dimanche 28 juillet 2013

Fiches voxographiques de films musicaux, 1ère partie: Mary Poppins et Chitty Chitty Bang Bang

Grâce à mes amis et correspondants chanteurs et aux meilleurs oreilles de la "voxophilie", j'ai le plaisir de vous proposer régulièrement des fiches pour la plupart inédites (ou pré-publiées sur le Nouveau Forum Doublage Francophone) reprenant le doublage de grands films musicaux... Premier volet: Mary Poppins et Chitty Chitty Bang Bang...


MARY POPPINS (1964)

Le doublage de ce film a d'abord été proposé en 2003 par P. Copin sur le forum de La Gazette du Doublage. La fiche est truffée d'erreurs (qui s'expliquent en partie par une mauvaise gestion de colonnes d'un tableur excel): les noms des comédiens sont bons (certainement prélevés sur un générique d'époque), mais les attributions aux rôles mauvaises. En outre, les noms de simples choristes sont attribués à des "voix chantées" de personnages (exemple: Jean Cussac doublerait M. Banks, Claude Germain Burt, etc.) alors que tous les comédiens doublent à la fois les dialogues et les chansons dans le film.

La fiche a été reprise sur de nombreux sites, dont Voxofilm (site encyclopédique de référence sur le doublage) qui y a ajouté quelques rôles, et Wikipedia.

En demandant à Jean-Pierre Nord (meilleur voxophile pour la période des années 40 aux années 60) d'avoir la gentillesse de regarder le film, j'ai permis de corriger de nombreuses erreurs (même si certains doutes demeurent, notamment sur des petits rôles).

La voix de Mme Banks (créditée comme étant celle d'Anne Germain sur la fiche initiale de P. Copin) a été formellement identifiée par Jean-Pierre Nord, plusieurs autres spécialistes du doublage des années 60 (François Justamand, Gilles Hané), mais aussi Anne Germain elle-même (qui par son excellente mémoire collabore précieusement à mes recherches), comme étant celle de Nicole Riche. Cette comédienne à la jolie voix acidulée a doublé Shirley McLaine dans plusieurs de ses films, Debbie Reynolds dans Chantons sous la pluie, etc. 

N'en déplaise aux modérateurs de Wikipedia (Wikipedia qui se permet de récupérer des fiches sur des forums, mais refuse de créditer les forums en tant que sources, ne cherchez pas la contradiction!) qui s'obstinent à penser qu'Anne Germain fait la voix parlée et chantée de Madame Banks, Anne m'a confirmé n'avoir participé au film qu'en tant que choriste (elle se souvient très bien de la séquence des brebis et des oies), et m'a informé avoir, comme beaucoup de chanteuses à l'époque, passé les auditions pour doubler le rôle principal (Mary Poppins).

Nicole Riche faisait donc bien la voix parlée et chantée, comme c'était la mode dans la première moitié des années 60 sous l'ère André Theurer, qui n'hésitait d'ailleurs pas à engager des chanteurs lyriques (comme Lucie Dolène, Pierre Marret, Eliane Thibault, etc.) pour doubler à la fois les dialogues et les chansons (Blanche-Neige et les sept nains, Winnie l'ourson, etc.).


Société: S.P.S. (Société Parisienne de Sonorisation)
Direction artistique: Serge Nadaud*
Direction musicale : André Theurer*
Adaptation: Louis Sauvat
Adaptation chansons: Christian Jollet

Sortie française: 1er septembre 1965

Julie Andrews... Mary Poppins… Eliane THIBAULT (voix parlée et chantée)
Dick Van Dyke...  Bert / Mr. Dawes Senior… Michel ROUX (voix parlée et chantée)
David Tomlinson...  Mr. Banks…  Roger TREVILLE (voix parlée et chantée)
Glynis Johns... Mrs. Banks… Nicole RICHE (voix parlée et chantée)****
Hermione Baddeley... Ellen (la gouvernante)…  Hélène TOSSY****
Reta Shaw...  Madame Brill (la cuisinière)… Germaine MICHEL****
Karen Dotrice...  Jane Banks… Elisabeth BODA (voix parlée et chantée)
Matthew Garber... Michael Banks… Benjamin BODA (voix parlée et chantée)
Elsa Lanchester ... Katie Nounou… Estelle GERARD ?****
Arthur Treacher...  Sergent Jones… Fernand FABRE*** ou autre****
Reginald Owen...  Amiral Boom… Jacques HILLING*
Ed Wynn... Oncle Albert… Richard FRANCOEUR**
Jane Darwell... La femme aux oiseaux… Henriette MARION***
Arthur Malet... Mr. Dawes Junior… Alfred PASQUALI*
Don Barclay... Mr. Binnacle, canonnier de l’Amiral Boom… Jean DAURAND***
Voix du Parapluie-perroquet… René HIERONIMUS*

BALLADE AVEC MARY

Bill Lee... Bélier… Jean CUSSAC *
Les brebis… Jeanette BAUCOMONT*, Anne GERMAIN* et Janine DE WALEYNE ?*
Paul Frees... Cheval… Pierre MARRET*
Marc Breaux… Vache… ???
Marni Nixon... Les oies… Jeanette BAUCOMONT*, Anne GERMAIN* et Michèle DORNAY ?*
Thurl Ravenscroft... Porc… Pierre MARRET*

LES PINGOUINS

Pingouin 1… ??? (voix chantée « tout c’que vous demanderez») et Hubert DE LAPPARENT**** (voix parlée « Toujours avec vous, Mary Poppins »)
Pingouin 2… ??? (voix chantée « vous est offert ») et ??? (voix parlée « Vous êtes notre préférée »)
Pingouins 3 et 4… ???
Daws Butler… Voix de la tortue… ???

LA COURSE

Dal McKennon ... Voix du Garde du carousel… Georges HUBERT***
Chasseur (“taïaut, taïaut”)… Henri VIRLOJEUX ?****
Dal McKennon ... Voix du renard… Hubert DE LAPPARENT*** ou Roger CROUZET****
Jockey imberbe (« Volontiers. De rien, madame ! »)… Jacques CIRON ? ****
Juge de la course… Jacques HILLING ?**** ou Henri VIRLOJEUX?*
Juge moustachu qui s’exprime derrière lui (“Très bonne!”)… Alfred PASQUALI****
J. Pat O'Malley… Photographe…. ???
Dal McKennon... Voix du Reporter n°1… Georges ATLAS***
J. Pat O'Malley… Voix du Reporter n°2… Henri VIRLOJEUX****
Alan Napier... Voix du Reporter n°3… Jacques CIRON
Sean McClory… Voix du Reporter n°4… ???
J. Pat O'Malley... Musicien maltraité… Jacques MARIN*

LA BANQUE

Lester Matthews… M. Tomes (un banquier "à racheter", « pour les bateaux »)… Paul VILLE****
Banquiers… Jacques BALUTIN* ("Banqueroute", "chantiers") et Henri VIRLOJEUX* ("Opportunités", "tanneries")
Le chef des caissiers (“arrêtez tous les paiements ! »)… Georges ATLAS****
Une dame… Madeleine BARBULEE ?***
James Logan... Portier de la banque… Pierre COLLET*** ou autre****

Choeur: Claude GERMAIN, Guy MARLY (tenors), Jean CUSSAC, Georges THERY (barytons) et Pierre MARRET (basse)
Christiane LEGRAND, Jeanette BAUCOMONT, Anne GERMAIN, Alice HERALD, Claude CHAUVET*(en remplacement d’une choriste, peut-être Christiane LEGRAND), et certainement, d'après les souvenirs d'Anne Germain, Janine de WALEYNE* et Michèle DORNAY*

Sources: Copin, d’après carton erroné
Et, par ordre chronologique de participation à la fiche:
* : Rémi (remerciements à Eliane Thibault, Elisabeth Boda, Anne Germain, Alice Herald et Claude Chauvet)
** : Mauser, confirmé par FilmArchives
*** : FilmArchives
**** : Jean-Pierre Nord



CHITTY CHITTY BANG BANG (1968)

Pour ce film de nombreux "trous" demeurent dans la distribution des voix parlées. En revanche pour ce qui est des chanteurs, mon correspondant Gilles Hané les a retrouvés sur la pochette du disque (rare) des chansons du film sorti à l'époque. Heureusement car personne ne semble se souvenir de ce mystérieux André Viel (inconnu sur Google), même si Eliane Thibault et Jean Cussac pensent que c'était un  chanteur de l'Opéra-Comique.
Il est étonnant de constater que Claude Bertrand, en plus de doubler le père Truly, prête aussi sa voix au Grand-Père Potts (doublé pour les dialogues par Henri Virlojeux) dans une chanson.


Société: S.P.S. (Société Parisienne de Sonorisation)
Direction artistique: ???
Direction musicale : André Theurer****
Adaptation: ???
Adaptation chansons: Christian Jollet****

Sortie française : 21 mars 1969
 
Dick Van Dyke... Caractacus Potts… Dominique PATUREL (voix parlée)
Dick Van Dyke... Caractacus Potts… André VIEL (voix chantée)****
Sally Ann Howes... Truly Scrumptious… Eliane THIBAULT (voix parlée et chantée)****
Lionel Jeffries... Grandpa Potts… Henri VIRLOJEUX (voix parlée)
Lionel Jeffries... Grandpa Potts… Claude BERTRAND (voix chantée)****
Gert Fröbe... Baron Bomburst… Duncan ELLIOTT (voix parlée)*
Gert Fröbe... Baron Bomburst… Pierre MARRET (voix chantée)****
Anna Quayle... Baronne Bomburst… Jacqueline JEFFORD (voix parlée)*
Anna Quayle... Baronne Bomburst… Denise BENOIT (voix chantée)****
Benny Hill... Le fabricant de jouets… ???
James Robertson Justice... Lord Scrumptious… Claude BERTRAND
Robert Helpmann... Le ravisseur d’enfants… ???
Heather Ripley... Jemima Potts… Francine LEFEBVRE (voix parlée et chantée)*
Adrian Hall... Jeremy Potts… Gaston GUEZ (voix parlée)*
Adrian Hall... Jeremy Potts… J-C DALLEMAGNE (voix chantée)****
Barbara Windsor... La femme du gros monsieur… ???
Davy Kaye... Amiral… ???
Alexander Doré ... Herman le premier espion… Jacques CIRON**
Bernard Spear... Sherman le deuxième espion… ???
Stanley Unwin... Chancelier… ???
Peter Arne... Capitaine de la garde… ???
Desmond Llewelyn... George Coggins le fermier… Paul VILLE ?***
Victor Maddern ... Le ferrailleur… Henry DJANIK
Arthur Mullard... Cyril, gros monsieur de la fête foraine… Fernand RAUZENA
Richard Wattis... Philips, le secrétaire de Lord Scromptious… René BERIARD

Sources: Dafer, 

FJ (d’après archives CNC)*, 
Claude**, Fenomena***, 
Gilles H./Dans l’ombre des studios**** (d’après disque rare et reconnaissances personnelles) 


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mardi 9 juillet 2013

Les festivals d'été

Quelques spectacles d'amis de talent à voir en ce moment au festival off d'Avignon :

-Opus Coeur. Une pièce d'Israël Horovitz avec Jean-Claude Bouillon et Nathalie Newman, dans une mise en scène de Caroline Darnay. La rencontre percutante entre un professeur de musique à la retraite et une jeune employée de maison. Tous les jours à 12h jusqu'au 31 juillet à La Fabrik' Théâtre.

-Louise Michel, écrits et cris. Comédienne et chanteuse, Marie Ruggeri incarne avec tout son talent et sa sensibilité Louise Michel. Des textes qui racontent son engagement, des chansons qui expriment ses interrogations... Tous les jours à 16h jusqu'au 31 juillet à l'Essaïon-Avignon.

-Le clochard stellaire. Pierre Margot est le "clochard stellaire" de l'univers poétique de Georges de Cagliari. Tous les jours à 18h30 jusqu'au 28 juillet au Théâtre Au Bout Là-bas

 -Mon manège à moi. Dans ce spectacle détonnant, François Constantin, percussionniste et chanteur, rend hommage à son père l'auteur-compositeur-interprète Jean Constantin... Tous les jours à 19h05 jusqu'au 31 juillet au Théâtre La Luna.

Autres événements estivaux à signaler: du 9 au 13 août se tiendra la 5ème édition du sympathique festival de cinéma de Visan dont la marraine est mon amie Nicole Trabaud, veuve du comédien Pierre Trabaud. Au programme, expositions et projections de films présentées par plusieurs artistes parmi lesquels Patrice Leconte, François Constantin (encore lui!), Delphine Depardieu et Alexis Moncorgé. 

José '"Scat Cat" Germain jouera quant à lui du saxophone avec ses amis du Big Band Connexion au festival Le Jazz au fil du Cher, proche de Montluçon. Concert à 21h dimanche 21 juillet à Lavault-Sainte-Anne.


vendredi 5 juillet 2013

Présentation presse du musical La Belle et la Bête

Aujourd'hui sortons de l'ombre des studios d'enregistrement pour nous intéresser à la création française du musical La Belle et la Bête (adaptation du célèbre film d'animation des studios Disney) le 24 octobre 2013 au Théâtre Mogador.

Mardi 2 juillet a eu lieu à Paris la présentation de presse de ce qui sera certainement l'événement théâtro-musical de la rentrée, et le moins que l'on puisse dire est que Stage Entertainment n'a pas fait les choses à moitié. Location de la salle Gaveau mise pour l'occasion aux couleurs de La Belle et la Bête (scène couverte de bouquets de fleurs rouges, costumes sur scène et dans les escaliers, etc.), présence du grand Alan Menken himself accompagné d'une formation de musiciens issue de l'orchestre Colonne sous la direction de Yannis Pouspourikas interprétant les grands airs de La Belle et la Bête, etc.

Après une première séquence orchestrale émouvante et les mots d'introduction  de Laurent Bentata et Jean-François Camilleri (respectivement directeurs généraux pour la France de Stage Entertainment et The Walt Disney Company), Alan Menken entre en scène sous les ovations du public, une salle comble de journalistes, d'acteurs de comédies musicales (notamment toute l'équipe française de Sister Act du même Alan Menken, dont notre amie Rachel Pignot) et de fans... "Quand j'étais jeune je voulais être une rock star... et la dernière chose que je voulais faire était compositeur de théâtre musical!" s'amuse le compositeur multi-oscarisé à qui l'ont doit les musiques de La Petite Sirène, La Belle et la Bête, Aladdin, Pocahontas, etc.).

Au micro d'Arnaud Cazet (directeur marketing et communication de Stage Entertainment), Alan Menken raconte sa jeunesse, baignée dans l'univers des comédies musicales de Rodgers & Hammerstein, ses premières créations pour Broadway, sa première participation à un film Disney (La Petite Sirène), mais aussi sa collaboration avec Howard Ashman, et tout le processus de création des musiques de La Belle et la Bête. Pour notre plus grand bonheur, il interprète au piano les mélodies qu'il a composées (Gaston, C'est la fête, etc.), et celles-ci sont ensuite reprises par l'orchestre. Plusieurs films sont projetés, notamment un making of de l'enregistrement des voix originales, ainsi que la cérémonie où Alan Menken reçut l'Oscar de la meilleure musique de film pour La Belle et la Bête. Il nous raconte par ailleurs qu'après avoir reçu l'oscar un journaliste lui avait annoncé en coulisse qu'il venait également de recevoir dans la même soirée... le razzie award de la pire musique pour Newsies.

Pour cette version "Broadway" de La Belle et la Bête (déjà jouée depuis 1994 dans 21 pays mais encore inédite en France), Alan Menken a repris toutes les chansons du film, et y a ajouté sept nouvelles chansons qui approfondissent la psychologie des personnages. Les chansons issues du film seront pour notre plus grand bonheur proposées avec les paroles françaises originales du film adaptées par Claude Rigal-Ansous (on se souviendra de notre déception en découvrant la comédie musicale Le Roi Lion dans une nouvelle adaptation) et les sept nouvelles chansons seront adaptées par Nicolas Nebot et le livret par Ludovic-Alexandre Vidal, qui ont déjà travaillé ensemble sur Sister Act. Un changement primordial comparé au film est l'évolution des "hommes objets" du château: ceux-ci se déshumanisent progressivement... Les costumes évoluent donc tout au long du spectacle.

Les jeunes interprètes de Belle (Manon Taris) et de la Bête (Yoni Amar) sont présentés au public. Tous deux ont déjà eu des rôles intéressants dans des comédies musicales montées à Paris ou en tournées mais c'est leur première participation importante à un spectacle de Stage Entertainment (ils ont en effet joué dans Sister Act, mais en tant que doublures). Yoni Amar explique qu'il avait d'abord été contacté pour le casting de Gaston, mais avait demandé à faire aussi celui de la Bête. Quant à Manon, elle avait vu la comédie musicale à Londres à l'âge de dix ans, et incarner Belle était un rêve de petite fille. Accompagnés par Alan Menken au piano et l'orchestre, Manon et Yoni chantent pour conclure cette belle soirée le duo "Histoire éternelle" dans sa version pop (enregistrée en VO par Céline Dion et Peabo Bryson). 




 Première partie de la présentation de presse (filmée par Radio Disney Club)



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lundi 22 avril 2013

Janine de Waleyne : de Boby Lapointe à Léo Ferré



Chanteuse soliste et choriste, ondiste, chef de chœurs, Janine de Waleyne est certainement l’une des figures les plus marquantes des studios d’enregistrement des années 60-70. Celle qui fut la « Juanita Banana » d’Henri Salvador, et chanta tant de magnifiques duos avec Jacques Brel, Léo Ferré, Boby Lapointe ou encore Baden-Powell est décédée en 1987 dans la plus grande indifférence médiatique. Reconstituer le fil de sa vie et de sa carrière d’interprète prolifique mais peu souvent créditée sur les pochettes de disques fut un travail de longue haleine, et n’aurait été possible sans les recherches parallèles d’Alaric Perrolier (amateur éclairé de l’œuvre de Léo Ferré), la participation du fils de Janine, Clément Bailly, percussionniste aujourd’hui expatrié au Laos, et les témoignages de bon nombre d’amis choristes. Qu’ils en soient ici remerciés.


Jeanine Marcelle Duparcq de Waleyne naît le 2 mai 1921 à Paris (10ème). Issue d’une famille de musiciens et d’artistes (elle est parente du compositeur Henri Duparc ainsi que de Théodore Dubois, auteur d’un célèbre traité d’harmonie), elle suit depuis la plus tendre enfance des études musicales sous la houlette de sa mère, Madeleine Duparcq de Waleyne, pianiste concertiste, élève de Maurice Ravel et amie de Marguerite Long ainsi qu’au Conservatoire National de Paris.

A l’âge de huit ans, elle devient championne internationale de danses rythmiques, et intègre vers l’âge de seize ans un quatuor d’ondes Martenot (certainement celui de Ginette Martenot),  l’un des tous premiers instruments électroniques de l'histoire de la musique. Elle fait partie des Jeunesses musicales de France, section folklore, joue même des ondes Martenot avec un bagad breton dans les années trente, et collecte avec sa mère des chansons et des costumes traditionnels de toutes les régions de France. Ces documents lui permettront plus tard de collaborer à l’écriture du livre Costumes de notre terroir de Charles Brun (1945). Janine de Waleyne participe à des tournées en France et en Europe avec le groupe folklorique fondé par sa mère, ainsi qu’à l’inauguration du Musée national des arts et traditions populaires (1937).



Janine joue sous la direction de Ginette Martenot (octuor d'ondes Martenot)
"Blue Moon" à l'Exposition Universelle de 1937


Janine vers 1939
(Remerciements à Matej Hanauer)
Au début de la Seconde Guerre Mondiale, Janine de Waleyne s’engage à la Croix-Rouge pour aider les réfugiés. Elle devient la "marraine de guerre" du pilote de chasse tchèque Otto Hanzlicek, venu combattre auprès des troupes françaises. Janine travaille comme pianiste au Poste Parisien (Radio Paris) et compose des musiques de scène (Le Bout de la Route de Jean Giono, 1941), tout en portant du courrier pour la Résistance. A la Libération, elle réintègre la Croix-Rouge pour les blessés et les rapatriés. C’est par l’arrivée des GI’s qu’elle découvre le jazz, devient une grande admiratrice d’Ella Fitzgerald et fréquente à Saint-Germain-des-Prés la bande de Juliette Greco et de Boris Vian. Habitant non loin de ce quartier mythique, Janine et son mari (guitariste formé par Django Reinhardt qu’il payait en bouteilles de vin, comédien, devenu psychanalyste plus tard) reçoivent régulièrement chez eux Henri Salvador, le contrebassiste de jazz Pierre Michelot, Michel et Christiane Legrand, et même Quincy Jones. Son fils Clément, né en 1951, garde de superbes souvenirs de ces soirées musicales. C’est certainement à cette même époque qu’elle change son prénom Jeanine en Janine. 

En 1954, sur une idée d’Eddie Barclay, la chanteuse américaine Blossom Dearie forme un groupe vocal de jazz moderne, les Blue Stars of France. Pour cela, elle s’entoure de plusieurs chanteurs ou musiciens chanteurs, parmi lesquels Christiane Legrand et Janine de Waleyne. Une première en France. Janine n’enregistre que le premier disque et, fâchée avec Christiane Legrand, ne sera jamais associée à la création des groupes vocaux de jazz qui vont se former par la suite (les Double Six, les Swingle Singers, etc.), dans lesquels la soeur de Michel Legrand a une place de premier plan. 

Fin des années 50, les chanteurs de variétés sont alors principalement accompagnés par des choristes lyriques, provenant en grande partie de l’Opéra-Comique, comme le chœur Marguerite Murcier, qui accompagne sur scène et en studio Edith Piaf, Luis Mariano, etc. Janine de Waleyne pressent qu’avec l’évolution des styles musicaux, des arrangements et l’expansion du marché du disque, les chanteurs vont de plus en plus avoir besoin de choristes « modernes », rompus à tous les styles de chant et notamment au jazz, pour les accompagner. Ces choristes, il faut les choisir, les diriger vers les arrangeurs du moment en fonction de leurs besoins. Janine s’engouffre dans ce créneau sans trop y croire. « Lorsqu’on a commencé à faire des chœurs vers 1955-1956, Janine nous a dit « on va en profiter, mais je ne pense pas que ça durera plus de deux ou trois ans ». Et finalement la grande époque des chœurs a duré bien plus longtemps » se souvient Claudine Meunier (ex-Blue stars, Double Six et Swingle Singers). Janine devient donc avec Christiane Legrand (puis plus tard Jean Stout et Danielle Licari) l’une des principales intermédiaires pour le choix des chœurs. Plébiscitée par la plupart des arrangeurs parisiens, elle fait rapidement la pluie et le beau temps dans le milieu des « requins de studio », et s'entoure notamment de Jean-Claude Briodin, Jean Cussac, Michèle Dornay, Claudine Meunier, Claude et Anne Germain. Cette position lui permet aussi de s’affirmer comme chanteuse soliste.


 Janine de Waleyne à la télévision
(Choeurs de "L'orange" avec Gilbert Bécaud, duo "L'été où est-il?" avec Boby Lapointe, soliste "Je suis un soir d'été" avec Jacques Brel, et répétitions avec Léo Ferré)


Son amplitude vocale exceptionnelle lui permet de tout faire. Pour Gilbert Bécaud, elle pousse les cris déchirants de « L’Orange » et participe à ses chœurs en studio, tournées, à l’Olympia (1967), etc. Pour Jacques Brel, elle chante en duo avec lui, sur scène et en studio « Demain l’on se marie » (1958), participe à l’enregistrement des dialogues de son poème symphonique Jean de Bruges (1965), chante les vocalises de « Je suis un soir d’été » (1968). Rarement créditée sur les pochettes de disque (les rares fois où elle l’est, son nom est une fois sur deux mal orthographié), on peut l’identifier grâce à son timbre reconnaissable dans les titres de bon nombre de chanteurs des années 60 : Jean Ferrat (soliste "Deux enfants au soleil", studio 1961 (réenregistrée quelques années plus tard dans un nouvel arrangement avec les vocalises de D. Licari) et Alhambra 1965), Alain Barrière (soliste « Ma vie », 1964), Sheila (choriste « Vous les copains », 1964), Antoine (soliste "Dites-moi ma mère", 1969), Gribouille (soliste « Les corbeaux », 1965, dans laquelle son interprétation n’est pas sans rappeler Yma Sumac), etc.

Medley Janine de Waleyne 1: Demain l'on se marie (duo avec Jacques Brel), L'espoir (soliste pour Léo Ferré), Ma vie (soliste pour Alain Barrière), La dispute (soliste pour la musique du film Les Galets d'Etretat, musique Georges Garvarentz), Naquele Tempo (duo avec Baden-Powell), L'étoile a pleuré rose (soliste pour Léo Ferré).

D. Licari, J. de Waleyne, M. Dornay et M. Conti
(Séance studio pour Léo Ferré, période 1964-1967)
(Photo H. Grooteclaes)
Mais s’il y a bien un artiste qui a révélé toute l’étendue du  talent de Janine de Waleyne, c’est  Léo Ferré. Dès le début des années 60, l’artiste utilise la voix de Janine comme un véritable instrument soliste en studio et dans des concerts à Paris. Un grand respect mutuel les lie. Cette collaboration atteindra son apogée pour l’enregistrement et les concerts (Opéra-Comique 1974, Palais des Congrès 1975) de l'oratorio La Chanson du mal-aimé (1972) où Janine prouve qu'elle peut aussi superbement chanter de manière « classique » et pour l'enregistrement de l'album L’espoir (1974) : dans ce dernier, elle accompagne Léo Ferré sur plusieurs titres (« Je t’aimais bien tu sais », « Marie », « L’espoir », « Les amants tristes », « La damnation »), jonglant sur les couleurs, les accentuations, les changements d’octaves. Une interprétation sublime…

Baden-Powell et Janine
Autre rencontre importante : le chanteur et guitariste brésilien Baden-Powell  qui, en tournée en France, tombe sous le charme de la voix de Janine de Waleyne. La mode depuis le début des années 60 et l’apparition du jazz samba étant d’engager des vocalistes en accompagnement du guitariste-chanteur principal, Baden-Powell l'engage pour enregistrer plusieurs albums avec lui (parmi lesquels Images on guitar – Baden + Janine, 1972) et Janine part en tournée avec l’artiste à Rio et San Salvador. Un Baden-Powell qu’elle trouve génial lors de ses concerts, malgré un penchant malheureusement trop prononcé pour l’alcool. Son fils Clément de Waleyne participe à cette aventure comme percussionniste, les débuts d’une longue carrière de studio sous le nom de Clément Bailly.

Medley Janine de Waleyne 2: Je t'aimais bien tu sais (soliste pour Léo Ferré), Andréa c'est toi (duo avec Boby Lapointe, voix truquée), Sur une plage (slow de Gérard Calvi), Larmes en sol pleureur (ondes martenot pour une musique de Michel Magne, voc. Christiane Legrand), Savez-vous... (soliste pour Maurice Chevalier), Venham mais cinco (soliste pour Zeca Afonso), La damnation (soliste pour Léo Ferré).


Boulimique de travail, Janine est partout et dans tous les registres  dans les années 60/70: chœurs et soli dans des chansons en studio, sur scènes et en tournées (tournée en Russie comme chef de chœurs pour Michel Legrand), comédies musicales (Paris Populi  de Francis Lemarque en 1974), publicités, jingles, musiques de films (le superbe blues du film Des pissenlits par la racine, le duo « La dispute » du film Les Galets d’Etretat), de scène (théâtre, cabarets). « Avec Janine de Waleyne nous avons même enregistré un duo pour le club Le Paradis Latin qui s’appelait « Je suis ta pédale douce ». Autant te dire que nos fous rires ont rendu l’enregistrement difficile! » se souvient avec amusement et nostalgie son « collègue de micro » Michel Barouille. En doublage en revanche, son travail est plus discret : pas mal de chœurs (Winnie l’Ourson (1966), Robin des Bois (1973)), quelques petits soli dans des films (Oliver ! (1968), Pinocchio (1975)), mais peu de « grands » rôles. On notera quand même sa participation comme voix chantée de plusieurs personnages dans Dorothée au Pays des Chansons (1980). Elle chante également plusieurs chansons du Kanapoutz de L’île aux enfants (1978).



 Scopitone de "Juanita Banana" (1966) avec Henri Salavador et la voix de Janine de Waleyne


Femme de tempérament, Janine a  dans la vie une véritable nature comique, exploitée par les chanteurs qui en font une Ulrika Von Glott (personnage de cantatrice déjantée créé par Marianne James) avant l’heure. Pour son ami Henri Salvador, elle fait les aigus de « Juanita Banana » sur l’air de Gilda de Rigoletto de Verdi  et participe à plusieurs de ses chœurs comme « Minnie petite souris ».  Pour Régine elle chante en duo "Pourquoi un pyjama?" (1966), pour Henri Tachan « Comme dans un opéra » (1981) et pour Maurice Chevalier « Savez-vous… » (reprise de 1965 de « Savez-vous planter les choux ? »). Pour Boby Lapointe, elle incarne la délirante fée de « L’été où est-il ? » (1967), chante avec lui « J’ai fantaisie » (1964), mais aussi « Andréa c’est toi » (1967), où sa voix, ralentie par l’ingénieur du son Pierre Roche, donne l’effet d’une parfaite imitation de Tino Rossi. En 1962, le compositeur Gérard Calvi, l’un de ses grands amis pour qui elle avait chanté le slow « Sur une plage » (1957), a l’idée de l’engager pour jouer dans la comédie musicale La Grosse Valse avec Louis De Funès et les Branquignols au Théâtre des Variétés. Elle y interprète plusieurs rôles, dont une chanteuse de blues black dans un duo avec un Louis De Funès déchaîné. Cet aspect comique est aussi exploité dans des fictions ORTF des années 60. 


Medley Janine de Waleyne 3: Les amants tristes (soliste pour Léo Ferré), Faces in the dark (arrangement d'ondes martenot pour une musique de Mikis Theodorakis), Les corbeaux (soliste pour Gribouille), Comme dans un opéra (duo avec Henri Tachan), Blues du film Des pissenlits par la racine (voix truquée, musique de Georges Delerue), Marie (soliste pour Léo Ferré).


Dédicace de Léo Ferré à Janine
(Photo Hubert Grooteclaes, vers 1964)

Elle n’oublie pas non plus son instrument fétiche, les ondes Martenot, qu’elle utilise pour des chanteurs (Léo Ferré dans plusieurs disques dont Les Fleurs du mal (1957),  Boby Lapointe dans L’été où est-il ?), des musiques de films (pour Mikis Theodorakis : arrangements de Faces in the dark (1960) de David Eady, Le Couteau dans la plaie (1962) d’Anatole Litvak), musiques expérimentales (« Larmes en sol pleureur » de Michel Magne, avec la voix de Christiane Legrand), disques pour enfants (Babar, où les ondes Martenot représentent les dialogues de Babar et de l'autruche Adrienne), réclames, bruitages, pièces radiophoniques, musiques de scène…


Janine de Waleyne et Léo Ferré en 1975
(Photo Patrick Ullmann)
Dans le courant des années 70, les arrangements demandent de moins en moins de chœurs, ou alors des voix « dans le vent » qui ne nécessitent pas forcément de savoir lire la musique. Janine tient jusqu’au bout à s’entourer de lecteurs et lectrices, parmi lesquelles la jeune Jocelyne Lacaille (qui travaillera pour Michel Sardou, Johnny Hallyday, Claude François, etc.) à qui elle passe le relai. Fin des années 70, à la découverte d’un cancer compliqué Janine se retire sur la Côte d’Azur, où elle enseigne le chant au Conservatoire de Nice jusqu’à sa mort le 22 décembre 1987. Une fin plutôt triste, comme en témoigne son fils Clément : « Ma mère était ce qu’on appelle un requin de studio. Un requin, et j’ai été un de ceux-là, n’a pas d’états d’âme et pas beaucoup d’amis dans ce métier extraordinaire mais affreux. Dès qu’on peut le virer pour X raisons, on ne s’en prive pas. Ses « amis » à son enterrement n’étaient pas nombreux. ». Une autre anecdote, relatée par Claudine Meunier, confirme ce triste constat : « Janine qui était très malade avait demandé à Jean-Claude Briodin qu’il fasse venir Gilbert Bécaud à son enterrement. Jean-Claude, qui avait travaillé tant de fois comme choriste pour Bécaud, avait dû passer par je ne sais combien d’intermédiaires pour arriver à le contacter. Il me disait que Janine ne se rendait pas compte que nous n’étions que des pions dans ce métier. »

Interprète exceptionnelle, Janine de Waleyne est restée inconnue du grand public, à la différence de Danielle Licari (Le Concerto pour une voix) ou Christiane Legrand qui ont chacune connu une certaine notoriété. Il nous reste heureusement de très nombreux enregistrements pour découvrir ou redécouvrir cette artiste étonnante...



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samedi 20 avril 2013

Nouvelle soirée "Dans l'ombre des studios" et autres news...

J'ai le grand plaisir de vous annoncer que la deuxième soirée Dans l'ombre des studios aura lieu mardi 21 mai à 21h à L'Auguste Théâtre (Paris). François Constantin, percussionniste de grand talent, fils de Jean Constantin et Lucie Dolène, rendra hommage à son père dans son spectacle Mon manège à moi, en avant-première avant le festival d'Avignon. Un spectacle drôle, poétique, rythmé qui met à l'honneur un auteur-compositeur-interprète malheureusement un peu oublié... Ces soirées que j'organise sont une occasion à la fois de découvrir de bons spectacles, tous inédits, mais aussi de se retrouver entre amis comédiens, choristes, et passionnés de doublage et de chansons dans un lieu convivial... Venez nombreux!
Réservations ici (attention, les places partent vite!)...
(L'Auguste Théâtre, 6 impasse Lamier, 75011 Paris. Tél: 01.48.78.06.68)     

Quelques nouvelles d'autres amis:

- Comédien, chanteur, auteur, compositeur, Michel Mella prépare en ce moment un spectacle qui sera programmé pour la troisième soirée Dans l'ombre des studios. Ce spectacle aura lieu à L'Auguste Théâtre mardi 24 septembre 2013 à 21h, avec la participation de Barbara Tissier, Hervé Rey et Patrick Vilbert. Plus d'informations cet été ...

-Roger Carel est ponctuellement sorti de sa retraite en février pour enregistrer la voix d'Astérix dans le film d'animation Le Domaine des Dieux d'Alexandre Astier. La dernière session d'enregistrement devrait avoir lieu courant mai.

-Choriste en studio et tournées pour de nombreux chanteurs (Claude François, Johnny Hallyday, Nicoletta, etc.) et spécialiste du chant gospel, Jocelyne Lacaille donnera un stage de gospel (chant, attitude scénique, etc.) à Lisieux (Calvados). Pour plus d'informations: voice.optimum@yahoo.fr

-En ce moment vous pouvez applaudir l'excellent Bernard Métraux (voix entre autres de Bill Murray, David Caruso, etc.) dans Roméo et Juliette à la Tour vagabonde (Paris), théâtre élisabéthain itinérant construit sur le modèle du Globe Theatre de Londres. Le lieu est magique, la distribution et la mise en scène éclatantes... Réservations ici

-C'était le plus joli choeur de jeunes femmes des années 60, et certaines (dont mes correspondantes Nicole Darde et Claude Chauvet) ont connu par la suite une belle carrière de choriste studio: les Djinns seront à l'honneur de l'émission Etonnez-moi Benoît samedi 27 avril à 11h sur France Musique. Benoît Duteurtre recevra à cette occasion Claudie Le Bozec, Genneviève Berno, Annie Morel et Chantal Thevenard.

-Patrice Dozier, comédien, met son talent et ses belles qualités humaines dans un nouveau projet, ComCyrano, coaching en expression orale pour comédiens, cadres, etc. Son site internet

-Cela fait ce mois-ci exactement dix ans que j'ai interviewé mon premier comédien, il s'agissait de Roger Lumont... J'étais alors au lycée, lui avais envoyé un courrier et il m'avait très gentiment appelé. Pour célébrer ces dix ans d'amour pour les artistes, j'ai concocté un petit montage fait de vidéos complètement inédites de comédiens, prises lors d'interviews, repas, etc.


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mardi 19 mars 2013

Le premier doublage de Blanche-Neige enfin retrouvé !


« Bonjour, je vous signale que je possède une copie  de la version Française de 1938 de « Blanche Neige et les sept Nains » en 16mm ». J’ai eu la chance de recevoir en décembre 2012 ce message que tant de passionnés de doublage rêveraient de recevoir au moins une fois dans leur vie, et d’entreprendre avec la formidable aide technique de mon correspondant Greg P. (rédacteur de l’excellent blog « Film perdu ») une numérisation de ce doublage perdu depuis le redoublage de 1962… Blanche-Neige et les Sept Nains est le premier film d’animation qui soit à la fois sonore et en couleurs, il a été vu par des millions d’enfants dans le monde. Un film mythique sur lequel bon nombre de livres très exhaustifs ont été écrits, et pour lequel persistent pourtant de nombreux mystères sur sa ou ses premières versions françaises. Je vous propose avant d’évoquer cette dernière découverte un petit historique de l’évolution des théories sur le sujet …

I) Blanche-Neige et ses trois doublages…

En 2001, Blanche-Neige et les sept nains sort enfin en DVD, avec un nouveau doublage. François Justamand, passionné de doublage, fondateur de La Gazette du Doublage (magazine papier qui deviendra un site internet hébergé par le site Objectif Cinéma),  se penche sur le sujet  et écrit un article pour le magazine DVD Vision n°15, qu’il reprendra  ensuite dans La Gazette du Doublage en 2005 sous le titre de « Blanche-Neige et les 7 Nains : ses trois doublages »  avec quelques compléments.

Dans cet article, il nous révèle :

-Qu’Eliane Celys a connu beaucoup de succès en France avec son disque d’« Un jour mon prince viendra », mais qu’elle n’a pas, contrairement à ce que beaucoup pensent, participé au premier doublage (1938). D’après Lucie Dolène, c’est Lucienne Dugard qui prêtait sa voix à Blanche-Neige. Affirmation basée, comme me le racontera Lucie en 2009, sur une anecdote qui lui avait été rapportée par Colette Brosset, et que la découverte d’un disque de l’histoire de Blanche-Neige contée par Lucienne Dugard semble confirmer. 

-Que le deuxième doublage (avec Lucie Dolène) que beaucoup d’entre nous connaissent date de 1962 (date trouvée grâce aux archives de l’INA). François détaille la distribution (que chacun peut retrouver dans le générique de la VHS). Pour ce 2ème doublage, François identifiera des années plus tard André Valmy sur le chasseur et Serge Nadaud sur le miroir magique (non crédités au générique), et j’apporterai quant à moi grâce aux souvenirs des chanteurs Jean Cussac et Anne Germain le nom d’André Theurer (directeur musical) et plusieurs noms de choristes doublant les nains dans les chansons.

-Que le troisième doublage (avec Valérie Siclay et Rachel Pignot) a certainement été réalisé en 2001 pour des problèmes de droits, en raison du procès intenté par Lucie Dolène à Disney. L’information, donnée par plusieurs professionnels (qui tiendront à rester anonymes) et suggérée par Lucie Dolène elle-même, sera suivie d’un démenti catégorique de Disney, invoquant un simple souhait de rajeunissement des voix. Un démenti peu convaincant car ce troisième doublage est très fidèle au deuxième.

Lucie Dolène
-Que pour ce troisième doublage, Disney a pensé pendant un moment à des « people » pour prêter leurs voix aux personnages de ce film éternel avant de se rabattre sur une distribution plus "classique". François y évoque un sondage lancé par Disney pour savoir quelle personnalité doublerait idéalement Blanche-Neige (résultats : Laetitia Casta, Alizée, etc.). De mon côté, plusieurs acteurs ayant participé à ce troisième doublage m’apprendront que le marketing Disney a songé le plus sérieusement du monde à faire doubler les nains… par l’Equipe de France de football !


II) Deux premiers doublages : un réalisé à Paris, et l’autre aux Etats-Unis ?

Les années passent et les informations publiées par François sont copiées sur de nombreux sites internet et même dans l’excellent ouvrage de Pierre Lambert sans jamais être contredites. En 2009, Olikos, webmaster du site « Grandsclassiques.fr » consacré à l’époque exclusivement aux films Disney, déniche une bobine super 8 contenant un extrait de Blanche-Neige dans un doublage inconnu. Les voix sont datées, ce qui nous laisse penser qu’il s’agit du premier doublage. Seul problème : les comédiens ont un petit accent étrange, peut-être québécois.
François effectue de nouvelles recherches qui l’amènent en novembre 2009 à publier un deuxième article : « Le Mystère Blanche-Neige : La VF de 1938 » . Il nous dévoile :

-Que des salaires ont été versés par Disney en 1938 à des acteurs français vivant aux Etats-Unis pour doubler Blanche-Neige à Hollywood, notamment à Christiane Tourneur (voix parlée de Blanche-Neige), Beatrice Hagen (voix chantée), et plusieurs comédiens français connus pour jouer principalement des maîtres d’hôtel et serveurs français dans les films hollywoodiens des années 30. Il s’agirait donc de la version dont nous avons trouvé un extrait super 8 (scène du bain), et dont il existe aussi un autre extrait (scène de la danse) diffusé dans des émissions de Noël Disney des années 70.

Irène Hilda
-Que la revue Pour vous du 29 juin 1938 indique que la chanteuse Irène Hilda a doublé Blanche-Neige à Hollywood. La chanteuse, née en 1920 confirme avoir doublé Blanche-Neige, mais à Paris.

-Que Lita Recio se souvenait avoir doublé la Reine en tandem avec Marcelle Praince sur la sorcière.

-Qu’à la mort de la comédienne Claude Marcy, la presse avait annoncé qu’elle avait doublé Blanche-Neige.

-Autre élément non révélé : la famille de l’adaptateur Louis Sauvat a déclaré à mon correspondant Gilles Hané qu’en plus du doublage de 1962, celui-ci aurait participé au doublage original.

A partir de ces nouveaux faits, François Justamand propose deux scénarios :
    
    1) Un doublage a bien été fait dans l’urgence à Hollywood pour la sortie du film au Quebec, et un deuxième a été réalisé rapidement après en France (avec Irène Hilda en voix chantée de Blanche-Neige, et peut-être Claude Marcy, Lita Recio, Marcelle Praince, etc.).

    2) Les archives de Disney  (Burbank) se trompent sur la date de 1938 pour les salaires des expatriés français. Le premier doublage a bien été fait en France, et il y aurait eu un doublage hollywoodien fait non pas en 1938 mais pendant la guerre, alors que les copies de la VF originale de Blanche-Neige étaient inaccessibles ou détruites.

Le fait que les rares extraits dont nous disposons soient visiblement issus de la VF d’Hollywood nous laisse alors penser que celle-ci a été faite après le doublage réalisé en France, et que la deuxième hypothèse est certainement la bonne


III) Un seul premier doublage : le doublage hollywoodien ?

En octobre 2012, JB Kaufman publie The fairest one of all, livre très documenté sur la réalisation de Blanche-Neige. Il écrit que malgré la loi française obligeant les majors à effectuer leurs doublages en France, Disney avait pu obtenir une dérogation spéciale pour doubler Blanche-Neige dans l’urgence en février/mars en 1938 à Hollywood, sous la direction du producteur et comédien multilingue Marcel Ventura (qui doublait selon lui le Prince) et la supervision de Stuart Buchanan (qui doublait le Chasseur dans la Version Originale). C’est cette version qui a été projetée au Cinéma Marignan pour la sortie officielle de Blanche-Neige. J.B Kaufman révèle par ailleurs que si le public était très content du doublage, David Hand et les distributeurs étaient en revanche déçus par les voix chantées.
 
En plus des révélations de J.B Kaufman, Greg P., rédacteur de l’excellent blog « Film perdu » (consacré aux films perdus, scènes coupées, etc.) et grand passionné de Blanche-Neige, retrouve un entrefilet (« Notules de la colonie française », 1938) : « Christiane Tourneur , qui n’est pas inconnue dans le cinéma français, mais qui s’est bornée, depuis sa venue à Hollywood, à être Madame Jacques Tourneur, espère qu’à la suite de Blanche Neige, où elle a doublé, avec le talent que l’on sait, le personnage principal, elle arrivera à percer dans les films américains. » et un article (magazine Pour vous, 11 mai 1938) indiquant que le doublage a bien été fait dans les studios de Walt Disney. Il mentionne ses découvertes dans deux articles, « Blanche Neige dans la presse française » et « Blanche Neige et sa première de gala parisienne » .

Ces nouveaux éléments mettent donc à mal l’hypothèse d’un doublage effectué aux Etats-Unis pendant la guerre. Le premier doublage a bien eu lieu aux Etats-Unis mais en 1938, avec Christiane Tourneur.

Qu’en est-il alors de l’idée d’un doublage réalisé en France ?  A-t-il vraiment eu lieu, et si oui quand ? Lita Recio et Irène Hilda, nonagénaires au moment de leur interview, ont-elles confondu avec un enregistrement de disque ? Peut-être ont-elles seulement passé des essais pour un éventuel redoublage ? Le mystère demeure encore sur ce point…

IV) La découverte du premier doublage

Début décembre 2012, je suis contacté par un collectionneur, Jean-Pierre P., qui m’annonce avoir en sa possession depuis quelques mois une bobine 16 mm contenant l’intégralité du premier doublage de Blanche-Neige, une copie qu’il a restaurée et qui aurait appartenu à une époque à un présentateur et réalisateur bien connu qui avait déjà effectué un premier travail de restauration. Plutôt sceptique, je lui demande de m’en faire écouter un extrait par téléphone… Surprise, il s’agit bien du doublage hollywoodien, complètement disparu depuis le redoublage de 1962 ! Passionné par les vieilles bobines et opposé au numérique, Jean-Pierre refuse de confier cette bobine à un laboratoire, mais m’autorise en revanche à venir chez lui pour la numériser avec les moyens du bord. Greg (du blog « Film perdu ») répond à mon appel à l’aide lancé sur Facebok et me propose son aide technique : filmer l’écran avec une caméra HD, et prélever le son en reliant la sortie son du projecteur à son ordinateur.

C’est avec une immense émotion que Greg et moi découvrons ce trésor, qui commence par un générique contenant les noms de Marcel Ventura (directeur artistique), « assisté d’Alfred A. Fatio » (quelle était sa fonction ? Adaptateur des dialogues ? Opérateur-son ? A-t-il également, comme Ventura, prêté sa voix à l’un des personnages ?), sous la supervision de Stuart Buchanan… La bobine étant en très bon état, nous découvrons dans d’excellentes conditions les voix du film (dont celle de la Reine, très théâtrale et impressionnante), ainsi que des inserts français qui ne se sont ensuite pas retrouvés dans la VHS du doublage de 62 (notamment la scène où Blanche-Neige inscrit « Grincheux » sur le gâteau qu’elle prépare).

Greg effectue chez lui une restauration minutieuse du film : il utilise l’image du DVD américain (en 24 images/secondes) y intègre les inserts de la première version. Pour ce qui est du son, il enlève le "souffle" commun aux bandes sonores de l'époque. Le film ayant quelques micro-coupures (principalement pendant les chansons) à cause de précédentes cassures de pellicule, il effectue des repiquages discrets sur d’autres supports et se paye même le luxe de mettre le tout en 5.1.

Après de longues recherches pour retrouver des extraits de films dans lesquels apparaissent les comédiens de la première version (tâche ardue, car ces comédiens avaient des tous petits rôles, et parlaient peu), il compare leurs voix et arrive à identifier avec plus ou moins de certitude « qui double qui ».
Ces recherches sont détaillées dans son article "Blanche Neige et les sept nains, la version française de 1938" (publié simultanément au mien), dans lequel il évoque également les différences visuelles et sonores de ce premier doublage par rapport aux autres versions qui ont suivi.

Avec l’autorisation de Jean-Pierre P., qui a eu la générosité de nous offrir l’accès à cette fameuse bobine (alors que tant d'autres collectionneurs gardent leurs trésors pour eux), nous avons le plaisir de vous proposer un visionnage du film (dans un format compressé, en plusieurs parties), qui sera retiré rapidement pour des raisons de droit. Disney ayant définitivement mis au placard les anciens doublages de ses films (cela fait maintenant des années que nous espérons les retrouver dans des sorties DVD), cette diffusion non commerciale n’a pour but que de vous faire découvrir un trésor perdu depuis cinquante ans :
Partie 1, Partie 2, Partie 3, Partie 4, Partie 5, Partie 6
(Ces vidéos seront retirées jeudi 21 mars à 18h et ne seront pas remises en ligne. Aucune copie ne sera faite)

Vous trouverez également ci-dessous le carton actualisé du premier doublage (pour les redoublages, cliquez ici). Un immense remerciement et bravo à tous les « acteurs » de cette enquête, principalement Jean-Pierre P., François Justamand (La Gazette du Doublage), Greg P. (Film perdu) et Olikos (Grandsclassiques). 
Je rappelle par ailleurs que d'autres doublages sont encore introuvables: Pinocchio (doublage hollywoodien ou québécois d'époque, et doublage français d'après-guerre), Bambi (premier doublage), La Belle au Bois Dormant (premier doublage)... Vous possédez des bobines ou autres supports pouvant contenir l'intégralité ou des extraits de ces doublages? N'hésitez pas à me contacter (danslombredesstudios@gmail.com)


Doublage français d'origine (février-mars 1938) :
Société : Studios Disney (Hollywood) 2
Direction artistique : Marcel Ventura 2
Assistant : Alfred A. Fatio 2
Superviseur : Stuart Buchanan 2

Blanche-Neige : Christiane Tourneur 3 (Dialogues)
Blanche-Neige : Béatrice Hagen 3 (Chant)
Le prince : Marcel Ventura 3 (Dialogues et/ou chant ?)
Le chasseur: André Cheron 4

Le miroir magique ?: Jean de Briac 4
La Reine : Adrienne d'Ambricourt 3
La sorcière : Adrienne d'Ambricourt 3
Prof : Eugène Borden 4
Grincheux : André Cheron 4
Joyeux : Charles de Ravenne 4
Dormeur ? : Roger Valmy 4
Timide ? : Louis Mercier 4
Atchoum ? : Roger Valmy 4
 
Fiches voxographiques de Blanche-Neige et les Sept Nains réalisées par Olivier Kosinski (Les Grands Classiques), François Justamand (La Gazette du Doublage) et Rémi C. (Dans l’ombre des studios). Ces fiches ont été vérifiées par plusieurs spécialistes mais peuvent contenir des erreurs. Pour toute reprise de ces informations, veuillez noter en source ce lien ou celui-ci.  

Sources:
1Chrisis2001 / Disney Central Plaza
2Crédits bobine 16 mm (numérisée par Greg P. et Rémi C.),
3F. Justamand / La gazette du doublage  (Remerciements à François Senesi, Gérard Roig, Marcel Colin, Olivier Kosinski, Daniel Sicard, Irène Hilda et Disney Consumer Products), 
4Greg P./Film perdu (Grâce aux noms donnés par François Justamand)
5Carton VHS/DVD/Blu-Ray (Remerciements à Philippe Copin et Laurent Girard/Voxofilm),
6Rémi / Dans l'ombre des studios  (Remerciements à Anne Germain, Jean Cussac et Gilles Hané)



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