aimé … Une rencontre grâce à laquelle non seulement le gosse de 14 ans que j’étais eut l’exceptionnel avantage de découvrir la diversité magique des musiques mais de surcroît, celui d’apprendre les règles et la rigueur indispensables à l’épanouissement que procure la pratique d’un métier que l’on aime… Plus qu’un patron, Aimé s’est toujours comporté comme un grand frère qui, de mon adolescence à l’âge de raison, s’est constamment avéré d’un précieux conseil. M’évitant souvent de justesse, des « coups de tête » susceptibles d’avoir plus tard, des répercussions fâcheuses sur ma vie d’homme autant que sur l’évolution de ma carrière professionnelle. Une carrière ou au fur et à mesure que passent les années, il devient de plus en plus difficile de survivre, de se faire une place et de réussir …
Concernant l’animation du Cabaret durant les années 76/80, l’excellence et l’efficacité de la formule Dîners dansants cabaret adoptée dès sa création se trouve une fois de plus confirmée. Chaque soir, tout au long du Variety Show qui lui est présenté, le public découvre (accompagnés « live » par la grande formation d’Aimé), une variété de numéros visuels de très haut niveau. Ces artistes - venant de Paris, Londres, Las Vegas ou New York- étant de surcroît magnifiquement entourés et mis en valeur par la troupe de danseuses et danseurs du chorégraphe Ben Tyber : Les fameux Monte Carlo Dancers.
Pour la petite histoire, le soir de mon arrivée, ce fut véritablement la fête car des éléments féminins de la compagnie Ben Tyber ayant eu l’excellente idée de se joindre à nous quand avec Aimé et les « anciens » de l’orchestre nous avons, en fin de soirée, décidé de fêter nos retrouvailles au Tip Top !
L’inévitable Tip Top. Rendez-vous nocturne des artistes et musiciens de passage à Monaco, ce bar de nuit a de tous temps été réputé comme le lieu de transit obligé avant le retour aux pénates. Que ce soit pour y boire le dernier ou y déguster un super-plat de « spaghettis-maison » à vous filer des larmes aux yeux !
Partie 1 (enfance, Marseille), Partie 2 (débuts avec Aimé Barelli, caves de jazz à Saint-Germain-des-Prés), Partie 3 (Monte-Carlo), Partie 4 (Algérie, retour à Paris, Istamboul), Partie 5 (Parapluies de Cherbourg, Jupiter Sunset), Partie 6 (La Compagnie, voyage à Cuba, Grenadine Music), Partie 7 (La Comédie-Française, Monte-Carlo / S.B.M.)... (A suivre)
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Quelques mois avant sa disparition en 2010, il avait fini d'écrire ses souvenirs (intitulés: Faire comme si... Ou l'enrichissante mais peu lucrative balade d'un mec qui avait les dents trop courtes), que je vous propose de découvrir ici en exclusivité sous la forme d'un "feuilleton", publié avec l'aimable autorisation de sa veuve, Norma, et de son fils, David.
Dans le précédent épisode (Partie 6), José raconte son travail de directeur artistique au sein de la maison de disque La Compagnie, et la création de Grenadine Music.
« LE FRANÇAIS »
Un matin de l’hiver 75 j’ai au bout du fil, un certain Jean-Baptiste Poquelin « dit Molière » qui me contacte sur la recommandation d’un nommé Lully, compositeur de son état… Non, soyons sérieux ! « Je galège » comme on dit à Marseille !
En réalité, il s’agit de mon ami Michel Colombier, un grand parmi les grands compositeurs et arrangeurs du moment, qui m’apprend que la Comédie Française a pour projet de monter une version nouvelle et plus « musicalisée » du Bourgeois Gentilhomme.
Pour imaginer la musique additionnelle à inclure dans ce spectacle conçu et mis en scène par Jean-Louis Barrault, celui-ci a fait appel à Michel qui peu après, me contacte à son tour. Résultat ? Je me retrouve sur le plateau du Théâtre Français en compagnie de quelques camarades choristes, revêtu d’un caftan de soie, barbu et super enturbanné. Et ce n’est pas fini.
A l’occasion de chaque représentation, en ma qualité d’envoyé du Grand Turc, j’élève le Bourgeois Gentilhomme (Jacques Charron) à la dignité de « Grand Mamamouchi » ! Quant au choix des comédiens, la distribution (si j’ose dire) ne sera pas non plus « piquée des hannetons ». Jugez plutôt : Jacques Charron (le Doyen du Français) entouré de brillants sociétaires parmi lesquels Robert Hirsch, Louise Seigner, Georges Descrières ainsi que deux « petits jeunes » qui à juste titre, sauront bientôt faire parler d’eux. Comme par exemple Francis Perrin et Isabelle Adjani. Excusez du peu !
Il est improbable que ma prestation ait laissé une trace notable dans les annales de la Comédie-Française, mais je dois avouer qu’en ce qui me concerne, elle s’affirmera comme une parenthèse inoubliable dans ma carrière de Saltimbanque !
Voilà pour une partie de ce que j’appellerai mes tribulations extra-musicales ! Mais que dire encore de la diversité de mes activités? Elles m’auront en tout cas mené au doublage de nombreux films musicaux américains comme le personnage du Roi des singes dans la version française du Livre de la Jungle réalisée par les studios Walt Disney! Il y eut aussi, La Vallée du Bonheur, Le Shérif est en prison et bien d’autres. Finalement, une modeste co-animation d’émission avec « Hubert » sur Europe 1, additionnée à une flatteuse mais brève incursion dans l’univers du théâtre auront finalement constitué un apport appréciable dans ma connaissance de l’univers du spectacle sous toutes ses formes. Avec en prime, la précieuse opportunité de mettre un peu de beurre dans les épinards !
De toute façon, le métier de producteur indépendant n’enrichit pas toujours son homme.
Je mettrai donc en veilleuse pour un temps, mon envie de retrouver la jubilation que procure le travail de préparation d’un album en compagnie de copains compositeurs, d’auteurs, d’artistes ainsi que les espoirs et les angoisses suscités par la naissance d’une nouvelle production! A moins bien sûr d’avoir découvert et pris sous contrat une ou deux nouvelles stars susceptibles d’apparaître dans les hit-parades. Ce qui hélas, ne sera pas le cas.
A propos de « stars » et pour clore ce chapitre, j’aimerais au passage, tordre le cou à certaines idées toutes faites généralement répandues dans le public. Des clichés injustes et néfastes pour cette catégorie de professionnels que sont les Artistes et Musiciens qui à l’égal d’autres professions, ont eux aussi étudié et travaillé dur pour gagner leur droit de vivre d’un métier qui les passionne. Tout autant qu’un pro du foot, un architecte, un cuisinier, un comptable, un vétérinaire ou un fleuriste... Et pourtant, qui n’a pas, au moins une fois, entendu un soi-disant « branché » du show-biz balancer avec assurance des conneries du genre : Célèbre ou pas, la particularité d’un artiste c’est d’être avant tout un privilégié, d’avoir la réussite facile et de se faire un maximum de pognon. Tout en baignant comme il se doit, dans « le strass et les paillettes ? ».
Faut-il rire ou pleurer de tout ça ?
Après le bref succès de NEMO se succéderont une série de réussites très moyennes pour les productions « Grenadine Music ». Pour finalement en arriver au « bide » associé à la sortie de Spermula. Un film qui de par son titre, a dû laisser sur leur faim les affolés du film « cochon » tout en décevant les amateurs d’esthétique érotique. Pour ma part, étant impliqué musicalement comme compositeur et financièrement, comme éditeur de la bande originale, mon enthousiasme d’entrepreneur indépendant se refroidit à vue d’œil. De même d’ailleurs que mes relations avec mon conseiller fiscal et associé en affaires! Serait-ce les nuages à nouveau ? Pas tout à fait, car dans ma vie professionnelle (et même, ma vie tout court) un changement radical est sur le point de se produire.
Sur la recommandation de mon cher et respecté ami Henry Astric, directeur artistique en instance de retraite, la Société des Bains de Mer (S.B.M.) en Principauté de Monaco, me propose de prendre la succession d’Henry à partir d’avril 1976. Arrivant à point nommé, une opportunité de cette dimension ne peut bien entendu que me redonner confiance en l’avenir alors que tout semblait sur le point de s’écrouler. En effet, la fréquence de nos affrontements ayant fini par nous mener « droit dans le mur », Lola et moi avons d’un commun accord, pris la décision de nous séparer. Comment expliquer cette grave décision ?
Par la crainte qu’un jour, nos différences de caractère et de tempérament ne se transforment en une haine rampante, injuste et difficile à supporter pour notre fils. Le comportement d’amants si opposés de caractère qui pour s’affirmer, éprouvent le besoin de constamment se chamailler ou même se déchirer à plaisir peut paraître pittoresque. Toutefois, s’il advient que ces susceptibles et volcaniques tourtereaux s’avisent de fonder un foyer, il est raisonnable de souhaiter que sur le plan relationnel, un certain équilibre dans leurs rapports soit préservé.
Sinon, le soi-disant « pittoresque » disparaîtra très vite pour laisser place à la tristesse, à l’irresponsabilité, la laideur, et quelque fois même, au désespoir. Ce qui explique qu’en fonction de l’état de nos relations d’alors, Lola et moi nous avons été forcés d’admettre que nos fréquents affrontements risquaient d’installer en permanence, une atmosphère détestable pour David. D’où la rupture devenue à présent inévitable et même, souhaitable.
Il serait faux bien sûr de penser que David n’ait pas été touché par notre séparation, mais ce dont je suis par contre absolument certain, c’est que malgré les épreuves, il a toujours eu conscience que jamais nous ne cesserions d’être là pour lui. Par le cœur, par la pensée, par les actes …
MONTE-CARLO / La S.B.M
Ma nouvelle vie en tant que Directeur Artistique de la Société des Bains de Mer démarre un beau matin d’avril 1976 Une fois encore je débarque en Principauté mais cette fois, ce sera pour occuper des fonctions dont je suis loin d’appréhender la complexité. C’est pourquoi, afin d’éviter d’éventuels impairs, il me faudra pour un temps me plier à une seule contrainte : Durant les premiers mois qui suivront mon arrivée, je serai tenu de travailler sous la supervision de mon « adjoint » Henry Astric. Celui-ci, ayant bien voulu retarder son départ effectif à la retraite pour m’initier au fonctionnement administratif du service, me conseiller sur le type d’animation artistique efficace et caractéristique des établissements de la Société et enfin, me former à la gestion d’un budget annuel particulièrement conséquent. Une aubaine pour moi ? Sans aucun doute et pour la raison suivante : Bien que bénéficiant d’une formation musicale relativement poussée ajoutée à une certaine expérience du Show business national et international, je n’étais pas tout à fait ce qu’il est convenu d’appeler un foudre de guerre en matière de management d’entreprise.
C’est pourquoi je tiens à te le dire Ricky : sans ton « coaching » et tes inestimables conseils, je n’aurais certainement pas été capable de combler un nombre incalculable de lacunes et mériter - du moins je l’espère – la confiance dont tu m’a honoré en suggérant que je te succède lorsque sera venu le moment de la retraite. Ne rigole pas.
L’occasion m’est donnée de te remercier. Alors j’en profite !
Situés à l’arrière du Casino de Monte Carlo, face à la mer, les bureaux de la direction artistique donnent sur une immense terrasse surplombant ce que l’on peut probablement considérer comme la plus longue ligne droite du circuit du Grand Prix de Monaco. Un espace qui très probablement, porte toujours le même nom : Le Tir au pigeons.
Nous sommes Henry Astric et moi en pleine analyse des programmes établis par ses soins pour l’année en cours et je dois avouer que le doute et parfois même l’angoisse, m’envahissent au fur et à mesure que se précisent les problèmes auxquels j’aurai à faire face dans peu de temps.
Eh oui, je commence à me rendre compte qu’à la même époque l’année prochaine, je serai SEUL cette fois, pour assumer la responsabilité du choix et surtout, garantir la qualité et le succès des programmes artistiques prévus annuellement pour les établissements de la Société des Bains de Mer.
Au fait, ça correspond à quoi le job de directeur des Programmes de la S.B.M. ? A cette question mille fois posée, la réponse qui de mon point de vue s’impose sans hésitation tient en une seule phrase : Etre celui qui assume l’engagement le plus total dans l’élaboration et la production de spectacles confirmant la qualité des grandes soirées de Monte-Carlo. Qu’il s’agisse du Bal de la Rose ou de la manifestation clôturant le Grand Prix de Monaco en passant par les réceptions données au Palais Princier à l’occasion d’événements exceptionnels.
Enfin et surtout, il me faut mentionner l’agréable mais aussi, la plus délicate des missions : Concevoir puis réaliser - sous la supervision constante de la personne d’exception qu’était S.A.S. la radieuse Princesse Grace de Monaco - le Gala le plus prestigieux de tous : Le Gala de la Croix-Rouge Monégasque.
En complément de cette liste, il y avait bien sûr l’établissement du calendrier de la programmation d’hiver du Cabaret du Casino incluant les Fêtes de fin d’Année et pour l’été, la préparation des futurs galas du vendredi au Monte-Carlo Sporting Club. Cette tâche n’étant pas exactement une partie de plaisir car chaque vendredi de la saison estivale, l’usage a toujours voulu qu’à cette occasion (tradition exige) se produisent certaines parmi les plus grandes vedettes du show business. De surcroît, est-il besoin de préciser que le public auquel nous nous adressions était pour le moins difficile ou pourquoi ne pas le dire …insupportablement blasé.
Ce qui peut paraître surprenant lorsqu’on sait qu’à l’époque, peu de Casinos dans le Monde pouvaient se targuer d’aligner en huit semaines d’été, des super-stars d’un calibre correspondant aux Grands du moment : Harry Belafonte , Dionne Warwick, Nana Mouskouri, Shirley McLaine, Domenico Modugno, Sylvie Vartan, Frank Sinatra, Sammy Davis Jr, Gloria Gaynor, Charles Aznavour, Gilbert Bécaud, José Féliciano, Mort Schuman, Mina, Sacha Distel. De même que Paul Mc Cartney qui lui par contre, ne s’est pas produit mais souhaitait saluer ses amis les Mills Brothers, vedettes d’un de ces Galas.
Malgré l’attitude pour le moins « réservée » d’une partie du public en début de soirée, la salle finissait généralement par se réchauffer au fur et à mesure que se succédaient les chansons. Ce qui fait que pratiquement tous les Galas d’été du Monte-Carlo Sporting Club se sont heureusement terminés dans les meilleures conditions possibles !
Ajoutons pour être honnête, un élément qui sans aucun doute, a fortement contribué au succès de ces manifestations. Cet avantage résidant dans le fait qu’automatiquement repéré par les maîtres d’hôtel, le contingent des « coincés » habituels se retrouvait dès l’arrivée, mystérieusement disséminé par les chefs de rangs aux quatre coins de la salle.
Parlant de public difficile, je ne peux résister au plaisir de rapporter ici une anecdote assez « rigolote » ayant pour héroïne l’explosive Gloria Gaynor :
Un soir d’été au Monte-Carlo Sporting Club, alors qu’en plein Gala de la Croix Rouge Monégasque elle s’apprête à interpréter son tube mondial « I will survive », Miss Gaynor, prise d’une inspiration subite, s’interrompt, marche résolument sur la table Princière et à la stupéfaction générale et des services du protocole en particulier, demande au Prince Rainier s’il consentirait à reprendre avec elle, le refrain de sa chanson !
Léger malaise dans l’assistance, tout le monde sur scène se regarde, abasourdi. Quant au Directeur artistique - votre serviteur - il s’enfonce tout doucement dans le sol !
Heureusement, la situation sera sauvée par l’humour et la courtoise fermeté de S.A.S . le Prince Souverain qui rapidement, fait comprendre à la super- star, que «de multiples obligations ne lui ont pas laissé le temps de se familiariser avec le répertoire de Ms Gaynor. Désolé. Dans le futur peut être, mais certainement pas ce soir »… Tout rentre alors dans l’ordre. La Reine du Disco reprend son tour de chant comme initialement prévu, et la soirée se termine dans la bonne humeur au grand dépit bien entendu, de la « brigade des coincés » …
Pour en revenir à la définition des fonctions propres à un Directeur des spectacles, peut-être est-il utile de mettre l’accent sur les problèmes liés à l’impérative nécessité d’avoir à concevoir puis concrétiser chaque programmation une bonne année à l’avance. Sans oublier un détail qui a son importance : En homme très au fait des questions traitant de la musique et du spectacle, le Prince Rainier tenait tout particulièrement, à ce que lui soit soumis l’ébauche des projets entrepris au cours de fréquentes séances de travail informelles et privées. C’est-à-dire seuls, et dans son bureau, Son Altesse Sérénissime, considérant à juste titre ces réunions comme étant le garant indispensable à la qualité des spectacles donnés en Principauté, avant d’accorder son aval pour les manifestations artistiques à venir .
Une politique logique et positive en soi mais qui impliquera de ma part non seulement un minutieux travail de préparation, une multiplication des contacts les plus variés, d’incessants déplacements mais aussi, une constance dans le travail ayant pour conséquence, une vie familiale des plus chaotique. Auquel cas il devient pratiquement impossible de maintenir dans de telles conditions, un équilibre personnel raisonnable. Les problèmes professionnels passant en priorité, le refuge de la vie privée n’existe plus.
Un exemple de ce genre d’obsessions ? Essayer inconsciemment, 24h sur 24, de prévoir d’où viendra le prochain « pépin » ? Sera-t-il d’ordre artistique ou logistique ? Comment, dans le but de s’assurer une exclusivité, être en mesure de se soumettre avec le sourire, aux caprices d’une star avant et après la signature du contrat ? Comment quelques mois plus tard, gérer l’accueil de cette même vedette à sa descente d’avion sans révéler l’appréhension qui va vous nouer les tripes tout au long de son séjour? Une tension qui se manifestera dès les répétitions, pour ne se dissiper uniquement qu’à la toute fin du Gala. Sans oublier toutefois que le processus se renouvellera la semaine suivante... avec une autre star !
1978
L’avion survole l’Atlantique, en route pour New York. Après le succulent plateau repas qui vient de nous être servi , voici venu le moment café. Ce qui pour certains passagers, donne le signal de la reprise de leur dossiers et pour d’autres, l’occasion de faire une petite sieste. Et puis, il y a ceux qui profitent de l’occasion qui leur est donnée d’être vraiment seuls, entre ciel et terre, pour se plonger dans leurs pensées et faire le bilan.
Le naturel et la convivialité restant des valeurs tout à fait indispensables à ma façon de fonctionner, la morosité n’est certainement pas ma tasse de thé (ou de café ) mais tout comme mes compagnons de vol il m’arrive aussi quelques fois (entre ciel et terre ou pas) d’être préoccupé par mes problèmes 1978 Et aussi, de réfléchir à ce que j’ai pu accomplir de valable après plus de deux ans passées à la S.B.M.
Verdict ? Ma première impression est que ce bilan peut être considéré comme relativement positif et d’une certaine façon, encourageant pour l’avenir. Si ce n’est que mon fils me manque terriblement. La solitude me pèse et ce que j’aurais aimé voir s’épanouir comme une « famille » s’est irrémédiablement désintégré. Depuis notre séparation, je me doutais bien que la mélancolie me taperait un jour ou l’autre sur l’épaule, mais force est de constater que mis à part la période des fêtes de fin d’année ou celle des vacances scolaires, David et moi ne nous voyons que trop rarement. Ce qui pour un père et son fils, n’est pas le meilleur moyen de communiquer.
Bien sûr, nous nous parlons le plus souvent possible au téléphone mais peu à peu, je sens qu’inexorablement, je suis devenu pour David « Celui qui est loin et vit à Monte Carlo pour son travail » alors que lui, il est : « Celui qui est à Paris dans la vraie maison, avec Maman.».
Une déstabilisation affective qui Dieu merci, fut en partie atténuée pour notre fils. Car aussi bien pour sa mère que pour moi, l’essentiel a toujours été d’être « là ». Disponibles. Et prêts à lui apporter en toutes circonstances, le réconfort, la tendresse et l’amour inconditionnel dont il pourrait avoir un jour besoin… La séparation ? Une épreuve assez pénible pour un couple qui par bonheur a eu la chance de préserver - en plus du respect que nous avons toujours eu l’un pour l’autre Lola et moi – une sincère et constante amitié. Aujourd’hui encore, alors que David va sur ses 41 ans, est marié, et s’est maintenant établi aux Etats-Unis!
Mais voilà que je me rend compte que mon bla-bla devient particulièrement soporifique! Aussi, plutôt que de poursuivre dans ces considérations nostalgico-lyrico–moraliso-emmerdatoires (qui excusez-moi m’ont échappé) je propose de revenir au night club du Casino…
Pour ma première soirée à Monte Carlo en tant que directeur artistique de la S.B.M., je me souviens, après le dîner au restaurant privé de la salle des jeux du Casino, avoir emprunté l’ascenseur qui mène au sous-sol afin d’assister au spectacle du Cabaret. Je suis sur le point d’atteindre l’entrée du club, lorsque subitement, j’entends une voix amicale et familière inviter les dîneurs à danser, avant que ne commence le Show. « And now Ladies and Gentlemen, everybody dance ! Tout le monde danse ! ».
Cette voix, je la reconnaîtrais entre mille. D’autant plus que durant bien des années, j’ai si souvent entendu cette même annonce de l’estrade où nous étions installés avec les copains de l’orchestre. Sans aucun doute, il s’agit bien du toujours exceptionnel trompettiste et chef d’orchestre : Aimé Barelli !
Aimé … Une rencontre grâce à laquelle non seulement le gosse de 14 ans que j’étais eut l’exceptionnel avantage de découvrir la diversité magique des musiques mais de surcroît, celui d’apprendre les règles et la rigueur indispensables à l’épanouissement que procure la pratique d’un métier que l’on aime… Plus qu’un patron, Aimé s’est toujours comporté comme un grand frère qui, de mon adolescence à l’âge de raison, s’est constamment avéré d’un précieux conseil. M’évitant souvent de justesse, des « coups de tête » susceptibles d’avoir plus tard, des répercussions fâcheuses sur ma vie d’homme autant que sur l’évolution de ma carrière professionnelle. Une carrière ou au fur et à mesure que passent les années, il devient de plus en plus difficile de survivre, de se faire une place et de réussir …
Concernant l’animation du Cabaret durant les années 76/80, l’excellence et l’efficacité de la formule Dîners dansants cabaret adoptée dès sa création se trouve une fois de plus confirmée. Chaque soir, tout au long du Variety Show qui lui est présenté, le public découvre (accompagnés « live » par la grande formation d’Aimé), une variété de numéros visuels de très haut niveau. Ces artistes - venant de Paris, Londres, Las Vegas ou New York- étant de surcroît magnifiquement entourés et mis en valeur par la troupe de danseuses et danseurs du chorégraphe Ben Tyber : Les fameux Monte Carlo Dancers.
Pour la petite histoire, le soir de mon arrivée, ce fut véritablement la fête car des éléments féminins de la compagnie Ben Tyber ayant eu l’excellente idée de se joindre à nous quand avec Aimé et les « anciens » de l’orchestre nous avons, en fin de soirée, décidé de fêter nos retrouvailles au Tip Top !
L’inévitable Tip Top. Rendez-vous nocturne des artistes et musiciens de passage à Monaco, ce bar de nuit a de tous temps été réputé comme le lieu de transit obligé avant le retour aux pénates. Que ce soit pour y boire le dernier ou y déguster un super-plat de « spaghettis-maison » à vous filer des larmes aux yeux !
Partie 1 (enfance, Marseille), Partie 2 (débuts avec Aimé Barelli, caves de jazz à Saint-Germain-des-Prés), Partie 3 (Monte-Carlo), Partie 4 (Algérie, retour à Paris, Istamboul), Partie 5 (Parapluies de Cherbourg, Jupiter Sunset), Partie 6 (La Compagnie, voyage à Cuba, Grenadine Music), Partie 7 (La Comédie-Française, Monte-Carlo / S.B.M.)... (A suivre)
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mercredi 18 décembre 2019
Décès de Jeanette Baucomont (1926-2019)
Je viens tout juste d'apprendre avec tristesse, par sa famille, la disparition de Jeanette Baucomont (membre fondatrice des Swingle Singers).
Jeanette Baucomont naît Jeanne Duclaux le 28 septembre 1926 à Clermont-Ferrand, mais grandit dans le sud de la France. Elle obtient des premiers prix en chant, piano et solfège au Conservatoire de Montpellier, et monte à Paris.
Les renseignements sur ses débuts sont rares, mais on sait que, soprano soliste, elle chante à l'Opéra et à l'Opéra-Comique, enregistre quelques disques lyriques et fait partie de la Société de Musique Ancienne de la Comtesse de Chambure.
Au milieu des années 50, Jeanette Baucomont intègre les équipes de choristes de variétés qui viennent de se constituer autour de Janine de Waleyne, Mimi Perrin et Christiane Legrand, participation au départ épisodique (car elle est étiquetée "lyrique") puis de plus en plus régulière. Sans avoir la position de soprano soliste et lead de Christiane Legrand ou Janine de Waleyne (ou plus tard Danielle Licari et Françoise Walle), elle devient néanmoins, avec talent, l'une des choristes les plus actives dans la période 1956-1968, et encourage les débuts de plusieurs choristes comme Jean Stout ou Jackye Castan. "Jeanette faisait partie de mes amies préférées parmi notre groupe de chanteurs" se souvient Bob Smart. "Elle était douce, gentille, et avait une voix magnifique."
Jeanette Baucomont accompagne en studio la plupart des chanteurs de l'époque (Léo Ferré, Eddy Mitchell, Johnny Hallyday, Fernandel, John William, etc.). On la retrouve aussi dans bon nombre de groupes vocaux (Les Fontana, Les Barclay, Les Riff, etc.), musiques de film (Ginny dans Les Parapluies de Cherbourg (M. Legrand), Le Gendarme de Saint-Tropez (R. Lefebvre), etc.), disques orchestraux (vocalise solo de "Oui, devant Dieu" dans Douce ambiance rêve et danse de Jean-Michel Defaye (merci Serge Elhaïk)) et doublages de films musicaux (choeurs de Mary Poppins, Shirley Temple's Storybook, etc.) de cette époque, ainsi que dans quelques créations contemporaines (Laborintus II de Luciano Berio, avec Christiane Legrand et Claudine Meunier).
En soliste, elle chante dans plusieurs titres de l'orchestre Jacques Hélian dans la période 1961-1963.
En 1963, elle fait partie (comme soprano) de la création des Swingle Singers aux côtés de Christiane Legrand (soprano soliste), Anne Germain et Claudine Meunier (altos), Ward Swingle et Claude Germain (ténors) et Jean Cussac et Jean-Claude Briodin (basses).
Jusqu'en 1968, elle enregistre avec le groupe 11 albums (de Jazz Sebastian Bach à Noëls sans passeport) et participe à toutes les tournées (concert à la Maison-Blanche, campagne électorale de Lyndon Johnson à travers les Etats-Unis, création du Sinfonia de Luciano Berio avec Leonard Bernstein). Des ennuis de santé au cours desquels elle perd partiellement ses aigus, lui font quitter le groupe en 1969 (elle est remplacée par Nicole Darde).
Après les Swingle Singers, elle continue pendant quelques années les séances (on la retrouve comme choriste dans les B.O. de Boulevard du Rhum (François de Roubaix), Doucement les basses (Claude Bolling), etc.). Claude Chauvet, qui débute dans les choeurs à ce moment-là, en garde le souvenir d'une "grande pro, un peu intimidante". Mais elle fait partie des choristes progressivement mises sur la touche en raison de l'évolution de la façon de chanter (les voix timbrées laissent la place à des voix beaucoup plus éthérées) et l'arrivée d'une nouvelle génération de choristes pouvant répondre à ce changement.
Son amie Michèle Conti et elle deviennent professeures de piano dans le même conservatoire (Soisy-sur-Seine). En dehors de Claudine Meunier et Alice Herald, elle garde assez peu de contacts dans le "métier". Il y a une dizaine d'années, je partage un échange téléphonique très sympathique avec elle mais elle refusera quelques années plus tard de m'accorder un entretien complet, ayant définitivement tiré un trait sur ses années de studio.
Jeanette Beaucomont s'est éteinte le 1er juillet 2019 à Paris (la nouvelle n'a pas été communiquée à ses amis du métier, je ne l'ai apprise que le week-end dernier, par son petit-fils). Elle était veuve du footballeur Robert Baucomont, et laisse dans la peine trois enfants et plusieurs petits-enfants. Mes pensées vont vers eux.
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Jeanette Baucomont naît Jeanne Duclaux le 28 septembre 1926 à Clermont-Ferrand, mais grandit dans le sud de la France. Elle obtient des premiers prix en chant, piano et solfège au Conservatoire de Montpellier, et monte à Paris.
Les renseignements sur ses débuts sont rares, mais on sait que, soprano soliste, elle chante à l'Opéra et à l'Opéra-Comique, enregistre quelques disques lyriques et fait partie de la Société de Musique Ancienne de la Comtesse de Chambure.
Au milieu des années 50, Jeanette Baucomont intègre les équipes de choristes de variétés qui viennent de se constituer autour de Janine de Waleyne, Mimi Perrin et Christiane Legrand, participation au départ épisodique (car elle est étiquetée "lyrique") puis de plus en plus régulière. Sans avoir la position de soprano soliste et lead de Christiane Legrand ou Janine de Waleyne (ou plus tard Danielle Licari et Françoise Walle), elle devient néanmoins, avec talent, l'une des choristes les plus actives dans la période 1956-1968, et encourage les débuts de plusieurs choristes comme Jean Stout ou Jackye Castan. "Jeanette faisait partie de mes amies préférées parmi notre groupe de chanteurs" se souvient Bob Smart. "Elle était douce, gentille, et avait une voix magnifique."
Jean Leccia et son orchestre (1960)
Choristes: Claude Germain, Inconnu, Jean-Claude Briodin, Jacques Hendrix
Christiane Legrand, Jeanette Baucomont, Janine de Waleyne, Mimi Perrin
Jeanette Baucomont accompagne en studio la plupart des chanteurs de l'époque (Léo Ferré, Eddy Mitchell, Johnny Hallyday, Fernandel, John William, etc.). On la retrouve aussi dans bon nombre de groupes vocaux (Les Fontana, Les Barclay, Les Riff, etc.), musiques de film (Ginny dans Les Parapluies de Cherbourg (M. Legrand), Le Gendarme de Saint-Tropez (R. Lefebvre), etc.), disques orchestraux (vocalise solo de "Oui, devant Dieu" dans Douce ambiance rêve et danse de Jean-Michel Defaye (merci Serge Elhaïk)) et doublages de films musicaux (choeurs de Mary Poppins, Shirley Temple's Storybook, etc.) de cette époque, ainsi que dans quelques créations contemporaines (Laborintus II de Luciano Berio, avec Christiane Legrand et Claudine Meunier).
En soliste, elle chante dans plusieurs titres de l'orchestre Jacques Hélian dans la période 1961-1963.
Jeanette Baucomont (voix de Ginny) dans Les Parapluies de Cherbourg (1964)
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| Séance d'enregistrement des Swingle Singers (c.1964) |
The Swingle Singers: Suite anglaise n°2 de Bach (c. 1963)
J.-C. Briodin, J. Baucomont, C. Germain, C. Meunier,
J. Cussac, C. Legrand, W. Swingle, A. Germain
Après les Swingle Singers, elle continue pendant quelques années les séances (on la retrouve comme choriste dans les B.O. de Boulevard du Rhum (François de Roubaix), Doucement les basses (Claude Bolling), etc.). Claude Chauvet, qui débute dans les choeurs à ce moment-là, en garde le souvenir d'une "grande pro, un peu intimidante". Mais elle fait partie des choristes progressivement mises sur la touche en raison de l'évolution de la façon de chanter (les voix timbrées laissent la place à des voix beaucoup plus éthérées) et l'arrivée d'une nouvelle génération de choristes pouvant répondre à ce changement.
Son amie Michèle Conti et elle deviennent professeures de piano dans le même conservatoire (Soisy-sur-Seine). En dehors de Claudine Meunier et Alice Herald, elle garde assez peu de contacts dans le "métier". Il y a une dizaine d'années, je partage un échange téléphonique très sympathique avec elle mais elle refusera quelques années plus tard de m'accorder un entretien complet, ayant définitivement tiré un trait sur ses années de studio.
Jeanette Beaucomont s'est éteinte le 1er juillet 2019 à Paris (la nouvelle n'a pas été communiquée à ses amis du métier, je ne l'ai apprise que le week-end dernier, par son petit-fils). Elle était veuve du footballeur Robert Baucomont, et laisse dans la peine trois enfants et plusieurs petits-enfants. Mes pensées vont vers eux.
Jeanette Baucomont interviewée avec les autres Swingle Singers sur ses loisirs
(Le temps des loisirs, 1968)
Jacques Hélian et son nouvel orchestre: Les filles du midi (avril 1961)
Solistes: Jeanette Baucomont et a priori Hubert Giraud et Vasso Marco
(4CD Festival Jacques Hélian et son nouvel orchestre : intégrale 1960-1969, Marianne Mélodie)
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mercredi 4 décembre 2019
Décès de Francette Vernillat (1937-2019)
Francette Vernillat (de son vrai nom France Benitte) naît le 16 avril 1937 d'une mère harpiste, musicologue et future directrice de production (France Vernillat) et d'un père médecin des armées. Encouragée par ses parents, la petite Francette brûle les planches dès l'âge de sept ans. En véritable enfant de la balle, elle touche à plusieurs aspects de la comédie: cinéma (Monsieur Vincent de Maurice Cloche, qui reçoit un Oscar d'honneur ou Thérèse Raquin de Marcel Carné), théâtre (deux ans au Théâtre de l'Odéon (Louison dans Le Malade Imaginaire, etc.) et des grandes créations dans des théâtres privés, comme Les Sorcières de Salem avec Yves Montand), radio (participation au Club d'essai de la R.T.F., des dizaines d'enregistrements de pièces radiophoniques où elle côtoie Pierre Brasseur, Marcel Aymé, etc.) et doublage (Autant en emporte le vent et Bambi à la Libération)...
En 1955, à 18 ans, Francette met au monde son fils aîné, Vincent, et aura dans les années qui suivent neuf autres enfants. Pendant cette période, sa carrière artistique est en pointillés, même si elle participe occasionnellement à des doublages et à des tournées théâtrales. A la mort de son mari en 1980, ses amis du doublage la soutiennent, et font appel à son talent. Elle devient l'une des voix de petits garçons les plus célèbres dans les années 80, notamment dans les dessins animés doublés à la SOFI: Bouba le petit ourson (Bouba), Tom Sawyer (Tom Sawyer), Petit Boy (Clémentine), etc.
Au début des années 2000, elle est heureuse d'avoir l'opportunité de doubler enfin un rôle important correspondant à son âge, la mère de Tony Soprano dans la série Les Soprano, mais quelques années après elle s'éloigne définitivement des plateaux de doublage.
Lundi 2 décembre 2019, elle s'éteint à Fontenay-lès-Briis, laissant une grande famille et toute une génération de "fans" dans la tristesse.
Ses obsèques auront lieu lundi 9 décembre 219 à 10h, Eglise Sainte-Trinité, à Montlhéry (91310).
Evelyn Selena m'a écrit ce mot, que je reproduis ici avec son accord: "Il y a quelques jours j'ai repensé à elle et à nous en regardant à la télévision "Les Sorcières de Salem", elle ne jouait pas dans le film mais avait participé à la création de la pièce avec la même troupe, quand elle avait 15 ans. Francette était la générosité même, toujours disponible pour ceux qui avaient besoin d'aide. Elle a été pour moi une amie comme on n'en fait plus, jusqu'au jour où elle a quitté sa maison pour une autre, dans une banlieue plus lointaine. Je l'ai remerciée et la remercie encore pour tout ce qu'elle a fait pour moi.Je l'ai connue sur le doublage de "Dallas" à la SOFI où elle faisait la voix de mon fils. Les sociétés du doublage lui confiaient uniquement des voix de petits garçons ; seul Jean-Pierre Steimer (Synchro Mondiale) lui faisait aussi doubler des actrices de son âge..."
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vendredi 27 septembre 2019
Rencontre "Groupes vocaux français d'hier et d'aujourd'hui" (Samedi 12/10/2019)
Le blog "Dans l'ombre des
studios" et ses invités vous convient samedi 12 octobre 2019 à 16h au
PHONO Museum Paris à une rencontre autour des groupes vocaux français d'hier et
d’aujourd'hui.
Des Frères
Jacques aux Cinq de Cœur, de Pow woW à Opus Jam, des Double Six aux Voice
Messengers, des Blue Stars à Souingue, des Parisiennes aux Coquettes, des
Masques à Zazou’ira, rencontre autour des groupes vocaux français des
années 30 à nos jours, dans toute leur diversité : leur histoire, leurs influences,
leur identité, leurs collaborations.
Pour en
parler, autour de Rémi CARÉMEL (auteur du blog « Dans l’ombre des
studios »), six invités exceptionnels :
Alain
CHENNEVIÈRE, chanteur du groupe Pow woW.
Hubert DEGEX,
pianiste, arrangeur et chef d’orchestre des Frères Jacques.
Claudine
MEUNIER (The Blue Stars of France) et Jean-Claude BRIODIN (Les Troubadours),
chanteurs dans une douzaine de groupes vocaux des années 50/60/70 dont Les
Double Six, The Swingle Singers (lauréats de plusieurs Grammy Awards), Les
Masques, Les Fontana, Les Angels, Les Riff, etc.
Rose KRONER
et Sylvain BELLEGARDE, chanteurs du groupe The Voice Messengers.
Entrée à
partir de 10€ (un reçu donnant lieu à une déduction fiscale sera fourni)
Réservation (conseillée) ici:
https://www.helloasso.com/associations/phonoplanete/evenements/rencontre-autour-des-groupes-vocaux-francais-d-hier-et-d-aujourd-hui
https://www.helloasso.com/associations/phonoplanete/evenements/rencontre-autour-des-groupes-vocaux-francais-d-hier-et-d-aujourd-hui
L’intégralité
des recettes sera versée à l’association Phonoplanète, qui aide à la
préservation du PHONO Museum Paris, musée de la musique enregistrée, tenu par
des bénévoles.
Sur place,
Jalal ARO répondra aux questions des visiteurs sur tous les détails historiques
ou techniques.
Samedi 12
octobre 2019 à 16h (durée : 1h30)
PHONO Museum
Paris
53 boulevard
de Rochechouart
75009 Paris
(Métro :
Pigalle ou Anvers)
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lundi 27 mai 2019
Décès de Liliane Patrick (1933-2019)
J'ai appris la semaine dernière, par l'une de ses amies, la disparition de la comédienne Liliane Patrick lundi 22 avril 2019 à l'âge de 86 ans. Ses obsèques ont eu lieu le 25 avril dans le Lot, dans l'intimité familiale.
Comédienne habituée des grandes scènes de théâtre et des plateaux de télévision, elle avait également participé à de nombreux doublages de films: la mère de Bambi (dans le redoublage de Bambi en 1978), Elizabeth Montgomery (Samantha dans les derniers épisodes de Ma sorcière bien aimée), etc.
Je vous invite à relire l'entretien (sans langue de bois) qu'elle avait accordé à mon confrère François Justamand pour La Gazette du Doublage:
http://www.objectif-cinema.com/spip.php?article5564
Toutes mes pensées vont à son fils Marc (qu'elle avait eu avec le réalisateur Claude Boissol).
J'ai également une pensée pour deux autres magnifiques comédiens qui ont enchanté l'enfance de beaucoup d'entre nous, et nous ont quittés ces dernières semaines, Christian Alers et Pierre Hatet.
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Comédienne habituée des grandes scènes de théâtre et des plateaux de télévision, elle avait également participé à de nombreux doublages de films: la mère de Bambi (dans le redoublage de Bambi en 1978), Elizabeth Montgomery (Samantha dans les derniers épisodes de Ma sorcière bien aimée), etc.
Je vous invite à relire l'entretien (sans langue de bois) qu'elle avait accordé à mon confrère François Justamand pour La Gazette du Doublage:
http://www.objectif-cinema.com/spip.php?article5564
Toutes mes pensées vont à son fils Marc (qu'elle avait eu avec le réalisateur Claude Boissol).
J'ai également une pensée pour deux autres magnifiques comédiens qui ont enchanté l'enfance de beaucoup d'entre nous, et nous ont quittés ces dernières semaines, Christian Alers et Pierre Hatet.
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samedi 23 mars 2019
Décès de Don Burke (1939-2019)
Une bien triste nouvelle, qui m'a été communiquée aujourd'hui par Jean-Claude Briodin: Don Burke, voix chantée de Gene Kelly dans Les Demoiselles de Rochefort et pilier du groupe folk Les Troubadours, vient de s'éteindre le 17 mars 2019 au Cap Breton (Nouvelle-Ecosse, Canada) à l'âge de 80 ans, des suites d'une rupture d'anévrisme.
Donald Burke (dit Don Burke) naît le 28 février 1939 à Halifax (province anglophone de Nouvelle-Ecosse, Canada), dans une famille nombreuse (14 frères et soeurs). Chanteur, joueur de guitare et de banjo, il fait partie de deux groupes folk, The Townsmen Trio (1963-1964) puis The Don Burke Four, avec lesquels il est régulièrement invité à chanter dans l'émission Singalong Jubilee pour la télévision canadienne (CBC).
En 1965, pour ses études (il travaille parallèlement comme professeur de latin), il quitte le Canada et emménage en banlieue parisienne (à Draveil). Fréquentant le Centre Américain de Paris (boulevard Raspail), il côtoie de nombreux artistes anglophones vivant à Paris et participe à des soirées folk (Hootenannies) et des scènes ouvertes. C'est au cours de l'une de ces soirées, que le jeune harpiste breton Alan Stivell remarque Don et sa technique de "picking" à la guitare, et finit par s'en inspirer en appliquant sa méthode de jeu à la harpe.
En 1966, Don rejoint le groupe folk Les Troubadours en remplaçant définitivement le ténor Bob Smart (choriste américain qui avait enregistré les deux premiers 45T du groupe), aux côtés de Pierre Urban, Jean-Claude Briodin et Franca di Rienzo. Sa passion pour la musique folk et ses talents de guitariste et banjoïste sont un atout majeur pour le groupe.
Franca se souvient de sa première rencontre avec Don: "Il fallait trouver un nouveau ténor pour remplacer Bob Smart. On a parlé à mon mari (l'arrangeur Christian Chevallier) d'un chanteur et guitariste canadien qui jouait à des soirées folk au Centre Américain de Paris. C'était Don. On l'a fait venir pour une audition. Quand ça a sonné, j'ai ouvert la porte et mon regard n'a rencontré personne. J'ai baissé les yeux et je suis tombé sur un petit monsieur aux cheveux blonds en bataille, aux grands yeux bleus, une chemisette de bûcheron, des chaussettes blanches dans les sandales, qui m'a dit "Salut!" avec un grand sourire, comme si on se connaissait déjà. Moi qui avais une idée très esthétique du groupe, j'étais stupéfaite (rires). Christian l'a fait auditionner dans une pièce à part, il le faisait chanter de plus en plus aigu et j'entendais sa voix magnifique. Don devait partir pour accompagner Joe Dassin à L'Ancienne Belgique (Bruxelles), on lui a donné nos dix chansons sur une cassette, et lorsqu'il est revenu, alors qu'il ne parlait pas encore bien français, il les connaissait toutes par coeur."
Le 11 octobre 1966, une dizaine de jours avant la sortie du film Qui êtes-vous, Polly Maggoo? de William Klein, Don enregistre la chanson du générique (musique de Michel Legrand) avec ses amis Troubadours.
Michel Legrand repère ainsi Don et lui propose d'enregistrer la voix chantée de Gene Kelly dans Les Demoiselles de Rochefort. Tous les autres rôles ont déjà été enregistrés (mars-avril 66), le tournage a été fait pendant l'été 66 (Michel Legrand lui-même a servi de "voix témoin" à Gene Kelly/Andy pour le tournage, et quelques uns de ses "scats" ont été conservés dans le mixage final), mais (d'après Don) pour des raisons de complexité musicale (difficultés à faire les intervalles que la musique de Legrand exigeait), Gene Kelly ne peut se post-synchroniser sur les chansons.
Don enregistre donc les chansons en français des Demoiselles de Rochefort (sous une direction assez "difficile" de Michel Legrand), puis une semaine après la version anglaise ("sans être payé" m'a-t-il précisé).
Le choix de faire doubler Gene Kelly sur les chansons (alors qu'il parlait un très bon français) a été critiqué par les puristes, mais est passé inaperçu par le grand public, preuve que cet enregistrement était réussi.
Sans être des "stars", Les Troubadours, inspirés à la fois par le mouvement folk américain (Pete Seeger, Peter, Paul & Mary, etc.) et le répertoire folklorique européen, mènent une belle carrière, pendant plus de dix-neuf ans : de nombreux disques dont quelques "tubes" (comme le magnifique "Le vent et la jeunesse" composé par Christian Chevallier sur des paroles de Jean-Michel Rivat et Frank Thomas) arrangés pour la plupart par Christian Chevallier, beaucoup de tournées, de collaborations et premières parties (pour Jean Ferrat, Graeme Allwright, Georges Moustaki, etc.) et d'émissions de télévision (dont une participation régulière aux "Bienvenue" de Guy Béart). Don estimera que ces années "Troubadours" seront les plus belles de sa vie.
Parallèlement aux Troubadours, Don compose des chansons (entre autres "L'auto-stop" pour Maxime Le Forestier), et joue dans les disques des copains : Graeme Allwright (premiers albums Mercury), Hugues Aufray (banjo à cinq cordes dans "Des jonquilles aux derniers lilas"). En 1970 et 1971, pour le film d'animation Lucky Luke : Daisy Town, il enregistre pour Claude Bolling la maquette d'"I'm a poor lonesome cowboy", la chanson "Stamp your feet" (version anglaise de "Voilà le quadrille", inédite dans le film mais présente dans le disque avec en crédit "Dan" Burke) puis les choeurs de la B.O. finale du film (mélange de choristes studio habituels (Anne et Claude Germain, etc.) et de chanteurs et musiciens anglophones vivant à Paris, avec Pat Woods en soliste).
A la fin des années 80, Don retourne dans sa ville de naissance (Halifax), au Canada. En 2000, il sort son premier CD en solo, enregistré avec des musiciens du cru. De temps en temps, il fait un petit séjour en France pour rendre visite à ses amis de Draveil (notamment ses copains de tennis) et à ses compagnons Troubadours. Franca se souvient: "Don
avait beaucoup d'humour, un humour très british. Et quand on chantait ensemble nos voix
s'accordaient et il y avait le même feeling. Même lors de son dernier voyage en France il y a deux ans, quand il est venu me voir, il a retrouvé sa guitare, fidèle au poste, et on a chanté tous les deux avec la même complicité."
Il y a trois semaines, grâce à Jean-Claude Briodin, j'avais pris contact avec lui par mail et nous avions commencé à échanger (à propos notamment des Demoiselles de Rochefort), le temps ne nous a malheureusement pas permis de faire un entretien complet.
J'ai bien sûr des pensées pour sa famille, mais aussi pour Franca et Jean-Claude.
Remerciements à Philippe Crabbe & Betty Burke, Franca Chevallier et Jean-Claude Briodin.
Donald Burke (dit Don Burke) naît le 28 février 1939 à Halifax (province anglophone de Nouvelle-Ecosse, Canada), dans une famille nombreuse (14 frères et soeurs). Chanteur, joueur de guitare et de banjo, il fait partie de deux groupes folk, The Townsmen Trio (1963-1964) puis The Don Burke Four, avec lesquels il est régulièrement invité à chanter dans l'émission Singalong Jubilee pour la télévision canadienne (CBC).
En 1965, pour ses études (il travaille parallèlement comme professeur de latin), il quitte le Canada et emménage en banlieue parisienne (à Draveil). Fréquentant le Centre Américain de Paris (boulevard Raspail), il côtoie de nombreux artistes anglophones vivant à Paris et participe à des soirées folk (Hootenannies) et des scènes ouvertes. C'est au cours de l'une de ces soirées, que le jeune harpiste breton Alan Stivell remarque Don et sa technique de "picking" à la guitare, et finit par s'en inspirer en appliquant sa méthode de jeu à la harpe.
En 1966, Don rejoint le groupe folk Les Troubadours en remplaçant définitivement le ténor Bob Smart (choriste américain qui avait enregistré les deux premiers 45T du groupe), aux côtés de Pierre Urban, Jean-Claude Briodin et Franca di Rienzo. Sa passion pour la musique folk et ses talents de guitariste et banjoïste sont un atout majeur pour le groupe.
Franca se souvient de sa première rencontre avec Don: "Il fallait trouver un nouveau ténor pour remplacer Bob Smart. On a parlé à mon mari (l'arrangeur Christian Chevallier) d'un chanteur et guitariste canadien qui jouait à des soirées folk au Centre Américain de Paris. C'était Don. On l'a fait venir pour une audition. Quand ça a sonné, j'ai ouvert la porte et mon regard n'a rencontré personne. J'ai baissé les yeux et je suis tombé sur un petit monsieur aux cheveux blonds en bataille, aux grands yeux bleus, une chemisette de bûcheron, des chaussettes blanches dans les sandales, qui m'a dit "Salut!" avec un grand sourire, comme si on se connaissait déjà. Moi qui avais une idée très esthétique du groupe, j'étais stupéfaite (rires). Christian l'a fait auditionner dans une pièce à part, il le faisait chanter de plus en plus aigu et j'entendais sa voix magnifique. Don devait partir pour accompagner Joe Dassin à L'Ancienne Belgique (Bruxelles), on lui a donné nos dix chansons sur une cassette, et lorsqu'il est revenu, alors qu'il ne parlait pas encore bien français, il les connaissait toutes par coeur."
Les Troubadours chantent "Polly Maggoo"
Le 11 octobre 1966, une dizaine de jours avant la sortie du film Qui êtes-vous, Polly Maggoo? de William Klein, Don enregistre la chanson du générique (musique de Michel Legrand) avec ses amis Troubadours.
Michel Legrand repère ainsi Don et lui propose d'enregistrer la voix chantée de Gene Kelly dans Les Demoiselles de Rochefort. Tous les autres rôles ont déjà été enregistrés (mars-avril 66), le tournage a été fait pendant l'été 66 (Michel Legrand lui-même a servi de "voix témoin" à Gene Kelly/Andy pour le tournage, et quelques uns de ses "scats" ont été conservés dans le mixage final), mais (d'après Don) pour des raisons de complexité musicale (difficultés à faire les intervalles que la musique de Legrand exigeait), Gene Kelly ne peut se post-synchroniser sur les chansons.
Don enregistre donc les chansons en français des Demoiselles de Rochefort (sous une direction assez "difficile" de Michel Legrand), puis une semaine après la version anglaise ("sans être payé" m'a-t-il précisé).
Le choix de faire doubler Gene Kelly sur les chansons (alors qu'il parlait un très bon français) a été critiqué par les puristes, mais est passé inaperçu par le grand public, preuve que cet enregistrement était réussi.
Don Burke (voix chantée de Gene Kelly): "La chanson d'Andy"
Sans être des "stars", Les Troubadours, inspirés à la fois par le mouvement folk américain (Pete Seeger, Peter, Paul & Mary, etc.) et le répertoire folklorique européen, mènent une belle carrière, pendant plus de dix-neuf ans : de nombreux disques dont quelques "tubes" (comme le magnifique "Le vent et la jeunesse" composé par Christian Chevallier sur des paroles de Jean-Michel Rivat et Frank Thomas) arrangés pour la plupart par Christian Chevallier, beaucoup de tournées, de collaborations et premières parties (pour Jean Ferrat, Graeme Allwright, Georges Moustaki, etc.) et d'émissions de télévision (dont une participation régulière aux "Bienvenue" de Guy Béart). Don estimera que ces années "Troubadours" seront les plus belles de sa vie.
Parallèlement aux Troubadours, Don compose des chansons (entre autres "L'auto-stop" pour Maxime Le Forestier), et joue dans les disques des copains : Graeme Allwright (premiers albums Mercury), Hugues Aufray (banjo à cinq cordes dans "Des jonquilles aux derniers lilas"). En 1970 et 1971, pour le film d'animation Lucky Luke : Daisy Town, il enregistre pour Claude Bolling la maquette d'"I'm a poor lonesome cowboy", la chanson "Stamp your feet" (version anglaise de "Voilà le quadrille", inédite dans le film mais présente dans le disque avec en crédit "Dan" Burke) puis les choeurs de la B.O. finale du film (mélange de choristes studio habituels (Anne et Claude Germain, etc.) et de chanteurs et musiciens anglophones vivant à Paris, avec Pat Woods en soliste).
Maquette d'"I'm a poor lonesome cowboy" (musique: Claude Bolling)
Enregistrement le 1/10/1970 avec Don Burke (chanteur soliste + guitare), Jean Stout (basse profonde), Bob Smart (ténor), Anne Germain (soprano) et Alice Herald (alto)
Il y a trois semaines, grâce à Jean-Claude Briodin, j'avais pris contact avec lui par mail et nous avions commencé à échanger (à propos notamment des Demoiselles de Rochefort), le temps ne nous a malheureusement pas permis de faire un entretien complet.
J'ai bien sûr des pensées pour sa famille, mais aussi pour Franca et Jean-Claude.
Remerciements à Philippe Crabbe & Betty Burke, Franca Chevallier et Jean-Claude Briodin.
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lundi 18 mars 2019
Décès de William Sabatier (1923-2019)
J’ai appris avec une très grande tristesse
la disparition de William Sabatier hier soir à Limoges, à l’âge de 95 ans. Immense
comédien, il était l’un des derniers « survivants » de la création
française de Rhinocéros d’Eugène
Ionesco et de Casque d’or de Jacques
Becker. Au doublage, il avait prêté sa voix à Marlon Brando, Richard Harris,
Trevor Howard (sublime Richard Wagner dans Ludwig
ou le Crépuscule des Dieux), et occasionnellement à Gene Hackman, John
Wayne, etc. William était aussi un ami proche, drôle et érudit.
William
Sabatier naît le 22 mai 1923 à Gentilly, d’un père ouvrier et d’une mère
commerçante.
C’est
pendant la guerre, où il interrompt ses études, qu’il découvre le théâtre
amateur et rencontre dans un train en 1942 le grand amour de sa vie,
Marie-Aimée (« Michou »). Ils se marient en 1946 contre l’avis de la
principale cliente du salon de coiffure de Michou, qui est aussi l’une de ses
amies… Edith Piaf : « Il est
beau ton gars, couchez ensemble mais ne vous mariez pas, ce serait une bêtise ! ».
Météorologiste
dans l’armée de l’air (aux côtés d’un certain Robert Lamoureux), mais toujours
piqué par le virus de la comédie, William s’inscrit au cours de M. De Ruys, qui le
prépare à la scène d’Horace pour l’entrée au Conservatoire. Il fait partie des
trente reçus (sur quatre-cents candidats, nombre élevé en raison de la reprise
d’activité après-guerre) et intègre la classe de Georges Le Roy auprès de Jean
Le Poulain, Bernard Noël, etc. avec dans les autres classes Jeanne Moreau,
Robert Hirsch, Louis Velle, etc.
En 1948, il rate
le concours de sortie (ne recevant qu’un accessit en tragédie), mais Georges Le
Roy le recommande à Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault qui viennent de
faire scission avec la Comédie-Française pour créer leur propre compagnie.
La Compagnie
Renaud-Barrault devient rapidement une référence aussi importante que la
Comédie-Française ou le TNP de Jean Vilar, les plus grands comédiens (Maria
Casarès, Pierre Brasseur, Jean Desailly, etc.) s’y retrouvent, et les plus
beaux textes y sont joués, que ce soit des grands classiques ou des créations contemporaines (de Claudel,
Ionesco, etc.), avec des musiques de scène composées par les jeunes Pierre
Boulez et Maurice Jarre, au Théâtre Marigny, à l’Odéon, ou lors de grandes
tournées à l’étranger (Amérique du Sud, Liban, U.R.S.S.).
De 1948 à
1968 (où les événements de mai ont provoqué des tensions dans la troupe et le
départ de plusieurs membres, dont William), William Sabatier fait partie de la
plupart des distributions de la Compagnie, dont la création française de Rhinocéros (1960) d’Eugène Ionesco où il joue
Monsieur Jean.
Bien qu’également
à l’aise dans le registre comique, son physique impressionnant et sa voix
puissante l’amènent à jouer beaucoup d’empereurs et généraux dans les grandes
tragédies.
William
aimait raconter avec humour cette fois où Jean-Louis Barrault lui avait proposé
de jouer Borgia dans la création de Malatesta
de Montherlant. Fier qu’on lui ait proposé un tel rôle, il déchante vite en
découvrant le texte, seulement quelques répliques pour le cardinal Borgia. « Le soir même je croise Pierre Bertin
qui me dit :
-Alors, tu es content, tu vas jouer Borgia ?
-Excusez-moi Pierre, mais c’est une
panouille…
-Mais tu sais qu’il est devenu Pape ? »
Chose rare
au théâtre, il est sollicité dans trois productions différentes pour jouer un
même rôle, le Maréchal Lefebvre dans Madame
Sans-Gêne, aux côtés de Madeleine Renaud, Sophie Desmarets et enfin
Jacqueline Maillan (pour les besoins de l’émission Au théâtre ce soir).
Il arrêtera
le théâtre à la fin des années 80, après avoir joué dans deux spectacles de son
ami Robert Hossein (L’affaire du courrier
de Lyon et La Liberté ou la Mort).
En
parallèle, il fait ses débuts au cinéma dans le rôle de Roland Belle-Gueule,
souteneur de Casque d’or dans Casque d’or
(1952) de Jacques Becker. Son premier métier de météorologiste lui permet, par temps nuageux, de "sauver" le tournage d'une scène extérieure, si bien que Jacques Becker plaisante avant chaque prise "Demandez à Sabatier si on peut tourner".
Simone Signoret (héroïne de Casque d'or) et Yves Montand l’adoptent alors dans leur bande, William jouera plus tard avec Montand dans Des clowns par milliers (1963, Théâtre du Gymnase) ou bien encore dans Compartiment tueurs (1965) de Costa-Gavras.
Simone Signoret (héroïne de Casque d'or) et Yves Montand l’adoptent alors dans leur bande, William jouera plus tard avec Montand dans Des clowns par milliers (1963, Théâtre du Gymnase) ou bien encore dans Compartiment tueurs (1965) de Costa-Gavras.
Au cinéma,
on le voit également en avocat du fils de Philippe Noiret dans L’horloger de Saint-Paul (1973) et dans
d’autres films, mais la carrière de William sera bien plus prolifique à la
télévision, où il incarne de nombreux rôles historiques comme Napoléon (dans
plusieurs téléfilms tournés en direct, qu’on appelait alors « dramatiques »),
Savary dans la série Schulmeister, espion
de l’empereur, Cadoudal dans Les
Compagnons de Jéhu (où Behars, l’incroyable imprésario de William, avait
dit au réalisateur qui prévoyait une scène de galop « Sabatier, c’est
un centaure ! » alors que William n’était jamais monté à cheval),
Jean Jaurès dans Emile Zola ou la
conscience humaine, Charles le Téméraire dans Quentin Durward, etc.
Ces dons de
comédien lui permettent de tenter un autre volet, important dans sa carrière :
le doublage, où il retrouve beaucoup de ses amis du théâtre, dont son meilleur
ami, Marc Cassot. Après un essai plutôt raté à la S.P.S., William commence le
doublage dans les années 50, notamment pour Gérald Devriès (films M.G.M.) qui
dirigeait encore les comédiens « à l’image », sans bande rythmo.
C’est un peu
plus tard, dans les années 60, que grâce à Richard Heinz (gérant et directeur
artistique de la société de doublage Lingua-Synchrone), il obtient ses plus beaux rôles :
Marlon Brando (La Poursuite Impitoyable
(1966), Reflets dans un œil d’or (1967),
Apocalypse Now (1979)), Richard
Harris (Un homme nommé cheval (1970)),
Gene Hackman (L’épouvantail (1973)),
Trevor Howard (Ludwig ou le crépuscule
des Dieux (1972)), Anthony Quayle (Les
Canons de Navarone (1961)), Rod Steiger (Le Sergent (1968)), Charles Durning (Un après-midi de chien (1975)), Christopher Plummer (La Chute de l’Empire Romain (1964)),
etc.
Pour d’autres
sociétés de doublage, il double occasionnellement John Wayne (La Conquête de l’Ouest (1962)), Toshirô
Mifune (Soleil Rouge (1970) :
Terence Young lui avait offert un cigare et une bouteille du whisky pour que sa
voix prenne des graves), Alberto Sordi (Un
bourgeois tout petit petit (1977)), Anthony Quinn (Les Indomptés (1991)), Clive Revill (Avanti ! (1972)), Gabriele Ferzetti (Au service secret de sa majesté (1969)), David Huddleston (The Big Lebowski (1998)), Glenn Ford (Paris brûle-t-il ? (1966)), Karl
Malden (Patton (1970)), Martin Balsam
(Des clowns par milliers (1965)),
Orson Welles (La Lettre du Kremlin
(1970)), etc.
Pour la
télévision, Donald Pleasence dans le célèbre épisode de Columbo « Quand le vin est tiré », Fred Dalton Thompson
dans New York Police Judiciaire, Howard
Keel dans Dallas, John Thaw dans Inspecteur Morse, etc.
William
aimait raconter comment, embêté que son fils Jean-Michel refuse tout le temps
de manger sa soupe, il avait demandé à Guy Piérauld de l’appeler en se faisant
passer pour Kiri le clown…
Toujours
parfait dans tous ses rôles (que ce soit au théâtre, au cinéma, à la télévision
ou au doublage), William avait dû lever le pied au début des années 2000 car il
se déplaçait de plus en plus difficilement en raison de problèmes de dos. Son dernier cachet date de juillet 2008, pour
le doublage de la série Les Tudor.
Après la
disparition de son épouse fin 2011, il avait quitté Paris pour rejoindre son
fils Jean-Michel à Limoges. Dans sa résidence pour seniors, il continuait à peindre (activité qui comptait pour lui autant (sinon
plus) que le théâtre) et recevait de temps en temps de jeunes élèves du
conservatoire de Limoges pour les faire répéter. En septembre 2016, il avait été nommé Chevalier des Arts et Lettres par le Ministère de la Culture.
William est
parti hier soir rejoindre son grand amour, Michou… A titre personnel, je perds
un ami très cher. Lui et son épouse ont beaucoup compté pour moi lors de mes
premiers stages à Paris, où ne connaissant alors pas grand monde dans la
capitale, je retrouvais en dînant chez eux deux fois par mois une forme de
cocon familial. Sa gentillesse et son humour, plein d’auto-dérision, vont nous
manquer, et j’ai une pensée toute particulière pour Jean-Michel et ses enfants.
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William Sabatier lors de notre première rencontre (en 2006)
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samedi 29 décembre 2018
Philippe Videcoq-Gagé : Le Retour de Mary Poppins
Sébastien Roffat (webmaster de l'excellent site chansons-disney.com) et moi avons eu le privilège
d'assister à la projection du Retour de Mary Poppins (2018) avec
l'adaptateur des dialogues et chansons de la version française à nos côtés. Evidemment, nous en avons profité pour lui poser quelques questions !
| Philippe Videcoq-Gagé |
SR : Bonjour Philippe Videcoq-Gagé, vous êtes l’adaptateur
et le sous-titreur du Retour de Mary Poppins à la fois pour les
dialogues et pour les chansons. Quel défi particulier a représenté le film ? On
mesure la difficulté au grand nombre de chansons et surtout aux paroles qui
sont particulièrement nombreuses !
PV-G : Bonjour à vous deux. Le film comporte neuf
nouvelles chansons et cinq reprises, parfois avec un texte légèrement
différent, soit environ 45 minutes chantées et dansées. Se voir confier toute
l’adaptation d’un film aussi attendu (et « attendu au tournant ») par
un public de tous âges, représentant un tel enjeu commercial (un budget de 130
millions de dollars), est une marque de confiance de la part de Disney, dont on
mesure vite la responsabilité. Il faut répondre à la fois aux attentes du
distributeur (dont le mot d’ordre était : « Tout doit être
parfait ») sans décevoir les adultes, qui compareront forcément le film au
premier Mary Poppins, et les enfants d’aujourd’hui, souvent moins habitués à la
comédie musicale « classique ». J’ai probablement éprouvé un peu du
vertige qu’ont dû ressentir Marc Shaiman et Scott Wittman, compositeurs des
chansons originales, mais j’ai eu la chance de partir de leur travail
exceptionnel, en espérant ne pas le trahir. Et mon défi consistait à produire
l’adaptation la plus fluide possible en dépit des énormes contraintes de
synchronisme, dans la mesure où les chansons doivent pouvoir être écoutées
seules avec le même plaisir, sans l’image qui impose souvent une précision chirurgicale.
Les textes ne doivent pas s’en ressentir.
SR : Quelle chanson a été la plus difficile à adapter
? Certaines de vos propositions initiales ont-elles été rejetées par Disney ?
Comment se passent les allers retours à ce sujet ? Combien de temps a pris l’adaptation
et à quel moment avez-vous pu travailler sur le film?
PV-G : La plus difficile a
été, sans conteste, la berceuse « Where the lost things go », mais
j’y reviendrai. On m’a confié le film au mois de mai 2018. Le film était alors
en phase finale de montage, et j’ai demandé et obtenu immédiatement une copie
ne comportant que les scènes chantées, afin de pouvoir y travailler dès que
possible (je n’ai adapté les dialogues qu’en septembre). L’adaptation des
chansons s’est étalée sur deux mois environ (tout en menant à bien d’autres
projets). Mon premier critique, bienveillant mais ferme, était mon mari,
Jean-Luc Gagé, qui m’a permis de peaufiner mon travail. J’ai ensuite moi-même
sollicité des réunions de vérification préliminaires dès que j’avais quatre
chansons à présenter, pour m’assurer que j’étais bien sur la bonne voie.
Boualem Lamhene et Virginie Courgenay (de Disney Character Voices, responsables
des doublages) ont un sens très aigu de ce qu’ils veulent ou pas, et je
revenais avec une liste de choses à modifier, le plus souvent sur des passages
en gros plan où l’exigence de synchronisme ne m’avait pas encore permis de
trouver une version satisfaisante.
SR : Pourquoi y a-il des différences de traduction
entre la version française doublée et la version originale sous-titrée?
PV-G : Depuis plusieurs années, Disney préfère que le
sous-titrage colle au texte original, partant du principe que les spectateurs
qui ont opté pour la VO ne veulent pas se voir imposer l’adaptation VF des
chansons. Il m’a donc fallu reprendre tout mon travail, trouver de nouvelles
rimes et réadapter l’ensemble, en essayant juste de conserver un lien minimum
avec la vf, par exemple « Où vont les choses » ou
« Luminomagifantastique ». Mais j’ai conservé « le merveilleux
ciel de Londres », éliminé au doublage pour des raisons de synchronisme et
de fluidité.
RC : Quelle est la place que tient le premier film Mary Poppins (1964) dans votre vie, et quel est votre regard sur
l'adaptation de l'époque (dialogues de Louis Sauvat et chansons de Christian Jollet) ?
PV-G : J’avais huit ans à la sortie du premier Mary
Poppins, qui m’a émerveillé bien sûr. Je n’avais pas alors le recul pour juger
des lyrics français, mais, avec le temps, j’avoue avoir porté un regard plus
sévère sur l’adaptation de Christian Jollet, pleine de phrases alambiquées et
de trop nombreuses élisions en début de phrases, rendant le texte difficile à
comprendre ou, parfois, à chanter. On connaît tous « le morceau de suc’
qui aide la médecine à couler », mais il y a aussi, entre autres,
« une banque anglaise march’ sur la précision », « j’avale une
pilule bien cruelle » ou « D’suivr’des chemins arides le cœur très
fier ». Christian Jollet a fait un bien meilleur travail sur les films
d’animation comme Le Livre de la Jungle ou Les Aristochats, et je pense
qu’il a été handicapé par le synchronisme, parfois au détriment du texte. Ce
qui importe, à mon sens, c’est de restituer l’émotion et la fluidité d’une
chanson, et pour cela, une adaptation vaut souvent mieux qu’une traduction trop
stricte, même si le but est de concilier au mieux l’un comme l’autre. Je
connais, pour le pratiquer, la difficulté de l’exercice, et je ne voudrais pas
donner l’impression de vanter mon travail au détriment du sien. J’ai évidemment
moi-même des défauts dont je n’ai pas forcément conscience. Mais Mary
Poppins est un monument, devenu culte au fil du temps, et Disney
s’oppose à rafraîchir l’adaptation, sans doute à raison. J’aimerais voir un
jour un Blu-ray offrir le choix entre la VF originale et un doublage rénové,
mais ça n’arrivera pas.
RC : Est-ce possible de commenter en quelques lignes votre adaptation pour chacune des chansons principales du film, et notamment ce "Luminomagifantastique", encore plus "Frères Sherman" que l'originale ?
PV-G :
- Pour chaque chanson, j’ai commencé par travailler les
plans les plus synchrones, donc les plus compliqués, ce qui a déterminé en
grande partie la construction du reste du texte. Pour la chanson
d'introduction, j’ai tout de suite vu que le « London Sky » récurrent
était inadaptable tel quel, dans la mesure où « Londres » n’aurait
pas du tout été synchrone sur « Sky » (sans compter qu’aucune rime ne
colle vraiment avec « Londres »), d’où le choix de « Jour de
chance », qui a amené « faites confiance à la providence »,
etc... J’ai casé « le ciel de Londres » dès le premier vers pour en
être « libéré-délivré ».
Sur cette chanson, la difficulté majeure a été la
réplique « And MayBe soon, FroM uP aBoVe » qui comporte sept labiales
en huit syllabes. J’ai fini par trouver « vous Fera Bientôt ViVre un Beau
Rêve » qui est très synchrone, et a entraîné « Tout là-haut, le vent
qui se lève » juste avant.
- «Une conversation», la chanson « parlée/chantée » de Michael,
dans le grenier, est très touchante. Comme elle se situe au début du film,
Disney a insisté pour que je réécrive un paragraphe pour que le père cite ses
trois enfants (ce qu’il ne fait pas en VO). Le passage difficile (parce que
très synchrone) était le plan à la fenêtre où il dit « Winter has gone /
But not from this room / Snow's left the lane / But the cherry trees forgot to
bloom » qui est devenu « Les saisons changent / Mais pas l'amertume /
Tout semble étrange / Même les cerisiers sont dans la brume ».
- Ma première version de « Can you imagine
that ? » était « Qui donc imagine ça ? ». je l’ai modifiée,
à la demande de Disney, en « A-t-on jamais vu ça ? », plus
« british ». Sur cette chanson, la difficulté était, au début, les
deux répliques en gros plan « For intellect can wash away confusion »
et « Most folderol's an optical illusion », où, dans les deux cas, le
« u » est soutenu pendant une seconde. Le geste des mains de Mary
Poppins, dans la première, m’a fait trouver « Votre intellect s'envole au
loin en tous sens », qui a logiquement entraîné, pour la suite, « Méfions-nous
des fariboles et du non-sens », où les labiales sont très en place
(vérifiez !)
- La chanson « Royal Doulton Music Hall » est
courte, mais c’est la plus proche, à mon sens, du « Jolly Holiday »
du film original. Pour
conserver le côté joyeux et insouciant de la chanson, j’ai volontairement
simplifié le texte original qui m’est apparu inutilement compliqué
(« Where each day crowds make their way upon the sun's descent / To a
mythical, mystical, never quite logistical tent” ou “Yes in this dearly
dynamical simply ceramical Royal Doulton Bowl / There's a cuddly and curious
furry and furious animal watering hole”).
- Disney m’a présenté « A cover is not the book » comme un défi d’adaptation, avec une intro parlée/chantée en plan rapproché,
une rythmique et un dynamisme de cabaret à respecter, et un slam très long de
Lin-Manuel Miranda racontant une histoire en une succession de phrases en rimes
de cinq à huit syllabes. « Il faut se méfier des apparences » ou
« Les apparences sont trompeuses » m’ont permis de mener la chanson
avec l’énergie nécessaire, et je suis très satisfait de l’interprétation de
Pascal Nowak sur la version française du slam, qui m’a demandé un long travail
de synchronisme.
- Disney voulait que la berceuse "Where the lost
things go" soit le point d’orgue du film (elle est située exactement au
milieu, à la minute près). C’est probablement la plus mélodieuse du film, et
qui doit être émouvante sans être sirupeuse, puisqu’elle parle en fait du
deuil. Elle devait, en français, « mettre les poils », selon
l’expression de Boualem Lamhene. C’est celle qui comporte le plus de gros
plans. En raison du nombre de répétitions, j’ai commencé par traduire "Where
the lost things go" en « Voir où vont les choses », ce qui a
entraîné nombre de rimes en « ose », et, à part les noms de maladies,
il n’y en a pas tant que ça. Je me suis ensuite penché sur tous les gros plans.
J’ai mis très longtemps à trouver « Mais ils se cachent comme les rimes
sous la prose », qui s’est imposé à moi presque par surprise, alors que je
désespérais de trouver une ultime rime en « ose ». Et, cerise sur le
gâteau, j’ai dû réécrire tout le dernier couplet lorsque, dans une copie
suivante, ils ont ajouté la scène où, plus tard, les enfants Banks reprennent
la berceuse a capella pour leur père. Les plans étaient quasiment tous
synchrones, plus rien ne collait, ce qui m’a conduit à jongler entre les deux
chansons pour trouver enfin une version commune satisfaisante. Et Disney a
enfin fait réenregistrer l’ensemble de la chanson par Léovanie Raud pour une
interprétation plus sobre et plus simple. Elle est, à mon sens, remarquable.
- Pas grand-chose à dire sur « Turning
turtle », si ce n’est que ce n’est pas ma séquence préférée du film. Il
fallait seulement une chanson un peu folle et amusante. Dans la mesure où
l’idée que le monde est comme une tortue à l’envers est explicitée avant
la chanson, j’ai choisi de ne pas en faire le thème principal de la chanson.
J’ai préféré « Le monde est devenu fou », qui tient mieux la route
lorsqu’on écoute la chanson en dehors de toute référence au film.
- L’expression « Trip a little light
fantastic » est fabuleuse en anglais, mais totalement intraduisible sans
perdre sa sonorité et sa fraîcheur. J’ai donc très vite opté pour "Luminomagifantastique",
quitte à être « plus "frères Sherman" que l'original »,
comme vous me l’avez dit. Je m’attendais à devoir argumenter pour faire
approuver ce choix par Disney, mais ce ne fut absolument pas le cas, c’est
passé comme une sorte d’évidence, et je crois que les avis du public ont été
très favorables. C’est, en tout cas, dans l’esprit de Mary Poppins. La
difficulté de cette chanson a été le long passage où les personnages parlent
« falotier », c’est-à-dire un langage décalé, aussitôt retraduit.
J’ai dû reprendre tout ça à la demande de Disney pour y introduire plus de
folie. Entre parenthèses, on m’a reproché d’avoir fait dire à Mary Poppins
« Chez le Prince Edward » alors que le film se déroule dans les
années 30. Eh bien, il y avait à l’époque un Edward VIII, nommé prince de
Galles en 1911. Et j’ai aussi vérifié avant de faire dire à Jack « Vous
pouvez marcher au radar », le radar ayant été inventé au tout début des
années trente.
- Pour « la magie des ballons », si on retrouve
les "hop" du « Beau cerf-volant » du premier Mary Poppins,
c’est un peu malgré moi. Je souhaitais trouver autre chose sur « Nowhere
to go but up » et j’ai fait deux propositions différentes à Disney (dont
je ne me souviens plus), mais ils m’ont convaincu de revenir à « Et hop »
qui, je l’avoue, colle mieux avec la gestuelle d’Angela Lansbury au début de la
chanson.
RC : Avez-vous pu assister aux enregistrements des
voix françaises ?
La difficulté, quand on s’investit à ce point sur un
texte, est de savoir « lâcher prise » au moment des enregistrements,
ce que j’ai parfois du mal à faire. Les chansons imposent aussi de faire un point
précis sur les nombreuses options de « placement » de certaines
répliques. Or Claude Lombard (qui a dirigé les chansons) n’était pas à Paris au
moment de la validation des textes. J’ai donc fait un point complet avec elle
au téléphone. C’est là qu’on a par exemple opté pour « Un livre est
beaucoup plus que l’on pense » à la place d’« Un livre est beaucoup plus
qu’on ne pense » pour qu’on ne risque pas d’entendre « Un livre est
beaucoup plus con... ». Mais j’ai tenu à être présent pour
l’enregistrement de la berceuse, pour veiller au synchronisme d’une ou deux
répliques. J’ai aussi fait une session de montage sur les chansons, avant
mixage, les logiciels de montage son permettant d’allonger certaines voyelles
et de décaler d’une image ou deux les labiales de façon tout à fait
transparente, sans porter atteinte à la rythmique.
SR : Y a-t-il une anecdote ou un fait marquant par
rapport à votre travail sur le film ?
Ce fut un énorme travail mais aussi un plaisir trop rare,
et on ne doit jamais perdre de vue que c’est un travail d’équipe. Et, cette
fois, tous les acteurs sont aussi les chanteurs (sauf les voix d’Emily Mortimer
et Julie Walters, qui ne chantent qu’une réplique), ce qui évite les problèmes
de raccords voix. Mon autre satisfaction est que mes chansons soient aussi
intégrées à la version française canadienne. Le seul regret, peut-être, est que
Michel Roux ne soit plus des nôtres pour prêter sa voix à l’infatigable Dick
Van Dyke ! Et, si on peut qualifier cela d’anecdote, pour les dialogues,
la moindre référence au premier Mary Poppins a été conservée (comme le « Vous
avez toujours l’air d’un poisson hors de l’eau » à Michael et le « Toujours une
fâcheuse tendance à ricaner » à Jane). A tel point que lors de son caméo, Karen
Dotrice (la Jane Banks originale de 1964, qui joue la dame qui demande son
chemin, Allée des Cerisiers) répond « Many thanks, sincerely », qui est la
dernière réplique de la chanson « Petite annonce pour une nounou » de 1964.
J’ai donc conservé son « Merci, très sincèrement », alors qu’on entend
discrètement les six dernières notes de la chanson dans la bande son.
Merci beaucoup Philippe Videcoq-Gagé d'avoir bien voulu
répondre aux questions de Chansons Disney et de Dans l'ombre des studios. Et encore bravo pour cet incroyable travail
d'adaptation ! Et bien évidemment nous saluons toute l'équipe française et les comédiens et chanteurs du doublage.
Le Retour de Mary Poppins est sorti au cinéma
le 19 décembre 2018 et la bande originale du film est disponible chez Walt
Disney Records (avec toutes les paroles des chansons dans un très beau livret
!).
Pour redécouvrir mon interview d'Eliane Thibault (voix française de Julie Andrews dans le premier Mary Poppins), c'est ici...
Pour la distribution vocale du premier Mary Poppins, c'est ici...
Et pour le nouveau, toutes les infos ci-dessous:
Pour redécouvrir mon interview d'Eliane Thibault (voix française de Julie Andrews dans le premier Mary Poppins), c'est ici...
Pour la distribution vocale du premier Mary Poppins, c'est ici...
Et pour le nouveau, toutes les infos ci-dessous:
Direction artistique : Claire GUYOT
Direction musicale : Claude LOMBARD
Adaptation des dialogues et chansons : Philippe
VIDECOQ-GAGÉ
Enregistrement des dialogues : Nicolas POINTET
Enregistrement des chansons : Estienne BOUSSUGE
Montage : Guillaume BÉRAT
Supervision : Boualem LAMHENE et Virginie COURGENAY
Société et studio d’enregistrement : DUBBING
BROTHERS
Société et studio de mixage : SHEPPERTON
INTERNATIONAL
Emily Blunt ... Mary Poppins … Léovanie RAUD (Dialogues
et Chant)
Lin-Manuel Miranda ... Jack … Pascal NOWAK (Dialogues et
Chant)
Ben Whishaw ... Michael Banks … Jean-Christophe DOLLÉ
(Dialogues et Chant)
Emily Mortimer ...
Jane Banks … Rafaèle MOUTIER (Dialogues)
Emily Mortimer ...
Jane Banks … Claire GUYOT (Chant)
Pixie Davies ... Anabel … Lévanah SOLOMON (Dialogues et
Chant)
Nathanael Saleh ... John … Noah REYNIER (Dialogues et Chant)
Joel Dawson ... Georgie
… Simon FALIU (Dialogues et Chant)
Julie Walters ... Ellen
… Josiane PINSON (Dialogues)
Julie Walters ... Ellen
… Prisca DEMAREZ (Chant)
Meryl Streep ... Cousine
Topsy … Isabelle FERRON (Dialogues et Chant)
Colin Firth ... Wilkins / Loup … Edgar GIVRY
Jeremy Swift ... Gooding
/ Blaireau … Guillaume LEBON (Dialogues et Chant)
Kobna Holdbrook-Smith ... Frye / Belette … Jean-Baptiste
ANOUMON (Dialogues et Chant)
Dick Van Dyke ... Mr. Dawes Jr. … Jean-Pierre LEROUX
(Dialogues et Chant)
Angela Lansbury ... La Dame aux Ballons … Christine
DELAROCHE (Dialogues et Chant)
David Warner ... Amiral Boom … Michel PAPINESCHI *
Jim Norton ... Monsieur Boussole … Michel RUHL *
Noma Dumezweni ... Miss Penny Farthing … Audrey SOURDIVE **
Tarik Frimpong ... Angus
… Dan MENASCHE
Sudha Bhuchar ... Miss Lark ... Isabelle GANZ *
Sudha Bhuchar ... Miss Lark ... Isabelle GANZ *
Christian DIXON … Le Laitier … Christophe DESMOTTES **
Chris O’Dowd … Voix de Shamus le cocher … Xavier FAGNON *
Edward Hibbert … Voix du Parapluie Perroquet … Christophe
DESMOTTES **
Voix parlées diverses : Eve LORACH, Patrick DELAGE, Florent
BICOT DE NESLES, Patrick BORG, Jacques FAUGERON, Clotilde
MORGIEVE, Bertrand DINGÉ, Stéphane ROUX, Pierre CARBONNIER, Cindy TEMPEZ, Corinne
MARTIN et Clara SOARES
Voix chantées diverses : Michel MELLA, Jean-Claude
DONDA et Guillaume BEAUJOLAIS
Chœurs : Magali BONFILS, Mery LANZAFAME, Rachel
PIGNOT, Olivier CONSTANTIN, Arnaud LEONARD et Richard ROSSIGNOL
Sources: Générique de fin, Rémi Carémel / Dans l'ombre des studios *, RS Doublage**
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