jeudi 31 mars 2011

Discussion en ligne avec le comédien Donald Reignoux

Mon confrère Laurent Girard (webmaster de Voxofilm, première base de données en ligne sur le doublage de films) vous fait savoir qu'il organise vendredi 8 avril à 20h une discussion sur MSN avec le sympathique et talentueux comédien Donald Reignoux, à l'occasion de la sortie du film Titeuf.

Pour vous inscrire, il vous suffit d'ajouter l'adresse email de Voxofilm à vos contacts MSN (adresse disponible sur le site. Je ne vous l'indique pas pour éviter les spams). Cette discussion avec Donald durera entre une heure et une heure et demi.


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dimanche 20 mars 2011

Décès de la comédienne Nelly Benedetti

C'est par un ami comédien que je viens d'apprendre le décès il y a quelques jours de Nelly Benedetti, qui aurait dû fêter cette année ses quatre-vingt dix ans. Nelly Benedetti avait fait une belle carrière au théâtre où elle a été dirigée par les plus grands (Anouilh, Barsacq, Barrault, Mauclair, etc.) principalement dans du théâtre contemporain.

L'une de ses premières "apparitions" à l'image remonte à 1960, date à laquelle elle interprète la Reine Margot dans Qui a tué Henri IV, épisode de La Caméra explore le Temps. Quatre ans plus tard, elle crève l'écran dans La Peau Douce de François Truffaut en épouse trompée par Jean Desailly. Une interprétation remarquée dans un très beau film, même si le public retient peut-être un peu plus à l'époque le jeu du couple Desailly-Dorléac.



retrouver ce média sur www.ina.fr

Tout comme son mari Dominique Paturel, Nelly Benedetti fût l'une des plus grandes voix du doublage. Elle a doublé un grand nombre de "jeunes premières" des années 40-50, telles que Olivia De Havilland dans le mythique Autant en emporte le vent (doublé quelques années après la guerre), Eva Marie Saint (La mort aux trousses), Jean Simmons (Désirée), Shirley MacLaine (Mais qui a tué Harry?), Elizabeth Taylor (La Piste des Éléphants)*. L'un de ses derniers doublages notables était celui de la Vieille Dame dans Le Triomphe de Babar en 1989 (distribution un peu différente de celle de la série doublée par la SOFI).

C'est donc une "grande dame" de la profession qui s'en est allée... Mes plus sincères condoléances à son mari et à ses proches.



*: Participations référencées sur le Forum Doublage Francophone


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vendredi 18 mars 2011

Décès du comédien Michel Fortin

C'est par le site RTL.fr que je viens d'apprendre une bien triste nouvelle, le décès du comédien Michel Fortin mardi 15 mars* à l'âge de 63 ans.

Michel Fortin a joué dans un bon nombre de films et téléfilms dans des seconds rôles. On retiendra son apparition dans le film "culte" de Francis Veber La Chèvre (1981) dans lequel il interprète un conducteur "sanguin" qui insulte Pierre Richard devant l'aéroport d'Orly à propos d'une histoire de chariot, mais aussi son personnage de voisin violoniste dans Buffet froid (1979) de Bertrand Blier ou sa participation au film Themroc avec Michel Piccoli et toute l'équipe du Café de la Gare. Pour les téléspectateurs il était aussi Zavatter, l'assistant de Nestor Burma à partir de la saison 2.

Au théâtre, il a interprété le Juré n°1 dans la création française de Douze hommes en colère par Stéphane Meldegg en 1997, avec déjà Jacques Echantillon, Maurice Barrier et Michel Leeb qui ont repris la pièce il y a deux ans au Théâtre de Paris.

Michel Fortin était aussi un grand nom du doublage. Il a notamment doublé Rod Steiger (Mars Attacks !), Danny Aiello (Leon), John Voight (dans la saga des Benjamin Gates), James Caan (Mickey les yeux bleus) et Danny De Vito (Escrocs)... (Rôles référencés sur le Forum Doublage Francophone).


Toutes mes pensées pour sa famille...

(*: Source RS Doublage)


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dimanche 13 mars 2011

Première parisienne de "Citrouille et Vieilles Dentelles"

Vendredi 11 mars a eu lieu au Club de l'Etoile à Paris la première parisienne du court-métrage d'animation de Juliette Loubières Citrouille et Vieilles Dentelles, en présence de Brigitte Lecordier, Jacques Ciron et Lucie Dolène. C'est par ces deux derniers, amis chers, que j'avais appris en mars dernier l'existence de ce court-métrage. Il me tardait de voir ce film, d'une part parce qu'ils m'en avaient dit beaucoup de bien et que je me fie généralement à leurs critiques, et d'autre part parce que Jacques et Lucie sont des comédiens rares dans tous les sens du terme. Jacques est un acteur d'une grande fantaisie, aussi bien à la scène qu'à la ville, toujours drôle et surprenant. Personnalité plus "discrète", Lucie n'en a pas moins un certain plaisir à prêter sa voix à de "vieilles sorcières fofolles"... Tous deux en sont à un âge où les rôles au doublage sont un peu moins fréquents, alors qu'il n'est pas insensé de penser que l'âge ne devrait pas être rédhibitoire pour participer à un doublage, puisque la voix compte avant tout! C'est la sympathique comédienne et directrice artistique Brigitte Lecordier (célèbre "voix d'enfant" dans de nombreux dessins animés, dont Sangoku dans Dragon Ball), contactée par la réalisatrice Juliette Loubières lors du festival Voix d'Etoiles, qui a eu l'excellente idée de les choisir pour ce casting de choc.

L'histoire: Un photographe de pub vient chercher dans une maison de retraite « une bonne tête de papy » pour une affiche. Il est vite pris au dépourvu par les vieux pensionnaires : ronces, citrouille géante, neige et autres manifestations incongrues envahissent la maison. On va comprendre peu à peu que ces retraités expriment seulement leur personnalité… d’anciens héros de conte de fées.


J. Ciron, L. Dolène et B. Lecordier

Citrouille et Vieilles Dentelles est un petit bijou d'animation. On accroche dès les premières images aux couleurs du film, à la qualité des décors et des personnages (des marionnettes construites en partie en pâte à modeler). Les personnages sont drôles et émouvants, les dialogues percutants, les surprises et les trouvailles visuelles nombreuses. Quant à la distribution vocale, une mention spéciale peut être donnée à Jacques Ciron qui incarne avec une drôlerie incroyable Louis, un vieux prince charmant "fou du cul" et de son propre corps, et Gaspard, effrayant "Grand Méchant Loup" édenté en fauteuil roulant. Lucie Dolène double trois petites vieilles charmantes mais complètement "à l'Ouest": Madeleine ("Belle au Bois dormant"), Rose ("Cendrillon") et Blanche ("Blanche-Neige"). Perrette Pradier prête génialement sa voix à la sauvage Charlotte (Chaperon Rouge traumatisée à vie par le Grand Méchant Loup). Et Brigitte Lecordier et Vincent Deniard incarnent quant à eux l'infirmière et le jeune photographe. Notons que Brigitte, suite aux remarques de quelques maisons de production qui lui reprochaient que sa voix d'enfant était trop connue, double maintenant de plus en plus régulièrement des femmes de son âge avec sa voix "normale".


Je souhaite un bel avenir à ce film, et en attendant je vous invite à cliquer sur ce lien pour consulter le blog passionnant de Juliette Loubières, qui décrit étape par étape la création du film.


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mardi 8 mars 2011

29ème Festival national de Théâtre des Grandes Ecoles et Universités (Cannes)

Du 21 au 24 mars 2011 se tiendra au Théâtre Miramar (Cannes) le 29ème Festival national de Théâtre des Grandes Ecoles et Universités. Un festival que je connais bien pour avoir eu le plaisir de faire partie de l'organisation de la 25ème édition et de suivre attentivement chaque année l'évolution de ce grand "bébé". 

Le principe: pendant trois soirs, des troupes de théâtre amateurs issues de grandes écoles et universités jouent devant le public et un jury de professionnels. La dernière soirée est consacrée une carte blanche donnée à une troupe pro, suivie de la cérémonie de remise des prix.

Ce festival a été créé par un groupe d’étudiants en école de commerce (Skema Business School, ex- Ceram Nice-Sophia-Antipolis, ex- ESC Nice) voici maintenant presque trente ans. Rares sont les associations étudiantes qui peuvent revendiquer une telle longévité. La recette de ce succès?
- Un public satisfait par la qualité des représentations (toutes les pièces sont soigneusement sélectionnées par l’équipe du festival parmi les nombreux projets de troupes)
- Un soutien indéfectible de Skema et de plusieurs partenaires comme le Théâtre Miramar
- Un trio de professionnels fidèles à cet événement depuis plusieurs années (Oscar Sisto (metteur en scène et professeur de théâtre), Alain Léonard (ancien directeur du « off » d’Avignon) et Gérard Vantaggioli (directeur du Théâtre du Chien qui Fume à Avignon))
- Et surtout une équipe (renouvelée chaque année) d’étudiants passionnés et dynamiques !

Sociétaires de la Comédie-Française, grands noms du théâtre contemporain, personnalités de la télévision et du cinéma, ils sont plus d’une centaine à avoir honoré de leur présence le jury du "Festi".
Parmi eux : Yves Montand, Jacques Villeret, Nathalie Roussel, Michel Serrault, Jacques Ciron, Edouard Baer, Georges Descrières, Michel Duchaussoy, Popeck, Claude Jade, Gérard Rinaldi, Jean-Claude Dreyfus, François Morel, Bruno Solo, Isabelle Nanty, Jean-Claude Brialy, Odette Laure, Michel Boujenah, Patrice Leconte, Pierre Santini, Marcel Maréchal, Vladimir Cosma, Georges Lautner, Nathalie Nerval…

Cette année, le jury sera constitué de comédiens tels que Jean-Pierre Michaël (ancien sociétaire de la Comédie-Française), Vincent Grass (Cornélius dans Le Monde de Narnia 2), Virginie Ledieu (Agnès dans la série Plus belle la vie) et Marie Lenoir (présidente du jury) mais aussi de Gérard Vantaggioli et Alain Léonard (déjà présentés plus haut).

Si vous voulez vivre de beaux moments de théâtre dans une ambiance conviviale et à bon prix (10€ la soirée, soit 5€ la pièce) et croiser parmi le jury quatre grands noms du doublage français (voix de Brad Pitt, Hugo Weaving, Meg Ryan, Demi Moore…), venez nombreux au 29ème Festival national de Théâtre des Grandes Ecoles et Universités !

Le programme:

Lundi 21 mars, 20h :
Euromed Marseille : L’hôtel des deux mondes (version Les Kandinsky) de Eric-Emmanuel Schmitt
SKEMA Business School : Songe d’une nuit d’été (version Marcel Pagnol) de Shakespeare

Mardi 22 mars, 20h :

ESC Grenoble : Un partout, balle au centre de Laurent Hugot
Université de Nice Sophia-Antipolis : La locandiera de Carlo Goldoni

Mercredi 23 mars, 20h :

CELSA : L’émission de télévision de Michel Vinaver
Centrale Lille : Après la pluie de Sergei Belbel

Jeudi 24 mars, 20h :

Troupe professionnelle hors compétition, La compagnie du Centre Culturel de Cagnes sur Mer : Joyeuse Pagaille de Régis Porte mise en scène par Tony Cousin
Suivie de La cérémonie de remise des prix...

Infos pratiques:

Espace Miramar : 64 boulevard de la Croisette, 06400 Cannes

Un soir: 10 € (7 € tarif réduit)
Pack 2 soirs: 13 €
Pack 3 soirs: 16 €
Pack 4 soirs: 19 €

http://lefesti.wordpress.com/


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dimanche 20 février 2011

Décès du comédien Robert Liensol

Le site Gens de la Caraïbe vient d'annoncer le décès du comédien Robert Liensol, décédé dimanche 13 février à Paris des suites d'une mauvaise chute, à l'âge de 89 ans. Le comédien et metteur en scène Samuel Légitimus rappelle dans son hommage que Robert Liensol fût le fondateur en 1954 de la Compagnie des Griots, première troupe de comédiens de couleur à être créée en France, à laquelle firent partie notamment Darling Légitimus et Bachir Touré, et qui créa entre autres Les Nègres de Jean Genet. Au cinéma, il avait joué dans plusieurs films du cinéma noir engagé, comme les films de Med Hondo Soleil O (1967) ou Watani, un monde sans mal (1998).

Il était aussi l'un des grands noms du doublage français. On le retrouve ainsi "casté" sur de nombreux grands comédiens de couleur, comme Morgan Freeman (La Puissance de l'Ange), Bill Cosby (Jack), Scatman Crothers (Vol au-dessus d'un nid de coucou), Frank McRae (1941) et même le chanteur Ray Charles dans The Blues Brothers... (Participations répertoriées par les voxophiles du Forum Doublage Francophone).

Ces dernières années, il avait participé à la création de voix de Kirikou et la sorcière (1998) et Kirikou et les bêtes sauvages (2005) pour le réalisateur Michel Ocelot. Toutes mes pensées vont pour la famille de ce grand comédien.


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vendredi 11 février 2011

Colloque sur le jazz choral à l'Université d'Angers

Vendredi 18 février sera organisé à l'Université d'Angers un colloque sur le jazz vocal. De 10h30 à 12h30, Eric Fardet, musicologue animera une table ronde sur les grands groupes vocaux des années 50-60, avec la participation d'Yves Chamberland (ingénieur du son, créateur du célèbre Studio Davout), Gaétan Dupenher, et de deux amis de Dans l'Ombre des Studios: Hélène Devos (ex-Double Six, Swingle Singers, choriste, et veuve du compositeur, contrebassiste et directeur musical Guy Pedersen) et José Germain (ex-Swingle Singers, choriste, et voix entre autres de Scat Cat dans Les Aristochats).

D'autres intervenants tous aussi passionnants les uns que les autres (parmi lesquels le grand violoniste Didier Lockwood) seront présents, donc venez nombreux!

Le programme: http://jazzchoral.free.fr/colloque_jazz_vocal_18fev11.pdf


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mercredi 2 février 2011

Direction musicale: lalala, ouhouhou et autres pompompom

Pour le doublage d'un film comprenant des chansons, on fait généralement appel à un directeur musical chargé de choisir les solistes, de constituer une équipe de choristes et de superviser l'enregistrement.*

Il arrive parfois que les directeurs musicaux ne reçoivent pas les partitions et doivent eux-mêmes relever les notes en regardant la version originale. Est-ce ce qui s'est passé pour la chanson "Golden Afternoon" ("Par un beau matin de mai fleuri") du doublage du chef d'oeuvre de Walt Disney Alice au Pays des Merveilles (1951)? Ou s'agit-il d'un problème de mixage?
Il semble que les directeurs musicaux des différents pays aient chacun brodé les choeurs à leur manière, ce qui est d'autant plus surprenant qu'il s'agit pour la plupart de "choeurs neutres" ("lalala" et autres "ouhouh") présents normalement sur la Version Internationale (bande comprenant les bruitages, la musique) donc rarement refaits lors d'un doublage.

Je vous laisse découvrir en vidéos ces petites curiosités.

Sont communs à toutes les versions dès la réplique "Ulysse, donne-nous le La!": les vocalises des fleurs, les "pompom" chantés par une voix de basse, un choeur neutre mixte en fond (qui fait les "ouhouh"), et un choeur chanté dans la langue du pays concerné.

Version originale (à partir de 1'01): version basique, avec en plus par rapport aux autres versions des "pampam" chantés par un choeur féminin (dès 1'13), un "douliloulou" à 1'45 qui rappelle le style des années 50 (Chordettes aux US, Soeurs Etienne en France), une absence de "ouhouh" et de voix aiguës à 1'55 et lors du solo d'Alice (à 3'05)



Version française (2nd doublage de 1974): alors que dans la version originale la basse n'est pas du tout mise en valeur, on l'entend ici mieux, avec le soutien de deux voix masculines supplémentaires (peut-être une différence de mixage?), des bruitages de fleurs qui disparaissent (0'53), des fins de phrases remplacés par des "ouhou" peut-être pour des raisons de synchronisme (0'55)



Version russe: c'est un choeur mixte de "palam pam pam" (mélodie différente des "pampam" féminins anglais) qui a été rajouté dès le début (0'09), une voix d'alto "double" la soliste à 1'16



Il y a de quoi devenir... toc toc!


(*: J'aurai l'occasion de vous faire découvrir ce métier dans les prochains mois avec une belle interview de Michel et Georges Costa et un article sur l'histoire du "doublage chanté" des années 50 à nos jours illustré par de nombreux témoignages de professionnels. En attendant, vous pouvez (re)lire mon portrait de Jean Cussac (directeur musical des Disney des années 80) ici.)

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dimanche 23 janvier 2011

"Dans l'ombre des studios" sur Facebook!

J'ai le plaisir de vous annoncer que la prochaine interview publiée sur Dans l'ombre des studios... sera un petit entretien avec le chanteur Jean Stout, qui fût certainement la plus grande basse studio française du milieu des années 50 à la fin des années 90... et la mythique voix chantée de Baloo dans Le Livre de la Jungle!

 Si vous ne l'avez pas encore fait, rejoignez vite la page Facebook Dans l'ombre des studios pour être tenu au courant "en direct" de la parution de cet article et des prochains!

Par ailleurs, sachez que pour toute question ou remarque privée vous pouvez m'envoyer un message sur ce compte-là.


mardi 18 janvier 2011

Philippe Dumat : voix et images (Partie 2/2)

Pour lire la précédente partie de l'article (partie 1/2), veuillez cliquer ici



Archives

Rares sont les artistes de sa génération qui ont tenu une comptabilité précise de ce qu’ils ont fait dans leur carrière. Aujourd'hui, avec les droits Adami sur les doublages de films et séries européens, les comédiens ont compris l'importance de conserver leurs fiches de paie, lister leur travail avec précision, etc.


Philippe, lui, avait consigné toutes ses activités artistiques dans ses agendas depuis ses débuts en 1943 et les avait ensuite retranscrites soigneusement, mois par mois, dans des carnets, jusqu’à sa mort. Il y écrivait dates, titres de films, numéros d’épisode, directeurs artistiques, lieux de tournage, remplacements lors de changement de distribution, etc. Des informations d’une grande richesse pour les voxophiles.



 

La carte de con

Signe de son auto-dérision, Philippe avait une carte Hara Kiri attestant qu’il était un véritable con. Et cette carte n’était pas signée par n’importe qui !





Rire et chansons : du rire et du rock !


En 2002, Philippe avait été sélectionné pour être la voix d’antenne de « Rire et Chansons ». Il se rappelait avec humour du casting, où des messieurs très sérieux, en costume l’écoutaient. L’un des dirigeants lui avait alors demandé, timide, « Vous pouvez me faire Gargamel ? »
Voici un montage qui garde en mémoire les séances d’enregistrements de jingles que Philippe avait fait pour la « radio du rire ».


Philippe Dumat en quelques rôles


Quels DVD faut-il regarder pour avoir un panel à peu près représentatif du talent de Philippe Dumat ?

Pièces de théâtre :

Une comédie policière qui se passe dans le milieu du théâtre :
Le troisième témoin (de Dominique Nohain) : rôle du chauffeur

Films :

Une célèbre comédie avec Louis De Funès :
Le petit baigneur (de Robert Dhéry) : rôle de l’employé un peu lourdingue de Fourchaume lors de la fête d’entreprise

L’un des tournages préférés de Philippe car il marque sa rencontre avec Gabin (avec qui il avait déjà joué dans Archimède le clochard mais dans un plus petit rôle) :
L’année sainte (de Jean Girault) : rôle du directeur de la prison

Deux beaux films à petit budget qu’il a aimé tourner avec toute une bande de copains :
L’Américain (de Marcel Bozzuffi –malheureusement jamais sorti en DVD-) et Le Voleur de Feuilles de Pierre Trabaud


Films (doublage) :

Un grand classique, et l’un des films préférés de Philippe :
Le Limier (de Joseph L. Mankiewicz) : rôle d’Andrew Wyke (Laurence Olivier)

Le premier film d’une saga mythique :
Star Wars : Un nouvel espoir (de George Lucas) : rôle d’Obiwan Kenobi (Alec Guinness)


Séries (doublage) :

Sa série préférée :
Matlock : rôle de Ben Matlock (Andy Griffith)

Son rôle le plus comique :
Papa Schultz : rôle de Papa Schultz (John Banner)

Une série mythique :
Drôles de Dames : rôle de Bosley (David Doyle)


Films d’animation (doublage) :

Le film d’animation préféré de Philippe, avec un personnage de ronchon au grand cœur qui lui ressemblait beaucoup :
Rock O Rico (de Don Bluth) : rôle du chien Patou

Idem :
Basil, détective privé (de Ron Clements) : rôle de Dawson

L’un de ses doublages les plus géniaux
Robin des Bois (de Wolfgang Reitherman) : rôle du Prince Jean


Séries d’animation (doublage) :

Les célèbres Schtroumpfs (rôle de Gargamel), La Bande à Picsou (rôle de Picsou), Les Fous du Volant (rôle de Satanas)


Radio :

Les nouvelles policières radiophoniques de Radio Nederland que vous pouvez écouter et télécharger gratuitement à cette adresse


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Philippe Dumat : voix et images (Partie 1/2)

Voici cinq ans ce mois-ci que Philippe Dumat nous a quittés. Celui dont la voix incarna l’Oncle Picsou, Gargamel, le Prince Jean et Obiwan Kenobi était un comédien excellent et un homme hors du commun, profondément bon et drôle.

Je lui ai déjà rendu hommage en plusieurs occasions. (Portrait, Hommage, Page Facebook). Cette année,  j’ai choisi d’interviewer le comédien Edgar Givry qui avait beaucoup d’admiration et d’amitié pour lui, mais aussi de vous faire une « visite guidée » de documents exceptionnels, rares ou inédits que j'ai retrouvés grâce à sa famille, et qui vous en apprendront un peu plus sur le comédien, l’homme, et sur le métier de comédien en général.

Je vous réserve pour cette année bien d’autres jolies surprises concernant Philippe.

(Interview d'Edgar Givry, recherche de documents et commentaires des documents: Rémi C. 
Remerciements à Edgar Givry pour sa disponibilité et à Babette Dumat pour sa généreuse participation à mes recherches)


Entretien avec Edgar Givry


Comment avez-vous connu Philippe ?

Edgar Givry
Philippe et moi nous nous sommes connus paradoxalement au théâtre, car c’était une époque où je faisais très peu de doublage, principalement des petits rôles.
Nous jouions dans La bonne soupe (mise en scène de Jean Meyer)  à Lyon au Théâtre des Célestins, avec toute une troupe énorme d’ailleurs car je crois qu’il y avait 33 personnages qui étaient joués par 15 acteurs. Il y avait Patrick Préjean, Olivier Lejeune, Nathalie Juvet, Roger Carel, etc. On a donc joué la pièce un mois à Lyon (en décembre 1979, ndlr), et on l’a reprise ensuite au Théâtre Marigny. Je dois dire que j’ai été très épaté par Philippe et par sa faculté d’invention.

J’ai tout de suite trouvé cet acteur tout à fait étonnant. A cette époque là, petit à petit, le doublage a commencé à m’appeler de plus en plus et on s‘est retrouvés dans des studios, notamment sur Papa Schultz (dans lequel Philippe Dumat doublait Papa Schultz et Edgar Givry doublait le sergent Carter, ndlr), que j’ai même dirigé à une certaine époque. On est devenu très amis, et je dois dire que c’est un comédien exceptionnel… Il y a une chose étonnante avec Philippe : l’un des défauts de beaucoup d’acteurs de doublage est de ne pas écouter la voix originale de l’acteur car souvent les comédiens répètent le texte français en même temps que l’image passe, puis se plantent car ils n’ont pas assez écouté l’anglais. Et lui c’est le seul que j’ai vu faire de la manière qui suit: il n’écoutait pas, il répétait tout seul, et c’était extraordinaire. Il avait ce défaut-là mais il était tellement génial, qu’à chaque fois j’étais sur le cul ! Il devait avoir quatre oreilles pour entendre tout en même temps, ça m’a toujours bluffé !

Vous l’aviez surnommé « Maréchal Grommel », un surnom comique qui lui ressemblait beaucoup !

Je l’ai surnommé Maréchal Grommel car j’avais à l’époque tendance à donner des surnoms un peu à tout le monde. Michel Gatineau (la voix de Derrick), qui lorsqu’il dirigeait disait uniquement « long, court, court » je l’avais appelé « Le capitaine au long court », Roger Rudel c’était « Kirk Doublage », un surnom un peu vache… D’ailleurs, Patrick Floersheim m’a dit « Jamais tu ne m’appelleras Michael Doublage ! » (rires).

Maréchal Grommel, c’était parce que son jeu était de grommeler et de râler tout le temps. Mais à chaque fois qu’il était sur un plateau il y avait une ambiance formidable. Je ne l’ai jamais vu colérique, s’emporter contre quelqu’un. Et pourtant, Dieu sait qu’on en a vécu quelques galères ! C’était un type formidable.

Il était d’une humilité et d’une grande gentillesse, ça ne gâtait rien ! Il a commencé à parler de sa carrière et m’a appris beaucoup de choses, notamment qu’il avait été la doublure de François Périer pendant des années… Je trouvais ça tellement dommage pour lui d’avoir toujours été dans l’ombre de François Périer, un comédien qui nous rapprochait un peu plus parce que j’ai eu le prix François Périer au cours Simon. J’ai beaucoup de tendresse pour Philippe parce qu’il était exceptionnel et qu’il n’a pas eu la carrière qu’il méritait. En même temps j’ai cru comprendre qu’il avait un trac fou. Ce sont des choses qui peuvent paralyser les gens, c’est pour ça que le doublage est une porte de sortie intéressante pour certains acteurs. Et en même temps je regrette tellement que Philippe n’ait pas fait une carrière plus en lumière…

Il me parlait souvent de ses tournées qu’il faisait pendant la guerre quand il était jeune. C’était extraordinaire de l’entendre raconter ça. Il voyageait à pied avec des malles dans tous les villages de France et c’était incroyable. Mon seul regret est que j’aurais voulu qu’il me raconte ça davantage car j’avais une idée de scénario là-dessus…


(Le comédien Edgar Givry est la voix française habituelle de John Malkovitch et de Richard Dean Anderson alias "MacGyver ". Il a joué dans plusieurs films de Francis Veber, dont Le Dîner de Cons dans le rôle de Cordier, l’ami de Pierre Brochand qui déniche Pignon dans le train.
Il a tourné l’été dernier dans le film L’élève Ducobu de Philippe De Chauveron le personnage du proviseur, et cet hiver dans un épisode de Joséphine ange gardien (rôle du directeur d’un orchestre de Massy). Par ailleurs, il double actuellement Steve Buscemi dans Boardwalk Empire, série réalisée par Martin Scorcese sur la prohibition.)


Des débuts frileux


Les débuts de Philippe Dumat au cinéma étaient plutôt laborieux. Il a enchaîné les « silhouettes » dans pas mal de films des années 50. Sur le tournage de La Passante d’Henri Calef (1951), qui se tournait sur une péniche, Philippe qui ne savait pas nager est tombé à l'eau et a failli se noyer, ne voulant pas appeler à l’aide pour ne pas déranger une prise difficile. François Timmory, journaliste de cinéma, présent sur place, rend hommage à l’humilité du figurant et titre « En voyant tourner La Passante de Henri Calef avec Henri Vidal et Maria Mauban, j’ai surtout vu la conscience professionnelle, qui, ce soir-là, s’appelait Philippe Dumat ».

Cet article est à la fois drôle et émouvant car cette histoire est « raccord » à la fois avec la personnalité modeste et discrète de Philippe, et avec son auto-dérision et sa façon de raconter des histoires.



 
Télégrammes de Branquignols


Philippe Dumat a fait partie pendant plusieurs années de la troupe des Branquignols de Robert Dhéry (avec Jean Carmet, Jean Lefebvre, Jacques Legras, etc.). Il a joué dans quelques pièces avec eux, notamment La Plume de ma tante en 1957 au Garrick Theatre de Londres.

A cette époque, il était de tradition chez les comédiens d’envoyer un télégramme à leurs confrères juste avant le début de la pièce (généralement pour une première) pour leur souhaiter bonne chance.

Télégrammes envoyés par Robert Dhéry et Colette Brosset, rentrés en France. Sur le 2ème, le message « Oublie Bernstein » est un mystère… Philippe était-il fâché avec ou s’était-il vu refuser un rôle par Henry Bernstein (auteur de pièces de théâtre et directeur du Théâtre des Ambassadeurs) ?






Un tournage musclé

En 1960, Philippe est à Meaux sur le tournage de L’imprévu d’Alberto Lattuada. Il y joue un chauffeur suspecté de meurtre. La scène se tourne sur une place où, menotté et encadré par des inspecteurs, il rentre dans un véhicule de police. Sur la place, des figurants censés hurler contre le meurtrier, mais aussi beaucoup de badauds. Un technicien de l'équipe du film fait une mauvaise blague : il fait croire aux badauds que le prisonnier est l’un des ravisseurs du fils Peugeot (une affaire qui fit grand bruit à l’époque), et la rumeur prend rapidement toute la place. Philippe manque d’être lynché par une foule déchaînée.



 Pour lire la suite de l'hommage (partie 1/2), veuillez cliquer ici


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dimanche 16 janvier 2011

Tournage d'un documentaire sur Marco Perrin

Marco Perrin est ce qu'on appelle une "gueule" du cinéma français. Ce moustachu à l'accent méridional a incarné une galerie incroyable de seconds rôles dans plus de 80 films, dont le vigile du supermarché des Valseuses (1974) de Bertrand Blier ou le maire de La soupe aux choux (1981) de Jean Girault.

En 1983, il est frappé d'hémiplégie et est contraint d'arrêter sa carrière. Il s'ensuit une longue rééducation. En 2010, alors que bon nombre de ses amis comédiens le croient disparu depuis longtemps, Marco a un jeune "fan", Jeremy, qui s'acharne à le retrouver. Son rêve: rencontrer Marco et réaliser un documentaire sur son histoire. Seulement, retrouver un comédien retiré du métier depuis presque trente ans n'est pas facile, et Jeremy n'est pas réalisateur et doit apprendre la technique, trouver le matériel, une équipe, un logement et un lieu de tournage à Paris, etc.

Ce pourrait être le synopsis d'un film et pourtant c'est une "histoire vraie" qui se joue depuis quelques mois maintenant. À ce jour, Jeremy a déjà filmé pour son documentaire les réalisateurs Bertrand Blier et Joël Seria, les comédiens Henri Tisot, Brigitte Chamarande, et bien entendu Marco Perrin!


Vous pouvez suivre jour après jour l'avancée de ce sympathique projet en rejoignant son groupe Facebook.


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dimanche 9 janvier 2011

Lucie Dolène : Un sourire en chantant (Partie 4/4)

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Dans l'ombre des studios: Nous allons aborder maintenant la grève de 1994 et votre procès contre Disney.

C'était la première fois de ma vie que je faisais grève (rires). J’y ai beaucoup cru, on y a tous beaucoup cru. C’était au commencement de mon procès avec Walt Disney, j’étais le porte-drapeau de plein de choses, tout le monde espérait que l’issue de ce procès serait fatale pour Walt Disney et victorieuse pour moi et, en l’occurrence, que cela ferait jurisprudence pour beaucoup d’autres cas que le mien.

DLODS: A l’époque de Blanche-Neige, comment aviez-vous été payée?

Au cachet. Je ne sais pas combien, mais cela m’avait quand même demandé 8 jours d’enregistrement à peu près, donc j’avais dû toucher à peu près 3000 francs.

Procès "Blanche Neige" au journal télévisé (1er novembre 1996)

DLODS: Et comment vous est venue l’idée de cette réclamation de droits?

C’est un auteur de livres sur les films d’animation qui était venu me voir quand j’enregistrais à La Plaine St Denis, chez AB. Il avait aussi travaillé pour Disney aux Etats-Unis, et il m’a dit « Qu’est-ce que vous allez faire maintenant que vous avez donné votre voix, maintenant qu’on ressort le film en DVD, vous savez qu’en Amérique Peggy Lee (voix de Peg dans « La Belle et le Clochard », ndlr) a fait un procès qu’elle a gagné. Vous vous rendez compte l’argent qu’ils vont se faire avec votre voix !». Cela a pas mal trotté dans ma tête, et j’ai décidé de réclamer mes droits.

DLODS: Est-ce que vous avez eu des soutiens de chanteurs ou comédiens ?

Non, je n’ai eu aucun soutien. Tout le monde attendait que je gagne mais personne ne m’a dit « On va créer un petit comité de soutien », etc. D’ailleurs, cela aurait pu venir de moi, mais je n’y ai même pas pensé.

DLODS: Comment s’est déroulé le procès ?

C’est un mauvais souvenir, que je n’ai pas vraiment envie de raviver. J’ai eu un avocat qui a bien travaillé mais il est parti à la retraite au cours du procès, et la transition ne s’est pas très bien passée.

DLODS: Qu’est-ce que vous avez gagné à l’issue de ce procès ?

Rien, enfin si, j’ai gagné une certaine somme, mais avec tout ce que je devais à mon avocat je ne suis pas allée bien loin.

DLODS: Et est-ce qu’ils vous ont proposé, à l’issue du procès, de toucher des droits sur les sorties de disques et de DVD ?

Nullement. J’ai reçu uniquement une compensation sur ce qui avait déjà été édité. Et de toute façon, ils ont remplacé ma voix alors comme ça, le problème est réglé de leur côté.

DLODS: Donc le procès ne concernait pas les autres films?
Non. Ils auraient très bien pu les ressortir avec ma voix...

DLODS: A ce propos, dans « Le Livre de la Jungle », ils ont remplacé votre voix par celle de Claire Guyot. Et il y a peu, pour la sortie d’un DVD collector ils se sont trompés en mettant votre voix… et le nom de Claire Guyot au générique.

C’est dingue, je ne savais pas ! Je pourrais les embêter pour ça.

DLODS: Dans tous les cas, vous ne devez pas toucher de droit sur les diffusions comme le film est américain et ne rentre pas dans le cadre de l’Adami.

Ces droits Adami, c’est une plaisanterie. Ils nous envoient des listes, il faut cocher ce qu’on a fait. Mais on ne sait pas toujours ce qu’on a fait, on ne connaît pas les titres originaux, comment ils ont été adaptés en français, etc. Je n’ai jamais rien fait de ces listes.

DLODS: Pour quelles raisons ont-ils redoublé intégralement Blanche-Neige ? Est-ce que vous l’avez écouté ?

C’est en raison de l’histoire du procès. Mais je n’ai pas vu le DVD.

DLODS: Disney évoque de son côté un rajeunissement nécessaire des dialogues et des voix.

Mais justement, c’est le côté un petit peu intemporel et un peu désuet des dessins animés qui fait tout le charme des contes de fées. « Il était une fois » et « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants », c’est ça qui est rigolo et mignon… Qu’est-ce que vous voulez rajeunir ? Après, pourquoi pas si certains y trouvent leur compte. Vous savez ça peut toujours plaire à d’autres gens aussi, donc toutes les options sont bonnes à prendre.

DLODS: Quelle place a pris le doublage dans votre carrière de comédienne et chanteuse?

Au début c’était un supplément très gratifiant, très honorifique, parce que d’avoir fait Blanche-Neige, L’arbre de Noël, Oliver !, c’étaient des choses magnifiques et cela me plaisait beaucoup. Et puis, un jour, je n’en ai plus fait car on m’a moins appelée et quand j’ai refait du doublage à partir de l’année 1986, à l’époque où mon mari est tombé très malade, ça m’a fait beaucoup de bien. Ça a été une bouffée d’oxygène extraordinaire, ça m’a redonné une raison d’exister formidable parce que je ne faisais plus grand-chose à cette époque-là. Je trouve que cette seconde période de doublage a été très bénéfique pour mon moral et ma santé. Rien n’était plus merveilleux, gratifiant, que de me lever à 6h du matin pour être à 9h à Saint-Denis, Neuilly, ou Boulogne. J’étais contente de partir, de faire une heure et demie de bagnole dans les embouteillages  (rires) ! Ravie !

DLODS: Faites-vous encore du doublage actuellement ?

Depuis un an, on ne m’appelle plus. Je n’ai dit à personne que je me retirais. On doit penser qu’il est temps que je prenne ma retraite (rires)

DLODS: Peut-être suffit-il de faire un appel du pied à certains directeurs artistiques ?

Oui mais, d’un autre côté, je me dis que pas mal de gens me connaissent et savent que je suis toujours là. C’est un petit peu frustrant. Et c’est curieux parce que, dans le doublage, on vous distribue selon votre âge, et moi, on commençait à me donner des rôles de grabataires, de grand-mères complètement folles, j’avais déjà un pied dans la tombe. Alors je veux bien qu’on ne me donne plus de jeunes premières, évidemment mais c’est la voix qui compte dans le doublage, ce n’est quand même pas le physique, non ? Du coup vous avez 70 ans et quelques poussières et on se dit « Comment on va faire ? Dans quoi va-t-on la mettre ? Il n’y a plus de grand-mère dans les séries !», donc plus rien ! Alors qu’on pourrait très bien doubler une mère, une femme de 50 ou 60 ans… Où est le problème ? Et puis d’un autre côté on se dit qu’il faut laisser la place aussi, laisser d’autres comédiennes s’exprimer.

DLODS: Et quels sont les derniers doublages que vous ayez faits?

La dernière synchro que j’ai faite était il y a plus d’un an, chez Dubbing. J’ai eu un rôle assez intéressant dans une série anglaise dans 3 ou 4 épisodes. J’ai remplacé une comédienne que j’adore, Nadine Alari, qui venait de se casser le col du fémur et c’est mon amie Anne Jolivet qui est une comédienne adorable et une grande amie, qui a parlé de moi à la directrice artistique.

DLODS: Est-ce que vous avez la nostalgie d’une certaine époque du doublage ?

Oui, j’ai la nostalgie de cette époque où on était en « classe affaires » comme je vous disais tout à l’heure, où on était bien traité, on avait le temps de peaufiner. Il y avait un climat et une courtoisie tout à fait différents. Ce n’est pas qu’on ne soit pas courtois et que les climats soient détestables à l’heure actuelle, mais il y a un tel changement surtout dans la vitesse où les choses doivent se faire, qu’évidemment on vous passe la boucle une fois et puis si on a envie de la réentendre deux ou trois fois on vous le fait, mais si ça ne passe qu’une fois et qu’on a tout de suite pigé, c’est bien. Mais en même temps, maintenant d’aller vite ça vous oblige à devenir performant et à travailler. Ce n’est pas mal non plus. Et cela doit être un signe des temps.

DLODS: Dans quel milieu vous sentez-vous le plus à l’aise et le plus en phase ? Celui des chanteurs ou celui des comédiens ?

Avec les comédiens. Parce que le milieu des chanteurs actuels, je ne le suis plus beaucoup. Je ne sais pas de quoi on parle quand on parle de « chant » à l’heure actuelle, je suis un petit peu consternée par ce que j’entends ou ce que je n’entends pas. Alors qu’avec les comédiens, il suffit de parler. Et encore, il m’arrive de voir des films français dont je perds certaines phrases, certains mots, de gens qui n’articulent pas, qui parlent vraiment comme s’ils étaient en train de chuchoter dans leur cuisine et je me dis « Est-ce que c’est une mauvaise prise de son ? ». C’est bien, le naturel, mais, à un moment donné, il y a quand même un juste milieu, c’est du spectacle, c’est de la fiction. On joue un rôle, on est en train de dire un texte, on n’est pas en train de parler : « Ah tiens j’suis allé au supermarché ce matin j’ai acheté des pâtes machin, j’ai ach’té des cerises elles étaient pourries ». On doit défendre un texte ! Alors que dans beaucoup de films français, je ne comprends pas la moitié des dialogues, et les chansons n’en parlons pas !

DLODS: Vous n’êtes pas branchée « Star Ac » (rires)?

Ne parlons pas d’horreur ! Cette année, j’ai un peu suivi La Nouvelle Star, surtout les éliminatoires. J’ai entendu des gens qui chantaient très bien et qu’on a éliminés ! Notamment un jeune chanteur de couleur, très sympathique, beau garçon, bien fait de sa personne. Mais pour eux, c’était épouvantable car il avait 33 ans ! Trop « vieux » !

DLODS: Il y a eu le contre-exemple Susan Boyle, dont vous avez du voir les images…

Oui, bien sûr (rires). Et il y avait cette andouille de journaliste de rock’n roll, Philippe Manœuvre, qui disait « On s’croirait dans les années 60 ! Oh, mais, qu’est-c’ que j’entends ! ». Et ce n’est pas le seul, j’ai entendu plusieurs jeunes filles et garçons que j’ai trouvés pas mal et qui ont été balayés ! Quand on voit ce qu’ils ont gardé !

DLODS: Il faut de tout, de toute façon ?

Mais non, il ne faut pas de tout. Il ne faut pas du n’importe quoi quand même, parce que c’est dangereux. Quand je vois une des membres du jury qui n’a pas eu une carrière particulièrement brillante et qui se permet de donner des conseils aux chanteurs, la pauvre ! Mais de quoi elle parle ! Qu’est-ce qu’elle représente, elle, comme technique vocale ? A un moment donné elle a voulu chanter du Prévert, mais elle n’a pas l’air d’avoir accroché beaucoup de monde avec ça ! Tout ça pour vous dire que je ne comprends plus vraiment la chanson française. Par contre, il y a une fille que j’admire beaucoup, qui est extraordinaire, c’est Camille. Alors ça, c’est une « show woman » extraordinaire, elle a des possibilités vocales magnifiques. Il n’y a rien à dire, c’est parfait. Franchement, à part elle, je ne sais pas qui vous citer qui m’enchante, qui m’ait épaté.

DLODS: Vous-même, avez-vous donné des cours de chant ?

Oui, j’en ai donné entre autres pour le conservatoire de Noisy, notamment à un jeune professeur qui était un peu dépassé par les événements, et manquait de confiance.

Lucie Dolène chante "Comment voulez-vous?" 
(paroles et musique Jean Constantin, du film Les 400 coups (1959))
au concert de son fils François Constantin (Théâtre de l'Européen, 21 octobre 2014)

DLODS: Quel regard portez-vous sur la carrière de vos enfants qui sont tous les trois artistes (Olivier et Virginie chanteurs, François percussionniste) ? Êtes-vous confiante pour leur avenir professionnel ?

Je porte un regard plein d’admiration et d'un peu d’anxiété parce que je les admire de se bagarrer comme ils font pour subsister et survivre dans un métier qui est de plus en plus difficile et de plus en plus déjanté. Je m’inquiète pour eux parce que ce sont de très bons musiciens et je trouve qu’ils ne sont pas assez reconnus pour ce qu’ils sont. Mais ils ont quand même le privilège de vivre, encore et toujours, de leur métier, ce qui n'est pas mal non plus ! Mais je pense que moi j’ai fait ce métier à une époque quand même très privilégiée, où les choses étaient plus limpides, plus classiques, plus conventionnelles, on va dire. Ce n’est pas parce qu’on faisait un disque qu’on devenait une star. Un disque, à mon époque, cela ne signifiait rien du tout. J’étais chez Philips pendant des années, je n’ai jamais vendu beaucoup de disques. Un disque, c’était bien quand ça venait ponctuer quelques années de succès avec des chansons qu’on avait défendues sur scène et qui avaient fait leur chemin déjà toutes seules. On nous disait « Tenez, puisque vous les chantez si bien depuis longtemps, on va en faire un disque ! » (rires). Il me semble que c’est comme ça qu’avec le recul je vois ce que j’ai vécu. Donc, c’était formidable, on faisait ses petites classes tranquillement. Moi, j’ai eu beaucoup de chance car j’ai démarré tout de suite très vite après mes deux ou trois cachets de choriste à l’ORTF. J’ai eu la chance de faire de belles rencontres et je n’ai jamais eu de second rôle. Quand Guy Lafarge m’a donné un rôle dans son opérette, c’était le premier rôle, donc c’était formidable. Et ça a été comme ça dans les deux ou trois opérettes que j’ai jouées.

DLODS: Quel regard portez-vous sur votre carrière en tant que chanteuse ? Si tout devait recommencer, est-ce que vous suivriez la même voie ?

C’est difficile à dire. Je pense que j’ai eu beaucoup de chance de faire cette petite carrière-là, tranquille. Vous savez, je ne me considère pas comme ayant fait une grande carrière, j’ai fait une carrière honnête et modeste. J’ai fait de mon mieux, mais « aurait pu mieux faire »  comme c’est écrit dans les bulletins scolaires. Au fond, les choses sont allées tellement naturellement vite et bien. Je ne me suis jamais trouvée avant la fin d’un contrat sans savoir ce que j’allais faire, j’avais toujours des choses qui s’enchaînaient normalement. Je suis allée chanter partout, grâce à l’agence formidable dans laquelle j’ai été, Tavel et Marouani. J’ai chanté en Angleterre, en Suède, en Norvège, en Italie, en Espagne, au Liban. Encore un beau souvenir, le Liban...

 (Depuis cette interview, Lucie a participé à plusieurs doublages intéressants : le court-métrage d’animation « Citrouilles et vieilles dentelles » (avec Jacques Ciron et Brigitte Lecordier), les séries « The Middle » et « Nurse Jackie », les films « Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu » (rôle de la voyante) et « Very bad cops » (rôle de Mama Ramos))

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