Le blog "Dans l'ombre des
studios" et ses invités vous convient samedi 12 octobre 2019 à 16h au
PHONO Museum Paris à une rencontre autour des groupes vocaux français d'hier et
d’aujourd'hui.
Des Frères
Jacques aux Cinq de Cœur, de Pow woW à Opus Jam, des Double Six aux Voice
Messengers, des Blue Stars à Souingue, des Parisiennes aux Coquettes, des
Masques à Zazou’ira, rencontre autour des groupes vocaux français des
années 30 à nos jours, dans toute leur diversité : leur histoire, leurs influences,
leur identité, leurs collaborations.
Pour en
parler, autour de Rémi CARÉMEL (auteur du blog « Dans l’ombre des
studios »), six invités exceptionnels :
Alain
CHENNEVIÈRE, chanteur du groupe Pow woW.
Hubert DEGEX,
pianiste, arrangeur et chef d’orchestre des Frères Jacques.
Claudine
MEUNIER (The Blue Stars of France) et Jean-Claude BRIODIN (Les Troubadours),
chanteurs dans une douzaine de groupes vocaux des années 50/60/70 dont Les
Double Six, The Swingle Singers (lauréats de plusieurs Grammy Awards), Les
Masques, Les Fontana, Les Angels, Les Riff, etc.
Rose KRONER
et Sylvain BELLEGARDE, chanteurs du groupe The Voice Messengers.
Entrée à
partir de 10€ (un reçu donnant lieu à une déduction fiscale sera fourni)
L’intégralité
des recettes sera versée à l’association Phonoplanète, qui aide à la
préservation du PHONO Museum Paris, musée de la musique enregistrée, tenu par
des bénévoles.
Sur place,
Jalal ARO répondra aux questions des visiteurs sur tous les détails historiques
ou techniques.
Samedi 12
octobre 2019 à 16h (durée : 1h30)
PHONO Museum
Paris
53 boulevard
de Rochechouart
75009 Paris
(Métro :
Pigalle ou Anvers)
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J'ai appris la semaine dernière, par l'une de ses amies, la disparition de la comédienne Liliane Patrick lundi 22 avril 2019 à l'âge de 86 ans. Ses obsèques ont eu lieu le 25 avril dans le Lot, dans l'intimité familiale. Comédienne habituée des grandes scènes de théâtre et des plateaux de télévision, elle avait également participé à de nombreux doublages de films: la mère de Bambi (dans le redoublage de Bambi en 1978), Elizabeth Montgomery (Samantha dans les derniers épisodes de Ma sorcière bien aimée), etc. Je vous invite à relire l'entretien (sans langue de bois) qu'elle avait accordé à mon confrère François Justamand pour La Gazette du Doublage: http://www.objectif-cinema.com/spip.php?article5564 Toutes mes pensées vont à son fils Marc (qu'elle avait eu avec le réalisateur Claude Boissol). J'ai également une pensée pour deux autres magnifiques comédiens qui ont enchanté l'enfance de beaucoup d'entre nous, et nous ont quittés ces dernières semaines, Christian Alers et Pierre Hatet. Suivez toute l'actualité de "Dans l'ombre des studios" en cliquant sur "j'aime" sur la page Facebook.
Une bien triste nouvelle, qui m'a été communiquée aujourd'hui par Jean-Claude Briodin: Don Burke, voix chantée de Gene Kelly dans Les Demoiselles de Rochefort et pilier du groupe folk Les Troubadours, vient de s'éteindre le 17 mars 2019 au Cap Breton (Nouvelle-Ecosse, Canada) à l'âge de 80 ans, des suites d'une rupture d'anévrisme. Donald Burke (dit Don Burke) naît le 28 février 1939 à Halifax (province anglophone de Nouvelle-Ecosse, Canada), dans une famille nombreuse (14 frères et soeurs). Chanteur, joueur de guitare et de banjo, il fait partie de deux groupes folk, The Townsmen Trio (1963-1964) puis The Don Burke Four, avec lesquels il est régulièrement invité à chanter dans l'émission Singalong Jubilee pour la télévision canadienne (CBC). En 1965, pour ses études (il travaille parallèlement comme professeur de latin), il quitte le Canada et emménage en banlieue parisienne (à Draveil). Fréquentant le Centre Américain de Paris (boulevard Raspail), il côtoie de nombreux artistes anglophones vivant à Paris et participe à des soirées folk (Hootenannies) et des scènes ouvertes. C'est au cours de l'une de ces soirées, que le jeune harpiste breton Alan Stivell remarque Don et sa technique de "picking" à la guitare, et finit par s'en inspirer en appliquant sa méthode de jeu à la harpe. En 1966, Don rejoint le groupe folk Les Troubadours en remplaçant définitivement le ténor Bob Smart (choriste américain qui avait enregistré les deux premiers 45T du groupe), aux côtés de Pierre Urban, Jean-Claude Briodin et Franca di Rienzo. Sa passion pour la musique folk et ses talents de guitariste et banjoïste sont un atout majeur pour le groupe. Franca se souvient de sa première rencontre avec Don: "Il fallait trouver un nouveau ténor pour remplacer Bob Smart. On a parlé à mon mari (l'arrangeur Christian Chevallier) d'un chanteur et guitariste canadien qui jouait à des soirées folk au Centre Américain de Paris. C'était Don. On l'a fait venir pour une audition. Quand ça a sonné, j'ai ouvert la porte et mon regard n'a rencontré personne. J'ai baissé les yeux et je suis tombé sur un petit monsieur aux cheveux blonds en bataille, aux grands yeux bleus, une chemisette de bûcheron, des chaussettes blanches dans les sandales, qui m'a dit "Salut!" avec un grand sourire, comme si on se connaissait déjà. Moi qui avais une idée très esthétique du groupe, j'étais stupéfaite (rires). Christian l'a fait auditionner dans une pièce à part, il le faisait chanter de plus en plus aigu et j'entendais sa voix magnifique. Don devait partir pour accompagner Joe Dassin à L'Ancienne Belgique (Bruxelles), on lui a donné nos dix chansons sur une cassette, et lorsqu'il est revenu, alors qu'il ne parlait pas encore bien français, il les connaissait toutes par coeur."
Les Troubadours chantent "Polly Maggoo"
Le 11 octobre 1966, une dizaine de jours avant la sortie du film Qui êtes-vous, Polly Maggoo? de William Klein, Don enregistre la chanson du générique (musique de Michel Legrand) avec ses amis Troubadours. Michel Legrand repère ainsi Don et lui propose d'enregistrer la voix chantée de Gene Kelly dans Les Demoiselles de Rochefort. Tous les autres rôles ont déjà été enregistrés (mars-avril 66), le tournage a été fait pendant l'été 66 (Michel Legrand lui-même a servi de "voix témoin" à Gene Kelly/Andy pour le tournage, et quelques uns de ses "scats" ont été conservés dans le mixage final), mais (d'après Don) pour des raisons de complexité musicale (difficultés à faire les intervalles que la musique de Legrand exigeait), Gene Kelly ne peut se post-synchroniser sur les chansons. Don enregistre donc les chansons en français des Demoiselles de Rochefort (sous une direction assez "difficile" de Michel Legrand), puis une semaine après la version anglaise ("sans être payé" m'a-t-il précisé). Le choix de faire doubler Gene Kelly sur les chansons (alors qu'il parlait un très bon français) a été critiqué par les puristes, mais est passé inaperçu par le grand public, preuve que cet enregistrement était réussi.
Don Burke (voix chantée de Gene Kelly): "La chanson d'Andy"
Sans être des "stars", Les Troubadours, inspirés à la fois par le mouvement folk américain (Pete Seeger, Peter, Paul & Mary, etc.) et le répertoire folklorique européen, mènent une belle carrière, pendant plus de dix-neuf ans : de nombreux disques dont quelques "tubes" (comme le magnifique "Le vent et la jeunesse" composé par Christian Chevallier sur des paroles de Jean-Michel Rivat et Frank Thomas) arrangés pour la plupart par Christian Chevallier, beaucoup de tournées, de collaborations et premières parties (pour Jean Ferrat, Graeme Allwright, Georges Moustaki, etc.) et d'émissions de télévision (dont une participation régulière aux "Bienvenue" de Guy Béart). Don estimera que ces années "Troubadours" seront les plus belles de sa vie. Parallèlement aux Troubadours, Don compose des chansons (entre autres "L'auto-stop" pour Maxime Le Forestier), et joue dans les disques des copains : Graeme Allwright (premiers albums Mercury), Hugues Aufray (banjo à cinq cordes dans "Des jonquilles aux derniers lilas"). En 1970 et 1971, pour le film d'animation Lucky Luke : Daisy Town, il enregistre pour Claude Bolling la maquette d'"I'm a poor lonesome cowboy", la chanson "Stamp your feet" (version anglaise de "Voilà le quadrille", inédite dans le film mais présente dans le disque avec en crédit "Dan" Burke) puis les choeurs de la B.O. finale du film (mélange de choristes studio habituels (Anne et Claude Germain, etc.) et de chanteurs et musiciens anglophones vivant à Paris, avec Pat Woods en soliste).
Maquette d'"I'm a poor lonesome cowboy" (musique: Claude Bolling)
Enregistrement le 1/10/1970 avec Don Burke (chanteur soliste + guitare), Jean Stout (basse profonde), Bob Smart (ténor), Anne Germain (soprano) et Alice Herald (alto)
A la fin des années 80, Don retourne dans sa ville de naissance (Halifax), au Canada. En 2000, il sort son premier CD en solo, enregistré avec des musiciens du cru. De temps en temps, il fait un petit séjour en France pour rendre visite à ses amis de Draveil (notamment ses copains de tennis) et à ses compagnons Troubadours. Franca se souvient: "Don
avait beaucoup d'humour, un humour très british. Et quand on chantait ensemble nos voix
s'accordaient et il y avait le même feeling. Même lors de son dernier voyage en France il y a deux ans, quand il est venu me voir, il a retrouvé sa guitare, fidèle au poste, et on a chanté tous les deux avec la même complicité." Il y a trois semaines, grâce à Jean-Claude Briodin, j'avais pris contact avec lui par mail et nous avions commencé à échanger (à propos notamment des Demoiselles de Rochefort), le temps ne nous a malheureusement pas permis de faire un entretien complet. J'ai bien sûr des pensées pour sa famille, mais aussi pour Franca et Jean-Claude.
Remerciements à Philippe Crabbe & Betty Burke, Franca Chevallier et Jean-Claude Briodin.
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J’ai appris avec une très grande tristesse
la disparition de William Sabatier hier soir à Limoges, à l’âge de 95 ans. Immense
comédien, il était l’un des derniers « survivants » de la création
française de Rhinocéros d’Eugène
Ionesco et de Casque d’or de Jacques
Becker. Au doublage, il avait prêté sa voix à Marlon Brando, Richard Harris,
Trevor Howard (sublime Richard Wagner dans Ludwig
ou le Crépuscule des Dieux), et occasionnellement à Gene Hackman, John
Wayne, etc. William était aussi un ami proche, drôle et érudit.
William
Sabatier naît le 22 mai 1923 à Gentilly, d’un père ouvrier et d’une mère
commerçante.
C’est
pendant la guerre, où il interrompt ses études, qu’il découvre le théâtre
amateur et rencontre dans un train en 1942 le grand amour de sa vie,
Marie-Aimée (« Michou »). Ils se marient en 1946 contre l’avis de la
principale cliente du salon de coiffure de Michou, qui est aussi l’une de ses
amies… Edith Piaf : « Il est
beau ton gars, couchez ensemble mais ne vous mariez pas, ce serait une bêtise ! ».
Météorologiste
dans l’armée de l’air (aux côtés d’un certain Robert Lamoureux), mais toujours
piqué par le virus de la comédie, William s’inscrit au cours de M. De Ruys, qui le
prépare à la scène d’Horace pour l’entrée au Conservatoire. Il fait partie des
trente reçus (sur quatre-cents candidats, nombre élevé en raison de la reprise
d’activité après-guerre) et intègre la classe de Georges Le Roy auprès de Jean
Le Poulain, Bernard Noël, etc. avec dans les autres classes Jeanne Moreau,
Robert Hirsch, Louis Velle, etc.
En 1948, il rate
le concours de sortie (ne recevant qu’un accessit en tragédie), mais Georges Le
Roy le recommande à Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault qui viennent de
faire scission avec la Comédie-Française pour créer leur propre compagnie.
La Compagnie
Renaud-Barrault devient rapidement une référence aussi importante que la
Comédie-Française ou le TNP de Jean Vilar, les plus grands comédiens (Maria
Casarès, Pierre Brasseur, Jean Desailly, etc.) s’y retrouvent, et les plus
beaux textes y sont joués, que ce soit des grands classiques ou des créations contemporaines (de Claudel,
Ionesco, etc.), avec des musiques de scène composées par les jeunes Pierre
Boulez et Maurice Jarre, au Théâtre Marigny, à l’Odéon, ou lors de grandes
tournées à l’étranger (Amérique du Sud, Liban, U.R.S.S.).
De 1948 à
1968 (où les événements de mai ont provoqué des tensions dans la troupe et le
départ de plusieurs membres, dont William), William Sabatier fait partie de la
plupart des distributions de la Compagnie, dont la création française de Rhinocéros (1960) d’Eugène Ionesco où il joue
Monsieur Jean.
Bien qu’également
à l’aise dans le registre comique, son physique impressionnant et sa voix
puissante l’amènent à jouer beaucoup d’empereurs et généraux dans les grandes
tragédies.
William
aimait raconter avec humour cette fois où Jean-Louis Barrault lui avait proposé
de jouer Borgia dans la création de Malatesta
de Montherlant. Fier qu’on lui ait proposé un tel rôle, il déchante vite en
découvrant le texte, seulement quelques répliques pour le cardinal Borgia. « Le soir même je croise Pierre Bertin
qui me dit :
-Alors, tu es content, tu vas jouer Borgia ?
-Excusez-moi Pierre, mais c’est une
panouille…
-Mais tu sais qu’il est devenu Pape ? »
Chose rare
au théâtre, il est sollicité dans trois productions différentes pour jouer un
même rôle, le Maréchal Lefebvre dans Madame
Sans-Gêne, aux côtés de Madeleine Renaud, Sophie Desmarets et enfin
Jacqueline Maillan (pour les besoins de l’émission Au théâtre ce soir).
Il arrêtera
le théâtre à la fin des années 80, après avoir joué dans deux spectacles de son
ami Robert Hossein (L’affaire du courrier
de Lyon et La Liberté ou la Mort).
En
parallèle, il fait ses débuts au cinéma dans le rôle de Roland Belle-Gueule,
souteneur de Casque d’or dans Casque d’or
(1952) de Jacques Becker. Son premier métier de météorologiste lui permet, par temps nuageux, de "sauver" le tournage d'une scène extérieure, si bien que Jacques Becker plaisante avant chaque prise "Demandez à Sabatier si on peut tourner". Simone Signoret (héroïne de Casque d'or) et Yves Montand l’adoptent alors dans
leur bande, William jouera plus tard avec Montand dans Des clowns par milliers (1963, Théâtre du Gymnase) ou bien encore
dans Compartiment tueurs (1965) de
Costa-Gavras.
Au cinéma,
on le voit également en avocat du fils de Philippe Noiret dans L’horloger de Saint-Paul (1973) et dans
d’autres films, mais la carrière de William sera bien plus prolifique à la
télévision, où il incarne de nombreux rôles historiques comme Napoléon (dans
plusieurs téléfilms tournés en direct, qu’on appelait alors « dramatiques »),
Savary dans la série Schulmeister, espion
de l’empereur, Cadoudal dans Les
Compagnons de Jéhu (où Behars, l’incroyable imprésario de William, avait
dit au réalisateur qui prévoyait une scène de galop « Sabatier, c’est
un centaure ! » alors que William n’était jamais monté à cheval),
Jean Jaurès dans Emile Zola ou la
conscience humaine, Charles le Téméraire dans Quentin Durward, etc.
Ces dons de
comédien lui permettent de tenter un autre volet, important dans sa carrière :
le doublage, où il retrouve beaucoup de ses amis du théâtre, dont son meilleur
ami, Marc Cassot. Après un essai plutôt raté à la S.P.S., William commence le
doublage dans les années 50, notamment pour Gérald Devriès (films M.G.M.) qui
dirigeait encore les comédiens « à l’image », sans bande rythmo.
C’est un peu
plus tard, dans les années 60, que grâce à Richard Heinz (gérant et directeur
artistique de la société de doublage Lingua-Synchrone), il obtient ses plus beaux rôles :
Marlon Brando (La Poursuite Impitoyable
(1966), Reflets dans un œil d’or (1967),
Apocalypse Now (1979)), Richard
Harris (Un homme nommé cheval (1970)),
Gene Hackman (L’épouvantail (1973)),
Trevor Howard (Ludwig ou le crépuscule
des Dieux (1972)), Anthony Quayle (Les
Canons de Navarone (1961)), Rod Steiger (Le Sergent (1968)), Charles Durning (Un après-midi de chien (1975)), Christopher Plummer (La Chute de l’Empire Romain (1964)),
etc.
Pour d’autres
sociétés de doublage, il double occasionnellement John Wayne (La Conquête de l’Ouest (1962)), Toshirô
Mifune (Soleil Rouge (1970) :
Terence Young lui avait offert un cigare et une bouteille du whisky pour que sa
voix prenne des graves), Alberto Sordi (Un
bourgeois tout petit petit (1977)), Anthony Quinn (Les Indomptés (1991)), Clive Revill (Avanti ! (1972)), Gabriele Ferzetti (Au service secret de sa majesté (1969)), David Huddleston (The Big Lebowski (1998)), Glenn Ford (Paris brûle-t-il ? (1966)), Karl
Malden (Patton (1970)), Martin Balsam
(Des clowns par milliers (1965)),
Orson Welles (La Lettre du Kremlin
(1970)), etc.
Pour la
télévision, Donald Pleasence dans le célèbre épisode de Columbo « Quand le vin est tiré », Fred Dalton Thompson
dans New York Police Judiciaire, Howard
Keel dans Dallas, John Thaw dans Inspecteur Morse, etc.
William
aimait raconter comment, embêté que son fils Jean-Michel refuse tout le temps
de manger sa soupe, il avait demandé à Guy Piérauld de l’appeler en se faisant
passer pour Kiri le clown…
Toujours
parfait dans tous ses rôles (que ce soit au théâtre, au cinéma, à la télévision
ou au doublage), William avait dû lever le pied au début des années 2000 car il
se déplaçait de plus en plus difficilement en raison de problèmes de dos. Son dernier cachet date de juillet 2008, pour
le doublage de la série Les Tudor.
Après la
disparition de son épouse fin 2011, il avait quitté Paris pour rejoindre son
fils Jean-Michel à Limoges. Dans sa résidence pour seniors, il continuait à peindre (activité qui comptait pour lui autant (sinon
plus) que le théâtre) et recevait de temps en temps de jeunes élèves du
conservatoire de Limoges pour les faire répéter. En septembre 2016, il avait été nommé Chevalier des Arts et Lettres par le Ministère de la Culture.
William est
parti hier soir rejoindre son grand amour, Michou… A titre personnel, je perds
un ami très cher. Lui et son épouse ont beaucoup compté pour moi lors de mes
premiers stages à Paris, où ne connaissant alors pas grand monde dans la
capitale, je retrouvais en dînant chez eux deux fois par mois une forme de
cocon familial. Sa gentillesse et son humour, plein d’auto-dérision, vont nous
manquer, et j’ai une pensée toute particulière pour Jean-Michel et ses enfants.
William Sabatier lors de notre première rencontre (en 2006)
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Sébastien Roffat (webmaster de l'excellent site chansons-disney.com) et moi avons eu le privilège
d'assister à la projection du Retour de Mary Poppins (2018) avec
l'adaptateur des dialogues et chansons de la version française à nos côtés. Evidemment, nous en avons profité pour lui poser quelques questions !
Philippe Videcoq-Gagé
SR : Bonjour Philippe Videcoq-Gagé, vous êtes l’adaptateur
et le sous-titreur du Retour de Mary Poppins à la fois pour les
dialogues et pour les chansons. Quel défi particulier a représenté le film ? On
mesure la difficulté au grand nombre de chansons et surtout aux paroles qui
sont particulièrement nombreuses !
PV-G : Bonjour à vous deux. Le film comporte neuf
nouvelles chansons et cinq reprises, parfois avec un texte légèrement
différent, soit environ 45 minutes chantées et dansées. Se voir confier toute
l’adaptation d’un film aussi attendu (et « attendu au tournant ») par
un public de tous âges, représentant un tel enjeu commercial (un budget de 130
millions de dollars), est une marque de confiance de la part de Disney, dont on
mesure vite la responsabilité. Il faut répondre à la fois aux attentes du
distributeur (dont le mot d’ordre était : « Tout doit être
parfait ») sans décevoir les adultes, qui compareront forcément le film au
premier Mary Poppins, et les enfants d’aujourd’hui, souvent moins habitués à la
comédie musicale « classique ». J’ai probablement éprouvé un peu du
vertige qu’ont dû ressentir Marc Shaiman et Scott Wittman, compositeurs des
chansons originales, mais j’ai eu la chance de partir de leur travail
exceptionnel, en espérant ne pas le trahir. Et mon défi consistait à produire
l’adaptation la plus fluide possible en dépit des énormes contraintes de
synchronisme, dans la mesure où les chansons doivent pouvoir être écoutées
seules avec le même plaisir, sans l’image qui impose souvent une précision chirurgicale.
Les textes ne doivent pas s’en ressentir.
SR : Quelle chanson a été la plus difficile à adapter
? Certaines de vos propositions initiales ont-elles été rejetées par Disney ?
Comment se passent les allers retours à ce sujet ? Combien de temps a pris l’adaptation
et à quel moment avez-vous pu travailler sur le film?
PV-G : La plus difficile a
été, sans conteste, la berceuse « Where the lost things go », mais
j’y reviendrai. On m’a confié le film au mois de mai 2018. Le film était alors
en phase finale de montage, et j’ai demandé et obtenu immédiatement une copie
ne comportant que les scènes chantées, afin de pouvoir y travailler dès que
possible (je n’ai adapté les dialogues qu’en septembre). L’adaptation des
chansons s’est étalée sur deux mois environ (tout en menant à bien d’autres
projets). Mon premier critique, bienveillant mais ferme, était mon mari,
Jean-Luc Gagé, qui m’a permis de peaufiner mon travail. J’ai ensuite moi-même
sollicité des réunions de vérification préliminaires dès que j’avais quatre
chansons à présenter, pour m’assurer que j’étais bien sur la bonne voie.
Boualem Lamhene et Virginie Courgenay (de Disney Character Voices, responsables
des doublages) ont un sens très aigu de ce qu’ils veulent ou pas, et je
revenais avec une liste de choses à modifier, le plus souvent sur des passages
en gros plan où l’exigence de synchronisme ne m’avait pas encore permis de
trouver une version satisfaisante.
SR : Pourquoi y a-il des différences de traduction
entre la version française doublée et la version originale sous-titrée?
PV-G : Depuis plusieurs années, Disney préfère que le
sous-titrage colle au texte original, partant du principe que les spectateurs
qui ont opté pour la VO ne veulent pas se voir imposer l’adaptation VF des
chansons. Il m’a donc fallu reprendre tout mon travail, trouver de nouvelles
rimes et réadapter l’ensemble, en essayant juste de conserver un lien minimum
avec la vf, par exemple « Où vont les choses » ou
« Luminomagifantastique ». Mais j’ai conservé « le merveilleux
ciel de Londres », éliminé au doublage pour des raisons de synchronisme et
de fluidité.
RC : Quelle est la place que tient le premier film Mary Poppins (1964) dans votre vie, et quel est votre regard sur
l'adaptation de l'époque (dialogues de Louis Sauvat et chansons de Christian Jollet) ?
PV-G : J’avais huit ans à la sortie du premier Mary
Poppins, qui m’a émerveillé bien sûr. Je n’avais pas alors le recul pour juger
des lyrics français, mais, avec le temps, j’avoue avoir porté un regard plus
sévère sur l’adaptation de Christian Jollet, pleine de phrases alambiquées et
de trop nombreuses élisions en début de phrases, rendant le texte difficile à
comprendre ou, parfois, à chanter. On connaît tous « le morceau de suc’
qui aide la médecine à couler », mais il y a aussi, entre autres,
« une banque anglaise march’ sur la précision », « j’avale une
pilule bien cruelle » ou « D’suivr’des chemins arides le cœur très
fier ». Christian Jollet a fait un bien meilleur travail sur les films
d’animation comme Le Livre de la Jungle ou Les Aristochats, et je pense
qu’il a été handicapé par le synchronisme, parfois au détriment du texte. Ce
qui importe, à mon sens, c’est de restituer l’émotion et la fluidité d’une
chanson, et pour cela, une adaptation vaut souvent mieux qu’une traduction trop
stricte, même si le but est de concilier au mieux l’un comme l’autre. Je
connais, pour le pratiquer, la difficulté de l’exercice, et je ne voudrais pas
donner l’impression de vanter mon travail au détriment du sien. J’ai évidemment
moi-même des défauts dont je n’ai pas forcément conscience. Mais Mary
Poppins est un monument, devenu culte au fil du temps, et Disney
s’oppose à rafraîchir l’adaptation, sans doute à raison. J’aimerais voir un
jour un Blu-ray offrir le choix entre la VF originale et un doublage rénové,
mais ça n’arrivera pas.
RC : Est-ce possible de commenter en quelques lignes votre adaptation pour chacune des chansons principales du film, et notamment ce "Luminomagifantastique", encore plus "Frères Sherman" que l'originale ?
PV-G :
- Pour chaque chanson, j’ai commencé par travailler les
plans les plus synchrones, donc les plus compliqués, ce qui a déterminé en
grande partie la construction du reste du texte. Pour la chanson
d'introduction, j’ai tout de suite vu que le « London Sky » récurrent
était inadaptable tel quel, dans la mesure où « Londres » n’aurait
pas du tout été synchrone sur « Sky » (sans compter qu’aucune rime ne
colle vraiment avec « Londres »), d’où le choix de « Jour de
chance », qui a amené « faites confiance à la providence »,
etc... J’ai casé « le ciel de Londres » dès le premier vers pour en
être « libéré-délivré ».
Sur cette chanson, la difficulté majeure a été la
réplique « And MayBe soon, FroM uP aBoVe » qui comporte sept labiales
en huit syllabes. J’ai fini par trouver « vous Fera Bientôt ViVre un Beau
Rêve » qui est très synchrone, et a entraîné « Tout là-haut, le vent
qui se lève » juste avant.
- «Une conversation», la chanson « parlée/chantée » de Michael,
dans le grenier, est très touchante. Comme elle se situe au début du film,
Disney a insisté pour que je réécrive un paragraphe pour que le père cite ses
trois enfants (ce qu’il ne fait pas en VO). Le passage difficile (parce que
très synchrone) était le plan à la fenêtre où il dit « Winter has gone /
But not from this room / Snow's left the lane / But the cherry trees forgot to
bloom » qui est devenu « Les saisons changent / Mais pas l'amertume /
Tout semble étrange / Même les cerisiers sont dans la brume ».
- Ma première version de « Can you imagine
that ? » était « Qui donc imagine ça ? ». je l’ai modifiée,
à la demande de Disney, en « A-t-on jamais vu ça ? », plus
« british ». Sur cette chanson, la difficulté était, au début, les
deux répliques en gros plan « For intellect can wash away confusion »
et « Most folderol's an optical illusion », où, dans les deux cas, le
« u » est soutenu pendant une seconde. Le geste des mains de Mary
Poppins, dans la première, m’a fait trouver « Votre intellect s'envole au
loin en tous sens », qui a logiquement entraîné, pour la suite, « Méfions-nous
des fariboles et du non-sens », où les labiales sont très en place
(vérifiez !)
- La chanson « Royal Doulton Music Hall » est
courte, mais c’est la plus proche, à mon sens, du « Jolly Holiday »
du film original. Pour
conserver le côté joyeux et insouciant de la chanson, j’ai volontairement
simplifié le texte original qui m’est apparu inutilement compliqué
(« Where each day crowds make their way upon the sun's descent / To a
mythical, mystical, never quite logistical tent” ou “Yes in this dearly
dynamical simply ceramical Royal Doulton Bowl / There's a cuddly and curious
furry and furious animal watering hole”).
- Disney m’a présenté « A cover is not the book » comme un défi d’adaptation, avec une intro parlée/chantée en plan rapproché,
une rythmique et un dynamisme de cabaret à respecter, et un slam très long de
Lin-Manuel Miranda racontant une histoire en une succession de phrases en rimes
de cinq à huit syllabes. « Il faut se méfier des apparences » ou
« Les apparences sont trompeuses » m’ont permis de mener la chanson
avec l’énergie nécessaire, et je suis très satisfait de l’interprétation de
Pascal Nowak sur la version française du slam, qui m’a demandé un long travail
de synchronisme.
- Disney voulait que la berceuse "Where the lost
things go" soit le point d’orgue du film (elle est située exactement au
milieu, à la minute près). C’est probablement la plus mélodieuse du film, et
qui doit être émouvante sans être sirupeuse, puisqu’elle parle en fait du
deuil. Elle devait, en français, « mettre les poils », selon
l’expression de Boualem Lamhene. C’est celle qui comporte le plus de gros
plans. En raison du nombre de répétitions, j’ai commencé par traduire "Where
the lost things go" en « Voir où vont les choses », ce qui a
entraîné nombre de rimes en « ose », et, à part les noms de maladies,
il n’y en a pas tant que ça. Je me suis ensuite penché sur tous les gros plans.
J’ai mis très longtemps à trouver « Mais ils se cachent comme les rimes
sous la prose », qui s’est imposé à moi presque par surprise, alors que je
désespérais de trouver une ultime rime en « ose ». Et, cerise sur le
gâteau, j’ai dû réécrire tout le dernier couplet lorsque, dans une copie
suivante, ils ont ajouté la scène où, plus tard, les enfants Banks reprennent
la berceuse a capella pour leur père. Les plans étaient quasiment tous
synchrones, plus rien ne collait, ce qui m’a conduit à jongler entre les deux
chansons pour trouver enfin une version commune satisfaisante. Et Disney a
enfin fait réenregistrer l’ensemble de la chanson par Léovanie Raud pour une
interprétation plus sobre et plus simple. Elle est, à mon sens, remarquable.
- Pas grand-chose à dire sur « Turning
turtle », si ce n’est que ce n’est pas ma séquence préférée du film. Il
fallait seulement une chanson un peu folle et amusante. Dans la mesure où
l’idée que le monde est comme une tortue à l’envers est explicitée avant
la chanson, j’ai choisi de ne pas en faire le thème principal de la chanson.
J’ai préféré « Le monde est devenu fou », qui tient mieux la route
lorsqu’on écoute la chanson en dehors de toute référence au film.
- L’expression « Trip a little light
fantastic » est fabuleuse en anglais, mais totalement intraduisible sans
perdre sa sonorité et sa fraîcheur. J’ai donc très vite opté pour "Luminomagifantastique",
quitte à être « plus "frères Sherman" que l'original »,
comme vous me l’avez dit. Je m’attendais à devoir argumenter pour faire
approuver ce choix par Disney, mais ce ne fut absolument pas le cas, c’est
passé comme une sorte d’évidence, et je crois que les avis du public ont été
très favorables. C’est, en tout cas, dans l’esprit de Mary Poppins. La
difficulté de cette chanson a été le long passage où les personnages parlent
« falotier », c’est-à-dire un langage décalé, aussitôt retraduit.
J’ai dû reprendre tout ça à la demande de Disney pour y introduire plus de
folie. Entre parenthèses, on m’a reproché d’avoir fait dire à Mary Poppins
« Chez le Prince Edward » alors que le film se déroule dans les
années 30. Eh bien, il y avait à l’époque un Edward VIII, nommé prince de
Galles en 1911. Et j’ai aussi vérifié avant de faire dire à Jack « Vous
pouvez marcher au radar », le radar ayant été inventé au tout début des
années trente.
- Pour « la magie des ballons », si on retrouve
les "hop" du « Beau cerf-volant » du premier Mary Poppins,
c’est un peu malgré moi. Je souhaitais trouver autre chose sur « Nowhere
to go but up » et j’ai fait deux propositions différentes à Disney (dont
je ne me souviens plus), mais ils m’ont convaincu de revenir à « Et hop »
qui, je l’avoue, colle mieux avec la gestuelle d’Angela Lansbury au début de la
chanson.
RC : Avez-vous pu assister aux enregistrements des
voix françaises ?
La difficulté, quand on s’investit à ce point sur un
texte, est de savoir « lâcher prise » au moment des enregistrements,
ce que j’ai parfois du mal à faire. Les chansons imposent aussi de faire un point
précis sur les nombreuses options de « placement » de certaines
répliques. Or Claude Lombard (qui a dirigé les chansons) n’était pas à Paris au
moment de la validation des textes. J’ai donc fait un point complet avec elle
au téléphone. C’est là qu’on a par exemple opté pour « Un livre est
beaucoup plus que l’on pense » à la place d’« Un livre est beaucoup plus
qu’on ne pense » pour qu’on ne risque pas d’entendre « Un livre est
beaucoup plus con... ». Mais j’ai tenu à être présent pour
l’enregistrement de la berceuse, pour veiller au synchronisme d’une ou deux
répliques. J’ai aussi fait une session de montage sur les chansons, avant
mixage, les logiciels de montage son permettant d’allonger certaines voyelles
et de décaler d’une image ou deux les labiales de façon tout à fait
transparente, sans porter atteinte à la rythmique.
SR : Y a-t-il une anecdote ou un fait marquant par
rapport à votre travail sur le film ?
Ce fut un énorme travail mais aussi un plaisir trop rare,
et on ne doit jamais perdre de vue que c’est un travail d’équipe. Et, cette
fois, tous les acteurs sont aussi les chanteurs (sauf les voix d’Emily Mortimer
et Julie Walters, qui ne chantent qu’une réplique), ce qui évite les problèmes
de raccords voix. Mon autre satisfaction est que mes chansons soient aussi
intégrées à la version française canadienne. Le seul regret, peut-être, est que
Michel Roux ne soit plus des nôtres pour prêter sa voix à l’infatigable Dick
Van Dyke ! Et, si on peut qualifier cela d’anecdote, pour les dialogues,
la moindre référence au premier Mary Poppins a été conservée (comme le « Vous
avez toujours l’air d’un poisson hors de l’eau » à Michael et le « Toujours une
fâcheuse tendance à ricaner » à Jane). A tel point que lors de son caméo, Karen
Dotrice (la Jane Banks originale de 1964, qui joue la dame qui demande son
chemin, Allée des Cerisiers) répond « Many thanks, sincerely », qui est la
dernière réplique de la chanson « Petite annonce pour une nounou » de 1964.
J’ai donc conservé son « Merci, très sincèrement », alors qu’on entend
discrètement les six dernières notes de la chanson dans la bande son.
Merci beaucoup Philippe Videcoq-Gagé d'avoir bien voulu
répondre aux questions de Chansons Disney et de Dans l'ombre des studios. Et encore bravo pour cet incroyable travail
d'adaptation ! Et bien évidemment nous saluons toute l'équipe française et les comédiens et chanteurs du doublage.
Le Retour de Mary Poppins est sorti au cinéma
le 19 décembre 2018 et la bande originale du film est disponible chez Walt
Disney Records (avec toutes les paroles des chansons dans un très beau livret
!). Pour redécouvrir mon interview d'Eliane Thibault (voix française de Julie Andrews dans le premier Mary Poppins), c'est ici... Pour la distribution vocale du premier Mary Poppins, c'est ici... Et pour le nouveau, toutes les infos ci-dessous:
LE RETOUR DE MARY POPPINS (2018)
Direction artistique : Claire GUYOT
Direction musicale : Claude LOMBARD
Adaptation des dialogues et chansons : Philippe
VIDECOQ-GAGÉ
Enregistrement des dialogues : Nicolas POINTET
Enregistrement des chansons : Estienne BOUSSUGE
Montage : Guillaume BÉRAT
Supervision : Boualem LAMHENE et Virginie COURGENAY
Société et studio d’enregistrement : DUBBING
BROTHERS
Société et studio de mixage : SHEPPERTON
INTERNATIONAL
Emily Blunt ... Mary Poppins … Léovanie RAUD (Dialogues
et Chant)
Lin-Manuel Miranda ... Jack … Pascal NOWAK (Dialogues et
Chant)
Ben Whishaw ... Michael Banks … Jean-Christophe DOLLÉ
(Dialogues et Chant)
Emily Mortimer ...
Jane Banks … Rafaèle MOUTIER (Dialogues)
Emily Mortimer...
Jane Banks … Claire GUYOT (Chant)
Pixie Davies ... Anabel … Lévanah SOLOMON (Dialogues et
Chant)
Nathanael Saleh ... John … Noah REYNIER (Dialogues et Chant)
Joel Dawson ...Georgie
… Simon FALIU (Dialogues et Chant)
Dick Van Dyke ... Mr. Dawes Jr. … Jean-Pierre LEROUX
(Dialogues et Chant)
Angela Lansbury ... La Dame aux Ballons … Christine
DELAROCHE (Dialogues et Chant)
David Warner ... Amiral Boom … Michel PAPINESCHI *
Jim Norton ... Monsieur Boussole … Michel RUHL *
Noma Dumezweni ... Miss Penny Farthing … Audrey SOURDIVE **
Tarik Frimpong... Angus
… Dan MENASCHE Sudha Bhuchar ... Miss Lark ... Isabelle GANZ *
Christian DIXON … Le Laitier … Christophe DESMOTTES **
Chris O’Dowd … Voix de Shamus le cocher … Xavier FAGNON *
Edward Hibbert … Voix du Parapluie Perroquet … Christophe
DESMOTTES **
Voix parlées diverses : Eve LORACH, Patrick DELAGE, Florent
BICOT DE NESLES, Patrick BORG, Jacques FAUGERON, Clotilde
MORGIEVE, Bertrand DINGÉ, Stéphane ROUX, Pierre CARBONNIER, Cindy TEMPEZ, Corinne
MARTIN et Clara SOARES
Voix chantées diverses : Michel MELLA, Jean-Claude
DONDA et Guillaume BEAUJOLAIS
Chœurs : Magali BONFILS, Mery LANZAFAME, Rachel
PIGNOT, Olivier CONSTANTIN, Arnaud LEONARD et Richard ROSSIGNOL
Sources: Générique de fin, Rémi Carémel / Dans l'ombre des studios *, RS Doublage**
Suivez toute l'actualité de "Dans l'ombre des studios" en cliquant sur "j'aime" sur la page Facebook.
En 1969, alors que Danielle est toujours très
sollicitée comme choriste, un événement va la faire passer de l’ombre à la
lumière : « J’étais dans le
studio A du studio Davout avec deux autres filles pour faire des chœurs. Dans le
studio B, juste à côté, Saint-Preux, essayait d’enregistrer « Le Concerto
pour une voix » avec un instrumentiste. Ca ne collait pas, alors le technicien
désespéré lui a dit « dans l’audi d’à côté, il y a Danielle Licari ».
Le technicien est venu me chercher, m’a présenté à Saint-Preux que je ne
connaissais pas. On m’a donné la partition, il n’y avait aucune parole d’écrite
puisque c’était fait pour être joué par un instrument, donc j’ai fait des
onomatopées, en deux prises c’était bon. J’ai signé une feuille de présence de
choriste, sans me rendre compte du succès futur. »
En effet, le disque, sorti en décembre 1969 chez AZ et
Festival, provoque un ras-de-marée.
Grâce à Roland Vincent (compositeur pour qui elle
avait notamment chanté les chœurs de Chez
Laurette (Michel Delpech)), Danielle signe chez Eddie Barclay, qui lui
propose alors de lui faire réenregistrer le concerto chez Barclay (avec un
nouvel arrangement, signé Pierre Porte) afin qu’elle puisse profiter
financièrement de son succès et se lancer dans une vraie carrière soliste.
Danielle Licari: Concerto pour une voix
Dans la lignée du Concerto pour une voix, la plupart des chansons qu’elle enregistre
pendant sa carrière soliste chez Barclay sont constituées des paroles les plus
universelles qui soient : des onomatopées (parmi les rares
exceptions : « Tout autour de la Terre » de Roland Vincent et
« Je balance » sur une musique de Jackye et des paroles de Charles Level). Comment
constituait-elle son programme ?
Jackye au piano
« Avec
le directeur artistique Jean Claudel et Jackye, on discutait de ce que j’allais
enregistrer. Je cherchais dans mes souvenirs classiques des mélodies qui me
plaisaient et que je pouvais chanter sans texte, à la manière d’un instrument.
J’avais le choix final, on ne pouvait pas m’imposer un titre, car il fallait
que je sois bien dedans. Avec Jackye, je répétais, car il y avait beaucoup de
mises en place. Et on voyait ensuite dans quel ordre mettre les morceaux dans
le disque : alterner les airs tristes et gais, etc. c’était tout un
travail car comme il n’y avait pas de texte il ne fallait pas lasser les
gens. »
Des classiques (Concerto pour piano et orchestre de Tchaïkovsky, etc.), mais aussi des
créations originales, des airs de musiques de film ou de folklore. Quand on lui
demande pourquoi elle ne s’est pas « attaquée » à la musique
brésilienne : « J’aimais beaucoup
mais je ne pense pas que ça aurait marché ; les gens n’avaient peut-être pas
l’oreille pour. »
Au fil des sorties des disques, Danielle fait
quelques « promos » à la télévision, mais toujours grâce à
l’invitation d’autres artistes comme Sacha Distel, Jacques Martin ou un
certain… Louis de Funès.
« Avec
plusieurs amies choristes (Anne Germain, Christiane Cour, Françoise Walle,
etc.) nous avons joué les bonnes sœurs qui chantent avec Louis de Funès dans « Le
Gendarme et les Extra-terrestres » (1979). Je me souviens qu’il faisait
tellement froid que nous avions gardé nos pantalons sous nos robes. Louis de
Funès, qui était un homme intéressant, m’avait demandé après ça de chanter dans
une émission de Drucker.»
Scène des Gendarmes et les Extra-terrestres (solistes: A. Germain, C. Cour, F. Walle et D. Licari)
suivie de "Rhapsodie pour deux voix" (musique : Jackye Castan)
Soirée d'Eddie Barclay avec Danielle
Le succès en France des disques de Danielle
reste assez limité. « Le concerto
tout le monde connaissait, quand c’est passé en radio la première fois ça a
fait un succès terrible. Mais pour ce qui est du reste, à part Serge Reggiani qui
a voulu que je sois vedette anglaise dans son programme à l’Alhambra, ça n’a
pas pris. »
En revanche, Barclay distribue ses disques
notamment au Japon et au Canada où le succès est énorme. « Barclay s’est vraiment bougé, ils ont fait ce qu’il fallait, et grâce
à Marouani je suis partie en tournée. »
Jackye se souvient de ce premier concert
canadien: « On a fait le choix des
morceaux, répété toutes les deux et décidé de prendre, en plus de Danielle au
chant et moi au piano, six musiciens (dont Pierre Defaye au violon) et un
couple de danseurs. Sans se le dire, chacune de nous pensait « on va se
prendre une gamelle » ; on est arrivé à la salle des Beaux-Arts à
Montréal… et on a fait un triomphe. Les gens étaient debout, alors que nous
n’avions rien prévu pour les rappels. Ça fait partie des plus grandes émotions
de ma vie. Et on a continué sur cette lancée dans tout le Canada. Je me
souviens d’une interview pour la radio canadienne, le journaliste dit à
Danielle « Beaucoup de gens avant de s’endormir fument un joint et
écoutent vos disques ! » (rires) ».
Danielle reste très attachée à son public
canadien : « Il m’est resté
très longtemps fidèle, et c’est grâce à des labels canadiens que j’ai pu sortir
mes derniers disques, Lonely Shepherd
(1984) et Danielle Licari chante les plus grands (1995) ».
Danielle fera une tournée au Brésil et
plusieurs tournées au Canada ou au Japon, où elle apprendra phonétiquement des
phrases en japonais pour parler au public et présenter ses chansons. « Je voulais expliquer ce que ces
chansons, qui n’avaient pas de texte, représentaient pour moi. J’avais demandé
à Barclay s’ils pouvaient trouver une traductrice afin de m’écriremes textes de présentation en japonais. On
m’a donné un texte mais on m’a fait remarquer après un concert que c’était
écrit comme si c’était un homme qui parlait, ce n’était pas assez féminin, dans
la langue japonaise il y a une vraie différence de langage si c’est un homme ou
une femme qui parle. Du coup une autre traductrice a refait le travail, et
c’était beaucoup mieux. »
A propos du public japonais : « Le public était extraordinaire. Quand
au Japon on finissait de chanter, il y avait un espace d’une seconde de silence
puis c’était un flot d’applaudissements. Les gens attendaient que la dernière
note soit jouée pour se manifester afin de ne pas gêner les artistes, je
n’avais jamais vu ça. Et à Hiroshima, des gens qui étaient venus me voir en
loge pleuraient, je leur faisais des dédicaces sur le dos, les bras, etc. Ils
étaient très sensibles et impressionnés. C’est un souvenir incroyable. »
Vocalement, tenir un tel récital relève de
l’exploit. « Je faisais des concerts
de deux heures : une heure, quinze minutes d’entracte et de nouveau une
heure. Beaucoup de choses que j’ai enregistrées étaient très difficiles pour la
respiration, comme il n’y a pas de mots. Sur scène il fallait que ce soit le
plus parfait possible, malgré le trac. Mais ça s’est toujours très bien
passé. »
Jackye surenchérit : « Monter les contre-uts, faire deux heures de vocalises et une ou
deux chansons avec texte (dont l’air des Parapluies de Cherbourg), il fallait
le faire. Elle a une voix en béton. Jusqu’à présent, personne n’a pu faire ça
en solo sur scène». Et quand la santé n'est pas au rendez-vous, la scène produit des miracles inexpliqués, comme s'en souvient Danielle: « Quand on est sur scène, ce n’est pas du tout comme
dans la vie normale. Je me souviens d'un retour de croisière, j’étais très enrhumée, je me
mouchais sans arrêt, à tel point qu'en prévision j'avais mis une boîte de mouchoirs dans le piano. Pendant les deux
heures du concert, je ne n’ai pas eu besoin de me moucher une seule fois. Je rentre en coulisses et là ça
recommence. C’est une sensation bizarre...»
Danielle Licari : Licari Sound (1980)
Musique de Jackye Castan
Pour avoir un programme de chansons « sur
mesure », Danielle peut compter sur Jackye comme compositrice, pianiste et
arrangeuse. « Je composais déjà un
peu, mais par amour pour Danielle je me suis mise à prendre des cours
d’harmonie avec Julien Falk (grand professeur d’harmonie, et beau-père de notre
amie choriste Alice Herald) et André Hodeir, afin de m’enrichir
musicalement. Je n'ai certes pas composé "Le Concerto pour une voix" mais je lui ai quand même composé quelques airs qui ont bien marché ("Rhapsodie pour deux voix", "Licari Sound", "Planet 2000" (paroles d'Eddy Marnay), etc.) et elle a pu faire sa carrière avec une épaule sur qui s’appuyer.» Le morceau "Licari Sound" offre à Danielle la possibilité de montrer un concentré de ce qu’elle fait de mieux.
Jackye Castan dirigeant une
séance d'orchestre (studio Hoche)
Jackye se souvient de sa première séance de
chef d’orchestre : « La
première fois où j’ai dirigé un orchestre, c’étaient quarante musiciens, au
studio Hoche (Barclay). Quelle émotion, j’en tremble encore ! Connaissant la
triste mentalité des musiciens et la misogynie régnant à l’époque, ce n’était
pas gagné d’avance. Choriste ça passait, pianiste ça passait, mais chef d’orchestre,
non, ça ne passait pas. Je sentais déjà des regards ironiques et hostiles. Pour
couronner le tout, le morceau que j’allais diriger était de ma composition et
de mon orchestration, « Sagittarius » pour Danielle. J’allais m’enfoncer
comme dans un sous-bois, accompagnée d’une multitude de notes, en espérant voir
enfin le jour ! Les fausses notes pour me « tester » n’ont pas
tardé à fuser, heureusement j’ai l’oreille absolue donc je les ai calmés, et
Roger Berthier a mis bon ordre à tout ça. C’était ça le calvaire des femmes au
quotidien : toujours avoir besoin d’un homme pour se défendre. »
Jackye garde un autre souvenir, assez étrange,
de cette « première fois » : « Quand
on dirige un orchestre, on entend instantanément les premiers pupitres (comme
les violons), mais le son des instruments qui sont au fond (les contrebasses,
etc.) nous arrive avec un très léger retard, ce décalage est très perturbant,
et si on ne fait pas attention, on ralentit. Cela m’a fait faire un cauchemar
pendant plusieurs années : je suis sur un bateau, j’entends les premiers
pupitres, et avant que n’arrive le reste de l’accord il se passe un laps de
temps que je n’arrive pas à contrôler, la proue du bateau n’arrive pas à se
soulever pour m’envoyer le reste des notes ! »
Jackye est rapidement sollicitée comme
arrangeuse pour des artistes autres que Danielle: « J’ai longtemps travaillé pour Pierre Porte, qui m’a fait
confiance et je l’en remercie. Je faisais ses orchestrations pour plusieurs
émissions de variétés dont il dirigeait l'orchestrecomme les émissions de Jacques Martin : Taratata, Musique and
Music, etc. » On la voit aussi régulièrement comme pianiste dans ces
émissions.
Thierry Le Luron
Elle est aussi arrangeuse pour un spectacle de
Thierry Le Luron : « On m’avait
demandé de venir chez Thierry Le Luron pour tester les tonalités de ses
chansons afin d’écrire ses arrangements. Je gare ma voiture dans la cour de son
hôtel particulier à Saint-Germain-des-Prés. Il n’était pas réveillé et je l’ai
attendu pendant deux heures, avant qu’il ne se lève, la voix complètement en
vrac, ce qui n’était pas pratique pour tester les tonalités (rires). Après ça,
je suis repartie en métro, et en rentrant Danielle me dit « Où est la
voiture ? ». Comme je suis un peu tête-en-l’air, et que j’avais été
énervée et perturbée de l’avoir attendu pendant autant de temps, j’avais oublié
ma voiture chez lui ! (rires) »
Jackye compose les génériques et musiques de
plusieurs émissions de Gérard Majax, comme La
Caverne d’Abracadabra : « J’ai
connu Gérard lors de la fameuse tournée avec Michel Delpech et Mireille
Mathieu. J’aimais bien la magie, et Gérard était très sympa. Il m’a demandée de
l’accompagner au piano dans une émission de télé. J’étais en cabine avec mon
piano et n’avais pas de scénario, ni aucune musique écrite, tout était dans
l’improvisation, suivant ce que Gérard faisait devant moi. Je soulignais ce qu’il
faisait par des musiques, je faisais parfois des impros jazzy, bossa nova, etc.
comme au temps du cinéma muet. Le problème de l’improvisation, c’est que quand
il a fallu déclarer à la SACEM mes musiques afin de toucher quelques sous, il a
fallu que je réécoute toutes les émissions et relève, en dictée musicale, tout
ce que j’avais improvisé. L’horreur ! (rires) J’étais épuisée. »
Elle arrange en outre en 1978 la musique du
film Hôtel de la plage composée
par Mort Shuman.
Gilbert Bécaud et ses choristes
(C. Chauvet, J. Stout, A. Rippe,
C. Garret, B. Houdy et J. Castan)
Pendant cette période, Jackye continue les
séances de chœurs en studio, concerts et télévision (notamment pour Gilbert
Bécaud). Danielle continue à en faire également en studio (musiques de film,
variétés, doublages, etc.), mais en revanche ne peut plus apparaître comme
simple choriste lors de concerts ou émissions de télévision. Elle trouve la
parade en portant occasionnellement une perruque brune (émission Podium 70, concerts de Jerry Lewis à
l’Olympia (1976), etc.).
Charles Aznavour et Danielle Licari: Mon émouvant amour (1980)
Ce statut de célébrité lui permet d’être plus
souvent créditée sur les pochettes de disques lorsqu’elle fait une voix
d’accompagnement, et d’être présentée au public par les artistes qu’elle
accompagne en tournée, comme Charles Aznavour en 1980 : « J’ai fait une tournée avec lui aux
Etats-Unis et en Italie, nous chantions deux chansons en duo, « Mon
émouvant amour » et « Ave Maria », mais j’étais en guest star,
on me présentait. Une fois j’ai eu un très bel article à New-York.»
Charles Aznavour et Danielle Licari
De son côté, Jackye est pianiste sur cette
tournée : « Charles, en
interprétant, se baladait beaucoup rythmiquement. L’erreur que faisaient
beaucoup de ses nouveaux musiciens était d’essayer de le suivre alors qu’il
fallait tenir le rythme car il savait où il allait et retombait toujours sur
ses pattes. Evidemment, les nouveaux étaient toujours un peu surpris. Je me
souviendrai toujours d’un grand guitariste, qui venait d’arriver dans la
tournée. Lors de sa première répétition avec nous, il s’arrête et dit :
« Excusez-moi, vous pourriez chanter un peu plus en mesure ? ». Charles
a cru à un gag. »
Danielle se souvient d'un concert en Belgique: « Il y avait dans la première partie Jean-Paul Dréau (compositeur du "Coup de soleil" pour Richard Cocciante). Malheureusement, le son tombe en panne. Jean-Paul s’assied en bord de scène, et chante sans micro, sa voix portait bien. Une fois sa chanson terminée, pour détendre l'atmosphère, il dit « Je vais vous raconter une histoire: vous savez pourquoi les pets sentent mauvais ? Pour que les sourds en profitent » et là le public, qui venait voir Charles Aznavour, n'a pas rigolé, ça a jeté un grand froid, un bide incroyable. Jackye a rapidement enchaîné au piano.» C'est aussi au cours de cette tournée que Jackye expérimente l'un des premiers synthétiseurs: « Lorsque je suis arrivée dans l'équipe de musiciens de Charles, je n’étais pas du tout habituée aux synthés. Ils étaient d’une complexité terrible. Lors d'un gala, il arrive une chanson où je devais jouer l’intro avec un son piccolo. Manque de chance pour moi, la lumière tombe sur le synthé, je n’y vois rien, je me trompe de bouton et je joue avec un son atroce, façon moteur de bateau. J’étais dans un état épouvantable. Charles se retourne, et continue, imperturbable. Il n’en avait rien à faire, il aurait pu jouer sans orchestre, il se suffisait à lui-même. C'étaient ses chansons, elles faisaient partie intégrante de son individu. Et contrairement à ce que certains pensent, sa gestuelle n'était jamais la même en fonction des chansons. Lui et Gilbert Bécaud étaient des grands, des monuments.»
L’après-Barclay
En 1978, Eddie Barclay vend les parts de sa
maison de disque. « Pour Danielle,
ça n’a pas été trop important car elle a pu avoir des contrats grâce à une amie, Marie-Christine Porte, qui travaillait au
Japon et dans d'autres pays étrangers. Par contre, il y a eu un
soucis avec les séances de chœurs. Installées confortablement dans notre métier
avec notre savoir (lire vite) nous n’avons pas vu arriver le danger. De nouveaux choristes sont arrivés, beaucoup plus jeunes, ne sachant peut-être pas lire la
musique, mais avec un son nouveau (Alain Chamfort, Daniel Balavoine, les frères
Costa, les Fléchettes (groupe de quatre filles)). Les chefs d’orchestre se sont
jetés sur ces nouveaux éléments. Il faut dire que certains avaient besoin d’un sang
nouveau. Mais leur façon d’écrire les orchestrations n’a pas
évolué pour autant. Ainsi va la vie… »
Danielle avec ses élèves
(Christophe Lambert et Richard Anconina)
Danielle se met à donner des cours
particuliers de chant : « On
avait arrêté les tournées –la dernière c’était pour Charles Aznavour aux
Etats-Unis- et je donnais des cours à la maison pour Douchka, le Trio
Esperança, Christophe Lambert et Richard Anconina (pour le film Paroles et
musique (1984) d’Elie Chouraqui),
etc.. Un jour, une jeune femme m’a
demandée de la faire travailler car elle voulait intégrer une école qui était
en train d’être créée par la SACEM. »
Cette école, c’est le Studio des Variétés.
Danielle en parle à Jackye, qui va se renseigner auprès de la SACEM : « Je suis allée voir ce qu’il se passait,
je leur ai demandé « Vous avez pensé à un pianiste
répétiteur ? », j’ai lu comme un grand point d’interrogation dans
leur regard (rires), avec tous les chanteurs qu’ils allaient former ils
n’avaient même pas pensé à un pianiste accompagnateur. J’ai finalement postulé
comme pianiste, devant un jury constitué notamment de Jean-Claude Petit, Pascal
Sevran, etc. et j’ai été prise. »
Jackye entre donc comme pianiste répétitrice (bientôt
rejointe par Gérard Gambus) et professeur de solfège, puis grâce au directeur
du Studio des Variétés (Jean-Claude Ghanassia), fait entrer Danielle comme
professeur de chant variétés (Christiane Legrand assurant les cours de chant
jazz, et Nicole Falien le chant lyrique).
« Il y
avait des gens biens dans l’équipe, comme Guy Bontempelli ou Bob Socquet. Bob
était directeur artistique dans des maisons de disques, c’était lui qui avait eu
l’idée de génie de réunir Alain Souchon et Laurent Voulzy. »
Dans leur enseignement au Studio des Variétés,
le monde des chœurs n’est jamais loin : « Comme les élèves étaient parfois ennuyés par le solfège, j’avais
eu une idée. Je prenais un disque, un Ray Charles par exemple, où il n’y avait
pas de chœurs, et j’écrivais des chœurs. Tout le monde chantait autour du
disque, c’était sympa, même si on y a passé du temps ; la plupart ne
lisaient pas la musique donc il fallait leur apprendre voix par voix. »
Parmi leurs élèves, Marie-Charlotte Leclaire
et Renaud Marx (deux comédiens que les voxophiles connaissent bien, l’une
prêtant sa voix à Minnie et l’autre à John Travolta), Jacques Haurogné, Pierre
Sayah, ou bien encore le fils de Bernard Fresson, qui les impressionne. « Plusieurs ont fait le métier, mais
assez peu ont « percé ». Il y avait des jeunes qui y croyaient
vraiment, écrivaient leurs textes, etc. et d’autres qui venaient un peu en
dilettante. »
Danielle : « C’était dans notre petit circuit, ils n’étaient pas mis en
lumière comme à la Star Academy, et n’étaient peut-être pas assez épaulés. »
En 1995, Danielle enregistre le dernier CD de sa carrière, Danielle Licari chante les plus grands, grâce à un ami de Jackye et elle, le guitariste Serge Eymard. Jackye tient à saluer son travail: « A l'époque, les croisières Paquet offraient une croisière à des artistes en contrepartie d'une prestation de leur part, en général un ou deux mini-concerts. Dans la même croisière que nous, il y avait nos amis Gérard Majax et Jean Roucas. En ce qui me concerne je devais jouer deux mini-concerts en trio jazz. Au cours des répétitions, nous avons rencontré Serge Eymard, guitariste très talentueux et très gentil. Rapidement à Paris, il s'est fait une place dans les séances d'enregistrement. Nous avons fait des tournées avec lui: Japon, Canada, etc. En 1990, Serge et moi avons fait un CD orchestral pour des publicités. C'était une idée de moi à la con, car ça n'a même pas rapporté un centime. J'avais composé les musiques et écrit quelques orchestrations, et sachant après coup tout le temps que Serge avait passé en studio, j'avais la honte. Et pourtant, quelques années plus tard, nous avons recommencé en faisant faire à Danielle son dernier CD dans le studio de Serge. A 58 ans, Danielle montrait que sa voix était toujours puissante et belle. Il y a beaucoup de beaux titres qu'on peut retrouver sur Youtube: Et maintenant, La Mer, Honesty, etc. Et vu le nombre d'internautes qui ont vu les vidéos, c'est formidable, et pour Danielle c'est que du bonheur. A l'unisson, nous te disons: merci Serge! »
Jackye et Danielle en octobre 2018
(Photo : Midi Libre)
En 2000, elles quittent Boulogne-Billancourt
et s’installent dans un village à 12 kilomètres de Montpellier et 2 kilomètres de la mer :« Nous y avons fait venir la mère de
Danielle, toute heureuse d’être auprès de sa fille. Comme nous venions auparavant
tous les étés et certaines vacances dans le coin, nous y avions acheté un mazet
dans la garrigue avec 5000 mètres carrés de terrain.
Tous les dimanches, rendez-vous au mazet avec mes copains musiciens, qui avaient eu la gentillesse de me garder une place au Jazz Club de Montpellier. Apéro, grillades, paëlla. Quand on avait fini, on faisait
le bœuf. Le piano et la guitare étaient branchés sur groupe électrogène. Vu la chaleur et le reste, on faisait la sieste. Nos mamans n’ont jamais
souffert de l’absence de petits-enfants étant donné qu’elles sont devenues nos
enfants, elles nous suivaient partout. La mienne est décédée en 2003 à 87 ans,
et celle de Danielle en 2004 à 103 ans. Ce fut très très dur, nous avons continué notre route sans
elles. Puis au fil du temps, le jazz club a perdu des notes et des sons. Ainsi
va la vie… Danielle a arrêté de chanter, quant à moi je continue de jouer du
piano de temps à autre.
Roland Vincent
Nous avons la chance d’avoir retrouvé d’anciens
amis au hasard de la vie, ils habitent Avignon. Roland Vincent, compositeur, et
Cécile sa femme, éditrice de musique. Cécile et Danielle sont devenues très
amies, elles se téléphonent pratiquement tous les jours. Quant à Roland et moi
on s’échange quelques accords bien pourris, histoire de voir si nous avons
toujours l’oreille absolue. Et puis on parle de l’âge d’or des séances
d’enregistrement, et de nos souvenirs communs. La vie tranquille et simple.
Malgré de très gros problèmes de santé que Danielle a surmontés avec une force
inouïe, cela n’a pas altéré sa joie de vivre. Elle écoute beaucoup de musique
sur Youtube, dans tous les styles. »
Danielle Licari : Tout autour de la Terre
(musique: Roland Vincent, paroles: Claudine Daubisy)
Si Danielle n'est pas du genre à se réécouter, à revoir des images d'elle, etc., Jackye tient à préciser :
« Danielle est très discrète, mais
je ne vous remercierai jamais assez de nous avoir envoyé des DVD d’archives,
car ça c’est un bonheur. Elle était très émue que vous ayez fait
tout ce travail, c’est un accompagnement musical et affectif extraordinaire. Et
nous transmettre des mots de collègues, fans ou anciens élèves du Studio des
Variétés nous fait toujours très plaisir. Merci, très cher Rémi!»
Ce qui frappe les personnes qui, comme moi,
ont eu le bonheur de les rencontrer, c’est leur grande complicité, le tout avec
beaucoup d’humour, d’admiration et de tendresse. « S’il y a des couples qui s’ennuient ce n’est pas nous, au bout
de cinquante ans on a toujours des choses à se raconter. Nous avons eu la chance de croiser la route de grandes célébrités comme Ginger Rogers, la Reine d'Angleterre, Tom Jones, Jerry Lewis, Sammy Davis Jr, Liza Minnelli, Mannix, les Black Panthers, etc. On a rencontré aussi des gens formidables qu'on a aimés et qui nous ont aimés... »
INFOS ET BONUS
Danielle Licari, voix chantée de Thalie Fruges (Jenny) dans le téléfilm musical Perrault 70 (1970)
Musique de Christian Gaubert
Générique alternatif de Cendrillon chanté par Danielle Licari