samedi 17 mai 2014

Anne Germain : « Chanter la vie, chanter les fleurs, chanter les rires et les pleurs » (Partie 2/6)

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(Plan: Partie 1: enfance, formation, chanteuse d'orchestre; Partie 2: choeurs pour des chanteurs de variété; Partie 3: enregistrements solistes; Partie 4: groupes vocaux; Partie 5: musiques de films; Partie 6: doublage, compositions)





Anne Germain

Dans l’ombre des studios : Fin années 50 - début années 60, grand "boum" de l'industrie du disque: éclosion de nouveaux talents, avec ainsi énormément de travail pour les choristes et musiciens de studio qui enchaînent plusieurs séances d'enregistrement par jour, arrivent parfois au studio sans savoir pour qui ils vont jouer et doivent déchiffrer une partition en moins de cinq minutes. Vous souvenez-vous de la toute première séance de chœurs que vous avez faite ?

Oui, c’était pour Franck Pourcel et son grand orchestre : il y avait là une grande chorale. Les « groupes » dont je viens de parler faisaient une grève pour obtenir un cachet identique à celui des autres instrumentistes et correspondant à leur prestation de petit ensemble, travail exigeant beaucoup plus de perfection et de précision que dans un grand ensemble où les défauts ici ou là sont plus dissimulés. Alors un camarade m’avait envoyé là pour une première fois, que je découvre comment se passait une séance de studio. C’était pour Pathé-Marconi dans les studios du réalisateur Jean-Pierre Melville, rue Jenner. Ensuite j’ai continué petit à petit à faire ma place. Pour Hubert Rostaing chez Philips boulevard Blanqui qui n’existe plus, non plus que Barclay avenue Hoche et les autres.

DLODS : Quel est le premier chanteur que vous avez accompagné ?

Dans les tous premiers je me souviens d’Henri Salvador qui était chez Barclay, il ne se produisait pas encore. C’était donc avenue Hoche dans ces très beaux studios ; j’étais alors enceinte de ma seconde fille Isabelle qui allait quelques années plus tard chanter notamment dans Les Aristochats (1970). Plus tard un jour en séance Henri m’a dit « Pourquoi ne fais-tu pas un tour de chant ? Tu gagnerais beaucoup d’argent et tu pourrais te payer des servantes ! » (rires). C’est le temps où Eddie Barclay avait engagé un jeune arrangeur américain débutant, Quincy Jones, et nous avons travaillé avec lui souvent, notamment pour le chanteur américain Andy Williams, une belle voix de crooner et charmant. C’est le moment où sont vraiment nés les Double Six et où ils ont enregistré leur premier disque Meet Quincy Jones qui a estomaqué tout le monde par la qualité époustouflante de la performance. Gloire à eux dont tant sont aujourd’hui « over the rainbow » !

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Henri Salvador et les Angels : Count Basie (1966)
Au centre: Henri Salvador. Choristes de gauche à droite: Jean-Claude Briodin, Louis Aldebert, Anne Germain, 
Danielle Licari, Bob Smart et Jacques Hendrix 

 

DLODS : Dans un Palmarès des Chansons en 1966, vous faites partie des Angels et accompagnez Henri Salvador dans « Count Basie ». L'arrangement des voix est superbe.

Oui, Anne-Marie Peysson nous a présentés comme étant les Angels –le groupe formé chez Pathé par Christian Chevallier qui d’ailleurs était au piano- mais ce soir-là, des Angels d’origine il n’y avait que Jean-Claude Briodin et Jacques Hendrix, mais j’avais pour ma part bien enregistré la chanson que nous interprétions en accompagnement d’Henri Salvador, le fameux « Basie » quelques temps plus tôt au mythique studio Charcot (disparu lui aussi). Nous avions alors réalisé l’exploit de « mettre en boîte » ce titre en vingt minutes pendant les quarts d’heure supplémentaires.  La séance avait été consacrée à des titres très « commerciaux » auxquels Jacqueline Salvador, épouse et productrice tenait davantage car cela avait « boosté » la carrière d’Henri, mais lui tenait particulièrement à ce titre car c’était du jazz et il se faisait plaisir, seulement les suppléments de cachets faisaient faire la grimace à Jacqueline (rires) : « Va pour faire ce dernier titre, mais vive vite ! ». Un exploit, mais il y avait une équipe plus qu’à la hauteur, Double Six et Swingle mélangés ! Cela dit, le soir de l’émission c’était tout aussi nickel, avec du « beau monde » : Danielle Licari, Jean-Claude Briodin, Bob Smart, Louis Aldebert et Jacques Hendrix.

DLODS : J’aimerais qu’on évoque maintenant quelques chanteurs en particulier…

Oh bigre, il ne faut pas que j’en oublie ! (rires)

DLODS : Léo Ferré…

Je l’ai accompagné pour la première fois à L’Alhambra fin 1961. Jean-Michel Defaye son magnifique arrangeur avait constitué une petite formation avec deux pianos (dont Paul Castanier, pianiste aveugle), une rythmique, un accordéon et douze choristes -six femmes et six hommes-, c’était superbement écrit pour les voix comme toujours avec Jean-Michel Defaye et il y avait une force émotionnelle encore plus forte qu’avec des cordes. C’était un spectacle inoubliable avec ces textes sublimes d’Aragon, de Ferré ou Jean-Roger Caussimon. L’une d’elle s’intitulait « la gueuse », c’est-à-dire la République. « T’as ton fichu qu’est tout fichu, la gueuse », et la femme de Léo dans un coin de la scène, assise sur un tabouret, tricotait une écharpe bleu blanc rouge qui s’allongeait chaque soir car elle tricotait pour de vrai. « Encore un mois et elle atteindra les premiers rangs d’orchestre ! » pensions-nous. Y a-t-il des gens qui s’en souviennent…

DLODS : Vous avez également accompagné un tout jeune débutant…

Un jour avec trois collègues nous sommes allées faire une séance pour un jeune dont on commençait à entendre beaucoup parler et qui allait bientôt « casser la baraque » comme on dit : Johnny Hallyday. Il était encore chez Vogue et avait à peine dix-neuf ans vers février 1962. Malgré son répertoire tonitruant il paraissait réservé, timide même. Nous avons eu l’occasion en 1965 de l’accompagner à l’Olympia avec l’orchestre de Jacques Denjean, avec Danielle Licari et Jackye Castan. Nous ne chantions pas le dernier titre du coup nous restions derrière le rideau du fond de scène pour le regarder car il était magnifique : vingt-deux ans ! C’était un phénomène de scène et il l’est resté toute sa longue carrière. Il a prouvé ensuite qu’il était aussi un très grand interprète avec une voix indestructible qu’il n’a pourtant pas ménagée ! Il faut l’entendre dans « L’hymne à l’amour » ou « Ne me quitte pas », il n’y a que lui qui pouvait rendre l’intensité émotionnelle de ces deux chansons avec cette authenticité et justesse. Inutile de vous dire combien je l’admire notre Johnny !

DLODS : A l’époque, pourquoi les choristes étaient-ils « cachés » dans les coulisses ?

Nous n’étions pas « cachés » dans les coulisses mais en retrait, juste au bord de la scène pour une question de prise de son : il n’y avait pas le matériel d’aujourd’hui permettant de « sortir » les voix au milieu des cuivres, de la rythmique et même des cordes, car à l’époque il y avait un orchestre permanent à l’Olympia avec des cordes.

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 Sheila : Pamela (1967)
Choristes de g. à d. : Christiane Cour, Alice Herald, Anne Germain, Françoise Walle, 
Jacques Hendrix, Bernard Houdy, Claude et José Germain

 

DLODS : Dans les « yéyés », vous avez aussi beaucoup travaillé pour Sheila, pour qui vous avez même été responsable des chœurs…

Les tous premiers Sheila c’était Christiane Legrand qui convoquait les choeurs pour le chef d’orchestre Jean Claudric. Christiane était beaucoup plus connue que moi. Ensuite quand j’ai quitté les Swingle, Jean m’a demandé de convoquer mais vous savez, c’était tantôt l’un ou l’une. Claude Carrère, le producteur de Sheila, était très exalté, il croyait en son poulain ! En émission, il grimpait derrière les cameramen sur le marchepied de la caméra mobile pour suivre Sheila dans le moindre de ses déplacements et lui faire des grands signes, ce n’était pas l’idéal pour la concentration (rires) ! Pour les chœurs, il s’était entiché de la grande voix de basse de Jean Stout (la voix française chantée de Baloo dans Le Livre de la Jungle, ndlr) et le demandait avec insistance. Jean était un garçon grand et puissant, aussi Claude Carrère me disait « Amène-moi le bûcheron ! Amène-moi le bûcheron ! » (rires). Sheila était la plus charmante des yéyés, simple et naturelle, ne jouant jamais les stars. Une autre qui était aussi très gracieuse, c’était Mireille Mathieu.

DLODS : Vous avez aussi accompagné Claude François. Etait-il très dirigiste avec ses choristes ?

Avec nous, l’ancienne équipe, jamais. On l’a dit pour ceux d’après : orchestre, choristes, danseuses. Mais avec nous non, jamais désagréable ni méprisant au contraire. J’ai eu l’occasion de faire son dernier show à l’Empire et nous nous sommes envoyé des bises à travers le grand escalier roulant « -Alors tu chantes bien, hein, tout à l’heure ! » « -Evidemment Claude, comme toujours ! ». Il y avait Françoise Walle à côté de moi. C’est la dernière fois que nous lui avons parlé si sympathiquement car il est mort deux jours après. Oui il nous respectait bien car il savait que nous avions fait les Double Six et les Swingle Singers, donc autre chose que des « douwap douwap »!

DLODS : Sur quels titres l’avez-vous accompagné en studio?

« Belles, belles, belles», «  Marche tout droit », « Si j’avais un marteau », « Pauvre petite fille riche »,  « Le jouet extraordinaire », « Quand un bateau passe » (de Burt  Bacharach), etc. Jusqu’à ce qu’il ait un groupe attitré, alors nous faisions seulement les séances où il fallait des voix en plus.

DLODS : Avez-vous accompagné des « grands anciens » de la génération de Charles Trénet ?

Oui j’ai eu le temps de travailler pour la dernière séance à ma connaissance de Maurice Chevalier avec Caravelli (pour CBS à Charcot), Tino Rossi dont nous avons fait aussi le dernier Casino de Paris plus un an de galas dans toute la France –ambiance super sympa avec de bons camarades- et dans le calme ! Charles Trénet, que nous avons accompagné pour son dernier Olympia avec Danielle Licari, Jackye Castan, Jean Stout et d’autres avec Roger Pouly au piano. Nous pensions qu’à la première il y aurait le Tout-Paris, tout le métier, que des « fans ». En effet ce fut du délire, un triomphe. Mais ce qui nous a « soufflés » c’est que les semaines suivantes avec du « vrai » public populaire ça a été pareil. Nous avons fait quelques années après un autre spectacle au Théâtre du Rond-Point, une sorte d’hommage, salle archi pleine et un maximum de jeunes. Lorsqu’il a chanté « Voulez-vous danser Marquise ? » c’était extraordinaire, il était déjà âgé mais quelle jeunesse, quelle fantaisie, quelle finesse, un talent sans doute inégalé. La salle était emballée comme je l’ai rarement vue.

J’ai également accompagné le charmant Jean Sablon, notre premier crooner ! J’ai un souvenir délicieux de ce « gentleman ». Nous étions allés répéter chez lui pour une émission de télévision où nous devions chanter « La chanson des rues ». Nous étions à l’image des passants qui s’attardaient autour du chanteur des rues justement comme cela se faisait dans le temps. Ensuite le chanteur vendait les petits formats, paroles et musique de la chanson. Aujourd’hui, plus de chanteurs de rues, ils sont remplacés par internet !

Sans quitter trop Jean Sablon, mon mari a travaillé pour Mireille qui fut sa partenaire autrefois. Claude avait été contacté par Michel Berger qui produisit son dernier disque avec entre autres « J’ai changé mon piano d’épaule », une très jolie chanson pleine d’une nostalgie délicate. Mon mari et Michel Berger s’entendaient très bien car tous deux discrets et bien élevés, en plus Claude écrivait super bien les cordes en particulier ce que Michel Berger appréciait beaucoup car il avait sa rythmique qui enregistrait à part.

DLODS : Jacques Brel avait peu de chœurs dans ses chansons, mais l’avez-vous accompagné par exemple dans « Les remparts de Varsovie » ?

Je ne crois pas, je m’en souviendrais ! Jacques Brel, quand même ! Par contre avec Janine de Waleyne nous avons fait « Rosa, rosa, rosam ».

Photo dédicacée par Gilbert Bécaud
1er groupe de choristes: ?, ?, A. Rippe et C. Cour
2e groupe de choristes: A. Germain, J. de Waleyne,
B. Houdy et B. Smart
DLODS : Et Gilbert Bécaud ?

Pour Gilbert Bécaud c’était Janine qui nous convoquait. Nous avons fait souvent ses spectacles à l’Olympia. Quel tour de chant ! Que de belles chansons tellement diverses  :« Seul sur son étoile » , « La vente aux enchères » avec le violoneux canadien Monsieur Pointu, « Dimanche à Orly », « L’important c’est la rose », « Les cerisiers sont blancs », et naturellement toutes les séances. On ne peut toutes les citer, aucune n’est médiocre. Une qui nous avait particulièrement frappés par son originalité –peut-être trop, et pas assez commerciale- et qui n’a pas eu de succès,  « Dieu est mort », sur des paroles de Pierre Delanoë. Tout va mal sur terre, les hommes ne savent pas quoi faire, alors il faut aller voir le bon Dieu pour lui demander des comptes. Et à la fin de la chanson les hommes arrivent dans un édifice où Dieu habite. « Ils suivirent de longs couloirs, un huissier en costume noir leur dit : "Messieurs vous venez tard, vous venez tard. Depuis ce matin à l'aurore, Dieu est mort." ». Image très frappante… C’est une chanson dure mais magnifique.


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Gilbert Bécaud: Les cerisiers sont blancs (1968)
Choristes de g. à d. : Anne Germain, Danielle Licari et Jackye Castan 


DLODS : On vous voit dans des images d’archives accompagner Gilbert Bécaud à la télévision avec Danielle Licari et Jackye Castan dans la chanson « Les cerisiers sont blancs ». Il vous fait la « bébête qui monte » et semble avoir un petit faible pour vous !

C’était trop mignon, mais il a fait ça comme ça dans l’envol de l’interprétation –et parce que je me trouvais le plus proche de lui sur le plateau- et non pas à cause d’un « faible » pour moi ! Toutes ces vedettes nous aimaient bien tant qu’on faisait bien ce qu’elles attendaient de leurs accompagnateurs. Mais quand il leur prenait l’envie de changer d’équipe pour des questions de mode ils n’avaient plus beaucoup de sentiments !

DLODS : Vous avez également fait partie des choristes de « Charlie t’iras pas au paradis »…

Oui c’était avec Jean-Claude Petit devenu très à la mode par ses arrangements pour Julien Clerc (« La cavalerie », etc.) très réussis. Alors tout le monde l’a demandé. C’était un travail passionnant grâce à la diversité des artistes que nous accompagnions, malgré beaucoup de travail et la course d’un studio à l’autre.

DLODS : En dehors d’Andy Williams dont on parlait précédemment, avez-vous accompagné sur scène ou en studio des vedettes internationales ?

Lors du Midem à Cannes nous avons accompagné Tom Jones je crois bien. Il y a eu aussi un célèbre compositeur de musiques de films anglais, je pense John Barry, qui devait diriger le grand orchestre de Raymond Lefevre et interpréter un « pot-pourri » de tous les tubes de ses films. Il n’y avait pas eu de temps pour répéter ça, et nous avions une partition de deux mètres de large pliée en accordéon que l’on dépliait au fur et à mesure, le tout en déchiffrage à vue ! Heureusement que c’était avec deux très bonnes musiciennes et lectrices, Jackye Castan et Danielle Licari. Nous avons « assuré » comme on dit !

DLODS : Pensez-vous à d’autres personnalités ?

Hélas, j’ai « loupé » Frank Sinatra à Monte-Carlo, un grand gala où il était venu chanter pour son amie la princesse Grace et pour quoi était descendu le Grand orchestre d’Eddie Barclay avec à sa direction Quincy Jones qui travaillait pour Barclay à l’époque, plus des chœurs dont l’équipe des Double Six, mais je n’ai pas pu en faire partie pour cause de grossesse. Par contre, j’avais eu l’occasion de le rencontrer et même d’obtenir un autographe sur une partition de piano d’une chanson de son répertoire, « How about you », que je chantais quand j’étais chanteuse d’orchestre et dont mon mari avait relevé l’arrangement d’après le disque. C’était au Casino du Palm Beach à Cannes, avec l’orchestre de Benny Vasseur et André Paquinet dont je vous ai déjà parlé. Sinatra était venu en « client » mais l’entrée des jeux lui avait été interdite car il n’avait pas son passeport ! La loi était alors très stricte, Sinatra ou autre ! Il était assez furieux. Un maître d’hôtel nous avait prévenus de la « visite » de la star et je n’ai trouvé que cette partie de piano –ce dont mon mari avait eu l’idée géniale en l’absence de photo- pour essayer d’obtenir un autographe. Nous avons réussi avec le maître d’hôtel qui m’accompagnait à l’intercepter alors qu’il s’en retournait –très mécontent- entouré d’une équipe sortie d’un film de Coppola : nanas en direct de Las Vegas et gardes du corps du même style « pas tibulaires, mais presque » aurait dit Coluche !  Il m’a jaugée de la tête aux pieds d’un regard bleu et avenant comme de l’acier trempé, a jeté un regard intéressé tout de même sur la partition, l’a dédicacée quand même - mais juste sa signature, pas de « sincerely yours », rien !-  et est reparti sans me demander de la chanter ! Heureusement, mon Dieu ! Voilà ma grande rencontre avec Frankie (rires). Eh bien je préfère notre beau Johnny, y a pas photo comme on dit !

Je ne me suis pas retrouvée non plus dans les chœurs de Sammy Davis Jr quand il est venu à l’Olympia. Nous étions dans la salle cette fois avec ma famille. Un très grand souvenir d’un géant de la scène : chant, danse, mime, époustouflant !



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